‹ Histoire du règne de Louis XVIChapitre 13 sur 23 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

jorsquesur lesptemlères paroles du prësident^on jugea ce qu'il allait annoncer^ ces mots. Il est mort! for-, mèrent une espèce de gémissemeot qui se fit entendre dans toutes les parties de la salle. La consternatioa dans Paris fut générale et profonde. Quelques homines des deux partis extrêmes se félicitèrent. seuls d'être délivrés de leur plus redoutable ennemi. Tous les. gens sensés considéraient avec effroi le vide lais^ par cet homme qu'ils avaient jusqu'alors diversement jugé. Ce qu'il eût fait pouvait être douteux ; (^ qui ne l'e-* tait point) c'est qu'après lui il ne restait personne qui fut capable de rapprocher ou de dompter les partis. . L'assemblée nationale décida qu'elle assisterait ea corps aux obsèques de Mirabeau. Un décret prononça que la nouvelle église de Sainte-Geneyièvje serait des* tinée à recevoir la dépouille mortelle des grands hommes, et que les restes de Mirabeau y seraient déposés au nom de la patri^. Jamais funérailles ne furent plus $olenuell^ par le nombre dies assistans,; paç la diyersU^.de leurs opinions et l'unanipiitë de l^rs.j^gFets» ovl^umières I éloquence, courage, habileté, que de moyens cet homme possédait pour exeroer. une pro* ^gi(9me influenice! A ces qualités jinposaQta39^ il en réunissait d'aimables. Son dévoûment en amitié lui faisait des amis dévoués. Il se plaisait, dans ses relations intimes, à déposer sa supériorité; et si c'était encore une manière d'en jouir, elle était douce à ceux qui l'entouraient. Le fier orateur, le fougueux tribun avait, dans quelques momens, la simplicité, Tabanâpn^ V^u*

DE MIB/LBEAU. SGq

joûment d'un enfant. Sa parole avait autant de charme dans la conversation, qu'elle avait d'ëclat à la tribune. Cent fois il alla dans des salons où se trouvaient des femmes qui délestaient ses opinions, mais qu'attirait la curiosité de le voir : ses manijères nobles et naturelleSy son tact des convenances, son esprit et sa grâce les captivaient bientôt ; elles disaient qu'il était séduisant. Avec tous ses talens, toutes ses qualités, il lui fut impossible d'obtenir jamais la considératioU| sans laquelle l'homme d'état est privé d'une force que nulle autre ne supplée. Mort, une douleur presque universelle honora son cercueil ; vivant , la défiance l'environnait, le poursuivait; il ne pouvait ef&cer la tache d'immoralité empreinte sur son front.

Les idées qui dirigèrent sa conduite politique manquèrent souvent de justesse. Yainement un homme a-t-il de hautes facultés; si la morale ne Téclaire, souvent son jugement est faux. Quelquefois, Mirabeau eut trop de confiance dans ses forces : il se trompa en croyant qu'il lui serait toujours facile de réprimer les passions qu'il exaltait , de remuseler le tigre qu'il déchaînait. Ses faux calculs l'entraînèrent à commettre un grand crime, celui de pousser une révolution au-delà des bornes qu'elle tend d'elle-même à franchir. D'autres fois, il n'eut pas une assez haute idée de sa puissance. Pourquoi se trouve*t-il réduit à tant de manœuvres, d'intrigues, pour servir la monarchie et la liberté? Parce qu'il n'a pas su juger U moment oîi il pouvait, après le 1 4 juillet, arrêter les T. in. 34

^yO MORT

troubles, et faire adopter la constitution que proposaient les hommes dont, au fond de son âme, il parta-* geait les principes. S'il eût à cette époque écouté la voix du devoir, il aurait soutenu contre l'anarchie une lutte dont il fût sorti vainqueur; il n'osa combattre, il douta de sa force, parce qu'il ne puisait paa la force oii la trouve un homme de bien.

