PRINCIPAUX ACTES
bënëfices?Conservera-t-onaux églises et aux pauvres^ une dotation territoriale ? J ai dit que la nation fut spoliatrice; pour ne l'être pas, voilà les deux questions qu'il eût fallu discuter avec sagesse et résoudre avec justice. Malouet ne fut point écouté, les murmures et les cris Tempêchèrent de se faire entendre. Le projet du comité fut converti en décret , sans que le côté droit prît part à la délibération (i4 avril).
L'attention publique ^ fortement excitée par de si grands intérêts, se porta beaucoup moins sur la ques* tion des assignats , qui fut très promptement décidée. Les discussions élevées alors sur cet important sujet, ne devinrent pas orageuses, même en se terminant par donner aux assignats un cours forcé (16 avril). Il est à remarquer que Mirabeau n'exprima point d'opinion sur le papier-monnaie, dont nous l'entendrons parler plus tard avec tant de chaleur.
Le jugement porté par Necker sur les grands événemens financiers qui venaient d'avoir lieu , mérite d'attirer un moment l'attention. «L'époque, dit- il, ou l'assemblée nationale jugea qu'elle pourrait bientôt, sans inconvénient, s'emparer entièrement de l'administration du trésor public , fut le moment où elle créa pour 400 millions de billets-monnaie, avec l'intention d'augmenter cette quantité, dans la proportion des be-
buDCy on ne pouvait apercevoir le Louvre. Fous m^y faites penser, répondit Mirabeau, d'un ton grave... Dans ce moment d'inspiration^ ce quej'm ditfje le voyais, » Si celte réponse n'est pas sincère, elle a beaucoup de fauste et de dignité.
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soins. Dès-lors, en effet , les combats contre les difficultés ne furent plus les mêmes; la nécessité de subvenir à de grandes dépenses, avec des revenus insuffisans, ne subsista plus; et la direction des affaires fut tout-à-coup affranchie de ses principales entraves. C'est un bon temps pour l'administrateur que celui où à l'aide d'une somme illimitée de billets-monnaie, on peut non -seulement satis&ire à tous les besoins connus et inconnus, mais encore avoir des fonds prêts au jour il à l'heure dont on a fait choix. Il sufSt alors de départir à l'un la papeterie, aux autres l'estampille, aux autres la gravure et l'imprimerie, pour assurer le service du trésor public, et procurer à ses administrateurs un calme doux et un repos heureux.
a Quoi qu'il en soit, en ne traitant point de la moralité de deux grandes dispositions de l'assemblée, l'une, l'invasion des biens de l'église, l'autre l'acquittement des dettes de l'état avec des billets auxquels on n'ouvre d'autre issue qu'un achat de domaines fonciers, il est certain que la réunion de ces deux moyens est la plus grande, la plus vaste, la plus active opération de finance dont on puisse avoir l'idée ; et j'ajouterai qu'il fallait absolument une ressource d'un genre extraordinaire, pour tirer les finances de la détresse où les avaient plongées , et le dépérissement des impôts existans et les hasards d'un système complet d'innovations. On doit observer encore que le retard du remplacement des impositions a produit dans les provinces un contentement très favorable à T. m. i!^
lyS PBINCIPAUX ACTES
la révolutioQ. Le peuple a confondu dans la coofiti^ tution, la libération des impots, qui lui ëtaieat ooé-* reux et la diminution de jLous; et lorsqu'il d^ve^ payer les contributions nouvelles^ peut-être que pAf réaction, cette même constitution qu'il aura appm à aimer lui rendra son fardeau plus supportable^ :Âiii^ toujours la moralité à part» et cette réserve eat graode^ il y a dans la conduite de rassemblée oatîonali^ on grand déploiement politique ; «t quoiqu'elle n'ait été çonçuci ni préparée dan^ ^n «n^emble, et j|Ei'eU« ak été amenée parriQuchaînement des circolistattoei» o'esl le r^ultat probablement qui restera seul dans, la mëM moire. ^> (Be V administration de M. Neckâr^ par hiè« même, p. i4a.) . , ;• : ..
. Ce jugement de k part d'un homme dont i'apiour propre avait dû cruellement souffrir, £ait honneur à sa modérajtîqp ; mais dans l'intérêt de la yérité eldana cdui des peupleis,. la postérilé sera plus juste et plus sévère* On n'oubliera. point combien, à l'i^oque <Âk les états généraux s'assemblèrent, il leur était frcile da combler un faible déficit et d'établir la balanœ en^ tre les recettes et les dépenses. Pour y réussir, i|a étaient maîtres d'employer l'égalité des charges publi-* ques, la réforme des perceptiojas onéreuses, la ré* duction des dépenses, les. garanties que l'eKÎsteace d'une représentation nationale assure aux capitalistes, enfin les ressources extraordinaires réclamées ou autorisées, par l'opinion générale. Tous ces moyens -de prospérité, la sagesse les eût mis en œuvre; mais^lle
DE LASSEMBL£E« I^Q
fut bannie. Les passions dominèrent , ravagèrent ce pays qui croyait toucher au bonheur. Plus de levée d'impôts, plus de crédit, le trésor fut vide; il fallut à des maux inouïs des remèdes presque inconnus. L'assemblée sut les trouver; ils donnèrent des forces à l'état, fis Tâidèfeiit dan^ la suitef à sortir dé f abîme où la fougue l'avait poussé, où l'inexpérience Tavait fait tomber. Mais, comment ces remèdes héroïques étaient-ils tliàirent» iiijces$airés ? La liante habileté né consiste-t- ^ie pln^à'prévoir les malheurs, à détourner les dangeifs ?' 1> quel prix a-t-îl fallu paycir ces redoutables i^esâottim? Des capitaux énormes ont été dévorés; la namuvaisià foi a circulé avec un papier menteur, quHin despotisme sans exemple a soutenu quelqae temps ^ et iè pikikA appareil financier créé par l^ssémblée constituante, ir'a pu gai^mtit d'une effroyable banqueroute, 'Cetle France, où tous les élémens de prospérité veliaïettt s'ofiHr d'eûx-mSmtis quand elle réunit ses états généraux.
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PaO,JST8 BS MfBABUATT. D&BATS 1^1RVAB$MMBIÉM.
Le gouvernement n'existait plus: les mijûstres suspects par cela même qu'ils étaient ministres^- jtipiides ^ malheureux dépositaires d'une autorité nomiqale^ d'un pouvoir annulé, hésitaient à donner des ordre^ .certains qu'ils ne parviendraient point à les; Êiire exécuter. Craignant d'attirer de nouvelles insi^Ites |^ Jia couronne chancelante ^ et de se compromettre inutilement^ ils se réfugiaient daAs l'inaction. Chares Lameth dit. un jour, le pçwoir exécutif fait le mort: ce mot parut ingénieux et profond; il était singulier dans la bouche d'un des hommes qui avaient le plus concouru à tuer le pouvoir exécutif.
L'assemblée nationalequenousavonsYuesi puissante, avait dans ses opinions et dans sa situation une cause de faiblesse, lorsque les désordres étaient produits par l'exaltation populaire. L'assemblée improuvait la licence : elle pensait et disait que les troubles prolongés détruisent la liberté; mais les fauteurs de l'anarchie, ainsi que les amis d'un gouvernement libre, criaient: 'vi{>e T assemblée nationale ; elle craignait de décourager aucun de ceux qui poussaient ce cri de ralliement
DIÎBATS BB l'assemblée. l8l
flatteur à soo oreille. Sans doute son indulgence pour une classe turbulente, contribuait à sa force quand elle voulait détruire les débris de l'ancien régime; mais elle paya cher un secours passager dont les suites ont été si fatales*
Les têtes exaltées du côté droit, les hommes les plus intéressés à la répression des violences de la multitude, se faisaient un jeu de les accroître. Comme- ils désiraient la contre-révolution, comme ils voulaient tout ou rien, si Ion s'occupait un moment d'arrêter la licence^ ils ne cherchaient pas les mesures qui rendraient quelque activité au pouvoir, ils s'étudiaient à faire les propositions qui choqueraient le plus l'assemblée; ils ajoutaient des troubles à des troubles.
Après la séance du 4 février, nous avons vu qu'aucune délibération ne suivit le touchant discours du roi. Bientôt, cependant, les nouvelles sinistres que chaque jour apportait des provinces, les incendies et les assassinats qui se multipliaient dans les campagnes, effrayèrent le comité des rapports; il vint appeler l'attention sur. la nécessité de rétablir la paix pul^jiique. Gazalès proposa de décerner au roi une sorte.de dictature ; et Maury, d'Espréménil, soutinrent sa motion avec chaleur. Sans adopter cette opinion , Malouet essaya de montrer par qj^els moyens on pouvait rendre la vie au pouvoir ex^utif. Robespierre gémit de ce qu'on s'alarmait^., biei^ à tort, pour, quelques troubles ; il vanta la mqdér^tion et la dçuceur inaU
t9^ PBOJTETS de BnftABBÀt.
de popularité ? Était-ce bonnre foi dVin ins^isë fijua^^ tique? Rarement des tnurmtires interrompaient cet homme presque isole dans l'assemblée; on disait qctè* ses opinions étaient sans conséquence. Mirabeau tonna' contre la dictature, et répéta la phrase banale que le pouvoir exécutif n'aurait toute sa force qu'au moment où la constitution serait publiée. On finit par décréter quelques additions à la loi martiale, pour la fendre applicable dans les campagnes.
Cazalès fit une autre motion , dont le but était encore de heurter le câté gauche : il demanda rélectioh d'une nouvelle assemblée nationale, dont ancun de^ députés actuels ne pourrait faire partie. Oette motion ' causa une agitation très vive; et èomrte'on le présUtne bien, elle fht rejetée ; mais, peu de tébip^ âprèé, il y eut une tentative sérieuse pôUr dissoudre l'assemblée. C'est sur les provinces que ses ennemis essayèrent d'agir. Les administrateurs dé département et de distrièt allaient être nommés : les chefs du c6té droit tentèrent, ' par leurs lettres , leurs pamphlets et lëur^^issairè^, de décider les électeurs à profiter de cette occarïbit pour élire de nouveaux députés. On s'adressait aux amis de' l'ancien régime et aux révôlutionnainès ; on disait attt uns que le tetnps était venu dé chasser les hommes qui avaient bouleversé la fVahcé , aux autres que leà ' députés des diSéréns ordi*es ne fbrmaient pas une véritable représentation naitonalé, et qu'il fallait eri avoir une ihégùKère: Oiidfiisàît'àW modérés: la noù-' vellé as^mblée ne pi*ésentei^â pdh le i^pècMiole dé dî-
D]iB4TS DB L'ASS£lIBX.]éB. l83
visicMDS affligeantes ; mes membres seront animes d'un même intérêt , et dirigés par un même esprit. On disût hardiment à tous les partis que les députés ayant dépassé leurs mandats, il fallait qu'une autre assemblée ratifiât leurs délibérations; enfin, on tirait un grand avantage de ce fait que les pouvoirs d'un certain nombre de représentans étaient sur le point d'etpirer. des tentatives , les espérances et les craintes qu'elles faisaient concevoir, provoquèrent un rapport du cômité de Constitution (rg avril). Chapelier vint développer «deut idées fort simples : ce Ce serait détruire une èoftstitutiûn que de renouveler, avant qu'elle fût terminée, l'assemblée chargée de Pétablir. La clause limitâtiver de la durée de quelques mandats concerne très peu de représentans, et ne saurait l'emporter sur lé devoir impératif d'achever la constitution.» En cottàéqueilce, le rappofrteur proposa de décréter que te^ aéèeâibléés électorales» qui allaient nommer les corps aâtiiinilstf atif^, ne pourraient élire de nouveaux députés; Màùry combattît aVéC vigueur les principes et la conclusion du comité. Il y eut, dans les deux sens, de vei*bcux' plaidoyers pour savoir si les mandats avaient été violés. Las d'entendre des dissertations qui se prolongeaient sans rien éclaircir, Mirabeau prit la parole^ et remporta, non un de ses plus grands, mais un de ses plus brillans succès. II exprima son profond dédaiil pour les subtilités, les arguties, les chicanes; et, dVitiê Voix imposante': ^Vous connaissez tous, dit-il, le trait de ce tlbmain qui , pour sauver sa patrie, fut
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contraint d'outrepasser les pouvoirs que lui conféraient les lois. Un tribun captieux exigea de lui le serment de les avoir respectées; il croyait placer le consul dans Talternative d'un parjure ou d'un aveu embarrassant. Je jurey dit le grand homme, que fai saiwé la repu* blique... . Messieurs... yeyV^r^ que vous ai^ez saui^é la chose publique. » A ce noble mouvement, les deux tiers des députés se levèrent, et le décret fut adopté> avec enthousiasme.
