ORDRE PUBLIC
mains mêmes des consuls qui le portaient à Montauban; puis^ rentré dans son château^ il attendait fièrement qu'on vînt lui demander compte. Un chevalier de Broues ravageait T Armagnac, volait aussi l'argent de la recette; et les vice-sénéchaux, intimidés par son audace, n'osaient pas l'arrêter. Un sieur de Castel-Ferrus favorisait les crimes du lieutenant de sa justice pour en partager les profits. Les détails de cette histoire, exposés par l'intendant Foucault, paraîtront sans doute un tableau de mœurs assez curieux.
Le sieur du Sol, lieutenant de la justice de Castel- Ferrus, avait à ses ordres quatre notaires et quatre témoins avec qui il tenait bureau de faussetés. Grâce à leur ministère, il enlevait le bien d'autrui par de faux tesUiments, obligations, contrats de vente et autres actes. Plus de sept cents actes de cette fabrique avaient rempli de procès toutes les juridictions de Gascogne et même le parlement de Toulouse. Toujours au courant des morts qui arrivaient dans leur voisinage, les faussaires, selon ce qu'ils savaient des affaires de chaque défunt, passaient immédiatement un acte par lequel ils le faisaient disposer d'une partie de son bien et quelquefois du tout. D'abord quelques voix s'étaient élevées pour dénoncer du Sol; mais, en sa qualité de lieutenant de justice, il avait poursuivi si rudement quiconque s'attaquait à lui, que personne^ n'osait plus ouvrir la bouche. Le sieur de Castel-Ferrus, son supérieur, y joignait son autorité, parce que du Sol
avait fait un faux codicille au bénéfice de ce gentil-— — . j homme. Les prévarications des notaires étaienV^ ^ énormes. « Un d'entre eux, âgé de plus de cen^ c( ans, m'a avoué, dit Foucault, qu'il n'avait jamais <c fait un acte véritable (1). »
Foucault, investi de l'intendance deMontauban ne se contenta pas de châtier les fabricateurs d» fausse monnaie et de faux timbre qui opéraient p bliquement à Cahors, et d'assurer les rentrées d fisc en vengeant sa cause. Il jugea très-importa au repos des peuples de faire des exemples en personne des oppresseurs les plus coupables, et rendre la joie à tous, comme il le dit, en assurant chacun la véritable propriété de son bien. Il débu par mettre à la raison des troupes convaincues violences à Cahors, à Auch, à Villefranche; d officiers furent châtiés, des cavaliers, dragons soldats pendus. Il fit, dès la première année (1675)^ des exemples sur des gentilshommes accusés d'o pression surtout dans le voisinage des Pyrénées, sur des notaires et sergents faussaires. Le comte d Foix, gouverneur du pays de ce nom, vexait 1 province, et soulevait les murmures des États tous les gens de bien, et Caulet, évêque de Pamierî?^^ protestaient contre lui. Foucault obtint qu'il révoqué et relégué à Sisteron. Il avait arrêté I meurtriers de Sénégas qui furent renvoyés deva
(1) Voir les Mémoires de Foucault, et, dans les pièces annexées» . ^ lettre à Colbert du 9 septembre 1676.