PRISE DB CONDÉ ET DE BOUGHAIN
prévenue? D'une part, on vit le roi consulter LouyoiSf les maréchaux, les généraux, puis tirer trois coups de canon et attendre. De Tautre, Tennemi répondit par trois coups de canon, et, au lieu d'avancer, il se couvrit à la hâte de retranchements. Toute la journée et la nuit suivante se passèrent dans cette attitude défensive. Le lendemain, il fut bien évident que liles uns ni les autres ne voulaient prendre l'initiative d'une bataille rangée. Louvois avait donné le conseil Regarder la défensive, auquel se rangèrent les géné- *^ui; et il Tavait donné, dit-on, parce que le succès *^*était pas absolument certain; il eût été regrettable ^^ compromettre dans un échec la personne et la &loire royale ; ce fut aussi l'avis de Vauban, exprimé *^ lendemain. Le prince d'Orange, à en croire ses ^fcûs (1), aurait volontiers combattu ; mais les Espa- S'^ols, avec qui il fallait compter, craignirent qu'une ^^'^laille perdue n'entraînât la perte de toute la ï^landre, et lui imposèrent l'inaction. Ils lui pargnèrent probablement une défaite décisive, uis XIV au moins n'en douta plus, après la t^xemière réflexion. Il se reprocha l'excès de sa t^^udence; il regretta toujours la bataille qu'il 'ï^^avait pas gagnée. Ce fut comme un remords qui ^e poursuivait jusque dans le sommeil, et l'origine d'une rancune contre Louvois qu'il avouait encore ^ngt ans plus tard (2).
(0 Temple, Mémoires de,,, la Chrétienté, eh. ii.
(9 Voir dans Reotaet, ch. ix, la citation de Dangeau, page 227 du tomelj.
Pour le moment^ il avait renversé les projets de ses ennemis. Le prince d'Orange pouvait tout au plus se féliciter d'une bonne fortune négative^ non d'un succès. Tenu étroitement en échec par V du roi, et caché derrière ses retranchements, il n fut pas en son pouvoir de troubler le siège de Bou chain. La valeur du régiment des fusiliers, le plu brave du monde, au dire de Vauban, la vigueu incomparable des ingénieurs et neuf mille cou de canon avaient bouleversé tous les dehors. Quel ques troupes revenues de Heurtebise contribuèren au dernier assaut. Bouchain capitula le dixièm< jour (11 mai). Le roi ayant ensuite levé le cam de Heurtebise, le prince d'Orange c< s'en retourna;^ dit son ami Temple, pour faire rafraîchir son mée harassée par les longues et pénibles march qu'elle avait faites. » Il ne put rien tenter con les travaux que les Français exécutaient dans 1 deux villes prises; il dut se réduire à surveiller 1 mouvements du roi, tantôt du côté de Douai, tanto' du côté de Bruxelles. Louis XIV se vantait d'em-barrasser ses ennemis par sa seule présence (1). I avait raison; tant qu'il demeura aux Pays-Bas,. Guillaume n'entreprit rien de sérieux.
Un souci plus cruel encore arrivait aux États
(1) Louis XIV à Golberty 2 juin 1676 : « Je suis ici dans im Ikn j'ai besoin de patience. Je veux avoir ce mérite de plus à la ga< et faire voir que je sais embarrasser mes ennemis par ma seule sence. Car je sais qu'ils ne souhaitent rien avec tant d'ardeur qv^mon retour en France. » Œuwres de Louis XIV, tome TV.