La tribune était le refuge de Mirabeau contre les ennuis de sa situation, et contre la défiance qui l'en-: tourait; c'est là qu'il devait à son génie un rang digne, de lui, etxju'il planait sur ses adversaires. Toutefois les applaudissemens, les hommages obtenus par son éloquence, ne le dédommageaient point d'avoir vu échouer ses projets les plus chers. Un décret l'avait exclu du poste qu'il ambitionnait ; il n'avait pu parvenir à se faire écouter ni des ministres, ni du roi, ni de la reine, ni de Monsieur. Tous les partis avaient fait des tentatives pour conduire la révolution dans leurs intérêts; aucun n'avait réclamé son appui. Le triumvirat le haïssait ; La Fayette et ses amis éprouvaient pour lui un sentiment moins honorable ; les impartiaux n'attendaient rien de son immoralité; un des partis extrêmes aurait voulu le voir à l'échafaud, et l'autre aurait pu l'y conduire un jour. Position étrange! Avec toute sa gloire, le grand orateur était dans une sorte d'isolement. Il sut garder son indépendance et sa fierté, pour conserver sa force; il ne fai-
BISBATS DE iIaSSEMCBLAé. i85
sait plus d'avances ; il attendait, lorsque la cour vint au-devant de lui. •
Le comte de Mercy, ambassadeur d'Autriche, voyait avec une inquiétude toujours croissante, les dangers qui menaçaient le trône chancelant sur lequel étaient assis l'allié et la sœur de son maître. Observateur plus impartial et plus judicieux que d'autres amis de la monarchie, il s'alarmait non-seulement de la violence des factions populaires, mais encore de la maladresse qui présidait au choix des moyens employés pour dé'^ tourner les périls, moyens dont il jugeait les uns insignifîans et les autres funestes. Ses relations avec le comte de Lamarck l'avaient instruit des dispositions de Mirabeau; et plus les dangers augmentaient, plus il se livrait à l'idée que ce tribun pouvait seul sauver Ifi couronne. Au commencement du mois de mars (1790), dans un entretien particulier avec la reine, le Comte de Mercy exposa ses craintes, et l'espérance que lui inspirerait une ressource sur laquelle, disait-il, on devait d'autant moins hésiter qu'elle procurerait peutêtre de grands avantages, et qu'elle n'aurait jamais d'inconvénient réel , puisque av^nt de suivre les avis d'un homme qu'on écouterait avec défiance, on les examinerait avec maturité. Marie Antoinette estimait le comte de Mercy, elle voyait en lui un ambassadeur de .famille, dont le zèle était éprouvé. Il paraît que les objections de la reine furent légères ; et que Louis XVI informé par elle de cet entretien répondit, avec une sorte d'indifféreqce, qu'il ne comptait point sur
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rhomme dont on lui parlait ^ mais qu'il voulait bien le consulter si cela paraissait utile. L'ambassadeur d'Au* triche n-ëtait pas en position de traiter directement avec Mirabeau ; il se bâta d'écrire au comte de La^» marck pour le presser de revenir du Brabant^ et bien^ tôt il put lui expliquer de vive voix quels intérêts il remettait dans ses mains.
Mirabeau^ dont la fierté tant de fois blessée «vait si longtemps souffert, renferma sa joie« Loin de tnan^ trer l'empressement auquel pouvait s'attendre sùt$ amiy il parla de l'extrâme difficulté de faire sortir te France d'une situation qui empirait chaque jour, é% le portait souvent à douter qu'il fût possible encot^ de remédier an désordre ; il parla de son mépris pouf les insensés de tous les partis, et de^on dégoût poui* les affaires publiques. La preuve qu'il se fit solliciter existe ; il reçut des ouvertures vers le 1 5 mars, et ûùn consentement signé porte la date du lo mai. C'est à tort> cependant, qu'on l'accuserait de n'avoir consulté que l'orgueil dans ces retardemens. La prudence et l'intérêt public lui faisaient une loi de chercher il ^'assurer des garanties contre la faiblesse du malheu-' reux monarque : prendre des engagemens sans réci-' procité aurait été une faute très grave. Mirabeau, vivement pressé par Lamarck, répéta de nouveau et de la manière la pltrs formelle, qu'il ne croyait possible de relever le trône qu'avec l'appui d'une constittitîdtt libre ; que si le roi voulait ou l'ancieh régime oU lé pouvoir absolu, loin de servit* ces desseins ftinestcs k
la royauté autant qu'à la France, il les eombatlMit atëc l'ënei'gie dont il avait donné èè$ preuv«6^ Louië XYI prié de faire connaître ses iatentions^ répondit par^ écrit au comte de Lamarck que son amôui^ pour sea peuples était connu, qu'il voulait rautorité nécessaire' à un roi pour assurer la tranquillité et le bonheur dii Tétat; mais qu'il n'avait jamais désiré quHin pôuvôii^ limité par les lois. S'entendre sUr ce point n'était pa^' tout encore. L'homme d'état qui se dévouerait poUi** domptelr les factions^ aurait à surmonter des obstacles
nombreux, immenses^ alors même que le roi et la rèiiie se laisseraient diriger par lui; que serait-ce s'ils multipliaiaiit eux-mêmes les obstacles, sHIs hésitaièoft' à suivre ses conseils, s'ils venaient à contrarier iéi vues? Mirabeau invoquait donc la plus entière cicm-^ fianee, et demandait que les ministres, ou du' htbînif ' plusieurs d'entre eux, flissent instruits qu^ellè lui était pleinement accordée. On voit comment il espérait* réparer tous ses échecs, prendre secrètement la haute' influence dans le gouvernement et devenir ministre par le fait. Un pareil projet était loin des idées de liOiris ÎVI et de Marie- Antoinette : ils vouhrieht îfeu-' lement que Mirabeau leur adressât des renseignémèns,^ des avis, et qu'il usât de son ii^fluence à l^ssemblée ctî' àu-dehors pour défendre l'auttirité royale/ liamàîrck fit de fréquentes visites à la reine; je ne sais jùsqfa'à qiiél point il osa s'expliquer sur les prétentions i3ê son ami,' inàis il rie put le flatter que ses Tœux seraient réalisés sans retard. Souvent Mirabeau s'irrita de^e^ qûW
l88 PROJXTS DE HIHABBAU.
n'avait pas le bon sens et le courage de se confier à lai; quelquefois il faisait un retour douloureux sur lui-même ; il dit un jour avec âme : Oh / que Vim^ moralité de ma jeunesse Jait de tort à la France l Enfin, il reconnut qu'il perdrait de grands avantages, qu il compromettrait l'avenir, s'il refusait les conseils ; demandés; il espéra qu'un premier pas le conduirait à d'autres> et que le temps viendrait en aide à son génie dominateur : il écrivit au roi la lettre suivante :
a Profondément touché des angoisses du roi qui a le moins mérité ses malheurs personnels, persuadé que s'il est dans sa situation un prince à la parole de qui. on puisse se fier, ce prince est Louis XYI, je suis ce- . pendant tellement armé par les hommes et par les circonstances contre l'attendrissement qui naît du spectacle des vicissitudes humaines, que je répugnerais invinciblement à jouer un rôle dans ce moment de partialité et de confusion, si je n'étais convaincu que le rétablissement de l'autorité légitime du roi est le premier besoin de la France et l'unique moyen de salut.
« Mais, je vois si clairement que nous sommes dans l'anarchie, et que nous nous y enfonçons tous les jours davantage, je suis si indigné de l'idée que je n'aurais contribué qu'à une vaste démolition, et la crainte de voir, uivautre chef à l'état que le roi m'est si insupportable, que je me sens impérieusement rappelé aux af^ires , dans un moment où , voué eh quelque $orte au. silence du mépris, je croyais n'aspirer qu'à |a, reff ajte,
Dl^ATS DE l'assemblée. 189
ccDans cette occurrence, il est aisé de croire que les dispositions actuelles d'un roi bon et malheureux, à qui ses conseillers et jusqu'à ses infortunes ne cessent de rappeler qu'il a à se plaindre de moi , et qui cependant a la courageuse et noble idée de s'y confier, sont un attrait auquel je n'essaierai pas de résister. Voici donc la profession de foi que le roi a désirée....
Il s'engage à servir de toute son influence les vrais intérêts de la monarchie ; il déclare qu'il .croit une contre-révolution aussi dangereuse et criminelle, qu'il juge chimérique l'espoir ou le projet d'un gouvernement , sans un chef revêtu du pouvoir nécessaire à l'exécii^tion de la loi. Il donnera son opinion écrite sur les événemens, sur les moyens de les diriger, de les prévenir ou d'y remédier. Il regarde comme l'affaire capitale de mettre à sa place dans la constitution , le pouvoir exécutif, dont la plénitude doit étre^ sans reâ* triction et sans partage, dans la main du ;roi. Deux mois lui sont nécesaires pour réunir ses moyens^e succès; il aura dans chaque département une correspondance influente, et il en fera connaître les résultats. Sa marche sera insensible, mais chaque jour il fera un pas. (fXJa empirique promet une guérison soudaine, et tue; un vrai médecin observe, agit surtout par le régime, dose, mesure, et guérit quelquefois. - < «Je suis aussi profondément éloigné d'une contrerévolution que des excès auxquels la révolution, remise aux mains de gens malhabiles et pervers, a Conduit les peuples. Il QÇ fiiu4ra jamais juger ma cçuduite par-
190 PBaiETS DE WIUJBEAU*
tiellement, ni sur uu £ait, ni sur un discours. Ce n'est pas que je refuse d'en expliquer aucun; mais on me peut juger que sur l'ensemble.
(( Je promets au roi loyauté, zèle, activité, énergie, et un courage dont peut-être on est loin d'avoir une idée; je lui promets tout enfin, hors le succès. qiû ne dép€Ad jamais d'un swi 9 et qu'une présomption très téméraire et très coupable pourrait seule garantir dans la terrible maladie qui mine l'état et menace son chef. ;Ge semit mi homme bien étrange que cdui qui serait indifférs^t ou infidèWà la gloire de sauyer l'un et rau-< tre^ et j#: ne sois pas cet homm&4à.» :
Lorsque, vers la fia de mai ^ la famille njaie alla pas^r quelque temp&à Saiat-Gbud, Mirabeau obtint dç la; rei^e une entrevue qui eut lieu dans un des jiirdinis particuliers du. château. Marie Antoinette fiit surprise , charmée des manières et du langage de et t homme qu'elle ae représentait oooune ua monstre, et qu'elle avait eu si souvent le droit d'aocuser. Au mo- -ment de terminer l'^niretien : a Madame , lui dittil, lorsque votre auguste mère admettait un de ses sujets 'à l'honneur de sa présence, jamais elle ne le congédiait aana lui donner sa main à baiser.^» La reine présenta la sienne Avec la grâce qui lui était naturelle; Mirabeau is'indina, pois^ rdeirant la tâte, il dit -avec un acceni: pldm d'âme et de fierté : Madame^ la monarchie esi sawée.
Si cet homme extraordinaire s'emparait de l'esprit de la reine, il domii^emit Louis XVI^ et la lutte con-
jxàBÂm DE l'assemblée. ^91
tw les factions pourrait être heureuse* U cherchait à f» persuader qu'il parviendrait à se £aire comprendre de Marie Antoinette, qu'elle adopterait el seconderait ses vue^. Dans les notes qu'il lui adressait, il lui éiiontrait. la haute opinion qu'il avait d'elle : La reine, dl- ^îtril, le seul homme que le roi ait près de lui. Ce n'ëfasit point le langage de la flatterie ; il ^tait co»waiocu que cette femme dont les grâces pouvaient encore charmer les Français, avait dans son caractère une mâle énergie. Des faits récens en donnaient la preuve. La reine, dans les journées d'octobre^ avait diéployé le plus noble courage. Sa mère en la quittant lui avait dit : 42a ///«, t/^^/^^ Vad^^ersité souf^Heà^ wus de moii Au mjilieu des p^lls, elle se rappela ces paroles^ et; fut digne d^^ exemples qu'elle avait rieçus^. Marie Antoinette , parmi les Hongrois, eût ^i^iték même enthousiasme que sa mère; Marie Thérèse \ Versées, eut succombé avQC le mênle hérolsnfi^ ^qnt sa fille. Mirabeau concevait tout le parti t^'on pènVàit tu*6r d'un tel cara<^ère; mais pour obtenir trne grande inlGkience, il eût fallu des conversations frë* qi^intes. Ministre, il aurait vu la reine, le roi, chaque jour et presque à volonté; dans la position qiiVrti Itdi avait fakcj ii écrivait. Faible ressource ; les IcterfeS ttfc peuvent saisir la disposition d'esprit oh se trbi!iyè fà personne qui les reçoit; elles ne répondent pas' à finistant aux objections qui s'offrent a la pensée du let> teur. Montmorin tarda peu à connaître les ri^tiônS qui venaient de s^établirç et souvent il eût avecMîfai-i
J,93 PROJETS ])£ MIRAB£Atr.
beau des entretiens dont il rendait compte au roi; fmais>que sont les intermédiaires, même les plus zélés^ pour les af]&ires qu'il faut traiter soi-même ?