Mirabeau fut honoré sur sa tombe du titre de grand homme; et ses contemporains ont eu raison de le lui donner, car il avait sur ceux qui l'entouraient une grande supériorité. Mais on peut mettre en doute que la postérité lui conserve ce titre. Trop de nuages obscurcissent sa gloire; son éclat ne fut pas celui d'un astre, ce fut celui d'un météore.

Quelles conjectures peut-on former sur nos destinées^ si sa carrière eût été prolongée? Il fût resté fidèle au vœu d'établir une constitution monarchique et libre; il avait en lui des ressources pour atteindre son but par la force ou l'adresse, par des luttes ou des transactions ; cependant^ si l'on considère les obstacles que ses projets allaient rencontrer, l'exaltation de la masse bruyante du peuple, le despotisme des sociétés démocratiques, la désorganisation de l'armée, la démei^cç des partisans de l'ancien régime, le découragement d'une partie des hommes modérés, l'enthousiasme de presque tous les autres pour une constitution si favorable à l'anarchie^ la faiblesse d'un roi qui se préparait à multiplier ses dangers et les nôtres, enfin I^s trop justes défiances dont Mirabeau était environné, il est

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bien difficile de croire au succès de ses plans compli* quës. Cet homme extraordinaire laisse après lui un doute honorable qu'aucun de ses contemporains n'aurait pu inspirer; mais, selon toutes les probabilitéS| Mirabeau est mort à propos pour sa gloire.

♦lit:-

ÛWÉMVÊaVU QUI JPBJÉCdkBSBVT UL RfVIilOSl'.

L'unique et dernier espoir d*obtcnir un gouvernement sage reposait sur l'assemblée, que Texpérience pouvait éclairer et décider à réformer ses lois.

Moutmorin, persuadé que LouisXVI avait confiance dans les projets de Mirabeau , chercha comment on pourrait les modifier, et les rendre exécutables sans l'appui du génie qui les avait conçus. Soit par un hasard qui serait singulier ^ soit par suite de quelques confidences dont j'ignore l'auteur, le plan du ministre offrit des idées semblables à celles de Bouille. Montmorin pensait qu'une démonstration de l'empereur serait nécessaire pour donner prétexte à la réunion d'une armée française; et, comme Bouille, il se flattait que le roi pourrait se mettre à la tête des troupes: il achevait son plan avec des idées deMirabeau; le roi appellerait près de lui l'assemblée nationale, et la constitution serait modifiée. Ce projet n'est connu que d'une manière vague, je ne sais même s'il fut jamais écrit. Louis XVI, après avoir écouté Montmorin, lui donna son adhésion, l'autorisa à se concerter avec les ambassadeurs d'Autriche et d'Espagne , et continua de

ivéïrEMENS QUI PRÉCÈDENT LA RÉVISION. 378

garder un mystérieux silence sur le projet qu'il avait précédemment adopté.

Alexandre Lameth a dit souvent qu'après la mort de Mirabeau j il reçut une visite de Montmorin qui lui demanda ses conseils et ceux de ses amis , en lui annonçant que le roi et la reine étaient disposés à se laisser guider par leur expérience. Montmorin disait qu'après la mort de Mirabeau, Alexandre Lameth était venu l'entretenir des dangers de la couronne , et le prier d'offrir au roi et à la reine ses services et ceux de ses amis. Un des deux négociateurs avait une bien petite vanité ; car celui qui, dans l'intérêt public, fit les avances, aurait pu s'en prévaloir comme d'un titre d'honneur. Ce qu'il y a de certain, c'est que des pourparlers eurent lieu, à cette époque, entre Montmorin et Lameth. Ce député et ses amis insistaient pour que leurs majestés saisissent toutes les occasions de se populariser, en prouvant qu'elles avaient rompu avec l'ancien régime : à ce prix, iis espéraient apaiser par des traosactions les querelles religieuses; ils n'étaient point éloignés de faire des changemens au décret sur la ncK blesse , et promettaient leurs efforts pour que la révision rendît au pouvoir royal toute la force nécessaire à l'exécution des lois constitutionnelles. Leurs offres de services furent acceptées par le roi et la reine.

