‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 54 sur 142 · SOULEVEMENT A BORDEAUX · texte numérisé non relu

SOULEVEMENT A BORDEAUX

développement de Tincendie. La nuit ne mit pas fin aux violences. L'intervention du parlement fut elle-même sans effet. Il venait d'interdire les attroupements. Nonobstant cette défense^ les insurgés^ s'étant choisi des capitaines parmi les tanneurs^ se portèrent le lendemain sur Thôtel de ville^ firent les conseillers prisonniers; un d'entre eux^ qui essayait de leur adresser des remontrances^ fut tué devant sa porte, et un portefaix, pour avoir essayé de relever le cadavre, fut tué dessus. Beaucoup de boui^eois, affolés de peur, se sauvaient vers le château : leur fuite devint un crime ; on les assommait comme des gabeleurs ; parmi eux périrent deux écoliers qui tâchaient de regagner le collège des Jésuites. Enfin le parlement fut réduit à composer ; un président étant tombé entre leurs mains, les iasurgés signifièrent qu'ils le tueraient et mettraient le feu aux quatre coins de la ville, si on ne leur rendait leurs prisonniers. A cette menace, les magistrats commencèrent à offrir leur médiation.

Il était temps que la force armée se montrât lans des conditions capables de la faire respecter. Le 29, le maréchal d'Albret, avec les troupes mandées des environs, suivi de la noblesse a cheval, frt ralliant la bourgeoisie par ses reproches de lâcheté, entra résolument en action à travers les barncades. Cette vigueur eut bientôt changé la face les affaires. Les insurgés s'enfuirent pour se cacher; -es derniers, cernés dans un cimetière, ne poufc^'aient échapper que par la clémence du vainqueur*

192 (tUkkre de HOLLAJS'DE

Dans celle exlrémilé, raudace se changea en su plicalioiis. Les coupables, à genoux, sollicitèrent la fols ramnistie et Texemplion des impôts (1). Lsévérité paraissait d'autant plus nécessaire que de ferments semblables se remuaient en d'autres pro vinces. Louvois avait raison de craindre que Tim punité accordée à Bordeaux n'encourageai le rest^ de la province à faire comme la capitale. Néan — moins le parti de la douceur prévalut. Le \x>i ac — corda une amnistie qui fut publiée le 17 avril. Cettt* faveur rétablit un calme apparent, mais ne changea pas les dispositions intérieures. L'intendant écrivait que l'esprit de la bourgeoisie n'était pas meilleur c{ue celui du peuple, que si les Anglais voulaient tenter une descente en Guyenne, ils y trouveraient beaucoup de partisans, surtout parmi les religionnaires, et qu'on ne pouvait sans danger éloigner les troupes du château Trompette et des environs de la ville. Cet avis était justifié encore par un premier mouvement en Bretagne, une sédition tentée à Rennes (21 avril), et réprimée, il est vrai, par la noblesse (2).

Louis XIV avait passé outre, parce qu'il mettait beaucoup de prix à entrer en campagne au dehors, avant que l'ennemi fût prêt. Par une habile intrigue, il avait introduit des troupes dans la citadelle de

(1) Lettres de Lomi)art à Colberl, dans Depping, Coiresp<mdaiwt ndministratkvy tome III, section des finances.

(2) Collection Clément. — Depping, Correspondance udministrutii)e.

GÀBfPAGNB DE LIMBOURG 193

iége (31 mars)^ une des villes de l'électeur de Co-

L^=»gne^ qui affectait la neutralité. Cette occupation

i^êparait la perte de Grave, fortifiait les Français sur

Is* Meuse, et couvrait Maestricht. Pendant qu'il

r^^nvoyait Turenne du côté de l'Allemagne, il

no^archa lui-même (Il mai) vers les Pays-Bas avec

Condé. Une courte et assez heureuse campagne fut le

prix de cette activité et des préparatifs de Louvois.

L«e 28 mai, Dinant capitulait; Huy, le 6 juin : deu\

nouvelles positions sur la Meuse qui reliaient à

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