Dans les notes écrites à la reine ou au roi par Mirabeau, ce on trouve, dit Lucas-Montigny, de fréquentes preuves de découragement.... Mirabeau évidemm^ot n'est pas écouté ou n'est pas cru. Jamais U ne se plaint de la méfiance de ses illustres correspondans; piais il s'inquiète de leur incrédulité, de leur irréso* iutioip, de leur inaction, de l'affaissement dont rien ne peut les faire sortir. x>
Sa vie privée et sa vie politique n'offraient que trop de motifs à la défiance des personnages qu'il voulait diriger , et ses habitudes de dissipation et d'indélicatesse l'empêchaient de voir qu'il s'était placé dans uneippsitiojn bien peu digne de le relever à leurs yeuXé Sans doute il n'avait pas exigé de ses services un prix pécuniaire; mais ceux qui les avaient réclamés savaient très bien qu'il avait besoin d'argent et qu'il en désirait: le roi lui-même demanda au comte de Lamarck, quel traitement il serait convenable d'assurer àMirabeau. Lamarck avait mis du zèle dans une négociati,gjQ. importante, mais il ne voulut pas sortir de ce qu'elle avait d'honorable : ce fut l'archevêque de Toulouse (Fçutanges) qui régla l'autre partie de cette affaire. Ceux qui se croient assez instruits pour donner de plus amples détails ne sont pas d'accord entre eux* Que Mirabeau ait reçu cinquante mille livres par mois et six cent mille pour payer ses dettes, ou qu'il
DJÉBA.TS DE l' ASSEMBLÉE. 198
ait eu seulement six mille livres par mois ^ et qu'on n'ait acquitté que pour quatre-vingt-quatre mille livres de dettes, que ce soit un million ou deux qui lui aient été promis en cas de succès, peu importe; il recevait de l'argent. Louis XVI devait être peu disposé à récompenser par la considération et la confiance, un homme dont il payait les avis. Pour être écoutés, les conseils ont besoin d'une autorité que renonce à leur donner celui qui trafique de ses services.
La considération qui manquait à Mirabeau, la défiance qu'il inspirait, les obstacles qu'une surveillance active mettait à de mystérieuses entrevues, les rendirent nécessairement très rares. M.Lucas-Montigny dit que Mirabeau fut admis deux fois chez la reine. Ce biographe, Bertrand deMoUeville et d'autres, croient qu'il eut quelques entretiens avec le roi. Sans faire une dénégation positive, je dirai qu'en général les hommes qui avaient été à portée de connaître les faits de cette époque m'ont paru douter de la réalité de ces entretiens, et que plusieurs d'entre eux affirmaient que Mirabeau n'avait jamais eu d'entrevue avec Louis XVI (i).
(x) Cétait Topinion du duc de Lévis qui rendait avec tant d'esprit justice au génie de Mirabeau. Il avait connu le célèbre orateur; il le voyait fréquemment^ dans les premiers temps de la révolution^ chez le marquis de Saysseval, où quelques hommes très répandus se réunissaient pour savoir les nouyelles. Là se trouvaient Mirabeau, Talleyrand, Sémonville, Cistellane et trois ou quatre autres habitués. Le duc de Lévis avait fait connaître à Monsieur ses relations avec cette petite société; c'est pourquoi il fut chargé par ,1e prince, lors de Taffaire de Favras, de consulter deux hommes qui allaient dans cette réunion*
T. III. i3
Les obstacles qu'éprouvait Mirabeau en voulant s assurer une utile influence, ne résultaient pas tout de ses fautes. Louis XVI consultait volontiers, donnaîl facilement des promesses ^ et ne savait ni se décider entre divers projets, ni se confier entièrement à per^ sonne. La Fayette, à l'époque dont je parle, recevait des promesses bien autrement positives que oeUes dont Lamarck était l'organe près de Mirabeau. Avant «t depuis les journées d'octobre, il fut fait des offî^ brik lantes à Là Fayette f on lui proposa le titre de généraiissitne, le bâton de maréchal, l'épée de connétA^i ble ; on alla jusqu'à parler de lieutenance générale du royaume, otm <K>mme d'une offre qui peut être à l'ûi^i stant acceptée, mais comme d'une espérance qu'il 'est permis de concevoir. L'ambition des titres n'était paf celle que ressentait l'élève de Washington; et on cessa de le yesser par des propositions qui ne pouvaient le: séduire. Plusieurs fois il avait adressé au roi des wo* t^ sur les affaires publiques : un jour, Louis XVI lui exprima le désir d'âtre guidé par ses conseils, et lui demanda son opinion sur la prérogative royale. La ré» ponse fut un mémoire (i4 avril). La Fayette s'y montre admirateur zélé de la constitution ; elle a quelques défauts à ses yeux , mais les consentions nationales les feront aisément disparaître. Il importe, dit-il, que les ministres puissent être de l'assemblée législative^ et qu^on multiplie les conditions qui ne permettront de Ë^iire les lois qu'avec une sage lenteur. Déjà, dans une note, il avait exprimé le regret que la constituUoii
o'eût pas établi deux chambres : mais sur le pouvoir exécutif, il se fait de graades illusions. Assurémeot il désire que le monarque ait la puissance nécessaire au maintien' de Tordre public; mais ses théories amé^ ricaines, sa confiance dans les hommes UbreSf le ren^ dent très facile à satisfaire sur l'étendue que doit i?oir cette puissance. La constitution dit que le roi est le ipbef suprême du pouvoir exécutif, que les corps adoiAistratils lui sont subordonnés , qu'il sera obéi ; La Fayette croit ce que dit la constituii^^n, et ne voit pas qu'elle donne au roi une vaine apparence d'aiitOr rtté* £n tenninant, il représ^ite que les circonstances sont trop dangereuses, trop instantes, pour que le sa* lut de la chose pid)lique et du roi puisse être assuré par des demUpartis et des demi^onfianoes. Si sa ma-» jestéy dit-'il, trouve ailleurs d'autres principe^ €^i d'au^ très vues qui lui paraissent préférables, elle doit les •■ivre ; mais, si c'est à mcH qu elle veut s'en rapporter, ce doit être sans réserve. Pour servir utilement les hitérêts de la liberté, de la nation et du roi, j'ai besoin d'une confiance de tous les ia^taos (j^)^ Louis XYJL la lui promit, par une note écrite et signée) de sa main, en marge du mémoire {^i).
(l) Mémoires dç lafayette^ tom^ 9, p. 449 et suivfiptes.
(%) « J*ai lu avec attention le mémoire de AI, de Ja Fajettç^ j'en adopte \m principes et les bases; et qupiqull y ait du vague d^ans l'application de j^ttsienrs de ces principes, je crois pouvoir être pleipomi^nt ra$«uré j^^cet ^ard par la loyauté de /son caractère et par ^n fittad^am^nt ^ ma personne. Je promets donc à M. de I41 J^ay^tli^» )^ ço^fiaupe ^ plus entière
196 PROJETS DE MtRABEÂtr,
La Fayette continua d'avoir des entretiens avec Louis XY I, et de lui adresser des lettres dont le but était surtout de l'engager à se populariser : quelquefois, il lui indique des moyens utiles; quelquefois, il lui fail des propositions semi-républicaines, avec une com« plète maladresse.
Le général désirait avoir des entretiens particuliers avec la reine : sans les refuser positivement^ elle prit soin de les différer, tant elle avait de peine à surmonter la répulsion qu'excitait en elle le marquis de La Fayette.
Mirabeau n'inspirait pas le même éloignement, et sa position était moins défavorable* Quarante*troif notes envoyées par lui au roi ou à la r^ne, ont été conservées par le comte de Lamarck(i). M. Luca»» Montigny en a reçu communication, et voici ce qui résulte de ses extraits.
Les notes étaient le plus souvent adressées à la
sur tous les objets qui peuveot regarder rétablissement de la constitution, mon autorité légitime telle qu'elle est énoncée dans le mémoire^ et le retour de la tranquillité publique. »
(z) Avec ces papiers, le comte de Lamarck a laissé sur Mirabeau une notice encore inédite qui nécessairement offrira beaucoup d'intérêt. On ne doit pas cependant se dissimuler qu'il faudra la lire avec une certaine réserve. De pareilles notices sont des dépositions, et le comte de Lamarck ne peut être un témoin tout-à-fait désintéressé dans une cause qui le touche d'aussi près. Son ami peut l'avoir trompé sur quelques points. Si un renseignement qui m*a été donné est exact, )a notice dirait qu'à Fépoque du 14 juillet, Mirabeau n'a pas secondé le projet de faire nommer un Heu* tenant général du royaume. Ce serait une grande pi-euve de l'excès dç confiance auquel peut entraîner l'amitié.
DEBÀT9 DB L'ASaiHBLÉE. I97
roine, dont Mirabeau cherchait à obtenir la confiance, à réveiller l'espoir, à exciter le courage : « Le moment, dife-il^ pourrait venir où il faudrait voir ce que peuvent à dieval une femme et un enfant; ce sont pour la reine de familières traditions de famille. » Mais, il fiiut employa* tous les moyens pour prévenir ces dangereuses extrémités; il Êiut agir siu* les esprits dans la capitale et surtout dans les départemens, plus faciles à ramener. aux idées monarchiques; il fiiut préparer des élections nouvelles, et toujours avoir en vue la révision. de^ la constitution» C'est sur cette révision qu'il compta pour assurer k sort de la France.- : Sqi^vent>il supfdie la reîne.dQ faire cesser l'indé^ cision de Louis XVI, de le convaincre qu'il faut, une nouve)!^^; manière de gouverne^,' que le rdl ne peut rien, a'il n'éveille la sympathie pubU<|ue« Les royalistes constitutionnels sont les seuls qu'il doive écouter, et croire, compter et employer.
, JPlusieuirs, :aQtei9 anuonc^nt le proj^ de fiûre recouyrfB^-;à lioui^ ^yi au mpins upe partie de sa liberté. Mirabeau désire que leroi^aono^cesant lickt, comn^e; la çbosela|^us simple, ui^ voyage jij^pntainebleau, et qu'il s'y rende avec une escorte formée seulement de gardes nationaux. Il dissuade la reine de rappeler les gardes du corps; « et l'avertit souvent de s'observer dans ses discours et ses démarches, qui font soupçonner des arrière-pensées auxquelles il ne croit pas.» Fréquemment il parle avec chaleur contre les émigrés; il les peint comme de faux et dangereux parti-
sa&sdti roi^ 'ennemis dé sdo'aiiitorité et de Finfluinioa de la mne^ <c Le temps n^st ^us^ Dieu merci/ oiiilt auraient pu essayer de faire cloîtrer le roi^ ^de faire té* pudiei^ o» exiler la veine,' pourlespli&ir d'avoir déserté la monarehie àbsdluè; mais le ik)i et là reine ne ptiui^ r»iebt plus régner ique pour lenoémptê de réorignsH tion, Utet (qu'elle leur permettrait de régdcr (i)« « Q ▼etit ^ue le roi fasse* cause domdiuiie ërre(5'la' nattoa^ ileupplie la i^einede le décider (cè* se prononcer dé edeor et de bouche^ de Tolontéet'de fiût, eonttvl^ëfiii'^ gvatîon, et à' diriger en ce sens non^seulèniéiif t(mt(f9 ses manifeetatîoiys puMitfueéy qnHl ne sautait trop^itiill^ tiplier^ mais enc6rb ses MmspondQni^'ftebi^té^ Vil
ett''â. *-^^ *:^- '/rî.i/*'/'»: '■ •''■»* -l i ■ l . •
' ' 'Dans* pki^ieùrs' kttrasj-Mîtebeao s'élève %(fÂbt te» depuis fSiiSti^t.^ iièks^m&Sh^pmi VéHùtn; BMblàié^m:
Fayette est souvent traité fôït mftl.^ ' !.»-/:!.:>
sémbléé V41 lif MéM dWli^ëf f«ndè ({ife'iei|(d»tak|)àMiir êllrttfesifôiftliÉJttâlè4»<èflVërti>él*è. ; '»-î^'>î> ai, * îr- -i/ ^' Souv^M îFKfeéiikè te libei«té éd la pihikle^ 41 V^dW
1(1} Qes idées là'ont rie^d/^agCf»*:UApa|rfi d^gei^sl^ magistrats voulait qu'après la contre-révolution opérée par les émigirésyle parlement de Paris, les pairs y séant , prononçât la déchéance de Louis XVI, mdUTiié sût ses Violâtes des \àk idti ib;faoine, stir s6n'iii<Apâdtépcmk' goutttaer^ et sur Ibb tërriUei effets qu'en avait ressenti la monafcUe. SiUI d^ttte beaucoup d'émigrés n'adoptaient pas pu m^m^ ne connaissaient, pas ce projet; mais tous auraient trouvé juste dWger que le roi gouvernât pour eux et par ètax.
