DÉBATS U£ L ASSEMBLÉE
d'état pouvait-il réellement désirer qu'il n'y eût plus de prêtres, plus de culte? Lors de la discussion sur la formule qui serait adoptée pour la promulgation des» loisy Pétion voulait qu'on retranchât les mots par la grâce de Dieu; Mirabeau les fit conserver : a Us sont, dit-il, un hommage à la divinité, et cet hommage est dû par tous les peuples du monde. »
Beaucoup d'évêques et de chapitres protestaient contre la constitution civile du clergé; des ecclésias^ tiques l'attaquaient en chaire, des opposans faisaient drculer de nombreux écrits. Yoidel fît un rapport sur leurs actes de résistance, et présenta un projet de dé" cret pour obliger les fonctionnaires ecclésiastiques à prêter ce serment qui réveillera toujours un des plus afiligeans souvenirs de la révolution. Ceux qui refu'seraient le serment seraient remplacés:; et s'ils s'im-; misçaient dans quelques actes de leurs anciennes fonctions, ils seraient poursuivis comme pertiu*bateurs du repos public (!à6 novembre). ; *
Barnave, malgré les efforts de Cazalès, fit repous<^ ser tout ajournement. Alors l'évêque de Clermont prononça quelques paroles, avec toute la (Jighité de son caractère et de sa situation. « Les lois humaines, dit-il, ne peuvent régler que les objets purement po* litiques : l'organe du Fils de Dieu, c'est l'Église; qu'elle parle, et chacun de nous écoutera sa voix avec
respect Le clergé sera patient et résigné... Nous
nous abandonnons aux soins de la providence. Nous montrerons une fidélité constante à la nation, à la loi
398 TROUBLES bu ROTAUMB.
et au roi; nous prêcherons l'obéissance à lautoritë légitime, dont celle de Dieu est le plus ferme appuij et hous formerons des vœux pour le bonheur public. ^
Mirabeau, à l'aide de quelques notes, improvisa un discours accusateur de la conduite du clei'gë; Lom d'adoucir le projet présenté , il Voulait que les ecclésiastiques obligés au serment fussent cent qui exerci»raiént le ministère dé la bonfession ; ihesure qui fût devenue la {ilus inquisitoriale de toutes. .
L'abbé deMontesquiou et l'abbé Maury exposèrent les motifs qui ne leur permettaient pas d'adhérer à ta constitution du clergé; celui sur lequel ils insistèrent^ était le dé&utde concours du pouvoir spiHtuel. L'abbé de Montesquiou s'énonça avec l'onction qu'il puisait dans son cœur; ses paroles respiraient l'amour, dé là paix; il crôjait tout possible si l'assemblée s'adressait à l'autorité spirituelle. Les éloge^ que Mdury donna abx évêques^ forent interrompus par de violens murmures : « £n rendant cet hommage à nos ch^fs, rêprit-il, en les louant cbmtne la postérité les louera^ je sers la chose publique. Prénez-y gardej il est dangereux de faire des martyrs, de persécuter des hommes qui ont une conscience, qui sont disposés à rendre à César ce qui appartient à César, mdis aussi à rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu; et qui sont prêts à prouver par leur mort^ s'il le faut, que s'ils n'ont ptl se concilier votre bienveillance, ils savent forcer votre estime. »
L'inflexible Camus lutta d'érudition avec les théei-
0ÉBA.T8 DE L'ASSEKBIiéB. 29$
lagîené ; et fut un dei hommes qui , par leui* ténacité) èontribuèrent le plus à faire imposer le ferment aui fonctionnaires ecclésiastiques (a 7 novembre); • i
Louis XVI, eti recevant le nif>uveau décret, sentii sa conscience profondément troublée: îl différait de prbtioiicer; et le délai pour accorder bu refuser Ip sanction était écoulé depuis vihgt jours, lorsque Tais^ semblée lui envoya son président pour te prier de ftiii*e cbnnàîlre les motifs dé be retard (a 3 décembte). Lb roi répondit que sbn respect poui* hi religion et sbn désir d'établir les lois sans troubles^ l'avaient dé:^ làdé à pi*endrë dëâ mesui-es dont il &ttendà% l'ejfïel d'Un jbbr ài'àubè(i); qu'il comptait eut là bbBfianiii^ de l'ttssëmblée nationale^ puisque les moyens de doif^ beul* étaient les pluà propres à rapproehër les esprits et à consolider les bàsëâ de \tt constitutibtii Gettb Sagi i*époiise souleva de tift débats dans l'a^emblée; 1| ptsésideiit fut chargé de rëtbUrher ve^S lé M^n 6^^ Sistèt^ àur la sâtictioii : Louis. XYI k dbuna (ià). « -
L'^vêqUë db Glermeint vbUlut fkfre bbniiftttre lél dispoSilibUs dé te t>lus grande partie du clbi*|^; il b^
(t) Louis XTI preksutlepàpedeletirerdesescTaelseiiikurfas.ii'àrditf* véque d*Aix avait rédigé VEa^osition dfs j>rlacîpes des évêques, ioai§ nf^ continuait pas moins de regarder les voies de conciliation comme les plus sages; il secouclait le roi dans ses vues pacifiques^ et lui of&it m^è a*àne^ Il Romfe, ce qiii ne fut Jpiis aceej^té * il y avait de très ooutNibles ititrigUèi.
(») Quelques momens après» il dit au comte 46 Fersen. : « J*ainierals mieux être roi de Metz quejde demeurer roi de France, dans une position pareille; mais cela finira bientôt. » Ces paroles s'expliqueront dans la section soiVttnte.
30O TROUBLES BU ROTAUKE.
frit cette formule de serment : « Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de Tordre politique, la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le roi, exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle.» Une foule de voix Tinterrompirent, et le rappelèrent au serment tel qu'il était décrété.
. Ceux des membres de l'assemblée nationale qui étaient astreints au serment devaient le^ prêter dans son sein ; et le 4 janvier (1791^) était le terme de rigueur. Dans cette séance, tout se réunit pour donner plus d'éclat à la résistance. Les ecclésiastiques qui adhéraient au décret s'étaient empressés, dans les jours piréçédens, de monter à la tribune et d'adopter la constitution civile du clergé; il ne restait donc pdus à interroger que des hommes qui répondraient négativement; on allait mettre en évidegoce leur nombre et leur courage. Le président, sans y être obligé, prescrivit un appel nominal qui condamnait ra$sem- J>lée à subir une suite non interrompue de refus. Les démagogues avaient fait entourer la salle par une multitude en fureur qui, dès que l'appel nominal commença, poussa des cris, à bas, à la lanterne les non» jureursl Certes, il est atroce de violenter des hommes auxquels on demande l'acte qui doit être le plus libre; mais quelle stupide maladresse se joint à une ignoble brutalité, quand il est certain que le danger n'intimidera personne, et ne fera que rehausser le
Dl^BATS DE l'assemblée. 5ot
triomphe du faible qui résiste! Le premier ecclésiastique appelé fut levêque cl'Agen; il voulut faire quelques observations, aussitôt une partie du côté gauche cria : <c Le serment ! Oui ou non. d Les clameurs du dehors interrompirent la séance, et Bailly sortit pour aller essayer d'obtenir du calme. L'évêque, interpellé de nouveau, répondit: a Je ne donne aucun regret à ma place, aucun regret à ma fortune ; j'en donnerais à votre estime queje veux mériter;» et il exprima la peine qu'il ressentait de ne pouvoir prêter le serment. Le second ecclésiastiqueappeléétait uncurédu mêmediocèse; ilpro* nonça ces mots : a Je dirai, avec la simplicité des premiers chrétiens à laquelle vous voulez nous ramener , je me fais gloire de suivre mon évêque comme Laurent suivit son pasteur. » A peine un troisième eut-il dit, « je suis enfant de l'Eglise catholique, » qu'un violent tumulte couvrit sa voix. Le président annonça que les seules réponses devaient êtreyiey^^re ouye ref use, BonuHi, affligé de voir ce qu'une pareille séance avait d'humiliant pour l'assemblée et de dangereux pour les hom« mes qu'on donnait successivement en spectacle, repré* senta qu'aucun décret n'avait ordonné l'appel nominal ; et, malgré l'obstination d'une partie du côté gauche à vouloir que cet appel continuât, il fît décider que le président lirait la formule du serment, puis inviterait ceux qui voudraient le prêter à monter à la tribune, et à prononcerye le jure.
Un seul curé jura; plusieurs, au milieu des interruptions, offrirent de prêter le serment, les uns avec
30SI XAOUBLES DU aOY^-UHE.
la formule proposée par l'ëvéque de Clermoat^ \^9 autres avec des restrictions sur lesquelles ils pe s'expliquaient pas. Un silence agité régnait depuis un quart d'heure dans rassemblée. Enfin, le vieil évéquç de Poitiers s'achemina vers la tribune, et le côté gauche eut un moment d'espoir. «J'ai soiiante-dix ans, dit le prélat ; j'en ai passé trente-cinq dans l'épiscopat, où j'ai fait le bien que je pouvais faire. Accablé par l'âg^ et les infirmités, je ne déshonorerai pas ma vieillesse; je ne veux pas prêter le serment; je prendrai mon sort en patience. » Ce noble langage excita les applaudissemens prolongés du côté droit, et les huées d'une partie du côté gauche el des tribunes. Cette séance fut ignominieuse pour l'assemblée. Après une discussion inutile , Barnave fit décréter que le président se retirerait vers le roi pour lui demander la prompte exécution du décret du 27 novembre contre les députés qui, astreints au serment, avaient refusé de s'y soumettre.
L'assemblée chargea son comité ecclésiastique de lui présenter un projet d'adresse aux Français, sur la constitution civile du clergé. Montlosier fit la plaisanterie de proposer d'adjoindre au comité Rabaud de Saint- Etienne et Barnave, qui tous deux étaient proteslans ; mais bientôt, animé par les murmures, il eut ce mouvement subUmc : ce Vous chassez les évêques de leurs palais, ils se retireront sous la chaumière du pauvre qu'ils ont nourri; vous leur ôlez leurs croix d'or, ils en porteront de bois; c'est une croix de bois qui a sauvé le monde!»
Mirabeau rédigea un projet d'adresse, le fit adopter par le comité et le porta à la tribune. La lecture de ce projet causa du scandale : l'abbé Maury salua l'afk semblée, et sortit accompagné de plusieurs de ses co^ lègues; mais ce ne fut pas le seul côté droit qui s'iu* digna ; des membres du coté gauche se soulevèrent. Camus s'écria : <c On ne peut entendre de pareilles choses I il y a là-dedans des abominations impossible;^ à écoutef* de sang-froid.]» L'assemblée refusa d'adopter cette ^dresse. Mirabeau, irrité, déclara qu'il ne s'y trouvait pas une phrase, pas un mot dont il ne répondît sur son honneur et sur sa têf e ; il fit parapher chaque page par les membres du bureau et livra so^ projet à l'impression.
