PILLAGE DES BENEFICES
& servir plus de onze mille livres de pension à ivers personnages très-peu gens d'église à coup kr, tels que Benserade, le secrétaire du duc de evers et le bibliothécaire de Mazarin. Sévigné a sndu non moins célèbres les charges qui pesaient ir Farchevêque d'Albi (1676). c< On a, dit-elle, onné Albi à M. de Mende^ mais à douze mille rancs de pension : trois mille au chevalier de [ogent^ trois mille à M. d'Agen, son ami, et six aille à M. de Nevers, je ne vois pas bien pourquoi, î ce n'est pour une augmentation de violons dont il e divertit tous les soirs (1). » Entre le roi, quistipuait ainsi la part de ses favoris sur le revenu des fvéchés, et les anciens simoniaques du moyen ge, tant combattus par Grégoire VII, la différence l'est vraiment que dans la forme. Si l'on veut avoir maintenant quel effet les commendes produiaient dans l'ordre monastique, on n'a qu'à lire les ilaintes d'un évêque de Lodève contre un commenlataire de son voisinage (1673). Ce chevalier Du iosc, investi d'un prieuré de l'ordre de Grammont, ivee mille écus de revenu, y détruisait la vie reli- ^euse et dénaturait la propriété. « Il n'y veut faire lueun service, dit l'évéque, ni y tenir aucun relipeux , bien que sa fondation l'oblige d'en avoir louze. Il a fait couper et vendre tout le bois d'une Forêt dans laquelle j'ai mon chauffage; et le roi, ^ui est coUateur de ce bénéfice, y est intéressé
(1) Sévigné, 12 août 167G.
comme moi (1). » Ce danger n'empêchait faveurs royales de s'exercer à tort et à tra dépens des monastères.
En 1672, le roi payait Talliance du ps Neubourg en donnant au second fils de c l'abbaye de Fécamp (2). En 16T7, il don: abbaye à M°® de La Fayette, en grande | retour des compliments que cette marquise vait sur la prise de Valenciennes (3) ; et u de vingt mille livres de rente à une femme mandée par M"® de Montespan, et don gnité excitait un murmuregénéral(4). L'usi blit si bien de considérer les abbayes ce prix des services rendus au roi, que les hoi plus sérieux et les plus graves ne rougisss de les solliciter. Vauban avait d'abord reçu de Brantôme. Plus tard (1684), il trouva c de solliciter un échange. Une abbaye vc Sens était devenue vacante. <c S'il plaisait écrivait-il à Louvois, de me l'accorder en n celle de Brantôme, il pourrait faire plaisir personnes en même temps, premièrement qui suis son très-zélé sujet, et qui fais h menl ce que je puis pour mériter le pain q bonté de me donner: 2** à mon neveu Du lui accordant une pension dessus; S"" à m
(1) Depping, tome IV.
(2) Mémoires de Pomponne.
(3) Lettres de Louis XIV, 27 avril 1677, tome V.
(4) Sévigné, 22 octobre 1677.
PILIAGE DES BÉNÉPTCES 3W
lé; 4^ à celui à qui il lui plairait de donner >aye de Brantôme (1). »
1 a pu dire sans exagération que peu à peu les s ecclésiastiques étaient sécularisés par l'autoroyale, et ne servaient qu'à fournir au prince doyens de récompenser les ministres de sa puise arbitraire (2). Louis XIV fortifiait ce reproche le respectant pas même, dans la collation des £ceSy les formes extérieures prescrites par le lordat. Si le pape refusait les bulles aux élus, >i passait outre par un arrêt de son Cionseil, me l'intendant Foucault (8) nous l'apprend à ïos de l'abbaye donnée à l'une de ses sœurs 3). Arnauld de Port-Royal écrivait à ce sujet : I demande la dispense au pape, et l'on ne se ient plus alors qu'il ne peut rien que pour l'édiion et non pour la destruction ; c'est au contraire • autoriser le mal qu'on reconnaît en lui une sance sans bornes. Mais s'il ne lavent employer pour s'opposer à ce désordre, ce sera alors n trouvera bien moven de la borner. Il aura i refuser ses bulles, on s'en passera bien. On •a de l'abbaye sur un arrêt du Grand-Conseil, aucun titre canonique, et on ne se contentera de voler le bien des pauvres, mais on s'attria, contre toute sorte de règles, la nomination
^oir Histoire de LouvoiSf tome III.
Smipirs de la France esclave^ cités par M. Gérin.
Mémoires de Foucault.
aux bénéfices, qui devrait, en ce cas, appartenir ou aux religieux ou à Tévêque. »
Nous passons volontiers à un autre ordre d'idées plus favorable à la gloire de Louis XIV, parce qu'il nous fait voir Tautorité souveraine mise au service de rintérét général. Il s'agit de la paix publique déjà rétablie par l'utile sévérité des Grands-Jours, mais violée encore partiellement partout où l'éloignement, le moindre relâchement de surveillance, encourageait l'espoir de l'impunité. Il y avait toujours dans les gouverneurs de provinces, dans la noblesse, dans les seigneurs de campagne, dans les soldats rassemblés au milieu des ' populations, des instincts d'arbitraire, de violences, de rapines, d'insolence, qui s'émancipaient à l'occasion et ne cédaient qu'à une répression supérieure. Il y eut toujours aussi dans le roi énergie et fidélité à exercer, au profit de la tranquillité publique, la puissance qui grandissait chaque jour entre ses mains.
Çà et là reparaissaient les guerres privées du moyen âge. Nogent-Trelans ayant été assassiné en Languedoc par Sénégas Saint-Pierre, les parents de la victime et les vassaux du meurtrier venaient en Rouergue assiéger Sénégas dans une métairie^ ^^ l'assassinaient à son tour sans jugement. Un sire de Cantobre, avec des amis et des bandits à ^ solde, ravageait le marquisat de Roquefeuille^ ^^ levait sur les tenanciers de la terre plus de vingt mille écus. Un sieur de Saint-Léonard enlevait l'argent de la taille sur les grands chemins des