Un événement vint accroître encore les embarras et les ennuis du malheureux monarque. Il avait été malade; sa complexion pléthorique, et une longue habitude de l'exercice de la chasse, rendaient dan-

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gereuse pour lui une vie si tristement sédentaire. Ce n'était pas, cependant, ce que lui faisait le plus vivetment désirer de passer quelque temps hors de Paris. IhR semaine saiqte approchait | la sanction qu'il avait donnée aux derniers décrets sur le clergé tourmentait sacpdscience; deàpi^êtres non astérmen tés desservaient sa chapelle^ et il voulait ne pQiât communiquer avec le^ ecclésiastiques de sa pan^îsse; il annonça que, le 18 avril, il irait pour quelques-jour^ à Sain t-Gloud. Aussitôt les autorités dopnèrent ji<ft ordres qu'exigeait cette absence momentanée; ipais l'intervalle entre le projet et la tentative d'exécution fut mis à profit par les agi* tateurs. La multitude était très exaltée contre les prè»tres non assermentés; de scandaleuses violences euxent lieu devant l'église des Tbéatins, qu'une délibé^ rf^ti^n d^ la ipunicipalité accordait à ce^ ecclésiastiqM^4 Bailly/La Fayette et la garde nationale s'efforcèrent en vaiode rappeler le respect dû à la liberté d^ cultes ;. ils parvinrent seulement à faire célébrer un office, SQu$ la protection des baïonnettes^ £n même temps^ le club des cordeliers faisait placarder un arw r^é.pair lequel il dénonçait à l'assemblée nationale le premier fonctionnaire public qui permettait aux prêtres réfractaires de se retirer dans sa maison^ d'y exercer leurs fonctions, et donnait l'exemple delà révolte contre les lois qu'il avait juré de maintenir. Des orateurs ajoutaient, dans les groupes, que le voyage annoncé n'écait qu'un prétexte ; bien des gens étaient convaincus qu'il y avait à Saint-Cloud et dans les eor

QUI PRÉCÈMîft LÀ REVISION. S^S

virottS, trente mille cobtre-révolutiotiùaii^M qui Itttéiw daient Louis XYI pour le conduire au milieu d^ at^ ittées ëtrangèresé

Le i 8 avril, de nombreux détachetfiéhs de là gttldë Uatiofialé fùtisnt postes dans le jardiu deii Tuileries! él sur le Carrousel pour protéger le départ du roi ; Bailly^ et La Fayette parcouraient les rangs dé la forée *rffléëf le directoire du département et la municipalité, pOUI*

être plus à portée de donner leurs ordres, siégeaient dans une salle du bâtiment oh. Tassetâblëe nationaltf tenait ses séances. A peiue le roi et là reine iiumtÂienè>^ ils en Voiture que deà trh menaçant éclatèrent dtttii la foule, à laquelle se mêlèrent beaucoup de gardélf nationaux. Danton accourut avec iM)n bataillon , qu) n'était point commandé de service. La Fayette assfUt^ le roi qu'il allait rétablir l'ordre : mais, ses efforts ifit ceux de Bailly étaient iiupuissans; ni la UiultituAa ni la garde nationale n'entendaient plus leur voix. La Fayette retourna près du roi, le pria d'atiendré, «l se montra résolu à ne pas laisser fléchir la loi detalU l'émeute. Il courut vers les autorités civiles^ obtint éM ordres , et s'occupait avec ardeur , maii^ avec peu dé succès, de réunir des gardes nationaux pour ouvrir lé passage, quand le roi et la reine, assaillis de grossâè-^ rës injures, cédèrent aux instances de plusieurs pet^ sonnes justement effrayées, et remontèrent aU château. La Fayette à toujours cru que le roi, en prenant cette détermination, avait voulu prouver à l'Europe qu'il n'était pas libî^e. Une nouvelle preuve d'un fkit évi-

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dent ëtait superflue ; Louis XVI avait pour s'éloigner un motif religieux , par conséquent très puissant ; il resta plus d'une heure et demie dans sa voiture ; les insultes que recevaient la reine et lui-même devenaient impossibles à subir ; enfin, il a trop prouvé comijpien il rc^doutàit toute collision qui pouvait coûter du sang^ pour qu'on doive chercher d'autres causes à sa retraite forcée.