BteAm DB liàssaoÊMÉÈ. 199
oont^e Pinflnence des: clubs, contre IHnrabordinttion de rarmée; il fait des tableaux efFrayans de Taiiarw cbi^ et déclare qu^on n'a pas un momaoït à perdre poiir refouler ce toirent. Ses idées, la manière dont il }e»exprime, prouvent qu'il reut aiilrainep la oonfianœ de la reine «t du roi, en leur montruit qu'il ne se dis* simulé point le péril et qu'il est prêt à l'affronter; niais qu'on doit se liyner à celui qui peut tout sauver en relevant Tautorité royale sur les bases d'une con^* stitv^îon. libre (i). > '
Quelques personnes ont eu connaissance par Mirsk beau lui-même, de plusieurs de ces lettres à l'époque oii-il les Privait. Mirabeau, Sieyès el Roderer, en t*/gù, dînaient' ensemble une £mb pai* semaine. Le plumier ttémoignait beaucoup de confiance à ses dèùA côHègues ; il aimait à s'en faire des prôneurs, parce ^'ik- avaient une téputation d'hoimmes profonds, de liiëlapbysiciens, et que leur admiration pour lui était d'autant plus remarquée qu^il affichait le dédain pour les théories subtile^^, obscures, pour la métaphysique politique (^). Au moment d'une des 'plus import aniee dismi^ii^é^ qu'ait eues l'assem^iée, 0t dont je parlerai
(i) M« Lucas-Montigny paVle des notes de IVlirabeiiu^ tom. 7, p. 3a5y et tom. 8, p. àa "à 34 — gi k 94 — 359 à 364.
(2 ) la ètrpérlkfrité dd JkDrabeau lui i^tid^t Caoile de plaire à déni qu*il voulait captivei*. pai' àfi& élpges ) p^, .99 1 qvi^éeînande fU^% (l'art^ il ^Tuit tenir à leur place les hommes dont il flattait Tamour-propre. Un jour qu'il sortait de l'assemblée, accompagné de Sieyès, beaucoup de personnes sWjkressèirent (mur le voir ; qtielqu'tlii cria : Hh l^ÉetcUU de la Ubertéi Mirlfee«id*iui'gett6iftdiipiaSk3Pèk^istdit : r^ià Tkés^ r* ^
200 P&OrXTS PE MIRABEAU.
bientôt, il fut accusé, jusque dans les rues de Paris, d'être vendu à la cour ; et il plaisanta, avec ses deux collègues, sur celte accusation déjà portée contre lui lors des débats sur le veto. Peu de temps après il leur dit, sous le sceau du secret, qu'un homme très esli* mable l'avait pressé d'écrire à la reine, pour lui donner sur sa situation des conseils qu'elle désirait rece* voir : il leur lut une lettre pleine de franchise, de raison et d'intérêt. Ses collègues l'approuvèrent; mais, comme il semblait fonder, sur ses missives, l'espoir d'heureux changemens, dles fC auront jamais^ lui dit Sieyès, autant decrédit que celles duharon de BreteuU.
. Le comte de Ségur, alors revenu de son ambassade à Saint-Pétersbourg, avait avec la reine des entiietiens qu'il cherchait à rendre utiles aux intérêts du trône el de la France; il connut des lettres de Mita'? beau, auxquelles il donna une pleine adhésion. Le comte de Ségur, sous l'ancien régime, avait bien servi son pays; dans la révolution, il donna d'abord de sages conseils; ensuite, il soutint l'adversité en homme qui possède une heureuse philosophie pratique.
i Cabanis, bien que ses opinions formées à l'école de Franklin eussent une teinte républicaine, avait une pleine confiance dans le dévoûment de son ami pour la liberté; et cette confiance résultait surtout de ce qu'il connaissait plusieurs lettres de Mirabeau au roi et à la reine.
Dans le mois d'avril, les députés modérés du côté gauche, ceux que les impartiaux avaient iuutilemeiit
DÉBATS DE l'ASSEMBL^B. aoi
invites à leurs réunions, résolurent de s'ofSjpbser aux progrès de Texaltation. Inquiets de la violence du club des jacobins, ne voulant plus y supporter la domination qu'exerçaient Duport et les Lameth, ils se décidèrent à former une autre société, sous le nom de cluk de 1789. Les principaux fondateurs furent La Fayette, Bailly, La Rochefoucauld, Talleyrand, Chapelier, £mmery, Dupont de Nemours, Rœderer, Sieyès qui rédigea le règlement et fut le premier nommé président.. Ce club s'ouvrit (m mai) dans un vaste et brillant appartement des galeries du Palais«Royal, C'était une réunion de plaisir, en même temps qu'une réunion politique; un excellent restaurateur y donnait des dîners fort chers.
Le nouveau club annonçait que son but était d'approfondir les grandes questions d'intérêt social, et de propager les principes de la vraie liberté (1). Lesfondateurs, d'après les vues que Sieyès leur avait &it adopter, ne cherchaient point des succès populaires; c'est sur l'assemblée nationale qu'ils voulaient exercée de l'influence, et souvent ils y obtinrent la majorité; Les jacobins auraient été fort aises de troubler \b^ séance d'ouverture de la société nouvelle; leurs agens mêlés aux curieux qui remplissaient le jardin, pousse-
(z) En conséquence, le côté droit Tappela le club de la propagande; et beaucoup d'adversaires de la révolutioa ont cru que le but de cette société était d'envoyer des agens à rétraoger, pour soulever les peuples et renverser les trônes. C'est une de ces absurdités auxquelles Tesprit de parti a k niaiaerie d'ajouter, foi.
reot des clameurs. La Fayette et quelques^ns de lea amis panirent auiL fenêtres; le peuple les reconnuti les applaudit , et Fou n'essaya plus de les inquiéter»
Parmi les fondateurs du club dé 89, on peutcomp<ter Mirabeau : il encouragea cette réunion^ et négli-^ gea quelque temps les jacobins, sans toutefois rompre avec eux. Mirabeau n'était l'habitué d'aucun club ; les sociétés de ce genre n'avaient pas pour lui le même attrait que pour ces hommes médiocres dont «lies font Ift puissance et la célébrité ; mais il formait ou ccHâ-* serrait toutes les relations qui pouvaient être utiles à ses desseins. On l'a vu visiter les deux cluba^ quelque^ fois dans la même soirée; et l'on a dit, avec esprit et justesse, qu'il semblait les honorer de sa présence«
Les meneurs de la multitude se: dédommagèrent contre les exaltés du côté droit, de n'avoir pu troubler ks modérés du côté gauche. Les députée qui s'étaient assemblés aux capucins , avaient répandu leurs pro* testations contre les décrets sur les biens de l'église^ et contre le refus d'adopter la motion de dom Gerle« Plusieurs fois, ils avaient changé le lieu de leurs réu* nions; partout le bruit et les menaces les avaient suivis. Enfin ils formèrent, sous le nom de salon fran^ çais'j un dub à la 4Ôte duquel étaient Maury,. Gaza* lès, le vicomte de Mirabeau, d'Ëspréménil, etc. : les Scènes tumultueuses devinrent très graves ; plusieurs d'entre eux furent assaillis et coururent des dangers. Le maire et la garde nationale les protégèrent quelques jours, sans pouvoir cependant faire comprendre
Bâum l>B L'ASSiKBUBi 2Xâ
à la multitude que la constitution donnait le droit dg se reunir tranquillemeal pour paiflar des affîtire» pu-» bliques. Les habitaas du quartier où. le club des par^ tiaaiiBde i'anôen régime tenait ses séances^ le plaignit' reat de nfaYoîr plul un moment de repos; et ua. jugement du tribunal de police ferma le sakinfrMi^. çais (i5 mai). r ; ; .
Peu de jours apràs que. Mirabeau eut ^crît 4 Louis XYI la lettre que j'ai'è&tée^ One haUte quei^iû*. législatiTe l'appela à oommenicer la lutte qu'il youléit ; engager atec les hommes dont l'exaltatioli mettait làr Ft^nœ en përil. Le ministre des nfifoiraa ^trangèmannonça au président dé l'assemblée nation&k (i 4 mai)v : ^^tm dîIlKrend Tenait de s'élever ientre le cabinet de ShAtt^Jameaiet la cour de Madrid. L'Angleterre fiusait dëf artnemtas, le roi des Français avait dûiwiller a la sâretë de l'état^ et des ordrad-éUnent donnés ^jxiur que q^towje taisseauxdelignéfnssentinoesian&ÈieBtannéi datîb4l5fl ports. Le roi se bâtait d'mfbrmcr rassemblée': dei^préeaiitiona qu'il avait ptises : il mettraiit4àuaate «>iiiB^ à détourner la guerre ; mais^ probabknMpit^ Jk afttrait A- demander |>our la marine quelques- aacaufrs^ extraordinaires , et le patriotisme des représrataM dv; la nation le "rendait certain de leur empusseement à toter ces secours, lorsque le tableau en serait mis soua leurs yeux.
^ Un assentiment ^nitersel exprima l'intention de maintenir la dignité nàtiàwale; et il fut arrêté que te lendemain rassemblée répondrait à la communication
204 PROJBTS DIS HIAiUBEÂV.
du gouvernement. Le soir il y eut affluence an club des Jacobins, et ta lettre du ministre y devint l'objet d'une discussion très animée. Dans un temps où l'ha» bileté des législateurs consistait, aux yeux du grand nombre, à trouver les moyens d'afFaiblir le pouvrâr royal, où le signe certain du patriotisme était la dé^ fiance, on eut bientôt prouvé que les ministres voîu*, laient provoquer la guerre, afin d'embarrasser l'assemblée nationale, de discréditer les assignats et d'amener là banqueroute. C'était la contre-révolution qu'il s'agîssait de prévenir, en réunissant les forces de tous le») bons citoyens contre les traîtres qui refuseraient au: corps législatif le droit exclusif de paix et de guerre.
A la séance de l'assemblée nationale, Alexandre Lameth, organe de l'opinion qui s'était formée la vieilles dans un autre lieu, demanda qu'avant de^discuter «Ut fait particulier, on délibérât sur une question d0< principes. Ce député soutint que les représentans de. la nation devaient se réserver l'exercice du plus terrible dâsjdroits; et il réclama la priorité pour la ques-ï tion générale et constitutionnelle, qu'on s'exposerait à préjuger si l'on s'occupait d'abord d'un'^ncident; particulier;
Mirabeau répondit qu'il ne s'agissait point de dé*; clarer la guerre ; et que suivre la marche indiquée par son collègue, ce serait supposer illégales les dispositions que le monarque avait prises. Le droit d'armer, de se mettre subitement. en état de défense, sera toujours, dit-il, le di*oit de l'exécuteur suprême. des >
DliBATS ]>E Xj' ASSEMBLÉE. 1ïo5
volontés nationales ; on doit donc approuver les précautions annoncées, si elles sont sages, et accorder les subsides, s'ils sont nécessaires ; ensuite il faut renvoyer au comité de constitution la question de savoir comment sera exercé le droit de paix et de guerre.. Les vives attaques dirigées contre cette opinion entraînaient le côté gauche ; Mirabeau simplifia sa proposition, et fit décréter presque à l'unanimité que le président se retirerait dans le jour près de sa Majesté, pour la remercier de sa vigilance ; et que, le lendemain, l'assemblée discuterait cette question : La nation doit-elle déléguer au roi le droit de paix et de guerre?
Les agitateurs excitèrent dans Paris une. effervescence extraordinaire ; la foule se pressa dans les galeries, aux portes de l'assemblée et dans les rues voisines. De grands intérêts étaient en suspens; les amr bassadeurs des puissances étrangères assistèrent à tou* tes les séances que remplit cette discussion : elle dura sept jours. Si le pouvoir royal était annulé dans l^exercice du droit de paix et de guerre, il serait complètement avili; mais, s'il échappait au péril dont il était menacé, ce succès en ferait espérer d'autres contre l'anarchie. Les défenseurs de chaque opinion arrivèrent résolus à soutenir leurs principes avec un inébranlable courage; et ce long débat est un de ceux où les orateurs de l'assemblée constituante ont acquis le plus de titres à leur juste renommée.
Un parti nombreux voulait que le droit de paix et de guerre appartînt exclusivement à l'assemblée légis-
ao6 PBOil» DE attRABBAU.
lative. Qui ne sait toutes les vérités qu'on peut dire^ «t tous les lieux communs qu'où peut faire, sur ces guer* les exécrables décidées par l'ambition ou la faiblesse» par l'orgueil ou les fantaisies d'un roi , d'un ministre ou d'une maîtresse ? Mais ceux qui s'effrayaient à l'idée qu'un homme eût le pouvoir de déclarer la guerre, ne voulaient pas comprendre que des assemblées nomr breuses, mal instruites de ce qui se passe dans les ca^ binets étrangers, et si faciles à se laisser emporter aux émotions soudaines, ne voteraient pas moins de guer^ res fatales que n'en décident les rois absolus.