Quel pouvait être son but en composant une oeuvre pareille? Il préparait alors l'exécution de ses grands desseifis : la conjecture la plus vraisemblable c'est que, pour augmenter ses forces, il voulait accroître sa popularité. Cependant plusieurs personnes, dont les renseignemeus sont précieux, donnent une autre explication. Montmorin et Malouet ont assuré que Mirabeau, projetant la dissolution de l'assemblée et soi^ remplacement par des élections nouvelles, voulait la pousser à des actes qui 1^ compromissent. Bertrand de MoUeville n'ayait aucun doute sur cette explication, et Lucas-Montigny le^ reconnaît pour vraie. Ce qui est certain, c'est que Mirabeau donna ce motif de sa conduite à Montmorin et à Malouet, au roi et à la ]:^ine. lifais n'était-ce paj» pour lui le
3o4 TROUBLES DU ROYAUME.
seul moyen de prévenir ou de dissiper les inquiétudes, l'effroi qu'il pouvait leur causer? Si l'on disait qu'il a, par de sourdes manœuvres, excité ses collègues à des actes de rigueur qui devaient servir ses desseins, je serais facile à persuader; je le suis moins lorsqu'on me dit qu'il a voulu, du haut de la tribune, entraîner l'assemblée à des décisions violentes qui ne pouvaient la rendre odieuse sans que ses discours le rendissent odieux lui-même. Il y aurait là imprudence d'un homme qui s'embarrasse dans ses propres pièges; et la manière dont se termina l'affaire de l'adresse annoncerait une complète inhabileté. Cette adresse ne pouvait nuire à l'assemblée, puisque l'assemblée la repoussait; et Mirabeau en prend seul la responsabilité, il la publie , il en répond sur son honneur et sur sa tête. Une pareille détermination ne peut guère s'expliquer que par un désir, un besoin de popularité. Au surplus, quels que soient les motifs qui dirigèrent Mirabeau à cette époque, il ne fut certainement pas de bonne foi dans ses discours de tribune. Pour en être bien convaincu, il suffit de lire ce fragment d'une lettre dont la minute est dans les mains de M. Lucas- Montigny : a Yoilà une plaie nouvelle, mais la plus envenimée de toutes, qui va ajouter encore un foyer de gangrène à tous ceux qui rongent , corrodent et dissolvent le corps politique. Nous nous étions fait un roi en effigie, sans pouvoir, et un corps législatif qui administre, qui informe, qui juge, qui récompense, qui punit, qui fait tout, excepté ce qu'il doit faire, A
DEBATS DE L'ASSEAIBLis. 3o5
présent nous arrangeons le schisme religieux à coté du schisme politique. Nous n'avions pas assez de résistancesy nous en suscitons à plaisir; de dangers^ nous évoquons le pire de tous; d'embarras, nous soulevons le plus inextricable; c'est de quoi amener la fin de tout, si l'assemblée ne se lasse pas^Kentôt d'obéir aut anarchistes (27 janvier). »
L'assemblée nationale amassa de grandes calamités sur la France le jour où elle décréta sa constitution du clergé ; il fallut ensuite passer, de conséquence en conséquence, jusqu'aux derniers excès. Du moment qu'on avait Ëtit cette constitution , on était forcé de remplacer les pasteurs qui la réprouveraient ; et, pour les connaître , on s'était mis dans la nécessité d'exiger un serment. Les pasteurs chassés penseraient avoir encore des devoirs envers leurs diocèses on leurs paroisses. A combien de violences on se trouverait condamné pour les eu arracher ! Le serment et toutes les persécutions étaient en germes dans la constitution civile du clergé. Mais le décret sur le serment fut la cause immédiate des plus grands troubles; il exalta les passions des partis extrêmes; il affaiblit encore l'influence des hommes qui apportaient des vues pacifl* ques et sages dans les affaires publiques. Pour beaucoup de gens incertains, ce décret devint un signal d'opposition aux idées nouvelles. D'autres , qui leur restaient attachés , furent repoussés par les hommes ardens et se virent persécutés parce qu'ils voulaient distinguer la religion de la politique. La liberté de T. III. 20
3o6 TROUBLES DU ROTAUMB.
conscience, si chère aux âmes droites , si préconisée par les publicistes du xviif siècle, cette liberté à laquelle nos soldats avaient porté des toasts en Amérique, fut proscrite. Des châtimens obscènes furent infligés par la populace, par des prostituées, à des femmes âgées, à déjeunes f^rsonnes, à des filles de charité^en attendant que, pour la même cause, des vieillards fussent exilés au-delà des mers ou conduits jk l'écha&ud. Les divisions de famille prékidèrent à une effroyable guerre civile. Dèsle mois defévrier(i 791), des paysans du Morbihan, armés pour défendre l'évêque de Vannes, se jetèrent au milieu des périls et tombèrent sous les coups des chasseurs de l'Orient. Ce fut la première explosion des orages qui devaient ravager ces malheur* reuses provinces de l'ouest, où, de part et d'autre, tant de sang français a coulé sur le sol de la commune patrie.
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Le parti I^ pUi^i mckl^i^ ^fit au canimenoeiaeBt;^ déc§p2^ç€!j^i:';!9QL) ^m bouveUeieUtailÂvepouF dëfeadre .^s ^4lâ^4'4>i*drf»y)«4jls lesquelles jl ne pouvait couceBoir J^ lit^erAér Cli^PSOid trlonnerre et Malouety c|ui: s'ëtaibM :eù vain ei^jfpésidQ:$o}ifemi* le club: d^s' impair tmui^ j?^tsJ^ii]?ent cetite ^ûci^aojutfi loroom .dé c/a6 des^amù de l%^çs>n^tUutifijt ^Hèarr^ique ^^dëôomiaatiàa' v^içue^ qi^i pqêtait à diie j^UMe» lAtierprëtaliotis ; d'aututfkii qjâe^jpour abr^ec^iQuiditiiiaiitât le club mQnaràhipùtk Cepepd^i^tyîls^^jflaKQteatd^.Fiyaliser ayec le Gkil)iBfls jacobin^, pap.4ine féui^a 4ai9^ la <^piule et pài^én ^pciétés ami^ quise forn^tmont daiia les principaki^ vilieSy du : royaume*, hes hommes iexiiltés étaient loia d'fiyoir lajpQ^ÀJorUéy^ùiQme àPaiis^jet llesprit que nqni ^ypasi vi; .riçKfti^r.à j'^ppque de h fédératioi» animait encore les^pi^oyiuc/estl^s sociétés affiliées aun: jifiibibt ^aijBut eu peine à,s'éta))Ur dans plusieurs yiUes^ ou dear pétitipns avaient demandé aux aut^rit^ de ^e pas pei>» mettre ces réunions, qu'elles signalaient comme redau*; tables aux principes constitutionnels, et à ja paix putr blique. L'assemblée natipuale ayait Içyé toutes les dé»^
ao»
3o8 PROJKTS DE MIRABEAU.
fcnses ; plusieurs décrets, notamment celui du 3o nô« vembre, reconnaissaient aux citoyens le droit de s^assembler pour conférer sur les affaires de l'état, et n'interdisaient pas même les affiliations des clubs. Malouet, Clermont-Tonnerre et leurs amis crurent que les lois étaient. égales pour tous; ils oubliaient que la révolution avait ses grands seigneurs , non moins enclins à l'arbitraire que ceux de l'ancien régime , et très disposés à l'exercer avec plus de violence.
La calomnie fut l'arme employée d's^bord contre le nouveau club : on dit qu'il voulait la contre-révoliîtioDy et la multitude €n fut convaincue. Les partis ne pren^ nent guère la peine de faire des distinctions entre le$ hommes qui leur sont opposés : on disait daiis les rues, dermont-Tonneire et l'aUié Maury, coiâine^ dans certains salons , on disait Bailly et Danton. La nouvelle société distribua des bons avec lesquels des indigens achetaient leur pain à bas prix. Si le club des jacobins eût fait de pareilles charités , on lui aurait prodigué les éloges ; mais le club rival fut accusé de vouloir corrompre le peuple. Des menaces effrayèrent le propriétaire de la maison où s'assemblaient les im^partiaux ; il n'osa plus recevoir ces hommes dénoncés à la vwiâicte publique; et le jour où ils devaient se réunir ailleurs, un arrêté municipal suspendit leui^ séances (a8 décembre). Le directoire de la société si* gnifia qu'il allait poursuivre ses dénonciateurs^ et qu'il ferait révoquer un ordre contraire aux décrets. La fermeté surmonta le& obstacles ^ l'inttrdit fut levé ; il
!/AUTH£S PROJETS. Sog
y eut une séance le aa janvier (1791). lie nombre des membres qui s'élevait à plus de 800, presque toué distingués par leurs lumières et leur position sociale, le courage que les chefs avaient déployé, et qu'ils pro^ mettaient d'opposer toujours à leurs antagonistes, ex^ citèrent parmi les jacobins une irritation extrême. Les articles de journaux, les pamphlets, les propos iaju«rieux assaillirent la société naissante. Tous les troubles^ lui étaient imputés. Des militaires, requis pour empd-: cher la fraude à une barrière de Paris, se battirent avec des contrebandiers; on fit circuler le bruit que les monarchiens avaient payé ces militaires pour tirer sur le peuple. Ijes jacobins insinuèrent cette absurdité dans une circulaire où ils annonçaient à leurs affiliés (1 ] que l'existence de \sl société des amis de la constitution monarchique était une calamité, et qu'ils avaient dé^ libéré de se réunir tous les jours jusqu'à ce que le danger fut passé. Suivait un arrêté portant que les amis de la constitution feraient serment de défeodre de leur fortune et de leur sang, tout citoyen qui se dévouerait pour dénoncer les traîtres^ à la patrie. Ces actes étaient signés^ Victor Broglie, président, AlexandreBeauharnais, secrétaire. La société attaquée répondit par une lettre à ses correspondans, où ellg^éclarait que, fidèle à la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le roi , le seul crime
(i) Le uombre des sociétés affiliées aux jacobins était de 121 à In fiD de iioveiiibre 1790; il s*élevait à 339311 commeiicemeut de mars 1791, et il alla toujours eu angmenlaol.
qu'elle, eût commis et qu'elle commettrait toujours Qbait de ne pas vouloir cpurber là tête sous le joug> d^ jacobins. Des deux clubs, disait*elle, l'un veut r^guer , et l'autre ne veut pas être esclave. Bai*nave à la tribune de l'assemblée dénonça une association in^ sidieuse^ perfide et factieuse ; il appela sur elle la surveillance des autorités responsables de la tranquillité publique ; il l'accusa de chercher à soulever le peuple en lui distribuant un pain empoisonné. Cette métaphore^ dans de pareils momens, pouvait fort bien être prise à la lettre par la multitude, et amener des scènes cinglantes. Malouet réclama avec force contre Iqi calomnies; il désigna le club des jacobins comme la cause des désordres, et demanda que ce club despar tique fût fermé : à peine entendit-on quelques-'Unea de ses paroles au milieu du tumulte. La société dont il était membre écrivit à l'assemblée pour se plaindre des outrages de Barnave ; Clermont-Tonnerre voulut parler , mais il ne parvint pas à se faire écouter ; et 1^ même jour, un attroupement menaça son hôtel.
Le club de 1789 craignit de se laisser trop dépas* s^r par celui des jacobins ; il publia une déclaration dont le but était de séparer entièrement ses principes de ceu^du nouveau club. La déclaration portait que l'admission dans la société des amis de la constitution monarchique, serait considérée comme une renoncia* tion à la société de 1789.
Les chefs cju malheureux club si vivement poursuivi, intentèrent devant les tribunaux une action
AUTRES PROJETS. 3ll
contre ses dénonciateurs. Les jacobins, indignés da tant de résistance, résolurent d'écraser leurs audacieux rivaux. Ceux-ci furent encore obligés de chercher un nouvel asile; les propriétaires auxquels ils s'adres* saient, effrayer de l'exaltation qui se manifestait con* tre la société proscrite , n'osaient la recevoir : enfin, un d'eux prit courage, et une réunion devait avoir lieu le 28 mars. Quatre mille individus de la populace se portèrent devant la maison qui leur était désignée; ils insultèrent les arrivans, ils en blessèrent plusieurs. Quelques voix crièrent que ces aristocrates avaient des cocardes blanches; les meneurs qui en avaient apporté les montrèrent , et la multitude crut ce hardi mensonge. Bailly arriva lorsque la scène était terminée ; il ne fit entendre aucune parole de blâme ; il assura la foule que des mesures seraient prises pour qu'une société qui troublait le repos public cessât de se réunir* £n effet, il n'y eut plus de <6éance, il fallut céder à la force. Cette société aurait rendu des services si l'assemblée et le gouvernement, par un heureux ac cord, eussent levé la bannière de la modération; mais, isolée, abandonnée, elle lut impuissante. Mirabeau avait eu une conférence secrète avec Malouet, qui l'avait assuré du concours de tous ses amis. Cepen« dant il les vit attaquer sans les défendre : il désirait les faire servir au triomphe de la modération, et ne voulait point le hasarder m s'associant à leurs vaines tentatives.
Les lettres , les notes qu'il adressait âu roi ou à la
3ia PROJETS »K MIRABEAU.
reine, ne contenaient que des avis sur tel événement, sur telle circonstance, et quelques observations générales. C'est au mois de décembre (1790) qu'un mémoire oii il exposait l'ensemble de ses vues, fut remis à la reine par le comte de Lamarck. dn doit la connaissance de ce travail k M. Lucas-Montigny qui ea a fait une analyse en a8 pages (i), dont je n'offrirai que les idées principales.