Le directoire du département délibéra une adresse au roi. On croirait qu'elle offrit le mélange de regrets et d'indignation que devait exciter la scène du jour : pon, les administrateurs font une leçon au roi, et la dû donnent en termes qui semblent choisis pour le déconsidérer encore aux yeux de la multitude. Cette adr^e ne fut pas adoptée sans débats : elle était blâmée surtout par La Rochefoucauld qui, cependant, la signa en qualité de président.

Les ministres pensèrent que le roi ne pouvait dé« vorer l'affront que lui avait fait une foule égarée y qu'il devait persister dans son projet, et annoncer luimême sa résolution à l'assemblée : ils eurent peine à vaincre sa répugnance pour cette nouvelle démarche, cpie néanmoins leur insistance obtint. Louis XYI se rendit à l'assemblée nationale; il parla, en termes très modérés, de l'événement de la veille; et dit que, dans l'intérêt de la nation, il importait qu'on ne pût élever des doutes sur sa liberté, qu'en conséquence il persistait à vouloir aller à Saint-Cloud ; il rappela son serment de maintenir la constitution^ dont la constitu-

QUI PRÉciDEirr la b^vision. 377

tion civile du clergé, dit-il, fait partie (i); et il exprima ses vœui pour le bonheur du peuple. Son discours fîit accueilli par des applaudissemens et par des cris de vwe le roi y ainsi que la réponse du président, qui ne dit rien sur le dessein dans lequel le roi persévérait* Lameth et ses amis voulurent profiter de la situation de Louis XYI. Ménageant avec habileté ses opinions religieuses^ ils lui représentèrent la nécessité d'occuper l'attention publique par un acte d'éclat, qui ne permit aucun doute sur ses principes : ils lui envoyèrent le projet d'une lettre à ses ambassadeurs, qui leur serait adressée en son nom par le ministre des affaires étrangères. Un défaut de cet écrit résultait de l'évidente impossibilité qu'il eût été dicté par le roi ou par son ministre. Cette circulaire est un panégyrique outré de la révolution ; cependant Ijouis XVI crut y voir un moyen d'apaiser les orages; il l'envoya au ministre, en le chargeant de la signer. Montmorin fit des représentations sérieuses sur un écrit sans dignité; le roi insistant, il offrit sa démission, et ne céda qu'à un ordre formel après trois jours de résistance. Une copie ofBcielle de la lettre aux ambassadeurs fut adressée à l'assemblée nationale, et des acclamations interrompirent presque à chaque phrase la lecture. Lorsque les transports dont elle fut suivie se calmèrent, Alexandre Lameth parut à la tribune; il exalta le service que venait de rendre le roi, en manifestant ses

(i) Cette loi ne fut point placée dans la constitution de 1791.

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principes d'une manière si nette et si franche; il dit qu'un tel acte devait rallier tous les esprits, et de^ manda qu'une dépuUtioa fût chargée de présenter au roi les remercîmens de l'assemblée nationale. Plu* sieurs députés enchérirent sur sa motion : l'un propulsait que l'assemblée en corps se rendit près du roi ; un autre voulait qu'une médaille perpétuât le souve^ air de cette heureuse journée. Robespierre^ en disant que le roi reconnaissait la souveraineté de la nation^ et verrait aveo peine l'assemblée se déplacer tout entièrci e&cita un violent murmure; mais il reprit arec adresse : « Ne paraissons pas nous étonner d'une msH nifestation de sentimens bien naturelle ( ce n'est pat de ce moment que l'assemblée doit croire au patrio* tisme du roi ; elle doit penser que, depuis l'époque de la révolution, il lui est resté constamment attaché; il faut moins le remercier que le féliciter du parfait ac« cord de ses sentimens avec ceux de la nation. » On applaudit, et la proposition de Lameth fut seule adoptée^ La Fayette, indigné de se voir abandonné par U milice parisienne, avait envoyé sa démission. Un très grand nombre de gardes nationaux, des bataillons en» tiers, le directoire, la municipalité^ le pressèrent de la retirer. Ses refus rendirent les instances encore plus vi« ves; il dit qu'on avait trop fait pour lui, maisqu'oil n'avait pas encore assez fait pour la loi; qu'il ne pou« vait se mettre à la tête des gardes nationaux sans avoir une garantie que la sûreté des personnes et des propriétés, la liberté religieuse, le respect pour les au»

