INTRIGUES DE LA TRIPLE-ALLIANCE U
cette cour. On crut un moment que les cantons de Bàle^ Berne, Lucerne, Soleure et deux autres étaient gagnés à la Triple-Alliance, et que les sept petits cantons n'attendaient plus, pour se décider, que Targent de l'Espagne . Temple en triomphait déjà : « Si cela arrivait, disait-il, la France se verrait tellement entourée de tous côtés, que je crois que cela pourrait l'obliger à laisser le monde en repos pour quelque temps (1). » Le marquis de Pomponne résumait exactement la situation dans cette dépêche à Louis XIV (mars 1669) : « Je ne vois ici qu'une application continuelle à faire un tel ralliement dans l'Europe, qu'il serve de barrière à Votre Majesté toutes les fois qu'elle pourrait entreprendre quelque chose dans les Pays-Bas (2). »
L'idée fixe de Louis XIV était de faire la guerre à la Hollande. Il voulait punir cet insolent modérateur qui avait arrêté la course de ses conquêtes, et surtout il considérait la soumission de la Hollande comme le prélude nécessaire et le gage décisif de l'occupation des Pays-Bas espagnols. Cette politique est catégoriquement avouée par lui-même et par Louvois (3). Pour en assurer le succès, il fallait
(1) Temple, 25 juin 1669 : collection in-18.
(2) Pomponne à Louis XIV. Voir Mignet, tome III, IV partie.
(3) Voir un mémoire de Louis XIV sur la guerre de Hollande, retrouvé et publié par Rousset.
Voir un mémoire de Louvois au grand Gondé, 1671, cité par Mignet : u Le véritable moyen de parvenir à la conquête des Pays- Bas espagnols, c*est d'abaisser les Hollandais et de les anéantir, s'il est possible. »
contre-baltre toutes les manœuvres de ses ennemis^ empêcher la Triple-Alliance de se fortifier d'adhésions nouvelles, et la dissoudre elle-même en gagnant TAngleterre et la Suède contre la Hollande. Telle fut l'occupation de sa diplomatie pendant trois ans; il n'y épargna ni l'argent, ni la ruse, achetant quiconque vdulait se vendre, flattant toutes les passions personnelles ou les antipathies nationales, se montrant tour à tour bienveillant pour les protestants et zélé pour les intérêts catholiques. Il parviendra, grâce à ces manœuvres, à isoler un moment la Hollande, et à se donner le moyen de l'écraser pour quelques semaines par une surprise.
Il savait que l'accord n'était pas pur ni complet entre ses ad versaires ; chacun d'eux n'avait pas même chez lui ou en lui l'unité de vues et de volonté. La crainte de la France avait rapproché les Anglais el les Hollandais; mais des querelles de commerce el de colonies continuaient à diviser les marchands des deux nations. On débattit pendant deux ans le sens de la paix de Bréda; on ne put s'entendre sur le sort des Anglais devenus sujets de la Hollande à Surinam, ni sur le droit d'un des deux peuples à passer devant les forts de l'autre. De Witt était trop véritable Hollandais, comme dit Temple, pour rien abandonner des intérêts particuliers de son pays en considération de la Triple-Alliance, c'est-à-dire d'un intérêt commun. La Suède avait bien contribué à sauver l'Espagne, mais il s'agissait maintenant de lui payer à peu près cinq cent mille écus qu'on lui