Parmi les orateurs du coté gauche , on remarqua Barnave^ Charles Lameth, le duc d'Aiguillon, Menou, Pétion, Le Pelletier de Saint-Fargeau. Leurs opinions n^étaient pas identiques: mais tous sacrifiaient le pourvoir exécutif, pour ajouter à l'éclat de l'assemblée na« tionale.
Les opinions du eôté droit, si favorables à l'autor rite royale , n'étaient pas dans cette discussion oppor sées aux principes d'un gouvernement libre : elles attribuaient au monarque le droit de guerre , Umîté par la responsabilité des ministres et par le pouvoir de refuser les suicides. Les orateurs du côté droit parlè«vent presque tous en hommes certains d'avance qu'on rejettera leur avis, et qui s'inquiètent peu de blesser leurs adversaires. On distingua parmi eux Cazalès, Montlosier, l'abbé deMontesquiou, l'archevêque d'Aix^ Maury qui sembla se surpasser lui-même. Si les ordres fie fossent réunis à l'ouverture des ^ts généraux, les
DÉBATS DB Z\S9M1ÊMÏ^. 20J
hammes sages auraient fait pencher la balance en &• veur des opinions justes, quel que fût le parti qui vînt les offrir; alors il n'est pas douteux que le cote droit aurait eu une grande majorité dans le débat qui nous occupe.
La discussion se prolongeait depuis cinq jours, lors*^ que le grand orateur parut à la tribune. Pour apprêtcier tout ce qu il déploya de force et d'habileté dans le combat, observons sa situation et son but. Il s'agiir sait de disputer aux factieux les diéhris de l'autorité royale, il s'agissait de battre les insensés du côté gau* che ; il fiillait aussi que Mirabeau s'environnât d'un grand éclat, et que la victoire appartînt à lui seuils Sans se faire violence, il aurait pu d^ndre l'opinion ducotë diioit; mais il eût compromis et la chose publi* que, et luinméme ; il aurait pu sauver sa popularité , em choi|5issafit dans les projets du coté gauche , quelques idées qui se rapprochaient assez des siennes pour l^ adop ter, avec une rédaction nouvelle ; mais il n'eût pas, d'urne main ferme, levé sa bannière au miUeu des partis. U annonça qu'il venait essayer déposer la question dont rîfl^oftaace appelait les plus sérieuses médita* tâtmg des hoiomies d'état. « Faut^il déléguer au roi In droit defEdreia paix et la guierre, ou doiton l'attribuer au ccMTps législatif? C'est avec cette alternative, diuil, cpi'on a jusqu'à pnésent énoncé la question ; et j'avoue que cette manière de la poser k rendrait msolid>k pour moi.» U établit qu'on ne pourrait «ans anéantir la conslâtution déléguer soît au mi, soit au cerpa lé*»
ao8 PROJETS DE MIRABEAU.
gislatif, le droit de paix et de guerre. Mais , est-on réduit à la nécessité d'un choix exclusif? Ne peut-on écarter à la fois les abus de Faucieune royauté , et ceux qu'on remarque dans les lois des anciennes républiques? L'orateur s'est proposé à lui-même, en ces termes, la question sur laquelle il est appelé à voter : Ne faut-il pas attribuer concurremment le droit de faire la paix et la guerre aux deux pouvoirs que la constitution a consacrés?
Après un discours très développé, il résuma ses principes en un projet de décret.
Le droit de paix et de guerre appartient à la nation, qui le délègue de la manière suivante :
Le droit de veiller à la sûreté extérieure du royaume est confié au roi; lui seul peut entretenir des relations politiques au dehors, conduire les négociations, en choisir lesagens, faire des préparatifs de guerre proportionnés à ceux des états voisins, distribuer les forces de terre et de mer, etc., etc.
Dans le cas d'hostilités imminentes ou commencées, d'un allié à soutenir, d'un droit à conserver par la force des armes, le roi sera tenu d'eu faire sans délai la notification au corps législatif, d'en exposer les causes, et de demander les fonds qu'il croira nécessaires.
Si le corps législatif juge que les hostilités commencées sont une agression coupable de la part des ministres ou de quelque autre agent du pouvoir exécutif, l'auteur de cette agression sera poursuivi comme criminel de lèse-nation , l'assemblée déclarant
DÉBATS DE l'assemblée. ÛÛl)
que la France renonce à toute espèce de conquêtes.
Si le corps législatif refuse les fonds nécessaires et témoigne son mécontentement de la guerre, le pouvoir exécutif sera tenu de prendre sur-le-champ des mesures pour prévenir ou faire cesser les hostilités; et les ministres seront responsables des délais.
Ce discours produisit une grande sensation. Lia haine de Duport et des Lameth contre Mirabeau s'envenima; ils jugeaient fausses la plupart de ses idées, d'autres vagues, toutes perfides; et le mot de trahison, sorti de leur bouche, se répandit bientôt dans la multitude.
Barnave prit le lendemain la parole, et s'attacha exclusivement à réfuter Mirabeau : il déploya dans cette lutte un talent très remarquable ; tout ce qu'il y avait de netteté, de force et d'habileté dans sa dialectique, fut mis en œuvre pour attaquer chaque raisonnement de son imposant adversaire. Le discours de Barnave excita constamment l'attention et l'intérêt de l'assemblée, et se termina par ce projet de décret: « Au roi , dépositaire suprême du pouvoir exécutif, appartient le droit d'assurer la défense des frontières, de protéger les propriétés nationales , de faire à cet effet les préparatifs nécessaires, de diriger les foi ces de terre et de mer, de commencer les négociations, de nomn^er les ambassadeurs , de signer les traités , de faire au corps législatif, sur la paix et la guerre , les propositions qui lui paraîtront convenables; mais le corps législatif exercera exclusivement le droit de dé^
Tw Ifl. i4
310 PI^OJ£TS D£ IVUlUBfiAU»
clarer la paix et la guerre, et de coaclure les traités,ix Au milieu des applaudissemeas, un grand nombre de voix, demandèrent que la discussion fût fermée ; et il n'est pas douteux que si Ion eût voté suç-le<hamp, ÇÇ projet était adopté. Mirabeau rendit justice au U lent de Barnayei mais en déclarant que toutes ^ çbf* Jeçtiqns pouvaient être détruites ; çit il se fit dfi$ mx^rinin:e^ mèmm qui s'élevèrent, uw mçy^ ppur t^QiK^ v(çp ^u'on avait besoin de réflécj^ir encore^ Malgré U chakpr qu'une partie deT^semblée met)l;^t ^ deroaiv* dw.qu'QPL wtâti^ni délgij,|l^ i^ajoriji^ *Ç»tiç qn.e,^up un sujet aussi grave, il fallait craindre de précipitée la délibération; puisi tel ei^t le pouvoir d'un talfnt extraordinaire^ il est cei tai^i que le désir d'^nte^4r# encore Mirabeau contribua à faire prononcer que U question ue serait décidée qu'à la séance suivante,
Barnave avait excité l'entbousia^ne de son perti} les applaudissemens le suivirent à sa sortie de la salle, et la multitude le porta eu triomphe* l^ lendemain f l'effervescence continua de se manifester : Mirabeau était dé^gné au^ fureurs populaires ; les colporteur» faisaient reteptirje titre d'un pamphlet intitulé: Grcwdç trahison du comte de Mirabeau découverte i e); des gensL apostés en lisaient des passages au milieu de groupes nombreux (i). Vingt mille personnes
(i) L'auteur disait à Mirabeau : « Prends garde que le peuple ne fass^ distiller dans ta gueule de vipère, de Tor, ce nectar brûlant, pour éteindre à jamtia la soif ^ui te dévore; prends garde que le peuple ne promène tf téi^ cfmn» il a porté c«lU do Foqljcu), doot la bouche était remplie 4f
DIÎBATS DE L'ASSfiMUdÉE. 211
pressaient autour de l'assemblée, couyraieat les rues, les places, les jardins environnans; et l'agitation de la foule était effrayante. ,
Quelle époque pour Mirabeau ! il entrait d ans la carrière qui pouvait le conduire à la victoire contre les factieux ; s'il échouait au premier pas, c'en était Élit de l'avenir ; s'il l'emportait, malgré les intrigues et les fureurs de ses adversaires, ce triomphé en assu-* rait d'autres : c'étaient ses destinées et celles de la France qu'on allait mettre en délibération.
La veille Mirabeau avait soutenu contre Barnav«^ au club des Jacobins, la justesse de ses principes , et n'avait trouvé que peu de partisans. Lorsqu'il arriva^ à l'assemblée nationale, un ami qui venait de traver*» ser la foule le prit à part, lui exprima de vives in« quiétudes, mais sentit renaître son courage à ces mota prononcés d'un ton noble et ferme : On m' emportera d'id triomphant ou en lambeaux. «
Chapelier parla d'abord; et l'on peut présumer qu'ilr s'était concerté avec Mirabeau, par la manière doqt il présenta quelques amçndemens de peu d'importance que l'auteur du projet s'empressa d'adopter. Duport accusa Mirabeau d'avoir à dessein mis de l'ambiguïté dans les termes de son décret. Le grand orateur re« parut à la tribune.
foin. Ce peuple est lent à s'irriter ; mais il est terrible quaad le jour de la vengeance est arrivé ; il est inexorable, il est cruel ce peuple^ à raison de la grandeur des perfidies, à raison des espérances qu'on lui a (ait concevoir, a raiflon des hommagei qu'on lui a surprit, *
ai!2 PROJETS DE MIRABEAU.
(( Messieurs, dit-il, c'est quelque chose sans doute pour rapprocher les oppositions, que d'avouer nettement sur quoi l'on est d'accord et sur quoi l'on diffère. Les discussions amiables valent mieux pour s'entendre que les insinuations calomnieuses, les inculpations forcenées, les haines de la rivalité, les machinations de l'intrigue et de la malveillance. On répand, depuis huit jours, que la section de l'assemblée nationale qui veut le concours de la volonté royale dans l'exercice du droit de paix et de guerre, est parricide de la liberté publique ; on répand des bruits de perfidie, de corruption, on invoque les vengeances populaires pour soutenir la tyrannie des opinions. On dirait qu'on ne peut sans crime, avoir deux avis dans une des questions les plus délicates et les plus difficiles de l'organisation sociale. C'est une étrange manie ^ c'est un déplorable aveuglement que celui qui anime ainsi les uns contre les autres, des hommes qu'un même but, un sentiment unique, devraient toujours rapprocher, toujours réunir.... Et moi aussi, on voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe; et maintenant on crie dans les rues : La grande trahison du comte de Mirabeau.*. Je n'avais pas besoin de cette leçon pour savoir qu'il est peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne... Mais l'homme qui combat pour la raison, pour la patrie, ne se tient pas si aisément pour vaincu; celui qui a la conscience d'avoir bien mérité de son pays, et surtout de lui être encore utile, celui que ne rassasie pas une vaine célébrité, et qui dédai«
DIBBATS DJS l'aSSEMBIJÊE. 2i3
gne les succès d'un jour, pour la véritable gloire, celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public, indépendamment des mobiles mouvemens de l'opinion populaire, cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers; il ne doit attendre sa moisson, sa destinée, la seule qui l'intéresse, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous. Que ceux qui prophétisaient depuis huit jours mon opinion sans la connaître, qui calomnient en ce moment mon discours sans l'avoir compris, m'accusent d'encenser des idoles impuissantes au moment où elles sont renversées, ou d'être le vil stipendié de ceux que je n'ai pas cessé de combattre, qu'ils dénoncent comme un ennemi de la révolution celui qui peut-être n'y a pas été inutile; et qui, fût-elle étrangère à sa gloire, pourrait, là seulement, trouver sa sûreté; qu'ils livrent aux fureurs du peuple trompé , celui qui depuis vingt ans combat toutes les oppressions, et qui parlait aux Français de liberté, de constitution, de résistance, lorsque ses vils calomniateurs vivaient de tous les préjugés dominans : que m'importe? Ces coups de bas en haut ne m'arrêteront pas dans ma carrière. Je dirai : répondez si vous pouvez, calomniez ensuite tant que vous voudrez.
ce Je rentre doue dans la lice, etc. »
Rappellerai-je tout ce que cet exorde eut d'imposant; le murmure d'admiration et d'intérêt que fit naître ce noble souvenir du Capitole et de la roche Tarpéiennc,
ai4 PROTETS DE MIHABEAU»
cette image de l'instabilité des honneurs humains^ rendue si frappante par la situation de l'orateur ? Il ne manqua pas son effet ce trait qui fit tourner tous les regards vers les Lameth, ce trait acéré contre les hommes qui vivaient en courtisans^ tandis que le proscrit consacrait sa plume à la liberté. L'éloquence que res* pire ce début anime le discours entier; j'arrêterai sur deux points l'attention du lecteur.