QUI PKÉGÈDSjNT la REVISION. 3^9

torités légitimes , leur seraient aussi sacres qu'à luimême. Un bataillon adressa aux cinquante-neuf autres une circulaire^ pour proposer que chaque soldats-citoyen jurât sur l'honneur d'obéir à la loi, et que ceux qui refuseraient ce serment fussent exclus de la gardé nationale. Tous les bataillons répondirent à cet appel^ et La Fayette reprit le commandement (%5 avril). Lfi municipalité avait prononcé le licenciement d'une compagnie de grenadiers soldés qui, dans la journée du i8^ avait donné l'exemple de l'insubordination. La Fayette fît exécuter cet arrêté avec éclat; la con^ pagnie coupable fut publiquement désarmée. Bead^ coup d'honnêtes bourgeois crurent que l'anarchie était étouffée pour jamais 9 cependant les anarchistes étaient fort peu déconcertés ; les orateurs des rues continuaieist d'être aussi violens^ et les groupes d'être aussi animés. Un homme qui avait outragé le roi^ et qui eiësuite était allé pérorer au club des cordeliers^ ! fàt chassé de la garde nationale; ce club le prit soiisaà protection. Une dénonciation fut faite à la même so«ciété contre le serment que venaient de prêter les gahdes nationaux; elle déclara leur serment inconstitÀ» tionnel, par un arrêté qu'elle fît afficher. L'accusateur public dénonça plusieurs actes de ce club frénétiquif; j'ignore si quelques poursuites furent commencées^ les lois étaient sans force; des paroles d'ordre et de justice s'élevaient quelquefois, mais comme un vaift bruit qui se perd aussitôt « On languissait^ on moui^ait de faiblesse. Le roi avait annoncé à l'assemblée na«»

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tionale qu'il irait à Saint-Cloud, il n'en fut plus question; et Louis XYI alla avec sa famille, à sa paroisse, entendre la messe des prêtres assermentés.

La lettre aux ambassadeurs était à peine partie, que le roi envoya deux agens secrets, l'un à Tarchiduchesse gouvernante des Pays-Bas, l'autre au roi de Prusse, pour les rassurer sur ses intentions : il ne s'en tint pas à ces précautions qui, cependant, auraient pu lui paraître superflues.

L'événement du 1 8 avril, une captivité qui devenait toujours plus étroite, tant de contrariétés, d'affronts et de souffrances, agirent profondément sur Louis XVI et sur Marie Antoinette. Jusqu'alors ils avaient craint les prétentions qu'affecteraient les priAces, si des succès leur permettaient de se regarder comme les libérateurs du trône. Louis XYI et la reine, dans leur abattement,éprouvèrent quelques regrets de cette défiance; ils pensèrent aussi que le comte d'Artois pourrait hâter les secours qu'ils espéraient; et ils envoyèrent vers lui le comte Alphonse de Durfort. Jugeant même utile de se rendre Galonné favorable, ils dirent à l'émissaire Àe lui témoigner leur satisfaction de la confiance que le prince mettait dans son dévoûment. Montmorin , Breteuil, Bouille, n'eurent aucune connaissance de la mission de Durfort : il partit le a 8 avril. Presque en même temps arriva un officier (Goguelat) envoyé par Bouille, pour prendre les ordres définitifs du roi qui avait annoncé l'intention de quitter Paris, au plus tard, dans les premiers jours de mai. Montmorin, de

QUI PRÉcilDENT LA REVISIOIT. 38 1

son côté^ reçut une lettre du comte de Mercy, qui faisait espérer un résultat heureux des négociations de l'empereur. Louis XYI, dans sa réponse à Bouille, lui donna cette nouvelle, et lui dit qu'il sortirait de laca« pitale vers le 1 5 juin , en ajoutant que bientôt il lui ferait connaître positivement le jour et l'heure de son départ. Je reprendrai ce récit, lorsque nous approcherons du moment où l'on tenta d'exécuter le périlleux projet conçu par Breteuil.