Mirabeau veut qu'on gouverne avec les ressources qui restent au pouvoir exécutif; et il indique les obstacles qu'il faut parvenir à surmonter.
L'indécision du roi : la reine seule peut y pourvoir. - Les préventions excitées contre la reine : elle devrait se montrer davantage, visiter avec le roi les Iravaux publics, les hospices, etc.
La démagogie de Paris : jamais plus de principes incendiaires ne furent réunis dans un même foyer. Il faut profiter de l'esprit meilleur des provinces ; peutêtre leur faire désirer que la seconde législature soîl placée dans une autre ville.
La garde nationale inspire de la défiance à Mirabeau , sans doute parce qu'il y voit beaucoup d'enthousiastes de La Fayette et de la constitution ; il voudrait donner à cette garde tantôt' pour auxiliaire^ tantôt pour contre-poids , une maison militaire très populairement formée.
Quant à l'assemblée, il ne faut plus retomber dans la faute de soutenir ouvertement ou secrètement cou-
(i) Mémoires de NirabeaUj \o\si, 8.
ADTAËS PROJETS. 3l3
tre elle les résistances ou les- attaques des contre-révolutionnaires ; mais on doit ne pas craindre de lui rompre en visière, lorsqu'elle empiète sur la prérogative constitutionnelle du roi, lorsqu'elle administre^etc. Du reste, elle n'est plus dirigeable; il faut la laisser se compromettre, et dans certains cas ly aider.
Il faut n'accepter aucun concours de son funeste côté droit, de la noblesse et du clergé, dont le discrédit irréparable ne peut faire que des alliés dangereux.
On doit combattre le projet de La Fayette qui voudrait borner la constitution aux principes décrétés; il faut de même s'opposer aux simples palliatifs que proposera le comité de révision.
Les mécontens, dont le nombre est si considérable, étant divisés d'intérêts, il n'y a pas de concert utile à attendre d'eux, du moins en masse. Quelques-uns seulement peuvent être employés à une ceuvre de restauration : ce sont les hommes qui veulent à*la-fois la liberté et un gouvernement monarchique, qui redoutent l'anarchie à l'égal du despotisme, qui louent l'assemblée d'avoir détruit une foule d'abus, et qui la blâment d'avoir désorganisé l'empire, annihilé l'autorité royale. Ces dissidens, il faut les appeler à soi.
L'opinion publique devient esprit de parti. Les uns veulent tout avoir, les autres ne veulent rien céder; ou doit se défendre de toutes les exagérations. C'en serait une que de pousser à bout l'assemblée; il faut ne lutter avec elle que de raison, de patriotisme et de popularité.
3l4 PROJETS B£ MII^ABEAn.
Corriger Tordre de choses établi ne suffirait pas; on doit le renverser en partie, mais sans revenir sur les bases générales : tout effort rétrograde serait absurde et criminel, tout succès impossible ; ce qui est Conquis est sacré, inviolable; seulement il faut tendre à une meilleure constitution.
L'autorité royale e^t le domaine du peuple; c'est dans son intérêt qu'on l'établit, qu'on la dote; c'est lui qu'on blesse quand on cherche à la renverser. Les délégués du peuple le trompent et le desservent, quand ils fortifient démesurément le corps législatif. Combattre ou plutôt détruira la royauté, en admettant la royauté, c'est préparer par la constitution même une seconde révolution ; c'est bouleverser le royaume, c'est appf^ler l'invasion étrangère, c'est exposer la France à un démembrement, c'est ménager à coup sûr le retour du despotisme.
Quant aux destructions de privilèges, d'exemptions pécuniaires, de féodalités, de corps de province, de pays d'états, de parlemens, d'abus du clergé, de maîtrises, etc., toutes ces abolitions , également utiles au monarque et au peuple, sont heureusement consommées: vouloir y revenir, ce serait vouloir faire lever h soleil à l'occident.
D'oii sont nées les déviations qui menacent de tout bouleverser? L'assemblée, irritée par la révolte des privilégiés et par les visibles partiaUtés de la cour, ne s'est pas contentée d'abolir les anciens abus ; ses trop justes méfiances l'ont entraînée fort au delà du terme
oîi ses intentions et la raison d'état devaient Fârrêtçrt Deux grandes erreurs en sont résultées : Vabaisseipent^ du pouvoir royal, qu'il ne fallait que limiter sagement}^. l'exagération de l'influence du peuplo, qu'il fallait rendre libre et non souverain ; car s'il l'est ep principe,i il ne peut l'être de fait.
Comment conserver ce que l'assemblée a prpduifc' de bien, et détruire ce qu'elle a fajit de mal ? Le moyçof . est une révision profonde des articles çonstit^tionnel^f t
Mirabeau examine si c'est par l'iisseml^léç actuelle ou par une seconde législature qu'il faut corriger ^: constitution. Il cherche comment, dans les dçu^ hy^^ pothèses, on doit se conduire avec l'assemblée qui eM; en fonctions. Ici le piémoire commence à devenir firès; compliqué. Les détails dans lesquels entre l'^MteuTy. prouvent à quel point il s'était reqdu compte des difrcultés qui pourraiept se présenter ; mais ses idées ont perdu presque tout l'inliérét qu'elles devaient avoir ^D moment où il les écrivit,
A ceux qui demandent s' il n^serait pçis possible de cor^ riger la constitution par une proclaipation royale, Miv rabeau se hâte de répondre : Non, non, mille fois noq y l'intention, le mérite, le bienfait seraient perdus j.çt il rappelle la séance royale du 23 juin.
L'assemblée actuelle ne consentirait qu'à de fai*. blés palliatifs. Pour former la majorité, il faudrait appeler à soi ce côté droit si fougueux, si inconséquent ; les malheurs du royaume s'aggraveraient. La majorité ne serait point celle de la nation ; et d^ns l'état où
3l6 PROJETS DE MIRABEAU.
se trouvent les esprits, rassemblée serait sans doute renversée. Alors, la prochaine législature se composerait des factieux les plus eflTrénés.
En supposant qu'on pût agir avec la majorité patriote, et lier étroitement ses membres épars, on n'obtiendrait pas une réformation complète, parce que les hommes tièdes ou faibles, et il y en a quatre cents dans l'assemblée, sont au bout de leur courage, barrasses et n'aspirant qu'au repos.
Cependant ne pourrait-on ranimer ou contraindre l'assemblée par des pétitions venues des départemens ? Ce moyen serait prématuré. La démagogie n'est pas efTrénée et compacte dans les départemens comme à Paris; mais peu de corps administratifs oseraient aujourd'hui s'expliquer avec courage : il faut préparer habilement les esprits.
La révision ne pouvant être faite par l'assemblée actuelle, il faut obtenir qu'elle ne s'y oppose point: elle mettrait obstacle aux réformes si elle décrétait que la constitution ne sera 4>as soumise à la ratification nationale, ou qu'il n'y aura de pouvoir constituant qu'à telle époque éloignée. J'ai toujours redouté, dit l'auteur, d'amener dans l'assemblée la question de savoir si la constitution doit être ratifiée par le peuple ; mais on peut, sans préparation extraordinaire et sans péril, évoquer une assemblée constituante, en soutenant que la première n'avait pas des pouvoirs suffisans. C'est avec quelque surprise qu'on entend Mirabeau répeter les argumens qui s'étaient évanouis à sa
AUTRES PROJETS. '5î']
voiX) lorsqu'il avait entraîné Tassemblëe par ces mots célèbres : Je jure que vous avez, sauvé la chose pu-bliqucn
Dans son système, il faudrait faire décréter que chaque législature aura le pouvoir constituant, comme eju Angleterre. Tout au moins faudrait-il obtenir que la formation d'un pouvoir constituant dépendît de la volonté expresse des assemblées électorales (i). Alors on emploierait tous les moyens d'influence pour que ce pouvoir fût donné à la prochaine législature.
L'assemblée actuelle faciliterait l'exécution du plan libérateur , si elle rendait certains décrets , si , par exemple , elle décidait qu'on ne pourra être élu député que dans le département où Ton a son domir cile. Sans cette disposition , les Marat , les Desmoulins, les Linguet, les Danton, l'emporteront sur les meilleurs citoyens: tel qui ne serait pas nommé dans son département, le sera dans un grand nombre d'autres.
On pourrait décider quelques chefs de l'assemblée à servir le plan de réforme, en leur faisant espérer que le ministère leur sera bientôt ouvert par l'abrogation d'un décret insensé. .}
Mais, de tous les moyens de faciliter la réforme des décrets désorganisateurs, celui qui paraît le plus sûr est d'achever le discrédit de l'assemblée , la ruine de
(i) La nécessité de faire de grands changenlens à la constitulîon entraîne Mirabeau. Quelle agitation perpétuelle désolerait l*état, si chaque réunion d'électeurs pou?ait mettre en question les lois fondamentales!
3l8 PROJETS DE MIRABEAU.
âa popularité. Mirabeau excuse, par l'utilité du but, la perfidie des moyens qu'il pi*opose : il faut laisser rendre tous les décrets qui peuvent augmenter le mécontentement en froissant des intérêts ; il faut ne point contrarier la disposition de l'assemblée à s'appesantir sur des objets minutieux; on pourrait lui faire adrës*ser des pétitions dont le rejet serait prévu. Aces moyekis il en ajoute de plus loyaux. Il faudrait que les ministres fissent la guerre à l'assemblée, c est-à^ire qu'ils apportassent incessamment des faits propres à démontrer les int;onvéniens des lois nouvelles^ mauvaises, incohérentes ou inintelligibles ou inapplicables, qui au milieu d'un code immense de lois, laissent le royaume sans lois ; et que tout cela fut publié d une manière très mesurée, très claire, à la portée de toutes les intelligences.
L'auteur traite ce qui concerne la révision confiée à une assemblée nouvelle. Il importe qu'un intervaUe sépare la seconde législature de la première. Daâs cet intervalle, il faudra faire des proclamations très populaires, et raviver dans la main du pouvoir eitécutif les moyens d'action et de réaction qui lui sont laissés; moyens que les ministres n'ont pas osé ou n'ont pas voulu ou n'ont pas su employer. On aura cherché à faire décréter que les députés rendront compte à leurs commettans des opinions qu'ils ont énoncées dans l'assemblée, ce qui produira une grande et paisible controverse publique, qu'on aura soin de diriger avec habileté.
Pour s'assurer que la nouvelle lëgislàtùre aura la volonté de conserver les conquêtes de la rëvolutiOtt, et d'extirper les germes d'anarchie que la constitutiôti recèle, on exercera dfe l'influence par des corres^^ÔtiH dances, des publications et des démarches. •' ' •
Des correspondantes , pour recevoir des informe*' lions sur la disposition des esprits, suî* le choix 'déis hommes à employer, et pour transmettre ièSinstrud*tions et les directions nécessaires. •' ' '1*
Des publications^ pour éclairer les patriotes tnilttlipés, pour combattre le& démagogues, pour populariéW l'idée d'une réforme, sans laquelle la liberté* méËKS manquerait de garanties. ' :
Des démarèhesy pour attacher au projet de restcrti* ration , des homnfies considérables qui auraient une influence salutaire, soit dans les corps électoràirx> èR>îf dans la seconde législature. Tels sont, entre auti^, MM. de Bonnai, l'abbé de Mbntesquiou,Gàzalès,pdUl^ le coté droit; et deTalleyrand, deClermont-Tonneim^ d'André, Ëmmery, Chapelier, Thquret, Barnâte, Mirabeau, pour le côté gauche. ; ...