Bamave avait argumenté avec force; il avait produit beaucoup d'efifet par cette observation simple el nette en apparence : ce On a universellement reconnu la division des pouvoirs. On a reconnu que l'exprès* sion de la volonté générale ne pouvait être donnée que dans les assemblées élues par le peuple, renouvelées sans cesse. On a senti que l'exécution de cette volonté exigeait promptitude et ensemble, et que, pour combiner cet ensemble, il fallait absolument la confier à un seul homme. De là vous avez conclu que l'assemblée nationale aurait le droit de faire la loi, et le roi celui de la faire exécuter. De là il résulte que la détermination de faire la guerre, qui n'est autre chose que l'acte de la volonté générale, doit être dévolue aux représentans du peuple. » Lorsque Barnave eut fait cette observation, on entendit circuler sur plusieurs bancs ces mots : // n^jy a rien à répondre à cela.
Voici l'argumentation de Mirabeau : « Vous dites que la nation a deux délégués distincts; l'un pour l'action, l'autre pour la volonté. Je le nie.
« Le pouvoir exécutif, dans tout ce qui tient à Tac-
tidû, est certainement très distinct du pouvoir législatif* tnafe il n'est pas vrai que le coirps législatif soît èntièrfeïùent indépendant du pouvoir exécutif, même dafas Pexpression de la volonté générale.
<c' En effet, quel est Torgane de cette volonté dans notre Constitution? C^est tout à-la-foîs rassemblée des rcfpréseiitans de la nation ou le corps législatif, et le représentant du pouvoir exécutif... Le corps législatif délibère, et déclaré la volonté générale; le représentant du pouvoir exécutif a le double droit ou de sanctionner là résolution du corps législatif, et cette sanction Consomme la loi, ou d'exercer le veto qui lui est accordé pour un ceHain espace de temps; et là constf-
.'il "" '
tution à voulu que, durant cette péiiodé, la résoîutioii du corps législatif ne fût pas loi : il h^est donc pas exact de dire que noire constitution a établi deux d^ légués entièrement distincts, même lorsqu^il s^agit d'exprimer la volonté générale.
« Suivons maintenant 1 application de votre principe, à l'exercice du droit de la paix et de la guerre.
a Vous avez dit : Tout ce qui n'est que volonté, en ^ecî comme dans tout le reste, retourne à son principe naturel, et ne peut être énoncé que par le pouvoir U' gisîatif. Ici , je vous arrête, et je découvre votre sophisme en un seul mot que vous-même avez prononcé; ainsi vous ne m'échapperez pas.
ce Dans votre discours, vous attribuez exclusivement renonciation de la volonté générale..» A qui? au poUr voir législatif; dans votre projet de décret, à qui l'at-
2i6 PROJETS DE MIRABEAU.
tribuez-vous? au corps législatif. Sur cela, je vous appelle à l'ordre, vous avez forfait à la constitution* Si vous entendez que le corps législatif est le pouvoir législatif, vous renversez par cela seul toutes les lois que nous avons faites. Si, lorsqu'il s'agit d'exprimer k volonté générale en fait de guerre, le corps législatif suffit, par cela seul le roi n'ayant ni participation, ni influence, ni contrôle, ni rien de ce que nous avons accordé au pouvoir exécutif par notre système social, vous auriez en législation deux principes différens, l'un pour la législation ordinaire, l'autre pour la législation en fait de guerre , c'est«à-dire poulr la crise la plus terrible qui puisse agiter le corps politique; tantôt vous auriez besoin , tantôt vous n'auriez pas besoin, pour l'expression de la volonté générale, de l'adhésion du monarque ... et c'est vous qui parlez d'homogénéité, d'unité, d'ensemble dans la constitution ! Ne dites pas que cette distinction est vaine ; elle est tellement importante à mes yeux, et à ceux de tous les bons citoyens qui soutiennent ma doctrine, que si vous voulez substituer, dans votre décret, à ces mots le corps législatif y ceux-ci le pouvoir législatif , et définir celte expression , en l'appelant un acte de l'assemblée nationale sanctionné par le roi, nous serons par cela seul d'accord sur les principes... Vous ne me répondez pas... Je continue. »
C'est ainsi que l'orateur suit chaque raisonnement, chaque objection de son antagoniste : on croit voir Hercule appesantir sa main sur un lutteur agile et fort.
DÉBATS DE l'aSSEMBUÎE. 217
Je regrette de ne pouvoir multiplier les citations , de ne pas offrir les dernières pages de ces deux discours, aussi difïerens sous le rapport de Téloquence que sous celui de la logique. Il y a, dans les paroles deBarnave, quelque chose de sec, de haineux; on y reconnaît rhomme de parti qui s'attache à décrier ses adversai* res; il les accuse tous d'ambition, d'intrigue, et débite sur le peuple f s\xv le citoyen paisible^ vertueux^ ignoré^ un de ces lieux communs que goûte la multitude. Sa sensibilité est factice, quand il demande qu'on n'afflige pas le roi en lui confiant le droit de faire couler le sang. Les idées de Mirabeau sont élevées, sereines; il ne veut point combattre en gladiateur, il refuse d'établir un parallèle entre les hommes des deux opinions; mais il donne de nobles éloges à ceux dont il défend les principes; il rappelle les services qu'ils ont rendus, et qui les autoriseront toujours à s'honorer de leurs amis et de leurs ennemis. La supériorité de Mirabeau, dans ce discours, réveille un souvenir de Démosthène accablant Eschine.
L'effet de ce discours fut prodigieux; une immense majorité prononça la clôture de la discussion. Barnave voulait être entendu , et son adversaire se joignit à lui pour réclamer en sa faveur la parole; mais l'assemblée persista dans sa décision. On relut les projets de décret; il yen avait vingt-deux. Un parti demandait avec chaleur la priorité pour celui de Barnave, tandis qu'une foule de voix la réclamait pour celui de Mirabeau, avec les an^eodemens de Chapelier. Gaza-
lès quiy dàhd là discussich , avait propose que le droit de pak et de guerre appartînt au roi seul, demanda que son projet fût mis aux voix; et il ajouta que si on le rejetait, il fallait voter pour To^itiiôn la plufc rapprochée des principes , ce qui assurait à Mirabeau le concours de la plupart des membres du côté droit Cazalès entrait ainsi dans des voies de modération et de justice que, pour l'intérêt public, ses amis et'ltÈ auraient dû suivre plus souvent. Charles Lameth i'écria que le décret de Mirabeau était le plus dangeretiï, et qu'il préférerait voter pour celui de Cazalès et de l'abbé Maury. Barnave en refusant la priorité ^u projet qu'il avait combattu, l'attaqua âe nouveau par quelques raisonnemens qui ne firent aucune impresh sion. La Fayette au contraire en produisit beaucoup, par la manière loyale et ferme dont il se prononça pour les vues de Mirabeau; il déclara qu'il croyait ne pouvoir mieux payer au peuple sa dette immense en^ vers lui, qu*en ne sacrifiant pas à un désir de popularité, l'avis qu'il pensait lui être utile. Son opinion était partagée par le club de 89, qui eut une grande influence sur le vote de l'assemblée (i).
La priorité fut décernée au projet de Mirabeau ; c'était prononcer en faveur du système qui faisait concourir les deux pouvoirs à l'exercice du droit de
(i) C'est dans cette discussion que Mirabeau dit: te silence de Sufh est une calamité publique ; il le récompensait, par ce magnifique éloge^ d'avoir vanté aux membres du club de 89, son opinion qu'il lui avait conH muniquée.
guerre. Alexandre Latneth^ désolé de la défaite de Bar« nave^ essaya des ohicanes; il proposa une rédaction dont le mérite était de simplifier celle de Mirabeau. La sienne fut améliorée par Fréteau^ qui lut rarticle suivant : « Le droit de paix et de guerre appartient à la nation ; la guerre ne pourra être déclarée que par un dé* cret de l'assemblée nationale^ rendu sur la proposition formelle et nécessaire du roi. » Plusieurs voix demandèrent la question préalable; Mirabeau fit observer qu'il ne la demandait point , que le principe pour \e^ quel il combattait depuis trois jours était conserve par cette rédaction, et que si l'ordre de ses articles était à changer, il laissait la gloire d'une telle découverte à qui voudrait s'en emparer ! il ne voulut point d'un débat d'amour^propre; mais il fit ajouter que le décret rendu sur la proposition du roi devrait encore être sanctionné par lui. Après le vote, il s'éleva des acclamations presque unanimes; les partisans de Mirabeau se livraient à la joie qu'excite un triomphe, et ses adversaires cherchaient à paraître satisfaits.
Le droit de /aire la guerre appartient à la nation! La guerre ne pourra être déclarée que par un décret de rassemblée nationale ! telles furent les premières paroles que les hommes du parti des Lameth firent entendre en sortant de la séance ; ils ne disaient rien de la proposition formelle et nécessaire du roi^ ni de sa sanction ; et la multitude leur prodigua ses applau<« dissemens. Cette ruse réussit mal à ceux qui l'employé* rent ; elle leur valut des plaisanteries de la part des
aaO PROJETS DE MIRABEAtr.
vainqueurs, et les compromit près des hommes ardens qui, après avoir lu le décret, injurièrent ses auteurs et ses approbateurs.
Rarement excite-t-on dans la multitude une agitation violente, saos la pousser à des crimes qu'on n'avait pas prévus. Parmi les bruits qui circulèrent dans ces jours de tumulte, il y en eut un auquel la populace donna la plus ferme croyance, peut-être parce qu'il était le plus absurde. On disait qu'aussitôt que des voleurs étaient arrêtés, le Châtelet les mettait en liberté et leur donnait de l'argent. Ce bruit fit pendre par la multitude trois hommes qui venaient de commettre un vol (a4 mai). Le lendemain un autre voleur allait subir le même sort, La Fayette accourut et se jeta au milieu des assassins : un homme voulut lui résister, il l'arrêta de sa main ; et la populace d'applaudir, et de crier Fwe La Fayette ( i ) .'
La santé de Mirabeau s'altérait profondément; ses travaux et ses luttes, dont ne le délassaient pas ses plaisirs, brûlaient son saûg; une ophthalmie chronique l'empêcha d'assister à plusieurs séances. Il reprit la parole pour annoncer la mort de Franklin, et produisit une vive sensation par un éloge simple, noble et touchant, digne du sage dont il célébrait le génie et la
( i) La plupart des journaux exaltés blâmèrent ces assassinats ; maïs quelle férocité dans cette phrase de Camille DesmouUns! « On s'afflige, dit-il, de voir Tusage de la lanterne devenir trop fréquent, et servir au ckâtimenl de vols et Je délits minces ; au lieu qu'un devrait la réserver aux crimes de lèse-nation, et dans le cas où le peuple a recours à sa loi martiale, »
DEBATS DE l'aSSEMBL]S£. 221
gloire. Sur sa proposition, l'assemblée nationale décréta que ses membres porteraient, pendant trois jours, le deuil de Franklin (ii juin).
Plus d'un mois après la discussion sur le droit de paix et de guerre, les hommes des deux partis qui divisaient les Jacobins continuaient d'attaquer Mirabeau ; les uns se vantaient de l'avoir forcé à démentir l'opinion qu'il avait d'abord soutenue; les autres lui reprochaient d'avoir fait rendre un infâme décret. On prétendait aussi que dans le premier de ses discours, il énonçait des idées différentes de celles qu'il avait défendues dans le second. Mirabeau fit réimprimer ses deux discours, précédés d'une lettre aux administrateurs de département. Nous verrons, dans, la suite, qu'il espéra beaucoup de leur concours ppur réaliser ses projets ; l'idée de tirer d'eux un grand parti le préoccupait déjà ; il les invite à présenter au peuple, comme ses vrais amis, les hommes dont l'opinion est qu'après avoir déblayé les décombres il faut reconstruire, qu'aux mouvemens doivent succéder les conceptions, qu'il est temps de passer d'un état d'insurrection légitime à la paix d'un véritable état social, et qu'on ne conserve pas la liberté par les seuls moyens qui l'ont conquise. On tardera peu à juger combien il importait de rappeler ces principes.
V9A^imnm9mkOTAVmM.9ÈmA!TB BS&*A08XIIBUM.
