‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 95 sur 142 · NOUVEL ÉDIT CONTRE LE DUEL · texte numérisé non relu

NOUVEL ÉDIT CONTRE LE DUEL

Teillance pour les nobles, eomme un gage de conservation de sa noblesse^ qui se décimait elle-même par les combats singuliers. Il entendait concilier à l'avenir tous les différends par la persuasion. Les maréchaux de France, les gouverneurs de provinces et leurs lieutenants avaient ordre de s'appliquer à terminer tous les différends qui pourraient arriver entre ses suj'etSj de mander devant eux tous ceux qui auraient quelque différend. Quiconque assisterait ou se rencontrerait^ quoique inopinémentj aux lieux oti se cornmettraient des offenses à l'hormeur^ était tenu d'en avertir les maréchaux, gouverneurs et lieutenants, sous peine d'être réputé complice. Si, en dépit de ces mesures protectrices, quelqu'un s'estimant offensé faisait un appela qui que ce fût, il demeurait déchu de pouvoir jamais avoir satisfaction de t offense ^ objet de sa plainte; il tiendrait prison pendant deux ans^ payerait en amende, à T hôpital le plus voisin

de sa demeure, la moitié de son revenu annuel,

serait suspendu de toutes ses charges et de leur revenu pendant trois ans. Si enfin, quelqu'un osait Se battre en duel, il encourrait la peine de mort et l'infamie ; il serait dégradé de noblesse et déclaré lt>turier ; ses biens seraient acquis au roi, ses bois de baute-futaie coupés en certaine hauteur, ses succes- ^urs obligés à changer leurs armoiries. Le temps OQême et une longue impunité ne pouvaient rendre aucune assurance au coupable. « Le crime de duel, ^ dit l'Ordonnance, ne peut être éteint ni par la ^ mort, ni par aucune prescription de vingt, de

« trente ans, ni autre, encore qu'il n'y ait ni exéci^ ^n. « tion, ni condamnation, ni plainte, et pourra et j^re ce poursuivi, après quelque laps de temps que cç

« soit, contre la personne ou sa mémoire (1). » 1 Je/ était le langage que, au sortir de la guérite de H^c=)ilande, le dominateur de l'Europe croyait avoir le droit de tenir à cette noblesse jadis si fière et si turbulente, et maintenant soumise à toutes ses v-^olontés. Tout se taisait au dedans comme au deho^r^. Par une coïncidence favorable, les dernières trac:3es de résistance disparaissaient à ce moment même a^»^ec les noms les plus illustres des anciennes factice os politiques ou religieuses. Nous ne parlons pas d^ la vieille duchesse de Chevreuse, morte en 1679, pamrce que depuis vingt ans elle était enchaînée au roi ^1 à Colbert. Mais il avait existé longtemps, autour de M"' de Sévigné, une petite société frondeuse, q^ ^h çà et là, par des malices, des réticences, des ent^ *^ ii^ents, rappelait les hardiesses de l'époque pré^^édente. Ces débris tombent enfin et les uns sur 1^ autres, la duchesse de Longueville et le cardinal de Retz (1679), La Rochefoucauld (1680), PouquetL «imême, cette vieille rancune du roi et de Colb^^rt, meurt au moment de sortir de captivité (1680). c: J^ n'ai jamais vu perdre tant d'amis, écrit Sévig^^^î cela donne de la tristesse de voir tant de morts .^sutour de soi (2). y> Cela faisait le vide dans des ra

(1) Voir Isambert, Anciennes Lois françaises, tome XIX.

(2) Sévigné, 3 avnl 1680.

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suspects^ et cela ne devait pas afQiger le roi de ne ^oir plus autour de lui d'autre importance que la sienne.

Par une rémunération légitime^ les ministres^ dont les talents et l'activité contribuaient pour une si forte part à la prospérité royale^ grandissaient à l'ombre du roi et s'élevaient par-dessus les anciens nobles. La splendeur de Louvois et de Colbert est alors dans tout son éclat. La guerre de Hollande^ par les grands succès des armes^ avait consolidé la faveur de Louvois au point d'en rendre Colbert inquiet. Louvois en jouissait pleinement lui et les siens. Son frère était archevêque de Reims. Son père, Michel Le Tellier, n'avait quitté définitivement l'adtninistration de la guerre que pour monter à la dignité de chancelier (octobre 1677)^ aux applaudissements même des jaloux (1). Les grands seigneurs recherchaient son alliance; le mariage de sa fille ^vec le duc de La Roche-Guyon^ petit-fils de La liochefoucauld^ mettait en mouvement^ par les pré- |>aratifs et par la cérémonie^ toute la haute société^ « toute la France, x» Son importance s'étalait ouvei^ fument dans les richesses de son château deMeudon^ ancienne demeure des Guise et de Servien, qu'il embellissait à l'imitation des maisons royales^ et Jiiréparait à suffire un jour à la résidence du dau-

(1) Sévigné, 3 novembre 1677: t Le roi a fait M. Le Tellier chanceiier, cela a plu à tout le monde... Cela donne de grandes espérances de l'exacte justice; cela fait plaisir aux gens de bien. »

Colbert n'était pas moins bien traité. Lui, aus< il avait son château de Sceaux, que les siens devaie^L__iï/ transmettre au plus chéri des fils naturels du va^^j. Ses alliances avec les familles les plus illustres s**" <f. talent multipliées depuis le mariage de sa fille ain ^e avec le duc de Chevreuse (1669) ; il avait marié la seconde avec le duc de Beauvilliers (1671); ilmar^ia la troisième (1679) avec le duc de Mortemart. L^es noces de la nouvelle duchesse de Mortemart coûtèrent au roi quatorze cent mille livres, huit cent mille pour les dettes du mari, six cent mille pour iadot de la femme (1). Il avait fait un de ses frères évéqii^ d'Auxerre, il fit un de ses fils coadjuteur de Rouen ^ Tâge de vingt-six ans (1680). Il partageait depuis long" temps déjà les soins si laborieux de ses nombreuses charges avec son fils aîné, le marquis de Seignelay ^ qu'il destinait à lui succéder. Après la paix, ilobtii^^ le ministère des affaires étrangères pour son frè: Colbert de Croissy, diplomate médiocre, mais pè: du marquis de Torci. Pomponne venait d'être rév que de cette charge par un caprice du roi, pour i»- ^ manquement d'exactitude. Louvois et Colbert avai^*^^ ensemble contribué à sa disgrâce, chacun espéra •^^ disposer de la succession. Ce fut Colbert qui VetM:^' porta, et par là il parut avoir effacé son riv^ ï» «t Faites réflexion, disait Sévigné, à toute la piii^ sance de cette famille, et joignez les pays étrange «^ à tout le reste, et vous verrez que tout ce qui est ^^

(1) Souvenirs de M™« de Caylus.

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