L'assemblée nationale, fatiguée de sa longue session, en désirait la fin. Tous les Français raisonnables as« piraient au moment où une constitution serait pro* mulguée, où l'on vivrait sous un gouvernement. Les adversaires de la révolution brûlaient de voir dissou^* dre l'assemblée qui l'avait faite. Les orateurs de clubs, les journalistes exaltés hâtaient de tous leurs vœux les élections nouvelles , espérant qu'elles allaient leur ouvrir la tribune. Enfin beaucoup de personnes eo France aiment à changer pour changer; c'est le pays où l'on est le plus promptement las du même spectacle et des mêmes acteurs. Il est temps que la session finisse, était le mot répété dans toutes les classes de la société, ainsi que sur tous les bancs de l'assemblée.

Tbouret fut accueilli avec faveur lorsque, au nom du comité de constitution , il apporta le projet sur l'organisation du corps législatif (i6 mai). Une question incidente, et cependant très grave, allait se présenter. La constitution, de quelque manière qu'elle fût revisée, serait difficile à maintenir contre les efforts

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des partis, si tous ses gardiens naturels abandonnaient leur poste. Cependant , lorsque Thouret dit que l'as* semblée aurait à décider si ses membres pourraient être élus à la prochaine législature, le cri non^ noriy fuon y s'éleva dans les diverses parties de la salle, et une vive agitation interrompit la séance. Aussitôt après la lecture du rapport, Robespierre dit avee force, qu'il fallait d'abord déclarer inéligibles les membres de l'assemblée, afin de délibérer ensuite, sans aucun intérêt personnel, sur la loi présentée. Aux applaudissemens qui éclatèrent, on dut aisément juger que la question était décidée d'avance. Plusieurs eau* ses rendaient très difficile d'éclairer l'assemblée sur la faute qu'elle allait commettre. Beaucoup de dépu-^ tés qui n'avaient pas l'espoir d'être réélus, voulaient faire partager leur sort à leïirs collègues. Le côté droit^ sans examiner si une assemblée entièrement nouvelle ne bouleverserait pas l'état, cédait à lin désir de vengeance : la reine l'encourageait. Les hommes les plu S estimables du côté gauche servaient leurs ennemis, parce qu'ils voulaient avant tout qu'on ne pût mettre en doute leur désintéressement, leur générosité. La plupart de ceux qui voyaient les dangers où l'on allait se précipiter, furent glacés par la certitude qu'ils parleraient en vain ; il n'y eut point de ces discours prophétiques dont il aurait fallu effrayer l'assemblée. Le rapporteur soutint lavis du comité en faveur de la réélection; mais son caractère facile, plus conciliant que fenne, le rendait peu propre à lutter contre une

majorilë ardente. Son argumentation ftit d'autant plus faible qu'il n'osa dire toute sa pensée. Robespierre reprit la parole, et se vit ëcouté avec une faveur à laquelle il n'était point accoutumé. Plusieurs fois, dans le cours de la séance, une grande partie de l'assem-* blée se leva, impatiente d'aller aux voix. Chapelier^ qui voulait soutenir la réélection, monta à la tribune; l'agitation générale l'en fit presque aussitôt descendre. La voix de Beaumetz fut étouffée par lea murmures. Dans aucune séance le nombre des dupes ne fut aussi grand que dans celle«ci. Des hommes dont les intentions étaient pleines de droiture croyaient que voter contre la réélection, c'était stipuler pour la gloire de l'assemblée et pour l'honneur de ses membres. Custine, en montrant les opposans, disait : «Il est évident que ces messieurs veulent être réélus.» «Je demande, dit Toulongeon, que la bonne action que nous allons faire ne soit pas plus longtemps retardée. » Le décret qui excluait de la prochaine légîs* lature les membres de l'assemblée constituante, fut rendu à la presque unanimité ; et la foule des députés sortit en s'applaudissant avec transport.

