‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 62 sur 142 · BATAILLES NAVALES · texte numérisé non relu

BATAILLES NAVALES

Jles luttèrent depuis onze heures du matin jusqu'au oir avec un égal acharnement; c'est le témoignage le Ruyter (1). A la fin les Hollandais ne pouvaient ilus disputer le passage; un seul de leurs vaisseaux »oulait bas^ mais tous les autres^ y compris l'amiral^ liaient endommagés dans leurs mâts^ vergues^ voiles tt toutes manœuvres. « Je ne me suis jamais trouvé i un plus rude combat^ disait encore Ruyter; il a allu passer toute la nuit en réparations. » Ce travail ichevé, il tentait de revenir à la charge, lorsqu'il aperçut douze autres vaisseaux français, sortis de Mlessine et commandés par Almeïras, qui ralliaient Duquesne. Il se reconnut impuissant; le conseil de j;aerre hollandais décida qu'il y aurait imprudence I attaquer un ennemi supérieur, non-seulement par le nombre, mais encore par la qualité de ses vais^ teaux: le plus sage était de se retirer dans la direclion de Païenne.

La victoire, quoique peu décisive, était certaine ; malgré les efforts de l'ennemi, Duquesne introduilait à Messine les renforts attendus. Le succès moral surtout était considérable. <c M. Duquesne, dit ^historien hollandais, acquit dans cette journée beaucoup de gloire en tenant tête au plus grand homme de mer qui fut alors. » La marine française, à qui Colbert désirait tant une belle occasion d'essayer et de montrer ses forces, venait de débuter noblement contre les marins les plus vantés de l'Eu-

0) Basnage, 1676.

iB GUERRE ÛB fiûLLÂKDB

rÔpë. Âtissi^ la joie cle Côlbéri éclata dans éèk félicitaiions à Diiquesné. Son style ohâtigé et déviéïkt enthousiaste; rhiiineur sombre^ qui l*ôbséddit depuis la guerre de Hollande, se dissipe devant l'éspéraiice d'arriver au but de ses eSbris, à la sùpéHbrité maritime. <c Sa Majesté a enfin \i sâtisfâctidft devoir iremporter une victoire contre les tlolktidài^^ qui ont été jusqu'à présent presque toujours supérieurs à ceux qu'ils ont combattus, et elle a cônnili par tout ce que vous avez fait, qu'elle a en vous Uû capitaine à opposer à Ëuyter pour le coiiragé et It capacité. . . Je vous avoue qu'il y à bien longtéM]^ que je n'ai écrit de lettre avec autant dé plaisir H^iïh celle-ci . « • Ayant autant d'envie que vous savez qtië j èii dois avoir que les àriiies du roi soiëiit àii^sl glorieuses par mer que par terre, je iië [iûis tii'ém'^ pécher de prendre part, plus que personiié> à il gloire que vous avez acquise (1). »

ftuyter avait voulu se rétiret ëiî Hollande : sa mission, limitée à six mois, expirait eh février* Mais, en remontant le long de l'ttaîië, il trouva^ k Livourne, des instructions qui Tautorisaieili & ne pas quitter encore la mer dé Sicile. Les Espàgîiôiâ^ heureux de son retour, comptaient sur ses vaissèàiix pour seconder leurs efforts, du côté de la terre^ contre les positions des Français* Pendant un i*udé combat, livré sous Messiiie, le ^ mars, les vaisseaut hollandais et espagnols, mouillés devant lê port^

(1) Lettres de Ck>lbert, collection Clément : tome de la niaHnSi

koht SB fturrsfi iss

téhdàléfat 10 ittôitaéflt d'étttrél* eh lutté. Léi Frftiila étaht deftieuréJ taihqùeur»^ Ifeurs tàissëaUA l*irétit là iiiër à leur tour, et là flotté ennemie fétrdda TéM le iuA. Dafis cette direetioti elle méilaçalt ^aii2lUl> tjué le duc de Yivotlne tenait fort à conirHrér. Il devenait liécestoire de la suivre^ de Tâttàiàet, de là détiiiibe s'il était [lossible. Vivondé lé ^siràit vivemetit; Duquesne eut tout riionnéur dé expédition. Le 22 avrils à la hauteur de Cataiife^ eii bé de FEttla^ à quatre heures après mtdi^ â'éttgta uùé des i^lUs furieuses batailles tlavâles du mékile* « La mer de Sicile^ dit l'historien de HoU tmdè; toute eti feu et eii flammes^ ressemblait au cShi-Olbél^ lorsqu'il vomit de sa gueule infèmdle ^ tbftéilti de feu qu'il recèle dans ses entrailles m^lfureuseSi )» Dès le commencement^ Almeirdé Ait fe; ttlàls bièiltôt un coup plus Cruel frappa les llâildâis. Rujrtér^ sur la tù^ue (I) de son valssèâÙ^ «c3.c>iiiikit ses ordres et âurteillait les môuVéfdëbts son âegmé accoutumé! Toiit à coup^ utiedhdrgé ttiiiraillè l'âttéltit^ lui etllève le devant dh pléd àtiche et liii casse lei deUx os de la jambe droite «K Si k largeur d'une inain dtl-dessus de la chevillée i> "Ftenvérsé par le choc ^ur le pont^ il ne cesse pas encore de commander; couché sur un banc^ il Applaudit à chaque décharge de ses canons et crie à

jaS}\ 'Ti^f «8pl6é de faut^tltlao» couverture ou pavillou, ^i^oû ^^ Htt-dévant dé b dunette, iMtir se gArflâilr du 8ôleil (M de là

