‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 55 sur 142 · L-îége la frontière de France. Le prince d'Orange · texte numérisé non relu

L-îége la frontière de France. Le prince d'Orange

ï^^avait pas même eu le temps de rassembler ses

fc^E^es pour secourir ces places. On ne mena pas

*ioins vivement le siège de Limbourg, capitale

^'t.in duché espagnol qui faisait partie des Pays-

^■Sàs. La supériorité du nombre des Français décida

^•^core le prince d'Orange à s'abstenir et à s'épargner

"ï^c défaite. Limbourg capitula le 20 juin. Cette

^•-lle, « à quelque distance de la Meuse, formait^

*^^^ Liège el Maestricht, un triangle stratégique

<i^tine certaine importance (1). »

Si la campagne s'arrêta après ces heureux comttiencements, n'en faut-il pas chercher la cause dans ^es dinicultés qui surgissaient sur d'autres points? û* abord, à l'intérieur, les inquiétudes ne cessaient pas. Les habitants de Poitiers, enhardis par l'impu- "iité de leurs voisins de Bordeaux et de Rennes, avaient réclamé contre les édits qui atteignaient les

l) Roussel, Histoire de Louvoia. chap. viii.

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Arts et métiers. Le roi hii-même^ quelques jours après son dépari (14 mai), avertissait (Dolbert d'y Éaiire attention, et semblait incliner à la douceur jNWr éviter qu'il n'arrivât rien de fâcheux (1). L'habileté de rintend:int La Vieuville ne vint à bout de calmer le peuple qu'à la condition de modérer les taxes; elles furent abaissées en effet, dit-il (29 mai), « i une telle modicité, qu'elles ne pouvaient plus être impossibles à aucun, à quelque excès que put être la pauvreté (2). » Quelques jours après, les révolte» commençaient en Bretao:ne. Bien des causes con— couraient à les soulever et à les entretenir. De Tavela du gouverneur, il n'y avait presque plus d'argea* dans la province; à peine un million dans le commerce. Les édils atteignant beaucoup de profes-* sions, depuis les officiers de la basoche jusqu'au^ consommateurs de tabac, « mille gens dans tous l6« corps se trouvaient enveloppés dans les exigences du fisc, et tâchaient à s'en sauver par quelque dé* sordre (3). » Joignez-y les excitations de spéeuh* teurs sans conscience à qui tout était bon pon^ s'enrichir : fermiers déçus dans leurs calculs, ^* désireux de voir annuler leur bail; procureurs doti^ le papier timbré diminuait les bénéfices; receveurs!'^ fidèles qui attendaient le pillage de leurs caisses po^^ en profiter, et faisaient de fausses déclarations aft*^

(1) (Euvren de hmU XTT. Letfe à Colbert, U mai.

(2) La Viauville à Colbert. Collection Clémctot, et Depping, Cor*^** pondance adminûtrative,

(3) Lettres du duc de Chaulnes à Ck)lbert, 12 et 16 Jaia*

RSYOLTE EN BRETAGNE 195

être remboursés de ce qu'ils n'auraient pas perdu. Lie pouvait-il résulter de cet accord entre hi pauvreté elle et la cupidité menteuse^ entre des mécontents Dcères et des meneurs de mauvaise foi, sinon uelques-unes de ces surprises, de ces vengeances, e ces bouleversements qui sont, nous le savons lieux que personne, le secret et la forme de toutes es révolutions?

Le 11 juin, tous les faubourgs de Rennes prirent les armes. Le cri de guerre fut, comme à Bordeaux : Vive le roi sans gabelles l Le duc de Chaulnes tenta de dissiper le peuple par sa présence; il fut d'abord repoussé à coups de pierres; c'est ce que Sévigné •ppelait une colique pierreuse. Il vint pourtant à bout de rétablir Tordre ; et il se vantait d'avoir sauvé Tautorité du roi en maintenant tous les bureaux ; il proposait, afin de couper le mal dans sa racine, de détruire tous les faubourgs. Mais déjà tout autour de lui le feu de l'insurrection prenait à Nantes, dans 1^ campagnes, aux environs de Ciiâteaulin et dans tout le pays de Cornouailles. Le parlement bésitait tant à sévir, qu'on pouvait le soupçonner de conniveûce. « Si les supplices avaient suivi les émotions^ ^rivait Lavardin, lieutenant général du gouverneur, 1^ émotions n'eussent pas continué. » Grâce à cette Mollesse, la révolte dfes paysans tourna vite à la Jacquerie. Étaient-ils aussi bétes que Sévigné les repré- ^Qte? Beaucoup au moins ne Tétaient, comme les ^s de Sologne, qu'au profit de leurs haines et de feurs intérêts. Quelques-uns pouvaient bien prendre