Une autre question restait à décider, c'était celle de savoir si les membres d'une assemblée législative pourraient être élus à l'assemblée qui lui succéderait! cette question fut discutée plus sérieusement que kl précédente (17 mai). Quelques discours, évidemment écrits pour la séance de la veille, furent prononcés dans cel|e»ci. Duport surtout fit entendre des vérité»

384 £V£NEM£irS

frappantes. Presque toujours il obtint un profond silence; quelquefois Fagi talion ëtait près de se répandre dans l'assemblée^ mais bientôt elle se dissipait; et souvent une approbation générale accueillit les coii« seils et les reproches de l'orateur. Le plus grand danger qui ait encore menacé sa patrie l'appelle à la tribune; il ne croit plus possible d'empêcher que de violens désordres la troublent longtemps; mais au moins peut-on la préserver d'une anarchie constitutionnelle, a Si vous n'établissez pas^ dit-il , une coat* stitution sage et libre, un gouvernement loyal, juste et ferme, seul remède que demande la nation, vous vous préparez de longs et inutiles remords.

<c Le véritable danger est l'exagération des idées publiques... Les hommes ne veulent plus obéir aux an* ciens despotes ; mais, si l'on n'y prend garde, ils sont prêts à s'en &ire de nouveaux, dont la puissance plus récente et plus populaire serait mille fois plus dangereuse.

«c .... Il y a trois états pour l'honime : l'indépendance, l'esclavage et la liberté. Nous sonunes sortis de l'esclavage; mais nous y retomberons si, outrepassant la liberté , nous nous jetons dans l'indépendance. • • • La liberté est ce milieu difScile à tenir, qui exige une continuité d'efforts et de vigueur, bien autrement difficile qu'une rapide et courte explosion de forces.

a Qu'on ne croie pas qu'en rappelant ces vérités, je veuille marquer de la moindre improbation cet en* thousiasme généreux que la France entière a partagé*

QUI PR^CÈDEl^T LA .RlÊVISION. 38$

Tout s'est fait, jusqu'à ces derniers momens, comme il devait se passer; et je;)3e voudrais retrancher df!( notre révolution que d'inutiles cruautés qui la défign^ rent. Mais il n'est personne parmi nous qui, «dans. sa( conscience, n'ait pensé que la pente des esprits, si utile à l'établissement de la liberté, ne devait être favorisée que jusqu'au moment où elle-même cesserait de favoriser les véritables idées de la liberté et d'un gouvernement sage. Ce moment est-il venu? je le pense* Tout, jusqu'à notre lassitude, nous apprend qu'il fai|t terminer la constitution, et laisser après nous un orn dre de choses qu'on ne puisse changer que par la v<>rt lonté expresse de la nation, exprimée suivant un mode: déterminé. Cela posé, voule^^vous attendre qUe i'oA ait accrédité l'opinion commune à nos ennemis et à de^ prétendus patriotes, que votre constitution^ surtout telle qu'elle sera perfectionnée par vous, ne peut pasi subsister? Ne voyez- vous pas cette troupe de gens sani lumières répétant déjà ce qu'on lui a inspii*é, que \^ première législature sera constituante, et qu'elle fetA une cpn^titution plus conforme à là déclaration des droits? Lorsque ces idées auront gagné devantag^ l'opinion populaire, qui a fécondé vos travaux, se totnv»

nera contre eux

« Comment l'opinion conçûit>elle ces deux baseé^ lif berté, égalité? s'est-elle élevéeà des notiona justes sur lar liberté (publique, wr cette liberté qui est la limite des droits de cb^jCun^Umite posée par la justice^ exprimée: par la loi, cléfeudue par {s^ force publique ? Sans douli) T. III, a5