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ses matelots : <c Courage^ mes enfants^ c'est ainsi qu'il faut faire pour remporter la victoire. » Mais c'est en vain. Son vaisseau avait soixante-dix coups de canon dans le grand hunier^ quarante-six dans le petit, vingt-six dans la voile sdu perroquet d'artimon. Les autres n'étaient guère plus épargnés : cinq d'entre eux, sans les galères espagnoles, qui les prirent à la remorque, seraient tombés aux mains des Français. Il fallut reculer bien au delà d'A« gousta, jusqu'à Syracuse. Duquesne avait aussi beaucoup souffert; mais, après le répit nécessaire pour réparer ses avaries, il se présenta devant Syracuse et offrit un second combat, qui fut refusé (29 avril). Ce jour-là, Ruyter succombait à la gravité de ses blessures et aux douleurs non moins intolérables du traitement.

La mort de Ruyter fit sensation en Europe. La Hollande avoua qu'elle avait perdu son Turenne. Alliés et ennemis compatirent au deuil des HoUan* dais. Louis XIV, avec sa grandeur natui^Ue, ne refusa pas à l'adversaire mort la considération dont il l'honorait vivant; il ordonna que, si le corps de Ruyter passait à la vue des ports de son royaume, on lui rendit les honneurs par des salves d'artillerie. Cependant il était bien difficile qu'en France on ne se félicitât pas des avantages que cette mort faisait

(l) Basnage, 1676. Il rapporte une lettre de Huyter qui s'attribod la victoire et l'hoaneur d'avoir mià Tennemi en fuite. Mais l'abandon de l'entreprise sur Agousta, la retraite sur Syracuse, et le combat re- fusé par les Hollandais, réfutent celte prétention.

MORT DB RUTTBR %%^

entrevoir. Quelqaes-uns^ ^ut en admirant les derlières paroles de Ruyter^ admiraient aussi la tran- [uillité rendue à la Méditerranée (1). Colbert ne résista pas au besoin de célébrer le succès qui donnait ooore une fois raison à son zèle pour la marine. Il cirivait à Duquesne : « Je ne saurais vous exprimer ox3Qbien je suis touché de la gloire que vous avez ccjuise aux armes du roi par le second combat ;ue vous venez de donner^ et je ne doute pas que 'A Majesté ne vous fasse connaître la satisfaction i^'cUe recevra de deux aussi belles actions que vous v^ez faites dans cette campagne, d Les envieux n'a- ^ient pas beau jeu à venir en ce moment critiquer ^u.c]uesne; quoique Colbert connût et rabrouât aussi ^i^tement que personne les défauts de l'homme^ il ne ^•iffrait pas qu'on méconnût ses services. Le ché- ^ier de Valbelle s'était permis quelques paroles ^<{uantes contre le vainqueur de Ruyter : <c Soyez ^^n persuadé^ lui répondit Colbert^ que vous ne Otiverez jamais de dispositions ni en moi ni en mon s à recevoir ces traits de malignité contre qui que soit^ et beaucoup moins contre un homme qui a t deux aussi belles actions que celles que M. Duesne a faites cette campagne (2). d Liouis XIV n'était pas chez lui quand ces bonnes tvelles arrivèrent; il était déjà dans les Pays- 9 et commençait par les villes de l'Escaut l'exé-

WvigDé, 18 juiD, l"" juillet, 8 juillet, •ottres de Colbert, tome de la marine.

OUI! XIT. — T. IV. itt

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cution du plan de Vauban. Les préparatifs de Le vois^ aussi bien cachés que bien entendus^ aval quelque temps partagé l'attention des ennemis en plusieurs de leurs places. En France méme^ To nion se promenait en conjectures de Cambra Ypres et même à Bruxelles; <c le secret^ disaitn est entièrement dans la tête du roi. » Il eût juste d'ajouter : et dans celle du ministre. A la 1 Condé fut investi le 17 avril, et la tranchée cuve le 21 . En quatre jours, tous les dehors furent r nés; dans la nuit du 25 au 26, le gouverneur oa tuia. La victoire fut doublement agréable aux Pi siens; (c elle ne coûtait que quelques soldats^ el ] un homme qui eût un nom. d Deux jours apr l'armée victorieuse se rapprochait de Bouchain, de l'investissement commença le 2 mai. Cette rapic donna de l'émulation à l'ennemi. La saison, [ belle que de coutume, le favorisait; l'herbe, ve plus tôt, lui promettait les fourrages nécessa Le prince d'Orange et l'Espagnol Villa-Hermof mirent en campagne sans retard, et essayerai troubler le siège de Bouchain.

A la nouvelle de cette tentative, Louis XII vança résolument à la rencontre de l'ennemi, sant devant Bouchain Vauban et ce qu'il pour continuer le siège, il ramena la plus i partie de ses forces près de Heurtebise, entre ciennes et Denain, et les rangea immédiates face de celles du prince d'Orange. On cro} bataille imminente. Pourquoi fut-elle toul

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