PAIX ENTRE LA FRANGE ET LA HOLLANDE
isseaux chaînés de sel (1). Ainsi^ quoique la marche gériiérale des événements donnât en ce moment la sii j>ériorité à la France, la guerre commencée contre la Hollande se terminait au profit de la Hollande par le rétablissement intégral de son territoire et la suppression des entraves apportées à son commerce. Coll^ert subissait là une contradiction dont il ne se consola jamais. Louis XIV ne voyait dans cet accord , comme dans l'évacuation de 1673, qu'un changement de front opportun, et, dans la retraite des Hollandais, un gage de sa victoire et de sa doîï^înation sur les grandes puissances de l'Europe; il se oonsola sans peine par l'importance et la gloire &*^Tidiose de ce résultat.
Li€ prince d'Orange lui-même aurait dû être sa-
^*sfaît. Son but légitime n'était-il pas atteint?
Cînarçé de sauver son pays, il l'avait pris tout en-
**er sous les eaux ou sous les armes de la France,
^^3 avec une opiniâtreté infatigable de six années, il
lui ^vait rendu son sol, son indépendance et son
^^ïXimerce agrandi. Il ne perdait rien lui-même de
*^ fortune ; ses biens patrimoniaux, compromis par
Swerre, lui revenaient intacts, et le salut public
^^ lui coûtait aucun sacrifice personnel. Quel grief
"*i restait-il donc contre la fin de la guerre? Il lui
'^'^lait sa haine intraitable de Louis XIV, et son
^*^vîe livide des succès d'autrui. Il fut le premier à
I^^otester contre la paix faite sans lui ; il essaya de
C^) Dumont, Corps diplomatique, lomo VII.
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la déchirer par un acte odieux qui pouvait rendre de Taudace aux alliés. Heureusement la mauvaise issue de son entreprise déconcerta les complices tout prêts à rimiter.
Jusque-là Thypocrite assassin des frères de Witl s'était abstenu de tout crime envers la France. Il avait pu la haïr^ ne lui laisser aucun repos^ lui susciter pour ennemie toute TEurope : il s'était tenu dans le droit de légitime défense. Quiconque a senti l'opprobre de l'invasion étrangère comprend^ par son propre cœur, ce besoin de lutte et de réparation. Mais il n'appartient à personne^ pas même à l'honneur national^ de violer le droit des gens. A défaut de toute autre ressource, le prince d'Orange en vint à cette extrémité. Quatre jours après la conclusion de la paix, le 14 août, il attaqua l'armée du duc de Luxembourg, qui bloquait Mons. II espérait la surprendre; il croyait, par une victoire d'autant plus facile, rallumer la guerre générale. La bataille fut rude, meurtrière comme Senef^ et également indécise. Les Français occupaient deux fortes positions : l'abbaye de Saint-Denis et la bruyère de Casteau. La première fut enlevée par le prince d'Orange; la seconde, sérieusement menacée par l'Espagnol Villa-Hermosa , fut à la fin gardée par les Français, et les Espagnols poursuivis dans la plaine. A la chute du jour, les Hollandais euxmêmes se retirèrent en bon ordre et sans être véritablement vaincus.
C'était, dit Luxembourg, un des plus torla com-
BATAIU.E DE MONS 295
ts d'infanterie qui se fussent encore donnés. IT^mple, pour couvrir sous la gloire le forfait de son fai.^^ros^ dit aussi qu'il n'y avait pas eu d'engagement p 1 «is considérable de toute la guerre. Cependant le ime>ros n'osa pas recommencer le 15^ et, le 16^ il anm^z^nçait à Luxembourg que^ la paix étant conclue, il a "* ^ avait plus lieu de combattre.
Comment ne l'avait-il pas reconnu deux jours plus tô^? Il savait certainement^ le 14^ avant l'attaque^ cfc^ela paix était faite. Luxembourg l'avait appris^ ce jour-là^ à neuf heures du matin^ et son courrier a^vaiiteu de longs détours à faire pour arriver jusqu'à lu i. Le courrier expédié au prince d'Orange, par un cliemin plus direct, et à travers les terres de Hollande, ne pouvait pas être en retard d'un jour. On savait à Londres, le 14, au delà de la mer, ce qui *'élait passé à Nimègue le 10 (1). Est-il vraisemblable <lue le prince d'Orange fût moins bien informé sur le continent? Sans doute il protesta, dans des lettres publiques, que la nouvelle de la paix ne lui était parvenue que le 15. Il le répétait encore, en 1700, au maréchal de Tallard, dont il avait besoin de capter la confiance pour les négociations relatives à la succession d'Espagne (2), Mais voici un témoignage qui lui ferme la bouche, et c'est le sien propre. Dans une conversation avec Gourville (1681), où il
0) Ungard. Il cite une lettre du duc d'York, du 4 (vieux style)» ^«t-âi,^i^ du 14 août.