Toujours de nouveaux désordres éclataient sur diffék'ens points de la France. Les deux partis extrêmes se plaisaient à s'irriter l'un Fautre; leurs menaçans propos^ leurs acres pamphlets, leurs turbulentes correspondances entretenaient la discorde avec une fatale activité. A Marseille , une bande révolutionnaire surprit le fort de Notre-Dame-de-la-Garde, et s'en einpara. Le peuple et la municipalité se portèrent sur deux autres forts; l'un opposa quelque r^istance, et le lendemain le commandant fut massacré. A. Montpel- Ker, des jeunes gens dirigés par le club prirent possession de la citadelle que leur livrèrent les soldats. A. Valence, le commandant de Fartillerie , en apprenant les nouvelles de Marseille, donna Tordre de mettre Ia citadelle en état de défense ; la multitude lé saisit et le traînait en prison, lorsqu'un coup de ftisil Tétendit mort. Ces désordres, ces crimes étaient excités par le bruit répandu que les contre-révolutionnaires voulaient se servir des forts et des citadelles contre le peuple, et les livrer aux armées étrangères, bruit auquel les opinions d'un certain nombre de chefs militaires et
le voisiaage d^s émigrés en Savoie, faisaieat ajouter foi par beauQoup de persoimeSvPe& troubles religieux étaient suscités par les délibératpns de l'asse^nblée sur les biens ecclésiastiques, sui: 1^ p^ptioj» de dom Gerle^ et par les protestations quç n^pandait le coté droit. A flîmes, une affiche co/x^pieoçant par ces mots, Hn* fâme asjiçmbl^e natiçnaki 4ut placardée; quelques gardes nationaux arborèrent la cocarde blanche, un régiment prit parti contre mx^i la loi martiale ftil proclamée* A Montauban^ plusieurs centaines defemr. m^ qui avaient assisté à une messe solennellQ^aa cou* vent des eordeliers^ ^'opposèrent à ce que la jnunici*» palité fit, dans ce couvent, l'inventaire ordonné par U loi. Des gentilshommes se m^êlèrent à la m^ltitude^ il y eut un combat entre les catholif^ws et leSr protes* t;ans ; quinze cents hommes de la garder nâttionale d« Bordeau3( marchèrent sur: Montauban. Toulpuse, Pau, Cae^ fM^vsnt aussi tiroublées. Là crainte de la disette concourait aux malheurs publics ; elle agita les villes de Tours, de Perpignan, de Mo^thriaon, etc» On jugera combien cette longue liste de crimes et de malheurs est incomplète, en apprenant que j'indique seulement les principaux faits dont l'assemblée fui informée dans les premiers jours de mai.
Liorsque des circonstances si graves prescrivaient d'agir avec prudence, d'éviter ce qui pouvait aigrir cUp core les esprits et fomenter des dissensions nouvelles, l'assemblée commit une de ses plus grandes fautes : la discussion s'ouvrit sur la coiistiUUion cà/ile du clerf^
224 TROtiBLES Dtl ROTÀtTMÉ.
(29 mai). On a dit souvent que cette constitution fut donnée à la France par les jansénistes. Cela est vrai sous un rapport ; et Ton doit trouver fort singulier qu'au dix-huitième siècle, à Tépoque de la révolution^ au sein de l'assemblée nationale^ une œuvre du jansénisme ait été présentée, discutée et décrétée. Mais une trentaine de sectaires, quels que fussent leur convie-, tion et leur entêtement , ne seraient jamais parvenus à imposer leur opinion à rassemblée constituante; ils n'aurait fait qu'un ouvrage mort-né. Ceux qui lui donnèrent la vie furent ces législateurs écoliers qui sans consulter ni l'observation, ni l'expérience, alignaient en logiciens des idées théoriques. Ces députés se complaisaient dans des argumens tels que ceux-ci, auxquels ils ne^oyaient rien à répondre : les prêtres sont des fonctionnaires publics; donc, nous devons faire poui^ eux ce que nous avons fait pour les administrateurs et pour les juges; les électeurs nomment à toutes les fonctions, donc, ils doivent nommer aux places d'évêque et de curé. Ces grands raisonneurs laissaient les jansénistes religieux invoquer les usages de. la primitive église ; ils s'appuyaient sur le dogme de la souveraineté du peuple-, et jansénistes politiques, ils ne connaissaient point d'obstacle à leurs volontés. ^ On vit, pour coopérer à la réforme du clergé, s'allier des dévots et des impies; les uns armées d'une foi inébranlable, pleins d'érudition, consciencieux admirateurs des solitaires de Port-royal , dont ils étaient les disciples maladroits et vindicatifs; les autres instruits
DÉBATS DE l' ASSEMBLIEZ. StâS
en théologie à l'école des philosophes, et curieuK de faire entrer le déisme dans les libertés de l'église gallicane. Comment les hommes qui, sur les bancs du côté gauche 9 avaient une modération relative, comment ceux qui n'avaient pas voulu adopter^ ni même amender la motion de dom Gerle, dans la crainte d'exciter le fanatisme, n'éprouvèrent-ils pas plus vivement cette crainte, en écoutant le rapport du comité ecclésiastique de l'assemblée nationale ? On pourrait se borner à répondre que ce fut une inconséquence, et que rien n'est plus commun ici-bas; mais une autre explication se présente. Dans les révolutions, bien peu d'hom* mes n'examinent une proposition que sous le point de vue de la justice et de l'utilité; presque tous veulent d'abord savoir de qui elle vient, et quel côté l'applaudit. Attaquer la motion de dom Gerle, c'était combattre le. côté droit; attaquer le rapport du comité, c'eût été combattre le côté gauche.
Le comité ecclésiastique hésita, dans le premier moment, sur l'étendue des pouvoirs de l'assemblée , ou craignit qu'elle n'en fit un usage dangereux pour la tranquillité publique. Le dernier article de son projet porte que le roi sera supplié de prendre les mesures qui seraient jugées nécessaires pour assurer la pleine et entière exécution de la loi. Cet article fait voir que les auteurs du projet n'interdisaient pas au gouvernement toute négociation avec l'autorité spirituelle ; et l'on peut consulter ce qui est dit à ce sujet dans l'ouvrage publié par un des rapporteurs du comi- T. m. i5
226 TROUBLES DU ROTAUME.
t^ (i). Un curé appela sur cet article Tatteutioa de l'assemblée, et proposa de le rédiger ainsi : <c Le roi sera supplié de prendre toutes les mesures qui seront jugées nécessairesjj^ qui seraient conformes aux saints canons , et aux libertés de l'église gallicane , pour apurer, etc.ï> Cet amendement fut rejeté à une grande majorité ; l'article fut même supprimé, afin qu'il ne restât point de doute sur la volonté et la puissance de l'assemblée nationale.
Sans cette fatale constitution du clergé, les dissensions excitées par les lois relatives aux biens ecclésiastiques, auraient pu se calmer bientôt : il n'était pas ùir cile de persuader à beaucoup de Français que les dogmes de la religion et les richesses du clergé sont indivisibles ; les curés honorablement traités seraient restés fidèles à la cause nationale ; et la plupart des évêques auraient fini par cesser une lutte inutile à leurs intérêts, préjudiciable à la reUgion, et funeste au re» pos public Pour faire éclater les troubles du midi^ il n'avait pas suffi de parler de l'appauvrissement du clergé; on avait accusé l'assemblée de vouloir détruire la reUgion. Le décret sur la constitution civile du clergé vint fortifier cette accusation, et convaincre beaucoup de personnes qu'une assemblée de philosophes avait juré d'anéantir le catholicisniie. Parmi les hom* mes dont les vœux rappelaient l'ancien régime, ceux
(i>] Bistom apologétique da comité ecclésiastique de l'assemèlfi'a natio^ no/e, par Ducand-Maillanet p. 79.
DEBATS DK l'ASfiEMiUte- ^%'J
qui s'efifrayaient de leur faiblesse comf^tée à la force de leurs antagonisteSi respirèrent ea lisant un décret qui leur donnait les moyens de faire lutter l'eathou* siasme de la religion contre l'enthousiasme de la liberté. La conduite des évêques fut loin d'être irréprochable : elle peut servir à prouver combien^ dans ce siècle, la reUgion s'était retirée des âmes pour faire place à l'égoïsmci aux intérêts mondains, aux caljculs de la politique. Je ne prétends pas juger en théologien la constitution civile du clergé ; mais certainement elle contenait des articles qui , s'ils excédaient les homes de l'autorité temporelle, pouvaient être régularisés de concert avec l'autorité spirituelle^ Solliciter du chef de l'église l'approbation de ces articles , en vue de la paix, était un devoir pour les prélats» Qu'on ae âAe point qu'un synode ou . un concile national leur aurait été nécessaire pour concerter cette démarche; ils n'ont pas eu besoin d'une réunion solennelle pour exposer au pape les principes qu'ils opposaient à l'acte source de tant de troubles. L'archevêque d'Aix qui le premier à la tribune s'était élevé contre le rapport du comité, dès que le décret fut rendu écrivit au saintsiége pour le supplier d'approuver plusieurs articles qu'il désignait, en &isant espéra que peut-être cette condescendance rapprocherait les esprits. Noble tentative ! qui suffît pout méïit^T au j|om de Boisjelin la reconnaissance des Français et le respect 4^ tous les hommes religieux. Louis XYI dont Tâme pieuse et tolérante désirait, avec une ^gde «Aoénté, le main-
m6 ThÔÛfiLES DU ROYA.tJMJî.
tien de la religion et le retour de la paix, Louis XVI temporisa plus d'un mois avant de pouvoir se résoudre à prendre un parti. Ce temps fut employé en démàr-
. cbes près des évêques, pour les inviter à chercher des moyens de^K>nciliation. Cependant, le comité ecclésiastique- dé l'assemblée nationale demandait au garde des sceaux (archevêque de Bordeaux) de hâter la sanction. Ce prélat, dans sa situation embarrassante , représentait que le roi s'occupait d'agir sur l'esprit des opposans, qu^un dâai était indispensable; et qu'on n'aurait point à le regretter s'il amenait un rapprochement, cdmtne on devait le présumer. Enfin, pressé
^toujours plus vivement, le ministre décida le roi à donner sa sanction (^4 août). Aussitôt après, le roi écrivit au pape pour lui demander, a avec instances, de {Confirmer par son autorité, au moins provisoirement,
-cinq articles décrétés par l'assemblée , et déjà revêtus de la sanction royale (i). » Pie VI qui , dans' ses rela-
* tions avec le novateur Joseph II, s'était montré si éloigné de tout sentiment violent, répondit qu'il soumet-
- trait ces articles à vingt cardinaux, dont il se ferait remettre les opinions par écrit, afin de les exatniner luimême avec toute la maturité qu'exigeait une affaire aussi grave. Daiis une seconde lettre^ qu'il qualifie de
-^plus particulière , il prie Louis XVI d'engager tous
•lesévéquès de son royaume à lui faire connaître leurs
sentimens avec confianfce; et , continue-t-il , «à nous
:(l)Bi¥(^dii^Bp6aiiltéMécp]e8. ' >
DÉBATS DE l'assbmbliîë. aag
communiquer à nous-mêmes , le parti qu'ils seraient; convenus de prendre, et à nous instruire de tout ce que la distance des lieux dérobe à notre connaissance, pour que nous n'ayons aucune démarche à nous re-^ procher.» Ce ne fut qu'au moi» de mars de l'année suivante, que Pie YI s'expliqua sur les âfTaires du clergé de France. Le long espace de temps duraût W quel il réfléchit, l'intervalle de quatre mois! qu'il kissa* s'écoulet, sans répondre à ï Exposition des principes^ que lui adressèrent les évéques (i), le caractère dupontife, les devoirs que lui imposaient' le soin delà religion, les intérêts de ïlome et de la France, vingt passages du bref cité , attestent que A les évéques eussent désiré que le pape essayât des moy^s condi^ lians,il eût adopté leur avis, ndii-^seulemekît'fians'faési* tation, mais avec le bonheur qu'éprouvé tin servitetqp de Dieu à tenter les voies de paix et de ciiarité',!aloi4 même qu'il a peu d'espoir de succès. ■ :>
Dans les discussions sur le projet du comité éceié^ siastique, l^Iirabeau ne parut point à la tribune^ ^
Au printemps de 1 790, on vit daiis. diff^edtes pai^^ ties de la France, des fédérations entré les (gardes^ nationales de plusieurs villes et même de plusieurs' àék partemens. Ces réunions avaient un but conforme à des principes d'ordre; on y jurait avec sincérité de défendre la constitution et le roi« Les discours proinonces alors feraient aujourd'hui sourire bieô^ des
(1) V Exposition ost-du 3o octobre X79o;U bref est dv 10 mars t79'*
%3q TBOUILBS DU BOTAUICB.
per^nnes^ par la candeur avec laqueUe on y reornnlaiiande aux Français d'^urer leurs mœurs^ de cul* tiver les vertus» seules garcUennea fidèles du bonheur et de la liberté. lies cérémonies patriotiques étaient suivies de dîners y de bals , de fêtes, où les assistana émus par des sentimens fraternels se promettaient da la) conserver à jamais. La fédération de Lyon eut beaucoup d'éclat) quarante mille hommes atmés s'y trouvaient réunis, et les fêtes offrirent toute la pompe qui convenait à une vaste et opulente cité. Plusieurs villes exprimèrent le vœu que 4a France eât une fédération générale : BaiUy, à la tâte d'une dépit* tation de la municipalité, vint à la barre de l'assom* blée (5 juin) demander cette fédération; ilpropasa Paris pour lieu de réunion, et le 1 4 juillet pour épo^que. de la , aolennilé. Son discours fut acoueilU avae transport :. l'idée de.cette fête immense, où, les Fran^ çais réunis prononceraient le même serment, -âsotrî^ sait les ânaes; elle semblait promettre la fin des discordes^ Tétemelle durée de la constitution, l!indép«ip* dance, la gtoire,^ le bonheur d'un grand peuple.
