LETTRE DE BOSSUET AU KOI
pour montrer ilaiis la vertu un moyen de le surpasser : t< S'il avait oté de sa vie la tache que Votre Majesté vient d'eflacer, sa gloire serait accomplie, et on pourrait le proposer pour le modèle d'un roi parfait (1). »
Il est triste d'avoir à constater que ces nobles leçons n'étaient |)as entendues. Après avoir, sincèrement sans don le, éloigné la complice de ses désordres, le roi, par une faiblesse de volonté dont il ne se défiait pas assez, lui conservait une bienveillance qui allait le ramener à son péché ; et en même temps, pour n'oublier personne, il montait en grand la maison des enfants de La Vallière en vaisselle (l'argent, chevaux et carrosses. Il jetait dans cette dépense une somme de trente mille livres, et une autre de quatre-vingt mille livres (320,000 fr.) pour leur entretien annuel (2). En vérité le temps était Haal choisi pour ces libéralités, lorsque Colbert recevait des communications telles que celle-ci : Lesdigiiières, gouverneur du Dauphiné, lui écrivait (S9 mai 1675) : « Je ne puis plus différer de vous re savoir la misère où je vois réduite cette proîiice. Le commerce y cesse absolument, et de tous ôtés on me vient supplier de faire connaître au roi 4 ''impossibilité où l'on est de payer les charges. 11 st assuré, et je vous en parle pour en être bien xiformé, que la plus grande partie des habitants de
(U Beaussety Histoire de Bo&met, livre V, tome II. (2) Pierre Clément, Étude sur La Vallière.
ladite province n'ont vécu pendant Thiver que (T ic pain de glands et de racines, et que présentemerT:^»^, on les voit manger l'herbe des prés et Técorce d arbres (1). »
En tête des aflaires importantes de 1675 se pla un soulèvement à Bordeaux (26 mars). La marqu^^—i^ de l'étain et la revente du tabac en furent la cause -î^^j les rebelles prirent pour mot de ralliement : Vive ^ '^ roi sans gabelles! Le maréchal d'Albret, gouverneur « ^^) était alors à Blaye ; à peine y avait-il un bataillon d 9^^ troupes. Les harengères, poussées par les pintiers-nC^j se jetèrent sur les commis de l'impôt de l'étain. Ui» TU^ jurât, après avoir en vain essayé de protéger le/^^^^ commis, se retirait en se défendant, au milieu d^t^"^ quelques chevaliers du guet, suivi de près par Té-'S^ ^ meute. Tout à coup un tonnelier des plus séditieui^^ m^'^^ ayant été tué, la multitude furieuse courut aux mar^^^ ^^ chands d'étain, pilla leurs maisons, et dispersa ou • ^^^^^^ vola plus de !»oixante mille livres d'étain ouvré ou eir «.'^^^'^ saumons. Malheur à qui lui résistait ou lui semblait^ ^ ^'^ ennemi ! Un marchand de vins avant refusé de crier : - ""^ • Vive le roi sans gabelles! fut tué sur place. Un^''*- '^ domestique du subdélégué de l'intendant eut le^**^^^^ même sort comme serviteur des maltôtiers; puis la maison du domaine du roi fut envahie, les meubles emportés, les papiers brfdés. Tout ce que put faire le commandant des troupes, se réduisit à arrêter le
(i) Depping, Correspondance administraUve, tome lil : Section de» affaires do finances.