Le Mémoire contient encore quelques indicatiooir sur des manœuvres de police pblîtique, dont l'ana^ftNS de Lucas-Montigny ne donne pas> '^connaissaiice* -
L'auteur de ce mémoire voit avec justeâié la^ilufttion de l'état; mais les remèdes qtt'il oifine pour ga£^ rir tant de maux sout«ils de nature à inspirer une en*^ tière confiance^? Il veut que le ministère fasse la guerre à l'assemblée : où sont les ministrescapables de réaliser
.3aO PROJJETS DE MIRABEAU.
cette idée? Mirabeau pense qu'un intervalle entre les deux législatures sera très utile; et il voit une grande :et paisible controverse s'établir sur les opinions énoncées dans l'assemblée. Mais comment n'entend-il pas les diatribes et les clameurs par lesquelles les membres du côté droit, ceux du club central et des sociétés affiliées troubleront la controverse qu'il se flatte de diriger ? Dans sa première lettre à Louis XYI, il disait que deux mois lui étaient nécessaires pour réunir des hommes sages, pour établir dans chaque département une correspondance dont il donnerait les résultats ; sept mois se sont écoulés, et quels résultats peut-il présenter ? Je ne reconnais ni sa vigueur de tête ni son ac« tivité;il semble qu'affaibli par les souffrances, il redoute de mettre la main à l'œuvre et qu'il éloigne le moment décisif, pour recueillir, pour laisser renaître ses forces.Toutefois, le document qui précède n'est pas le dernier relatif à ses projets; nous verrons Mirabeau se ranimer encore, et prendre une attitude imposante^ La reine, très capable de déployer un courage héroïque, l'était fort peu de naéditer un plan con\pliqué; si elle a lu en entier ce long mémoire, elle aura souvent éprouvé un cruel ennui. Mais, en supposant sa force d'attention plus grande, en supposant les moyens offerts plus propres à la frapper, un obstacle invincible s'opposait à ce que Mirabeau fût écouté. Six se** maines avant qu'il eût remis son mémoire, le roi et la reine avaient adopté un projet bien différent de celui qui vient de passer sous nos yeux.
AUTRES PnOJETS. 3 ai
Le baron de Breteuil, retiré à Sokure, n'avait péi^ du ni le désir de se mêler des affaires publiques j ni Tespoir de les diriger. Dévoué à Louis XYI et à la reine, il redoutait non-seulement les complots dés révolutionnaires, mais encore les exigences dont les én&i^ grés viendraient assaillir le trône, si c'était sous leurs armes que succombait l'anarchie. Il voyait près d'eux avec peine, avec jalousie, l'aventureux Calotme récetAP ment accouru à Turin, et que le comte d'Artois s'était empressé d'accueillir. Breteuil désirait être , près dè4 cours étrangères , le ministre du roi ; ainsi que soél brillant rival lui paraissait destiné à devenir celui deé princes. Dans sa retraite de Soleure, il avait ébauché un plan de restauration, dont les bases étaient folt simples. On chercherait à connaître les dispositions dé plusieurs puissances, à s'assurer leur concours s'il dé^ venait nécessaire ; mais d'abord on essaierait de s'ëol passer. C'était le roi lui-même , le roi seul , que Bre« teuil voulait mettre à la tête du mouvement dont ii es9 pérait le salut du royaume. Louis XYI se ferait indiquer par Bouille la placé forte qui pouvait offrir lé plus de sûreté; il quitterait secrètement Paris , se reà* drait dans cette place ; et là, entouré d'un tninistèt-é^dè
son choix, il donnerait lé^ ordres, il fermait lés offHéà
les plus propres à rallier ses sujets et à pacifier^ là France. Si le roi pouvait réussir par la persuà»t>ik [ par ses propres forces, ce succès serait le pins avantageux; s'il le fallait cependant on recourrait à dfei auxiliaires étrangersj twais ,'dans tous les cas, dn Hè T. m. 21
3aa PROJETS de niRitBCàn.
laisserait jouer aux émigrés qu'un rôle très secondaire; ils ne pourraient, à leur retour^ ni se dire les sauveurs de l'état» ni prétendre imposer des lois à la couronne.
Au mois d'octobre (1790), Breteuil fît part de ses vues à l'évê^e dePamiers (d'Agoult)qui allait rentrer momentanément en France : il lui remit un mémoire qui contenait son plan, ses ofifres de services, et quelques questions sur les puissances étrangères et sur Bouille. L'ancien ministre recommanda au prélat de ' présenter ce mémoire à la reine, dont il attendait plus de confiance et de résolution qu'il n'en espérait de Louis XVI.
On ne manquait ni de sujets dévoués^ ni d'intrigaoa aietifs pour offrir des plans d'évasion à La &mille royale; mais ces projets sans consistance naissaient^ mouraient| la plupart non moins ignorés de Louis XVI que ceux qu'on formait aussi pour l'enlever à son mwu Le plan qu'apportait l'évêque de Pamiers avait de grands avantages pour fixer l'attention et pour être adopté : il n'était point compliqué ^ il pouvait se réaliser promptement ; les noms de Breteuil qui l'avait conçu et de Bouille qui devait l'exécuter , inspiraient la confiance* Aussitôt que Marie Antoinette connut ce projet, sans voir les périls qu'il devait entraîner, elle fut tout au désir d'être libre et jouit en espérance du bonheur de fiiir Paris. Son ascendant sut* l'esprit dt Louis XYI était certain ; et cependant ^ pour ne rien négliger de ce qui pouvait assurer un conientement qu'elle souhaitait avec ardeur, elle voulut attendre que
AUTRES FROJSTS. 3a3
le roi U consultât, elle exigea qu'il reçût la première communication par le comte de Fersen (f).
Louis XYI éprouva les sentimens qui avaient étad la reine; il répondit au comte de Fersen : « Je n'ai ea^ core pense à aucun projet de retraite ou de fuite ^ mais j'approuve les idées qui viennent de m'étre sou-< mises.» Quant aux questions et aux offres de services faites par l'auteur du plan, il dit qu'il avait lieé^de croire favorables les intentions de l'empereur et celles du roi d'Espagne^ qu'il accréditerait volontiers Bpcm teuil près des puissances étrangères, mais qu'il igao^ rait les dispositions de Bouille et ne connaissait per*^ sonne à lui envoyer. Ce» mots évasifs sur Bouille doi** vent paraître singuliers : la défiance de Louis XYI pouvait«elle aller jusqu'à n'oser répondre d'un gé** néral si dévoué; ou par bonté, par délicatesse ^ craî^ gnait-il de le compromettre et voulàit-il le laisser s'eJN pliquer lui-même? Cettei dernière conjecture eat k
seule vraisemUable. ^w
Lévêque de Pamjiers partit pour Metz avec une lettre de créance, c'est4-dire un billet conteÙMit quelques lignes bienveillantes écrites par le rdi à Bouille (a 3 octobre). L'envoyé ccnnmença un entretien particulier, en déplorant la situation àe Louis £%i^« et celle du royaume; il tarda peu à juger les sentinaMia du général, et lui fit epnnaitraquel haut témoignage
(c ) Suédois, cèboél ati seHce de FVance, très détbué à Louis XVt qAî ATait|po«rliiibtatiotifpd'egtkqa»ét(râffieoli(A. ' ^ '«•
3^4 PROJETS DE MIRABSAIT.
de confiance il lui apportait de la part du malheureux monarque. Bouille, après avoir écouté attentivement Texposé du projet de Breteuil, pria Féveque de Pamiers d'assurer le roi de son entier dévoûment; mais ensuite il exprima l'inquiétude profonde où le jetait un* projet dont le succès était fort incertain à ses yeux; et qui, s'il ne réussissait pas, mettait en péril la vie du roi et Kfftistence de la monarchie. .
Depuis Tafifaire de Nancy, Bouille avait de l'in*fluence dans les provinces de son commandement; les autorités, les troupes de ligne, les gardes nationales lui témoignaient généralement de la confiance, et il se croyait, avec raison , en état de rendre des services. Il avait réfléchi aux moyens de faire cesser la captivité du roi ; et le plan qu'il avait conçu lui paraissait très; préférable à celui de Breteuil. Pour l'exécution de ce plan, il fallait que l'empereur fît avancer un corps de troupes vers la frontière : le prétexte serait de soutenir les réclamations des princes allemands possessiounés en Alsace , dont les décrets du 4 <^ût avaient froissé les intérêts. La France se mettrait en état de défense, et Bouille réunirait des régimens fidèles à la cause royale. Il était certain de déterminer les principales ? kdministrations des départemens oii il commandait, à aoUiciter de l'assemblée nationale que le roi vînt se mettre à la tête de Parmée pour établir par sa présence une exacte discipline. Le général et ses troupes feraient la même demande, dont il croyait le succès très probable, si elle était appuyée par des membres
du coté gauche ; et sans connaître toutes li^ relations de Mirabeau , il savait que le roi pouvait attendre des services du célèbre orateur. Louis XVI au milieu des soldats leur inspirerait amour, confiance , respect ; et se présenterait à la nation comme le pacificateur de la Frai^ceL Si on ne réussissait pas dans la demande que le roi vint commander l'armée, cette tentative du moins ne pourrait ajouter aux dangers qu'on voulait détournera ' i Le projet de Bouille n'exposait point aux suites^ désastreuses que devait entraîner le plan de Breteuil| mais il ;présentait aussi de grandes difficultés ; il exU g«aitt le concours d'une puissance . étrangère et celui de réassemblée nationale. Parmi les hommes qui aspî*< raiedt è voir le roi sortie de Paris, tous ceux qui ne calculaient pas aviec beaucoup de prudence, devaient' naturellement préférer un projet dont l'exécution leur; semblait ne dépendre que de leur volonté. Cette di& £érence entre les deux. moyens proposés frappait l'é^^ vêque de Pamiers, homme hardi, absolu; et^: sans cri»' tiquer le plan qui venait de lui être communiquéy il voulut d'un mol le faire abandonner par son auteuvsi il dit, avec assurance, que l'empereur et les autres aiàki verains exigeaient que le roi fût hors de Paris, ^IMB die se prêter à aucune démonstration pour sa oausE^ Rien ne l'autorisait à tenir ce lainage : Breteuil> demandait, dans son mémoire, ce qu'on espérait des puissances étvangères; et le roi avait répondu qu'il' croyfiitiquei deux d'eatç'elles n^pntrendent des dispo-
3a6 PROJETS nE MllABBAU.
sitioDs favorables. C'était donc prendre ëtntngenient sur soi que d'oser faire une autre réponse* Cependant Bouille ne put mettre en doute: une assertion positive de l'envoyé de Louis XYI; son plan se trouTait ren*» versé par la base; il se soumit^ et s'engagea à secon*»' der dé tous ses efforts ua projet dont il désirait^ plus qu'il n'errait le suocès. *. ... .;
Un chifire lui fîit remis pour correspondre direct»* ment avec le roi ; et il l'employa dès le commenoement de novembre. Dans le même mois^ les ëniiigcés qui savaient aussi leurplan^ résolurent deiealfer en Franceu Tous les partis malheureux vivent d'illusions, iliais au^ oun ne se montra jamais plus ftcile que celui^i à se laisser bercer de chimàm. Les émigrés» étaient oon*vaincus qu'à yeKceptioh d'une poignée de^mîsâ'ablèSy^ toute la France voyait jen eujB ses fatum libérateurs, et les invoquait chaque jour.' Les pi^ugés dont ils avaient été nourris , l'habitude de ne vivre qu'entre eux ou avec des: hommes qui pensaient eomme eux y les renseignemens que des parens et des^ âmk leor tfcansmeitaient de l'intérieur , iBstisaieiit apparaître 4 leurs^eux une France naginaire, fiintastique, toute diffifreiite de la France rérile. Leur plam^ dont Maille* avait posé les bases, consistait simpiement à rcB--
tceri
par Lyon oii ils avaient des intelligences, et dont le liïoouiiandant militaire les secondaitè Leurs agens' cherchaient à recruter parmi les ouvriers de cette ville industrieuse, pour ali«^ en armes au devant des prin^ ces^î'Ou promettait de iprands privilèges i la eité qu'il
ÀUTRXS PROJITS. 3a7
ÊiUait pëduire ; l'abolitkHi de Toctroi serait un des moindres avantages dont elle jouirait; Louis XYI ié rendrait dans son sein^ et Lyon serait proclamé la ea^ pitale-du royaume. - ^
Quelques agens subaltenaes révélèrent ees tnancsa^ vresy sur lesqivsUes Tiiss^nblée nationale entendit tttt rapport de son comité des recherchés (18 déomi^ bve). Le j^rojet était avorta avant d'être découvert. Louis XYI (Ml avait èu «onnaissance} et survie*' champ il Uvait envoyé un étaissaire à Turiu^ pour iti^ terdire aus: prinoes d«r poursuivre leur dessein^ -M même temps, il avaitéoit au roi cjtii leur donnait Th^spitalitéy que Texéctitidu dé ce projet serait em^ traire à ses vues et à sdd érdres. LMis XYI suivait lé ptftn ée Breteuil; «t, dans' les premiers jours de èé^ eetnbrev il iavait adressé des lettres seeirètes à plusicwè puissances. '^
Mlrahéau ne soupçonnait neUement k ré^iïiiùA du roi ^t de la reine; il fut sur le point de s'abseilt^f^ de Paris. La tille d'Aix venait d-ètre le théâtre de scènes srtroces : un avocat distingué^ Pàiscalis, et deux de ses c6mpatriotés ataiebt été pendus par la popt»* lace, eti préaeîice dés isMorités vami^ent àccouro et sans que la garde natiàttate, frappée de stupeur^ osé prendre les armes. Les Autorités diraient dans 1 dépêche: la loi martiale n'a pas été publiée, parce qu'elle n aurait Irouté aUciun appui. Mirabeau voulait se rendre à 'Aix, rétablir les lois et la paix dans le ville dont il était d^pufé, et siontrer par ce qtfil fe*
3^8 PKOJSTS i)B MIBABEAU.