^> Basnage, 1678.
essayait de se justifier de plusieurs accusations qui couraient en France contre lui, il avoua a qu'il n'avait pas dans sa poche la copie de la paix, mais qu'il savait qu'elle était faite, qu'il avait cru que ei pouvait être une raison pour que M. de Luxembourg 7}e fût plus sur ses gardes, et qu'il avait considéré que s'il perdait quelque monde, cela ne saurait êin d'aucune conséquence, puisque aussi bien il fallait et réformer (1), » Est-ce clair? et chacun des membres de cette phrase n'est-il pas une nouvelle confession d'un calcul criminel? En France, on n'hésita pas î lui rendre justice. Les uns tournaient en dérisior ses excuses (2); les autres donnaient à sa perfidie son vrai nom. a C'est une espèce d'assassinat, disai Bussy, qui mériterait qu'on en informât, d
La paix particulière de la France avec la Hollande avait également irrité les autres alliés. Au momen de la signature, les négociateurs français ayant pro posé à Temple de se joindre à eux, il les reçu comme s'ils avaient voulu l'assassiner. L'évêque di Munster, le roi de Danemark, l'électeur de Brande bourg, protestèrent avec colère ; ils adressèrent au? Etats-Généraux la demande impérieuse de ne pai
(1) Mémoires de Gourville, 168L
(2) Sévigné, 23 août 1678 : « La paix étant faite et signée, M. le prioc d*0range a voulu se donner le divertissement de ce tournoi... L lendemain du combat, il envoya faire ses excuses à M. de Lazem bourg, et lui manda que, s'il lui avait fait savoir que la paix était si gnée, il se serait bien gardé de le combattre. Cela ne vous paratt-il pi ressembler à l'homme qui se bat en duel à la comédie et qui deaiand pardon à tous les coups qu'il donne dans le corps de son eoneim?
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ra.t.ifîer l'œuvre de leurs uégociateiirs. Brandebourg suirtoul ne voulait rien entendre. Une première fois, il représenta que, si la France se réservait le droit d^ii.ssister ses alliés, la Hollande devait l'assister huitième, et au moins, avant la ratification, pourvoir à a sûreté du duché de Clèves. Quelques jours plus tard, il leur envoyait des reproches de leur ingratitude pour avoir abandonné les alliés qui les avaient sauvés, et des menaces de ruine pour avoir dégénéré des vertus de leurs ancêtres(l). Charles II offrit encore ses services, afin d'obtenir de son parlement l'argent q'^^il ne pouvait plus espérer de Louis XIV, L'Es- P^&ï^e aurait volontiers profité de cette effervescence pour retarder la conclusion qu'elle redoutait plus ^ue personne. Mais la résolution des Hollandais *^aîi rompu le nœud de l'alliance; les tronçons ^P^ï^ qui en rejetaient s'agitaient en vain pour se '"approcher et revivre. Dès le 19 août, l'Espagne ^^&riait une suspension d'armes en attendant la P^ix (2).
Il ne fallut pas même les six semaines convenues
P^-^^^l!' en finir. Louis XIV avait accepté les Hollan-
^^s pour médiateurs des difficultés de détail qui
P^^^vaient surgir dans cette négociation; il les attacha *^^Ore plus étroitement à son parti en leur concé- ^^t de nouveaux avantages. Il substitua (3 sep-
^^^V)re) les tarifs de 1664 à ceux de 1667, et déli-
O) Basnage, 1678.
Dumont, Corps diplomatique , tome VII.
vra presque immédiatement des passe-ports à leurs marchands et négociants. Les Hollandais^ de plus en plus satisfaits^ pressèrent les Espagnols de céder; le 17 septembre, le traité d'Espagne fut signé. II j contenait, sans en retrancher un mot, tout ce que - Louis XIV avait signifié dans ses propositions du j
9 avril. La France rendait ses conquêtes éloignées, ^ Gand, Oudenarde, Courtray, Ath et Saint-Gbislain,^^ Charleroi et Binche, Limbourg, Leeuw, les pay d'Outre-Meuse et Puycerda en Catalogne; elle ga dait tout ce qui arrondissait son territoire, la Franch Comté tout entière, Condé, Valenciennes, Bouchain Cambrai et le Cambrésis, Aire et Saint-Omer, Ypres Warneton, Warwick, Poperinghe, Cassel, Bavay et* Maubeuge. L'Espagne s'engageait en outre (art. 18), « comme l'avait fait la Hollande, à ne secourir, dans ^ la présente guerre, aucun des princes qui combat- taient encore le roi de France ou ses alliés (1),
Aussitôt que les Espagnols eurent signé, les États Généraux ratifièrent (19 septembre) leur paix du
10 août. En même temps, Louis XIV leur envoya l'acte d'amnistie réciproque en faveur des sujets de chacune des deux nations qui avaient pris du service sous les ordres de l'autre. La satisfaction éclata dans les Provinces-Unies. On fit des feux de joie; à Delft, à La Haye, on se porta sur le passage de l'ambassadeur de France, avec une afduenee plus grande qu'à la réception de la princesse d*Orange.
(1} Dumonty Coit>s diplom.