plttfiAéttrs PëlttéttdâQt ain^i; tnais aux jredt d'ûù gr^til Ûdnoibt^,- quelquefois même à àei\é tribuiie^ elle û\ partt <}(ièrëx|]ft*és^Dû d'un droitpersdnneletabiôiuy sans i^ kttdâ aucune slVec nos voisins et nos concitoyeiis; idée d^i^uètiiky iikài^ qui s'allie merveilleusement avec iôti-i iéé lès pslssîoâs viles de régoî^më/de Tien vie et de labasù s^sé; QtxàtLt à régàlhë, il est cUit que les ithbécilte^ et lesfripdnSydonft la ligue est si naturelle et si cominuhé; sërcliit tentés toujours de persuader, les uns qu'elle estf Pëgkiité des fei^tunes et des propriëte's, les autrei qu^ellé est celle de là capacité et des taleiis. Ils oné tous un ëgal pencliàtit à tout désorganiser parée qu*ili^ ^tëbf^ '^uë lé propre d'un pays constitué est de hiet^ tt^eied hoiiimes et les choses à leur place.... lyaùtrèisi il'bâèïit pas flatter directement ces idées^ mais ils font ifépàttdl^ ^tié ies principes de liberté et d'égalité se-. xtofénîrfAus religieusement observés sous un^ autre fbInAe de gduvternement. En vain difia-t-on q'ttë letti* ^Ojët est ridicule ; est-ce parce que des cboses sont déraisonnables qu'elles sont impossibles ? On dira en^ eoi^ que ceux qui i les propagent ne sont reMarquablèë qtie )[)lit^kfar incapacité/ et qu'il n'est pas un de ndu^ qui voulut donùer à gouverner^ pendant six nibiéy^ maison, son champ, ses affaires, à ces hd^meS qoi veulent k*eeo»stittief ' là i Frangé. Top t cela ti'est rien inimt^k pente de 1-opiaiôii.^^.; ^ ' "

d II hkûi rattacher les idées dé liberté et jd^égfrUté à tiH grâveraewent juçUd et j^nne^ .sans c^W^Héë vont toil^ î^kJM mveiiint^ toiujdtti^ diiisolvenjL , jusqii^^u pki'éal^

Qm pfticftDfiirT LÀ Rivistotr. Së^

des tétreâ. Aprè^ avoir aplani les motitag;tieS, les plui petites élévations paraissent sensibles et gênantes, et blessent de niveau universel qui n'est ^ûe Tabsurdité réduite en système.

« .... Depuis qu'on nous rassasie de pritrcipes, pour^ qtidi ne s'est-K>n pas encore avisé de penser que la sta-* bilité est aussi un principe de gouvernement ?.. Lors^ qu'on a la liberté, un gouvernement stable est le plu^ grand de tous les biens. Cest lui qui procure au peuplé la tranquillité, l'aisance , l'amélioration de son sort; et il n'est pas douteux qu'en général le peuple n'est pa^f intéressé d'une manière directe aux grandes idées qui occupent les tètes métaphjnsiques )»

Ces considérations amènent Torateur à combattre l'opinion qui voudrait fermer aux membres cfune législature l'entrée de là législature suivante: il de^ mande si Ton veut exposer les Français, déjà si ardenj^ et si mobiles, à voir tous" les deux ans une révolutioti dans les principes d'administration, de commerce, dé finance, etc. Il montre les périls qu'entraînerait Tine*:-

périence d'une assemblée entièrement composée d'hom* mes nouveaux, qui connaîtraient sans doute les affaires de leur canton, mais qui ne connaîtraient point Cellei de l'état; il montré quelle facilité les ministres auraient à les induire en erreur, etC; Il sé^^ait gloire^ éû tet^minant^ de n'avoir pa» parta^fë Ycfinknt qui i prétalu la vëUe, mais^pift au m^nsjjè^ec de jtigtf^ san^ intérêt personod la question qi/agil» Rassemblée! Quel thangenieiit aidées et de hngàj^éïlÊJBUcehtm

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