Kait daos ,uu coin de la France, ce qu'il aspirait à foire pour le' rojaume entier. Déjà il avait. prévenu rassemblée .de. son départ (212 décembre), un congé lui était accordé. Le repos qu'il eût trouvé ;dans I9 mouvement d'un voyage lui aurait, été salutaire'; mais une foule de personnes le conjurèrent de ne pas s'ëloigder , il céda» V . *• r. ; t
. Parmi les idées qui le préoecupaient, était celle dé se&ire donner toutes lesibnctions, toutes les marques de conâ^ncei qiui poui^nt servir ses projets <6n lyoutant à ses- moyens da succès. Il avait jugé utile a ^ popularité qu'un hoi^mage lui fût r^ndu par lesmér n^e^ hommes qui avaieot fait crier d^ns Parii^, iagran^ de trahison du . comte Me Mirabeau;, ejt, ii . avait ét^ nommé président du club d^s jacobins (3o noyepsiT bre). Dan^i spo discours ds retnerciem^nl) on remarqua cette phrase: (c Déjà tous les Français sontaipis déjà liberté 9 ril 9e reste plus qu'à les rendre tous^nnemis de )^ licence, » Plus d'unQ fois , il fitientepdrede S9ges fiarolj^ <bni^ ce simctuaire de la démagogie.Rol;)«|spierFe déclamiiit up^ jour,<X)ntre h décret qui n'admettait aM service de la garde nationale; que I^ciliQyeo^. actifs: le président ki rappela à l'ordre. Un orage s'éleva; on .M^tendit. que Mirabeau eaûgeait une obéissance aveulie auK décrets,. et YouWt interdire les moyens de les améliorer. Mirab^u motiva le rappel àlV^^^^i il î^*: ypqua le respept dû aux décnçts de l'asserutblée natip-^ nale^ respect qui devait i^terdi^e. toute p^o|^ amèrç, viplente^ lor^u'oa jugeait xiécessaire d'^xpg&er que
. AUTRES TMèOWS&i^ i . 3^9
\el article de loi pourrait être abroge ou modifie dam l'iittérét public. Preaque tous les assjstans se raiigèrf al à;caUe opioioa; mais seulement après que .Qiarles^La^ meth qui; portait, encore un bras en échaipe, gesti» calant de' J'autr^ iol caressant de la voix JUdie^ierre^ qu'il appda soff> ami irès cherj eut eipliqué que ^ bs |]|9iLf iotf^ ne doivent.pas trainlnr. : les lois, dans la bottai il .^irab^^aui^'fii' nommer chef de batoilloii dansila gar,de national (i); les.âçcteurs ^e Paria Tappalèrent 1^ J'tadministration du dëpaHeaaeot; «nais jde t<raales ^joupeuvs qu'il réunit^ cdui qui. le flatta . daYsaiMagt fut sa nominatÎQ» à la p]*ési4e&ce de l'assoinblée natioinale(d9. janvier)^ Cet.:honMU9 que depuis si longytrçQips i) ambiiionDait> àvee tous les titres que le tél«it peut, donner pour l'obtenir^ il l'airait vu quMïantCHtnNs foi^idéc^rn^ à d'autresy<et jusqu'au dernier moment il ^pvouya id^sl obstacles.. Spn.Mrdifsucoès ne fut enr fin assuré que pariée que. les, jnodëp^s du opté gauche décidèrent l|i fraction exalt^ée à Voter .pour lui^ en pre^ nant rengageaient de . nommer Doportà J'iétection suivante, ,. /, .. ^..: ...;■;..■,■ .;■ . «^ •• r- ,î, ^ La veille de ^ AominatioP) ASitikbeau a?ait j&itun rapport plein de raison, de mesurei d'esprit, sur Jaai^ tuation de la France à ïégs^^AeB paiasances ëUsiqgjb^ res. Ce rapportétaituëç^ssair^pour calmer les alt||p>:
(x) Marat prétendit que rélection av^it été faitç par les noùcbards de Bainy et de ta' ¥à^eité. LcTooiivèitii ébmiàêàMi àoàm kti àlnéf à i» officiers; Ca«Biillehl]^Éii)uKlit:ilhiqiiec0tte«r§to« bdélëdi;^ Mille 1^ et qM'eUe jti^ele^9^BÇ9Qi.ék^\éf^su.r k4Durp44«^rM}li^^ (jf^^Wl
33û PROim SB MIRABRAU.
meâ et l:'irritatk>ii qu excitaient les braits de gaerire répa4du& daaa le peuple. Mirabeau porte suçéessite^ ment «ea regards sur les puissances qui nous entoii* renti et parouve qu'il n'est ni dans leurîtatërêt |ii dan* leurs iateations de venir attaquer la France. Las bruitd qui cifxulmt, dit-il, naissent de Texcàs d'un aèle sans liMÙèrob. Pent^tre aussi les ennemis de la rërolutioit^ eu/se oottsoIaiAti vèvèf desîvengeanèës^^ontNih inspiré des înqifiâ:ùdé8 au^peuple, plus capabWde juger léuy «àdfloe que leurs uiojwmsj P(qil>-étt^ enoéredesIsNîtîeux anxcpsdis' il tmanque de^ ebanoes pour exéeutel*' isôUs te nom de patnotisme des projets cachés, espèrent-ils dans Fagitat^n |)€|pirinlf0j<Bnfi% ne^ doi^on pas tiBM Ifupctorcofnineiiiie^oàuse des alarmes du jf^euple, ccftM défiance «xagëfée ^ui'*^i|îs sî iongtemps Warlnetit^ lesFfançaifri^ «ï^ous^crâignons deseimemisau dehotls,' et nous oublions^ '«eiài qlii t^vage FiBtériëtn^ dà royaume. Presque^ "partout- Ieë;foncfidritiiiireâi choisiiii parole pesple sont-à leur posie; ses^ dMif li sont dond exercés^ i\ lui reste à remplir ses dëlFOirs^ Qu'en sur-' veillant ses mandataires il les honore de sa confiance; et qu« la forée twbtdeiBitë^dé la itfukitude cède à la puissance oalpae de la ter. > Le rapporteur reconnatt jgp'é les orainrtes sont eatagék^ées, elièd ne sont pas SMS prétexte 3 quelques emispirateurs armés ont fait des préparatifs pour entrer en France par la frontière de Sftvoiej on çbjçirpl^. Jt^ ^pipçr qu^que^ princ^a d'Allemagne sur laurs véritables intérêts) les réiiigiéa français ont des agens dates plusievm cours dit Nord...
Pensant qu'il est sage de rassurer ceux meiMa qui a'<n larmieut sans raiso% la rapporteur propose 4'orgimser pour l'état de guenre, bi garde Mtionabet Taim^ auxiliaire. .Cette, pesure ne ser^ peint regardée pwlefi étraugers epipuM wi»e men^^ M s'agit idedispoeitiou» propres à maintenir la paix; et l'on ne saurait ei^aiun dre une guemç 'v^\w\^ d^h paiTtidui^e^pJi^ qui^ je pre< mier^ a gravé danjs }e oode de Mmkà^ He ntnoiMMitioil' auxwnquêtesrv .,-, .J ;=..j.'v.- yo .v.l. àio^ ii.^ . -j)
De l'aveu m$me des:el^lema<d«^MCi^^ hotnine ue présida j'etfsepdiléenTeçaMtiiirt d^<dîciRii4*
On admirait sa manière d^idûrigev lef^ diéiM$ 0t à^i les résumer ; sauvent» ijt m fyt le «(iodérai|fi|ir » !)f(NÔQ|irs il respecta ra»s^i^)#e| ¥^^M wsppçt^^p^î^. Q*^ n'avait ps^ eiMore v» a^twlide^ ^d^t^iws^ Adi^diseli à la b^re : il ainmtià fiultipliwis^^ueeès^ietii^uteit ses réponses juivmjipé^l^Mie^t^dA u^^yêmxn ont été fréquemment ejutées» eub^ autres celle qu'^
àunedéputatûwtde^quAkers. JU i^lnK'nmw^uaUei s'adressa à la ouuudpflUé def 4i^qWi(Sl» wyaiat|;,i^ rée^ demandeit un èrl^QmptMe l4» ^niUipiu^ s^ir giuih
tpr«e que luidejfaiii r^t.# We;^qye* pe* effi^y4»,4iR
poids de vos dettes, répondit Mirabeau, c'est une avance faite ^ la liberté. Yous a^vez semé ^ur uneJâHf féconde^ çUe yp^s restituera Jp»s,ls#. Jf^Qr»,qu^^yô«i[ lui avei eoniiés^ Une seule sourae de prpspërilé maint qae à cette capitale; c^est ranfon de sifes 'dtc^dns^ c^eM£' la tranquillité^ ijubl^^je,^.^^^ i;lç/Fjuii^^ troublent sans cesse, et qu'une foule d'inUigans et
33a PHOJBTS BK MIRAdl^ÂU.
d'ambiH^ux voudraient coliiproxtiettre, pour en é(i*e éHsÀîle les modérateurs; ce sont surtout tes bonnes' mceiirs, sans lesquelles les meilleures lois ne seraieiiti qu^un frein impuissant. Il est un 'despotisme du vice, celui-là serait-^il 1^ seul que la ville de Paris nesau-* rait pas renverser (i)? » '^
Cette briliailte présidence accéléra le dépérîssemeat^ dés^ forces de Mirabeau. Ses fatigues étaient augmen** tées par son état de souffrance qu'elles aggravaient. Téurmenté Constamment par la fièvre et par son ophtfaaimie rebelle, il fut deux jours dans l'impossibilité de présider l'assemblée.