une pendule^ tantôt pour la gabelle^ tantôt pour le jubilé; Lavardin, qui les voyait de plus près, se rendait mieux compte de leurs instincts. Il les montre plus ardents contre les seigneurs que contre l'autorité du roi. « Ils ont rendu à quelques-uns, éci'it-il, les coups de bâton qu'ils en ont reçus, et là où c'est la coutume d'ôter la propriété des héritages aux paysans, ils se font donner quittance des arré-* rages qu'ils doivent pour ces domaines congéables. ^ Ailleurs, ils pendaient les gentilshommes, l'épécai:^ côté, à la pointe des clochers. L'intendant de \ss marine craignit un moment pour le port de Brest - Ces démons venaient piller et brûler jusqu'auprès d^ Fougères : « C'est un peu trop près des Rochers, » di — sait Sévigné. Enfin, le 18 juillet, pendant que le du(0 deChaulnes était à Port-Louis, l'émeute recommeo à Rennes. Cette fois, l'autorité du roi elle-même fu méconnue. La multitude envahit les vestibules d palais^ enfonça les portes du papier timbré, enlev^B les papiers, brûla les timbres. On racontait à Pari^ que la duchesse de Chaulnes était arrètée, et leduc:= averti que, s'il faisait avancer des troupes, safemm^ serait mise en pièces. La meilleure assurance qu^ l'on conservât encore, c'est que le temps de la moi.**" son était venu, et que la récolte (car il fallait bie^« ramasser les blés) dissiperait iotite cette belle assett^^ blée (I).

(1) Voir les lettres de Chaulnes et de Lavardin à Golbert ping, Corretpcindance administrative. Lettres de Sévigné» 19 ji^"** 21 juillet. Levot» Histoire du port de Brest.

LKS SUEDOIS. BATTl S 197

Le danger de ces agitations était surtout dans leur >îneidenee avec de mauvaises nouvelles du dehors, a courte campagne du roi dans les Pays-Bas était . seule qui eût réussi. L'alliance des Suédois^ si ^ngtemps attendue^ si chèrement achetée^ au lieu e profiter à la France, venait de tourner d'une façon éplorable contre eux-mêmes. Wrangel n'était plus et ancien compagnon de Turenne, qui avait figuré ans trop de désavantage à côté d'un pareil maître, /ieillî, accablé de goutte et de gravelle, pour ne *étre pas retiré à propos, il perdait en quelques 3urs sa réputation. Il avait pénétré sans peine dans ? pays de Brandebourg, pendant l'absence de Télecîur; mais il s'était tout à coup arrêté devant l'Elbe, •'électeur eut le temps de se reconnaître, de rameur ses troupes d'Alsace, de refaire une armée. Après voir repris Rathenau aux Suédois, il poursuivit &urs différents corps épars chez lui, les atteignit ous à Fehrbellin (18 juin), les battit complètement, ^ expulsa de ses provinces, et, de concert avec le Danemark, entreprit la conquête de leurs États d'Allemagne (1). La France apprenait que laPomé- ^nie suédoise étaft envahie par l'électeur de Brandebourg et Wismar menacé par les Danois. Elle •^ut bientôt, du côté de l'Allemagne, une nouvelle plus formidable.

Nous avons vu que Turenne avait encore été une fcis envoyé sur le Rhin. L'Empereur lui avait opposé

'*^ Mémoires du marquis de Pomponne.

198 GUEHRE DB HOLLÂNDR

Montecueulli. Dans l'état de fatigue où les coalisé se trouvaient réduits par les événements de Tannée précédente, le principal intérêt de la guerre était d^ savoir qui remporterait maintenant de ces deux adversaires dont les troupes, à peu près égales evM nombre, étaient les meilleures de la France et d^ ses ennemis. Depuis deux mois, Turenne et Montecueulli manœuvraient autour de Strasbourg, le premier pour préserver TAlsace, le second pour y pénétrer parle pont de cette ville. En vain l'AllemaDd^ en passant le Rhin près de Spire, avait espéré amener son rival dans le Palatinat. Turenne, par $a ferme position près de Strasbourg, l'avait décidé à repasser sur la rive droite, et, s'y portant lui-même, s'établissait solidement à Wilstett, sur la Kinzig (10 juin). On triomphait en France de l'humble retraite de Montecueulli et de la civilité de M. de Turenne qui le reconduisait chez lui. « La tête tourna à nos pauvres ennemis, disait-on, la vue de M. àc Turenne les renverse (l). » Obligé de se défendra sur son propre territoire, Montecueulli tenta encore une fois d'éloigner Turenne de Strasbourg, et, voyan* qu'au contraire son ennemi resserrait ses lignes, il resta huit jours dans son voisinage, sans oser hasaf" der de bataille. Il se décida à se reporter en 9T^ rière (5 juillet); mais à peine il s'était placé sur 1* Rinchen (autre affluent du Rhin), qu'il vit avec inquiétude les avant-postes français s'établir

(1) Sévigné, 12 juin.

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