Loflique tant de suc^ flattaient désespérances, on peut- demander s'il ne songet^' point à d'autres fonctioua,^ ft^îl Ée Bt ancnn^éflfieNi; ponr obtenir la révoca-^ tion du'décret qui lui fermât l'aecès du ministère^ Une négocia^on qu'il n'avait pas provoquée, eut lieu dans le mois de janvi^or. G>ndorcet ambitionnait d'entrer au ministère,! et d'avoir pour collègues Sieyès et Mirabeau. Gélui-eî qiii reçut le premier sa confidence, eiiicourafgea ses vues personnelles et ses vues sur Siëyès. « Pbuk* moi, ajoùta-t-il, je ne sétage point à'
' di) Mirabeau, dans sa présidence, eut des mois très beureux. L'assem- Màè reçiit ;Une déc^ondatîoii idttardé contre un d^d té estimé qui de-* napdiisanfl^tdt ia paiplo. « Honsienry lui; 4it le piàdmi^ ne nous ôtet p^ le plaisir de .ypus, rendre justice sans.TOOj^ avo^r entendu. » Un jour, , Tronchet était à la tribune, et le bruit des conversations couvrait sa voii. , « BletsTeurs, dit Mirabeau, faites sileiice; M. Troncbet n'a pas la poitrine' aussi fdvte; que la tète. •• '- -
. AOT&KS PROJBTSu 333
devenir ministre, et je veux qu'on en sôit bien cod^* vaincu, afin d'attaquer avec pins d'avantages le plt» absurde; .décret qu'une assemblée de législateurs ait jam£^is jreodu.^ En parlant ainsi, son but assurément était de simplifier les difficultés, de se frayer la route, certain que si des députés étaient ministres, il serait bientôt un de leurs collègues ou.de leurs successeurs. Sieyès avait un caractère difficile: épicurien morose^ vaniteux à l'excès, il s'étonnait, s'indignait, si on né pensait pas à lui, et repoussait les honiieurs qmmd on yenait les lui offiîr. . Il montra beaucoup de répugnance à prendre part au gouvernement. Pressé par Mirabeau et Condorcet, il eut une idée singulière, comme il en avait souvent; il dit qu'il accepterait ijp on voulait lui donner un nouveau ministère qui serait créé pour là sanction des décrets. Cette place eût réuni tout ce qu'il désirait, peu de travail et l)eaucoup d'influence; il aurait été l'intermédiaire de l'assemblée nationale et du roi. Plusieurs députés, La Fayette, Rœderer,
Tliouret, d'autres encore, furent consultés sur les
moyens de faire rapporter un décret qui rendait si difficile de gouverner l'état. Personne ne crut que Mit^abeau fût désintéressé dans cette affaire; la défiance qu'il inspirait à la plupart de ses collègues,.!^ £ciisait redouter de le voir ministre, et le projet toiù^ft Les vues indiquées dans le mémoire remis par Là« niarck à la reine occupaient fortement Mirabeau. Quelques setnaines avaient mûri les pensées de cet esprit actif, il concevait plus nettement lès moyens de
334 PRonm ms nntkVEkv.
réiliser ses desseins et d'assorer le triomphe des opi- ■kms sages. Ses entretiens étaient fréqoens ayecMontiu>rin) qui le regardait plus que jamais comme appelé à sauver la France. Ce ministre rendait compte au roi; et le roi l'approuvait, tout en continuant de correspondre avec Bouille pour le succès d'un autre plan. Yoici les derniers projets de Mirabeau (i). Vers la fia de sa présidence^ il écrivit sur le bureau ce bilkt qu'il fit remettre, pendant la sâmoe, à Malouet : a Je suis plus de votre avis que vous ne le pensez ; et qudle que soit votre opinion sur mon compte, la nùeÉne n'a jamais varié sur vous. Il est temps cpe les gens sensés se rapprochent et s'entendent. AurieZ'^
(x) M« Lucas-Montigny, k qui Ton doit baaiMoap 4e remeignemea» très précieux, pense que le long mémoire dont il a donné Tanalyse est le dernier travail de Mirabeau relatif à ses projets ; et il rejette complètement un réeit de Bertrand de MoUeville, qui prouvefait le contraire. Beiw tnnd de Molleville • été sur plusieurs pointa induit en erreur ou mfti send par set souvenirs ; mais le &it principal ds «oa réeit est vrai : il a eiisté encore un mémoire, ou plutôt celui que nous connaissons fut modi* ië, augmenté par Tauteur, et devint beaucoup plus remarquable. Les ireuHg que j*apporte sont authentiques; je les dois è la communication qiii m'a été Mie des mémoires inédits de Bialouet* €e n'est pas tur de simples ouï-dire que parle Fauteur ; il retrace des scènes d'un haut intérêt auxquelles il a pris part. Comment récuser un témoin si respecté pour sa A^Khiie et sa délicatesse ? Gomment traiter de romata un récit qui porte ibpi les caraeterea de la vérité, et qui se Ke à tout ee tfWi^ùt Mût de Mira«> beau à cette époque?
n est presque superflu d'ajouter au témoignage de Malouet que la conféreticé sur laquelle je vais donner des détails exacts^ a été racontée par liSlitiiMrin à plusieurs personnes^ notamment à Tabbé de Montesquiou et àifiiaUj^CoUeudaly lonqae cehuHBi rcmtà furis aiuAt le lo Êoàu
AUTMB PaOJST$» 33S
vous de la répugnance à voug trouver atee moi oheas» un de vos amis^ M. de Montmorin? indiques-moi Ib jour, pourvu que ce soit après une séance du soir. » Malouet répondit sur une carte : «Très volontiers)» jeudi, à dix heures du soir. » U donna oonnaissanoe du billet à Yirieu et à Clermont<*Tonnerre : l'un, r^ volté de rirnmoralité de Mirabeau, repoussait touto communication avec lui; l'autre, moins sévère^ conçist des espérances.
Le soir même, Malouet se hâta d'aller demander k Montmorin Texplicaticm du billet qui lui. avait été adressé. Ce député qu'un parti accusait de servik complaisance pour les ministt^esy avait presque eatiè* rement cessé de les voir. «C'est votréAite, lui éàk Montmorin , si vous êtes si tard et si mal instruit. U y a, dans votre modération, une inflexibilité qui vous éloigne de nous ; puis, ajouta-t'-il en souriant, on vous néglige, parce qu'on est certain de vous trouvertoutes les fois qu'il y aura du bien à &ire. » Malouet reçut la confidence des relations de Mirabeau aVec le rot et lé reine. La violence de cet orateur, dans une discussion récente sur le clergé, lui fut ^cpliquée par le hanK projet de compromettre l'assemblée. Enfin un plan tracé p^r Mirabeau, lui fut caaBé p4M«r acbev^ é^^iê mettre au courant et de le préparer à la oonférenos du lendemain. Louis XYI avait chargé ^Oiïtmdrin de consulter, sur ce plan Mabuet et l'abbé de Mon? tesquiou.
Les espérances de Malouet étaient mêlées de beàù^
336 PROJl!1PS Dfi mRABRAU.
coup d'inquiétudes; mais son intégrité, ses principes^ éibignaient de lui le décout^agement ; il le jugeait con-^ traire à ses devoirs. Le plan qu'il avait entre les mains excita son intérêt au plus haut degré. Mirabeau, dans œt écrit, attaquait les différons partis, et ne se mon*^ trait indulgent que pour le plus modéré, qu'il accusait seulement de maladresse. On doit se souvenir que déjà ce jugement est énoncé dans le précédent mémoire, dont celui-ci me paraît être une rédaction nouvelle, avec des additions très importantes.
Les moyens que Fauteur de cet écrit juge néces* saires pour établir Tordre , sont : la dissolution de l'assemblée , dissolution qui sera provoquée par les départemeiipia nomination de nouveaux députéir, désignés parmi les hommes sages ; la révision de la constitution.
Les principaux résultats de cette révision doivent être : la division du corps législatif en deux diambres;
Le veto absolu, le droit d'ajourner «t de dissoudre ks états, attribués à l'autorité royale j î< Les administrations de département, les municipalités, les gardes nationales, placées sous Tautorité im-* médiate du roi^ exerçant souverainement, et dans ibute sa plénitude, le pouvoir exécutif, avec des ministres responsables;
n Les projets de loi proposés indifféremment par le gouvernement ou par l'assemblée nationale ;
L'admission exclusive des propriétaires aux assemblées nationales, sans indemnité ;
AUTBBS PROJETS. 337
La suppression des privilèges onéreux et celle des ordres arbitraires , irrévocablement confirmée ;
Le tiers des biens du clergé employé aux besoins de 1 état.
Voici le mode d'exécution indiqué. Des commis* saires iront sur tous les points du royaume pour régler lar'circonsci*iption des départemens, des districts et des cantons. Ces commissaires, choisis par un comité prudent et sûr, seront autant d'ageus du projet de ré^ forme; ils rallieront les gens de bien, ils déteimîne^ ront le mouvement pour demander que l'assemblée soit renouvelée, et ils prépareront le choix de nou^ veaux députés (i). .
On aurait une liste de tous les hommes éclairés et sages, capables de servir la chose publique. On établi» rait, dans chaque département, une commission secrète quant au mandat et au salaire, composée d'home mes en état de publier une suite d'écrits relatifs à la situation des afiaires politiques, aux Êiutes de l'assem* blée , aux moyens de les réparer. ï
On changerait à tout prix, graduellement, le ton de deux ou trois des journaux violens les plus accréditést. Ces manœuvres seraient précédées d'un acte de vi^
(i) Vauthenticilé de ce mémoire est prouvée par le précédent» où ^k'au* leur parle d'appeler une nouvelle représentation nationale, de préparer des élections sages, de contraindre l'assemblée pat des pétitions venues des départemens ; mais ce moyen loi paraissait alors prématuré. Maintenant, il juge qu'on doit agir, et il indique le mode d'exécution de ses projets ; toutes ces idées se lient entre elles.
338 PROJETS DB BflIUBEAU.
gueur, dont se chargeaitMirabeau : il déroulerait à la tribune le tableau de la situation du royaume, et proposerait une enquête sur les désordres à réparer. II demanderait le prompt classement et l'exécution des décrets non sujets à révision; c'est par là qu'il voulait arriver à une révision générale. Il ferait un appel à tous les amis de la liberté, en leur .montrant comme fKHAt de ralliement la lettre et l'esprit des cahiers des ^mnmunes. Enfin, après avoir signalé comme factieux quiconque excite à la désobéissance aux lois , il ton- Aèrait contre les clubs, et demanderait que leur suppression fut prononcée par l'assemblée nationale.
Douze députés, choisis dans la majorité et dans la minorité, seraient d'avance chargés d« communiquer ces; propositions à leurs amis, en ajoutant que le roi 3r>' adhérait, qu'elles seraient soutenues- par des orateurs influens, et qu'on devait espérer la majorité des sùifrages. Dans tous les cas, le renouvellement de Fas* sepnblée devait être demandé par les<iépartèmens;Mira3)eau insistait sur ce qu'on ne pouvait aittendre aucun inen de cette assemblée, alors même qu'il y obtiendrait momentanément la majorité; ce qu'il jugeait possible A même certain (i).
(i) Malouet dit. que Mirabeau « voulait faire une eûntré-répolutien ^ ■lia telle qu'elle eût convenu à tous les partisans hounétee de la liberté. » Bien' que le mot contre^reyolution soit expliqué par la suite de la phrase, il Èfwk pas ici conveaable. Mirabeau plusieurs fois a dit qu'il fallait une cantPa»ç<mstitutio»f et c'est, en parlant de ses pro}ets,le ikoI qu'employait loyalement La Fayette.
AUTRES PltOJETS. 33^
Je laisse maioteiiEqt parler Malouet^ pour ne pas afiaibliraott récit.. cCe mémoire^ dit-îl, me plat beau» coup, sans surpasser mon attente. Je reconnaissais' dans ce que je venais de lire, ce que j'avais vn ou présumé des opinions de Mirabeau» Je n'expliquais pas aussi fa^ yorabkment sa conduite ;d: je doutais beaucoup descs moyens de succès, sans rien apercevoir.de mieux dans mes propres combinaisons. C'était bien là ce qu'il Êik lait tenter; mais, la ^mocratie d'un. grand peuplé armé, l'indiscipline des U^up^^ l'influence »d|Ef la plus vîIq califdlle dans cette multitude de sociétés populaire^^ Isk division de notre assemblée^ l'entêtement dm ims, U timidité 4'Ma grw4 nombre^ ta corruption dt plusieurs, tpatoek m'ânspitait ^ISdît^ et id fut le texte 4^ me^ pbsçjtv^tio^ ^ U cpuiEérenAi^e du: lendemain, £11^ duri^ 4epMiSi4i^il^eui?eS( du. soir jusqu'à deux b<$wes^du inatin^Mir^ilHisMA étaifih«(^s«é) ilavaîl déjà Ici germe de La maladie, dont ilest mQ;rt> aes yeus enflammés et couverts 4e aang . aortaiept de leuir . oni hite: il était bonriblefmaisil a'e^t jamais, pjusd'éaeii» gie, plus d'éloquenoé.llaest'plus tpn^«i^imedit*>il^de ^%lcukr l^ioçpnvénietiaf.ai vouaea troumzàee que î^ proposé!^ faitesimieupiv Biftis iiûtea^ car nous fie; poof voua vivre longtemps; en^^attendwl^.nmis pér»x>n^ df consomption ou de .mort violente. • Plus . ve(u$' iasisiei sur le mal qui exislie^ ^phia vous pàrouvea qiw.ia vépia-^ ration est urgente. M^tsi cantesbœ<><voa5 lèsupjKndisiil Nommez celui qui, ^veclamêméi volonté qw moi, est dans une meilleure position pour agir^Toute la partie
2 ai
34o PROJETS DE MIRABEAU.
saine du peuple, et même une portion de la canaille, sont à moi.Qu'on mesoupçonne, qu'on m'accuse d'être vendu à la cour, peu m'importe. Personne ne croira que j'ai vendu la liberté de mon pays, que je lui pré* pare des fers. Je leur dirai, oui je leur dirai: vous m'avez vu dans vos rangs luttant contre la tyrannie y et c'est elle que je combats encore ; mais l'autorité légale, la monarchie constitutionnelle, l'autorité tuté« laire du monarque, je me suis toujours réservé le droit et l'obligation de les défendre.
<K Prenez bien garde, ajouta-t-il, que je suis le seul, dans cette horde patriotique, qui puisse parler ainsi sans faire volte-face. Je n'ai jamais adopté leur roman, ni leur métaphysique, ni leurs crimes inutiles.
a Sa voix tonnante comme à la tribune, ses gestes animés, l'abondance et la justesse de ses idées m'élec* trisèrent aussi. Je secouai toutes mes préventions, tous mes doutes; et me voilà partageant son émotion, louant ses projets, son courage, exaltant ses moyens de succès ; mais ma péroraison le mit en colère. Vous réparerez mieux que personne, lui dis-je, le mal que vous avez fait. Non, me répondit«il en relevant la tête, je n'ai point fait le mal volontairement, j'ai subi le joug des circonstances malgré moi; le grand mal qui a été fait est l'œuvre dé tous, sauf les crimes qui appartiennent à quelques-uns. Vous, modérés, qui ne l'avez pas été pour m'apprécier, vous, tous les minis* très, qui n'avez pas fait un pas qui ne soit une faute; et vous, sotte assemblée , qui ne savez ni ce que vous
AUTHES PROJETS. 34 1
dites, ni ce que vous faites, voilà les auteurs du mal. Si vous voulez savoir ensuite quels sont ceux auxquels j'impute le plus de sottises, de fausses mesures^ de mauvaises actions, ce sont messieurs •( i).
<c Cette conversation se serait prolongée jusqu'au jour, si nous ne l'avions vu épuisé de fatigue, couvert de sueur, ayant une fièvre assez forte, et ne pouvant plus parler. •
c(^Nous fîmes cependant, avant de nous quitter, le recensement de nos forces. Je pouvais répondre de cinquante députés qui votaient avec moi ; il en comp-* tait le double bien à lui dans le parti populaire. Le roi devait parler aux chefs de la noblesse et du clergé, et leur demander non d'appuyer sa motion, ils l'auraient fait échouer, mais de voter pour; et dans ce qu'on appelait le centre de l'assemblée, il y avait toujours un nombre considérable de députés prêts à adopter un décret sensé, pourvu qu'il fut proposé par un membre influent de la majorité. Ainsi, nous nous séparâmes avec quelque espoir de succès. »
Dans cette conférence, Mil^beau ne révéla pas tous ses secrets; peu de jours auparavant, il avait fiiit uAe démarche hasardeuse,^ déterminée par les circonstaùr" ces plus que par sa volonté. Lamarck, toujours fatb^ rablement accueilli du i^i, admis plnr la reine à de frë» quens entretiens jugea, sUr quelque' iiJots échappés, sur quelques espérance» mal déguisées, qu'il existait
(i) Les poms ne m Urouveot pas dans le manuscril (àe M. Malouef,
uo projet de fuite pour lequel on comptait sur Bouille. Il uue jai^sa point apercevoir qu'une parole indiscrète l'eût frappé, mais il, ressentit une terreur profonde: il voyait une fatale imprudence près de compromettra W trônei la Frajuce^t la gloire de son ami; il lui confia ses alarmes* L» péril étifit grand; Mirabeau n)dïk fut point déconcerté.. D'après les résolutions qu'jil prit avec Lamarcky celui-ci, dans une visite au roi et à la reine, leur parla du dévoûmeat et des talens du marquis d# Bouille; il leur dit queMirabeau, tout occupe du bien de leur service , pensait qu'avant de tenter l'exécution d^>ses desseins^ il importait de s'assurer l'appui idu seul général qui conservât de l'influence sur l'armée, et dont le concours pourrait devenir nécessaire; il demapda au roi l'autorisation de se rendre à Metz et de communiquer à Bouille le plan de Mirabeaiu. ^uis XVI approuva sans hésitadoa cette idée ^ et. rQfnit à. Lau^arck ua billet. d? sa main pour lui servir de lettre de créance*
Bouille fut secrètement, prévenu de la visite qu'il allait rcjcevoir.; Jie roi lu^ .écrivit, et s'exprimait en ces termes,aui: Mirabeau et sur d'autres personnes rcrQuoi-* que ces gensrlà ne .soient pas estimables^ et que j'aie payé le premier très chèrementyCepepdant je croisqu'ils peuvent ip^ repdre sçrvicç. Dans le projet de Mirabeau, vous trpuveriçz peut-être des choses utiles; écou* tea^le, çt, faites-moi part de vos. observations* »
Lamarck arriva promptement à Metz (6 février). Bouille fut -d'abord d^ant el d^one extrême réserve;
mais, à mesure que le plan de Mirabeau se dëroulait-
sous ses yeux, il en reconnaissait les avantages; il le
comparait, à part lui^ au projet de Breteuil, et le jn-'
geait dîme eocëcution bien moins périlleuse pour-
Louis XYI et pour la France^ Aux moyens de salui
précédemment exposés, Mirabeau ajoutait une dispo*'
sition très propre à lui attirer la confiance du géné^
rai, mais qu'on ne connaît guère que par cette phrase-
de Bouille : a U devaitr me remettre le roi et la &-•
mille royale à Compièghe ou à Fontainebleau, où je-
les aurais environnés dès meilleures troupes (1)4 »b
Le général promit son plus ferme Concours au plan>
qui lui était communiqué ; il écrivit ' au> toi pour lé'
prier de l'adopter, d'en laisser suivre l'âtécution et de'
s'attacher de plus en plus Mii<abeauy en le comblant
de toutes les fàvéuns tju'il pourrait désirer. '
On doit regretter que Bouille-, ^d disait qUe le roi
serait idonfié à sa garde, ^n'ait pas donné sur ce point
quelqueë détails. Son récit prouve que le plan pouf'
lequel ôh demandait son concours M fut «xposé fidè*-
lement/^tel que nous le iâonriàissonâ. Mais ôe rëcft' étant btti'siquëment tei*mhié par la phrase laconique;! obdcùrë, ijue j^ieli citée^ leâ hommes des paVti^extrédléé^ ottt cbnjfectiiré que Bouille, k là tête de^^itoïipes, àti^i i^it eu la haute influence sur léiâ àffàiires d'état; à. t(M^ MirabësÉti eonseàtâft à Pabolition deé décrets dé- VàSfl' semblée par là plénitude dé la puissaiicé^toyàlè. Cë^*
(1) Ménkonns de BiAtitté, clia(i! x. ' "^ ' ' '-'é i'"^''
lireT d«î bien graves conséquences d'une phrase peut-être fort simple. Bouille écrivait ses Mémoires à l'étranger, près de beaucoup d'hommes disposés à lui reprocher de s'être concerté avec Mirabeau ; et si les conjectures dont je parle étaient justes, il n'eût pas manqué d'en tirer avantage , il se fût expliqué d'une manière nette, positive; aucun motif de prudence n'aurait pu le retenir, puisque l'infortuné Louis XYI n'existait plus. Lorsqu'on veut suppléer à ce que ne dit point la phrase citée, il faut laisser les prétendues explications qui ne s'accordent pas plus avec le bon sens qu'avec les opinions et les intérêts de Mirabeau. Il est évident que si une assemblée d'hommes éclairés et sages fût sortie des nouvelles élections, faire évader le roi et l'entourer de baïonnettes, c'eût été au moment du succès y renoncer, et donner le signal d'une guerre civile où les partis extrêmes se fussent précipités avec fureur. Si une telle imprudence eût été pronlise, je ne douterais pas un moment quô, pour entraîner Bpuillé, Mirabeau le trompa; et si Lamarck lui-même affirmait le contraire, j'en conclurais seulement que pour avoir jim émissaire plus sûr, Mirabeau avait aussi trompé Lamarck. Mais rien ne prouva que la mauvaise foi ait présidé au rapprochement qui eut lieu. De toutes Iqs explications venues h, ma cx)nnaissance, la seule vraisemblable, c'est que la nouyeiUe assemblée nationale devant se réunir d^QB>uae ville d^ province, Bpuillé aurait été chargé de faire avancer des troupes avec lesquelles il eût accompagné le roi dans le lieu choisi pour siège du gou-
vernementy et que la garde du monarque lui aurait é\è confiée. Cependant Bouille et Mirabeau pouvaient-ils réellement s'entendre ? Ils le pouvaient jusqu'à un certaiu point; tous deux voulaient étouffer lanarchie; tous deux voulaient que Témigration ne vint pas dominer le roi. Sous d'autres rapports , leurs opinions différaient; aussi ces deux hommes, rapprochés par des circonstances impérieuses, éprouvaient-ils une réciproque et juste défiance. C'est une grande preuve que Mirabeau n'eût jamais remis aveuglément à Bouille les intérêts de sa sûreté et de sa gloire^ les destinées du trône et de l'état.
Une satisfaction profonde dut pénétrer l'âme de Mirabeau, lorsqu'il apprit que Bouille seconderait ses desseins. Il se crut assuré non-seulement que le roi ne partirait point, mais encore que toute indécision de sa part et de celle de la reine allait cesser, grâce à l'ascendant que Bouille devait avoir sur eux. Mirabeau se crut enfin parvenu à les dominer; le sort de |a France lui parut irrévocablement livré à son génie. '
Tous les hommes qui avaient ou qui voulaient avoir une grande influence , formaient des projets de salut public , à cette époque d'alarmante incertitude et de cruel malaise. La veille du départ de Lamarck pow Metz, Mirabeau eut avec La Fayette, chez Emmeryy un entretien qu'il avait demandé. Instruit qiie Lfi Fayette, de concert avec quelques députés, s'occupait d'un plan pour rétablir Tordi^'e, il voulait connaître ses vues et cherdier à l'eatrainer vers les siennes. Lsk
défiance entre eux était profonde; on s'observa plus qu'on ne se pénétra, dans une conférence de trois heures. Mirabeau voulait aussi, par des questions adroites^ obtenir. des éolaircissemens sur les relations de La Fayette avec Bouille. Ces relations avaient peu d'importanoe, elles se réduisaient à l'échange de quelques lettres. Chacun des deux généraux aurait été fort aise que l'autre se fit sonaide-de^camp; ils s'argumentaient, se' prêchaient sans se convertir; et l'on peut ajouter, sittis:^ flatter d'y réussir. Gela est vrai surtout de B(Hiillé, car La Fayette avait une telle confiance dans ses principes qu'il portait très loin l'elspérance de les faire adopter.
Tandis que des intérêts sacrés auraient dû absorber Mirabeau tout entier, il éprouvait encore une soif d'ar^ gent (i) qui l'aviUssait devant ceux qu'il voulait dominer; tandis que sa santé défaillante lui donnait des avertissemens sérieux , il cédait encore à l'attrait de fî^neàtes plaisirs; et toutefois cet homme, inconcevable mélange d'indigneâ faiblesses et de nobles sentimens, sr'élevaît jrusqu'à U vertu du repentir^ quand il parlait des torts de sa jeunesse. Dans les derniers oiois de sa vie/ il eut plusieurs entretiïens avec des députés mbdé- 11^ >do]itil recherchait l'approbation et l'appui. La défiance iqU'il lisait- dana. leurs yeux, qu'il (entendait jusque dans leurs; [iaroles.poliies, lui causait une douleur
' Xi^ t^esi tout ce quil eét po^ible de concfure des smgniièrës lettres da Mqifif de lAiehet et dé La Foit^ trtttvées datt^rarÉiaiM dé fer.
AUTRES PROJ£TS4 34?
poignante. Jamais il n'a plus souvent rëpëté des mots tels que ceux-ci : Je jme bien cher ks fautes d^ m^
jeunesse! Pauv^re France l on te les Jait payer
aussil A l'époque de sa présideqoe, il eut^ avec un des Crillon, une conversation dont j'ai ouï souvent parles*! et dont je ne rapporterai que ce que je sais e:Kacter^ ment; il la commença par ces mots : J^ous ne maih mez pa^.., je dis plus y vous ne m^ estimes pas. Il at>T tribua toutes les difficultés qu'il rencontrait en voulant faire le bien, à l'idée que donnait de lui sa jeuue^sQ orageuse : Je pourrais^ dit-il, expliquer mes désordre^t mais je ne veux jamais les excuser. £n effet, il ne m défendit que par de nobles regrets, et termina ainsi ; a Cependant; regardez bien autour de vous, il n'y a que moi, moi seul qui puisse abattre l'anarchie qui v^ dévorer, vous, vos amis, le trône, la France; il faut qu'on- m'écoute, qu'on me suive, ou nous périssons tous. » Ses souffrances et les obstacles qu'il voyait à ses desseins, le jetaient, par accès, dans une mélancolie pro£9nde. Un jour à Auteuil, seul avec Cabanis, il était assailli de tristes pressentimeus sur l'avenir de bl France, sur la mémoire qu'il laisserait après lui» Squ ami voulut changer, le coûts de ses idées, et lui pa^^lf^ avec chaleur de ;ses Ulens, dç. ses .triomphes ; il ne l'enr* tendait point, absofrbé qu'il, était par ses pensées, et tout^'à-coup il dit avec un accent indéfinissable : <c Oh ! ^ j'eusse apporté dans la révplution une réputation semblable à celte de M£|lesberbe$lM« Quelles destin^ j^assurais à rapp p^y^.!,, quelle g^iy^ j'attachais à mp«| nom ! »
Environné d'obstacles, Mirabeau pensait que du moins Louis XVI et la reine ne lui eu opposeraient plus, et se livreraient avec confiance à ses lumières», à son courage; il s'abusait. Bouille reçut, vers lei5 mars, une lettre du roi qui lui mandait de faire ses préparatifs pour le voyage de la famille royale, dont le départ aurait lieu à la fin d'avril ou , au plus tard , dans les premiers jours de mai.
Les forces défaillantes de Mirabeau ne lui permet* taient pas de donner à l'exécution de son projet l'impulsion qui aurait été nécessaire. Jusqu'à son dernier mo* ment, il fut orateur; mais, pour surmonter la souffrance et recouvrer toute son activité, il avait besoin d'être électrisé par l'aspect de la tribune. Dans les dernières semaines de son existence^ il ne prépara le succès de ses grands desseins que par la guerre toujours plus franche et plus vive qu'il fit aux factieux, ainsi que nous le verrons en reportant nos regards sur Tas* semblée.
Dans le désordre, tout ce qui peut irriter les passions est saisi avec avidité : une nouvelle qu'on aurait dû juger indifférente, l'annonce que Mesdames, tantes du roi, allaient partir pour l'Italie, jeta Paris dans une agitation extrême. A cette nouvelle , on en ajoutait d'autres. Des commissaires du club des jacobins, envoyés à Versailles, affirmèrent à leur retour qu'ils avaient vu, dans les écuries du roi, plus de sept cents chevaux sellés et bridés, que Ton tenait toujours prêts à partir. Marat dit, dans sa feuille^ qU'il faut <c garder
AUTRES PROJETSv 34^
en otage ces béguines (Mesdames)... qui doivent ennr mener le dauphin^ et laisser aux Tuileries un en&ût de même âge et de même figure, qu'on élève depuis dix-huit mois avec lui, pour consommer ce rapt prémédité (n° 371). » Le peuple croyait à la guerre étrangère, et s'imaginait que deux vieilles princesses^ en passant la frontière, donneraient le signal d'une in* vasion que les meneurs proclamaient imminente, et qui leur inspirait les discours non de citoyens couni» geux, mais de brigands en délire (i). Sur les qua«> Irante-huit sections de Paris, trente-deux furent d'avis d^exprimjsr à l'assemblée nationale et au roi les alar* mes qu'excitait l'annonce du prochain départ de Mes^ dames. En conséquence, une députalion de la muni* cipalité se présenta à la barre : ce fut la dernière à laquelle répondit Mirabeau près de quitter la prési*» dence. Cette députation demanda une loi qui fixât k mode particulier d'existence de la dynastie régnante^
et s'éleva contre l'émigration. Le président devait né
^ (1 ) Camille Desmoulins proposait qu'en cas de guerre, on rendît cede- <:ret : « Tout soldat autrichien, piémontais ou autre, qui sera pris les armes 9l la main , pendu sur iTheure comme brigand, ou fusillé comme béte £6roce... Tout déserleur ennemi qui ap()ortera la tête d'un capitaine, recevra quatre fois autant que le subdélégué payait sous l'ancieir régime k teloi qui apportait la tète d'un lotq[». L'assemblée nationale charge son cbmité de liquidation et d'évaluation des offices, de lui présenter incessant ment le tarif du prix de toutes têtes, depuis celle du simple lieutenant, jusqu'à celle du feld-marécbal et du tyran ; décrète de plus qu'il sera fait une prisée ou estimation de tous les membres, depuis une orÏBille jusqu'à tw quarlier d'aristocrate. » Révolutions dt France^ ele., hf» 56. '
35o PROJIT& I>E MIRABEAU.
point préjuger quelle serait la décisioo de l'assemblée ; et ce fut avec uué parfaite mesure, qu'en laissant la question indécise, il fit entrevoir que sou opinion sâ<^ rait favorable à la liberté personnelle.
Le séjour de la France, si différent de ce qu'il avait été pour Mesdames dans le oours.de longues années;, leur devenait insupportable depuis que les décrets sur le clergé leur faisaient craindre de ne pouvoir plus exercer librement leur culte. Louis XVI, sans leur confier ses secrets, profita de la disposition de leur esprit pour ks eogaga:* lui-même, à s'éloigner : il n'aurait pu les emmener avec lui ; il n'aurait pas voulu les. laisser exposées aux troubles qui .pouvaient suivw «m ;départ. Mirabeau occupé de projets bien différ irens^ pour lesquels il avait besoin de populariser le noi , lui écrivit, k pressa d'user de ses droits sur sa fitmiUe, et de ne pas. permettre à Mesdames de quitter la France; il lui représenta qu'elles- s'exposeraient à être arrêtées en route, et que de grands désordres pourraient en résulter. Cette note ne produisit aucun effet,
. Mesdames partirent; elles avaient des passeports, aucune loi n'en exigeait, cependant la- municipalité et le peuple de Moret voulurent les retenir; mais un détsu^hement de cavalerie qui \^ escortait^, força le passage. Leur arrestation fut plus sérieuse à Arnai-le- Duc ; et le procès-verbal de la municipalité excita uh débat orageux dans l'assemblée nationale. Mirabeau', en arrivant à la séance, avait l'intention de faire blâ-
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mer cette municipalité qui attentait à la liberté per* sonnelle, et qui prétendait interdire ce que nedéfen» dait aucune loi; il le dit à Fréteau et à pIusieuM autres de ses collègues. L'abbé Maury, souvent plus empressé de montrer son zèle que ,4^ le rendre utile^ parla le premier; et les principes qu'il soutint devin# rent impossibles à faire prévaloir. Cependant Fréteau proposa de déclarer inconstitutionnelle la délibératiod municipale; et Tracy fit observer que le point.es^ea<é tiel était non le départ de Mesdames^ mais le respeqt dû à la loi. Ces orateurs excitèrent des Qiurmuresy et Barnave fut très applaudi en soutenant avec 8ubti\it4 que la commune inculpée ne s'était point rendue cou« pable d'opposition à la loi, puisqu'elle avait cru agk dans l'intérêt public. Mirabeau jugea. qaon n!obtie» drait pas une improbation formelle .de la conduite dei officiers municipaux; en conséquence, il se borna h proposer un projet de décret pour déclarer qu'aucune loi ne s'opposant au libre voyagé de Mesdames, il n'y avait pas lieu de délibérer^ et que V affaire était ren-^ voyée au pouvoir exécutif De vidlens murmures écla^ tèrent. J'énonce des faits, reprit. Vorateur; aucune bn ne s'oppose au voyage de Mesdames: estri^e unf^it? y art-il une loi ?• // en existe une^ s'écria un député, j^ Je la cite; €'esi k saluf du peuple^ Mirabeau saisit oe mot et rappela que le salut du peuple es^i^e sartput que les lois soient respectées. Les deux L^metl^ et Barnave, abondèrent en phrases violentes ; ils iasistère)|t pour que le président fut chargé de représenter au roi qu'il
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pouvait mettre un terme aux alarmes publiques, en refusant d'autoriser le voyage de Mesdames. Après un long tumulte, Menou saisit un de ces momens de calme que la fatigue amène, et dit : a L'Europe sera bien étonnée d'apprendre que l'assemblée nationale s'est occupée, pendant quatre heures, du départ de deux dames qui aiment mieux entendre la messe à Rome qu'à Paris. » £1 y eut , dans toute la salle, ua long éclat de rire; et le projet de Mirabeau fut pres^* que unanimement adopté (ii4 février).
Un attroupement, où dominaient les femmes de la populace attendait, dans le jardin des Tuileries, l'issue de cette discussion. Aussitôt qu'elle fut connue, les femmes manifestèrent à grand bruit le désir de s'adresser directement au roi pour obtenir qu'il défendît à ses tantes de voyager. Les portes et les grilles du châ« teau furent fermées. Bailly et plusieurs officiers municipaux accoururent ; ils parlaient vainement dans les groupes, et la multitude recevait des renforts. La garde nationale arriva; elle fit évacuer le jardin; de nombreuses patrouilles parcoururent lés roqs^ et Paris fut éclairé toute la nuit.
L'assemblée discuta un projet relatif à la résidence des fonctionnaires publics* C'est dans cette séance que Mirabeau prononça ces paroles fameuses : «c Je combattrai toute espèce de factieux qui voudraient porter atteinte aux principes de la monarchie, dans quelque système que ce soit, dans quelque partie de la France qu'ils puissent se montrer. » A cettQ
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déclaration, la salle retentit ^'applaudi^tnens (]),> Après le vœu exprinvé par la commune de Paris, le comité deiconstitution avait été chargé de préparer fine b>i sur les émigrations. Chapelier annonça (a8 février) que. plus les membres du comité s'en étaient œcupëi' phis ils avaient vu les difficultés s'accroître; que^cepéa^ dant un projet avait été rédige pour obéir aux ovâr^ de. l'assemblée; mais que ce projet^ le seul qui pât èite efficace^ violait la constitution, et qu'avant d'en dofi^ ner lecture le comité demandait si l'assemblée persis*-'. tait à vouloir une Icn sur les émigrans.
. D'André et Castellane dirent, avecune noble chaleur^ que du moment où le comité dédarftit que son projet était inconstitutionnel, la dignité et le devoir deil'ag* semblée nationale exigeaient qu'elle refusât de Ven^' tendre; D'autres députés repriésentèrent que les vices de .en projet ne prouveraient nullement l'impossilMiitéde tfqnver, des dispositions différ^ites, copciliablec^^ avec lesi principes; et Merlin opposa à d'André eetti^ phrase.du Contrat, social lalkinB les momens*de trou» blés, les lémfgratiom peuvent èlre défendues* ^ La dis* cussion se.prolopgeait,, Mirabeau monta à la tribune,-
(i) Dans la même séance. Mirabeau lança un trait piquant i d'Espré^, ménil et à Maàry. Ces deux députés se trouTafent en désaccord sur un p6int;:d^Espk^éniéiiil ezpriiiAi 1èr rqj^ret 'd*i(rre â>Rgë' dé' combattre joàiiitêttf9 €i coÊumgiu» ««k; Mirabeau dit|êii Jûnnt dhisio^aux-cpierellesde 1788, entre le ^Ifment et le gar^e de& sceaux Lamoignon» quiem» ployait alors la plume de Maur^ : • Je prie rassemblée d'accepter Taugure dVne réconciliation unitersètlé, puisque M. d*£spréménil est aujourd'hui