Dans une séance duioir (19 juin), Alexandre La* meth dit que les figures de quatre provinces enduiî^ nées aux pieds de Louis XIV, sur la place des Victoires, blesseraient la vue des fédérés qui viendraient, au nom de ces provinces, jurer le pacte social garant dt la liberté et de l'égalité de tous les< Français ; il de* manda que ces emblèmes de la servitude disparussent avant le i4 juillet. Tandis que des voix du coté droit
BIÎBATS DE l! A^fSeMÉtSÊR. â3l
rëclatnaieiit l'ajournement , un dëpufé fort obscit^ (Lambel) s'écria que, pour rendre hommage à Tégalitë, il ne suffisait pas d'abattre des statues, qu'il fallait défendre à toutes personnes de prendre les titres de duc, de marquis, de comte, etc., et décréter l'abolition de la noblesse héréditaire. Aussitôt Charles Lameth et La Fayette se levèrent pour appuyer cette motion, dont ils parlèrent comiHe d'une conséquence néces^ saire dé la constitution. Goupil de Préfein donna lecture d'un projet qu'il dit avoir depuis longtemps ré» digé, et qui aux dispositions proposées en ajoutait quelques autres, notamment celle de supprimer le titré de monseigneur, excepté pour les frères du roi et poiïr les princes du sang. La Fayette fit rejeter l'exception. Noailles demanda qu'on interdît les livrées; et ensuite, que Fencens ne fôt brûlé dans lés églises qu'en ITion-i neuii' de la divinité. Le Pelletier de Saînt-Fargéau Voulut qu'on cessât de porter des noms dé terre, qu'on reprît les nonis de fktnillé; et il signa sa motion Mi^ chel Le Pelletier. Pliisietrtls membres du coté droite parmi lesquels se distingua Maury,' essayèrent de dé-' fendre l'existence de la noblesse. Mathieu de Sfontmo* rency s éleva coritré Ma*àry et, ajoutant son tribut à tant d'autres, il réclama l'abolition desarmôirîes.Vaînement le côté droit demanda-t-il rajoiiriietoent di^ ces propositions thultipliées, et d'une question aussi grave que celle dé l'aboliftoYi de la noblesse', quèstîoiî îancéd inopinément et qii'ôïi àvdft à peine effleùtéef.» Chapdier avait à la hâte rédigé imdédî^ët; dotit éba-
a 32 TBOUBLES hV ROYAUME.
que motion formait un article, et ce décret fut adopté.
Ceux qui avaient remporté cette facile vicloire, comparèrent la soirée du 19 juin à la nuit du /^ août. Toutefois les différences sont grandes entre les deux séances. Dans la nuit du 4 août, des hommes qui jouissaient d'importans privilèges les sacrifièrent avec enthousiasme. Dans la soirée du iQJuin^ les révolutionnaires attaquèrent des hommes soumis à l'égalité des contributions, à l'égalité devant les tribunaux, à l'égalité pour l'admission à tous les emplois, et qui ne conservaient de leurs anciens avantages que des titres purement honorifiques, dont la seule valeur désormais serait celle que voudrait leur donner l'opinion publi* que. La nuit du 4 ^^ût a laissé deux bienfaits éternels: l'entier affranchissement des hommes et des terresj la complète unité du royaume. Que reste-t-il de la soirée du 19 juin? Le scandale donné par les hommes qui, peu d'années après, furent si fiers de se parer des titres qu'ils avaient abolis, le ridicule d'avoir proclamé qu'on ne veut plus de noblesse et de finir par en avoir deux. Le 19 juin fut une parodie du 4 août.
Cet abus de la force multiplia les ennemis de la révolution. Beaucoup de nobles qui avaient sacrifié sans regret ou qui s'étaient résignés à perdre des privilèges onéreux pour le peuple, s'irritèrent quand on voulut leur enlever des avantages [qui ne nuisaient à personne (i). En France, on confond aisément ce qui
(i^ Les.dûtioctions nobiliaires s'effaçaient chaque jour : le roi venait.
DÉBATS DE l'assemblé K. a 33
pique l'amour-propre, avec ce qui blesse Phonneur. La dernière suppression fut généralement insupportable aux nobles, parce qu'ils y voyaient le dessein de les offenser^ de les humilier; ils se regardèrent comme repoussés d'un pays où on leur ôtait le droit de porter les noms illustrés par leurs pères; et beaucoup d'entre eux cherchèrent un refuge dans l'émigration, qu'ils avaient blâmée jusqu'alors.
Le décret sur la noblesse devint le sujet d'une discussion dans le conseil. Necker proposa que la sanction fut différée, et que le roi adressât à l'assemblée les observations contenues dans un mémoire dont il donna lecture; mais ni les autres ministres, ni le roi, ne se rendirent à son avis. Cependant plusieurs députés, Chapelier lui-même, conimençaient à douter qu'on eût agi avec assez de réflexion. La Fayette vit quelques-uns des ministres ; et il écrivit à Louis XVI pour le prier de suspendre sa décision, en le prévenant que le décret pourrait être amendé. La sanction fut donnée le lendemain. La Fayette s'est plaint de tant de promptitude ; ses amis et lui ont dit que la cour avait voulu conserver au décret ses défauts , et que par une tactique perfide elle avait brusqué la sanction. Mais les ministres savaient, par La Fayette lui-même, de quelle nature seraient les modifications annoncées ; elles auraient été fort singulières. Le marquis de Condorcet
d*ordonoer au généalogiste Chérin de ne plus recevoir les titres, le^ preuves qu*un lui remettait pour être présenté à la cour. La Fayette, dans une de ses notes, avait donné cette idée à Louis XTI.
a34 TaouBLES bu rotaumb*
prenait une part très active aux affaires poUtiques^ et c'était un des esprits que les abstractions dominaient avec le plus d'empire. Il avait dit à des membres du co* mité de constitution,que le décret était contraire aux vrais principes delà liberté et de l'égalité^ qu'on aurait dû, non interdire les armoiries et les livrées^ mais déci* der que ces distinctions n'étant pas des propriétés^ chacun serait libre de faire graver son cachet et de faire har biller ses domestiques comme il le voudrait. Son idée avait paru lumineuse, et c'était de l'introduire dans le décret que s'occupait le comité. Un pareil change* ment ressemblait assez à une plaisanterie, pour que le conseil du rot ne jugeât pas nécessaire d'attendre qu'on vint le proposer. Quant au refus d'adresser des observations à l'assemblée, Louis XYI ne voulait plu§ discuter avec elle. S'il eût demandé un nouvel exaoMQ du décret sur la noblesse, il aurait permis de penser qu'il avait librement et complètement approuvé d'autres décrets sur lesquels il n'avait fait aucune récla-* mation; et c'est ce qu'il ne voulait point autoriser.. En conclura-t^on qu'il préparait la contre-révolution ? S'il la désirait, jce moyen était sans doute un de ceux qu'il devait employer; mais ce moyen était également utile pour arriver à une révision que les meilleurs esprits jugeaient indispensable , et que Mirabeau re» gardait comme l'œuvre de salut. L'emploi de ce moyen ne peut donc, par lui-même, jeter aucune lumière sur tes intentions de Louis XYI.
Mirabeau n'était pas à la séance du 19 juin; on
BÉBAn JOE L'ASSEHBliB. iSS
peut ccmjedurer qu'instruit de ce qui s'y passerait, il ne voulut ni jouer sa popularité, ni prendre part à des actes qu'il blâmait. Son opinion sur la loi impro* yisée se trouve dans une lettre au major Mauvillon. a Je pense précisément comme vous, lui dit-il, sur le décret des titres, livrées, etc. Ce qu'il est le plus difficile d'arracher du cc6ur des hommes, c'est la puis*^ sance des souvenirs. La vraie noblesse est, en ce seM, aussi indestructible que sacrée. Les formes varieront, mais le culte restera. Que tout homme soit égal devant la loi, que tout monopole, surtout moral^ disparaisse ; tout le reste n'est que déplacement de vanité (i). «^ Le due de Lévis racontait que peu de temps avant la déci^on de l'assemblée, i) entendit Mirabeau ré* poâdre à des députés qui hii parlaient de détruire la noblesse : « Gela ne serait pas difficile; mais songez qu'il Isiudra toujours un patricîat en France. »
Miyabeati fit plus tard rapports la dispositif» qui supprimait te thre de monseigneur pour les frères du roi et les princes du sang. Il aurait aussi réclanM contre les changemens de noms, si ^article qui les |lrescrivait n'eut pas é^é inexécutable dans l'usagé; Maurj avait approuvé cet article, sans doute pareil qu'il prévoyait l'embarras qui en résulterait. Corn» ment s'accoutumer à entendre prononcer des nœn^ inconnus, pour désigner les hommes les plus connus 9 Mirabeau gourmanda les journalistes qui, dans le
(i) IsHres dé MUrmèmUf et&, fk 5a^
a,36 TJIOUBLBS DU BOTAUBfE*
CQmpte rendu dés sëanœs, l'appelaient Riqueiti ramé: «Vous avez, leur dit-il, désorienté l'Europe, pendant quatre jours, avec votre nom de RiquettL » Mais les folliculaires exaltés se plaisaient à changer les noms de certains députés ; ils aimaient à dire le perfide j V infâme yl/o«iigr(La Fayette). Camille Desmoulins qui appelait la reine, la femme du roi^ en vint à dire 3f« Capet Vaine.
L'approche d'une fête à laquelle toute la France allait concourir, enchantait les Parisiens. Cependant, les deux partis extrêmes étaient alarmés, et faisaient circuler des bruits sinistres. Les adversaires de la révolution pensaient que les fédérés seraient d'atroces démagogues, envoyés pour se concerter avec leurs frères de Paris , et qu'une explosion terrible résulterait de cet effrayant contact; le 1 4 juillet verrait le massacre des royalistes et le renversement du trône. Le duc d'Orléans revint d'Angleterre, malgré les efforts de La Fayette pour l'y faire rester; cette circonstance ajouta aux terreurs des personnes dont je par}e: beaucoup d'entre elles quittèrent Paris; les unes allèrent à la campagne, les autres ne se crurent en sûreté qu'à l'étranger. Les gens exaltés du parti contraire ne s'alarmaient pas moins. Le caractère national de la fête et son origine toute populaire ne les rassuraient pas. A les en croire, le gouvernement avait imaginé cette fête pour réunir ses partisans, pour appeler des séides autour du trône. Les uns disaient que toute l'autorité serait livrée au club de 89 ; les autres allaient
inîBATs DE l'assemblée. 2^7
plus loin, et leur imagination voyait éclater les coups d'état du pouvoir absolu. Les prédictions des partis e:itrênies furent démenties par l'événement. On vit combien les Français, si cruellement tourmentés par les intrigues et les fureurs des factions , conservaient de sentimens affectueux, élevés; ils offrirent un spectacle enivrant.
Tout fut en mouvement pour les préparatifs de la fédération. Quinze mille et jusqu'à vingt-cinq mille ouvriers furent employés aux travaux du champ de Mars : tant d'hommes ne suffisaient pas; il en fallait cent cinquante mille pour élever, en quelques jours, ces énormes talus qui subsistent encore. Les Parisiens s'y portèrent avec ardeur, avec ordre ; il arrivait des détachemens de gardes nationaux qui avaient laissé le fusil pour la bêche, des citoyens de tous les districts, des ouvriers appartenant aux différens métiers, et distingués par leurs bannières, des écoliers, des moines, des femmes élégantes, des paysans des villages voisins, ayant à leur tête leur maire et leur curé; et cette multitude variée travaillait, riait, et se trouvait heureuse. Un certain nombre de personnes qui n'aimaient point la révolution, entraînées par l'exemple, allèrent au champ de Mars, et partagèrent cette joie publique, qui fut si communicative. On entendait des propos contre les aristocrates, on entendait le ça ira ; mais ces propos ne s'adressaient à personne, mais la physionomie des chanteurs faisait voir qu'ils n'attachaient aucun sens révoltant à leurs paroles : il n'y avait plus d'aristo-
a38 TROUBLES DU ROTAUME.
crates; tous les travailleurs étaient afTectueux ^ gais, tous étaient Français.
Les fédérés arrivaient de tous les points de la France. L'autorité munièipale aurait été fort embarrassée pour les loger dans les bâtimens publics ; un nombre de Parisiens bien plus considérable que celui des fédérés, offrit de les recevoir et de fournir à tout ce qui leur serait utile. Une pluie abondante, effroyable, tomba le jour du 1 4 juillet. Il fallait se livrer à la désolation 4>u aux accès d'une joie folle; le choix fut bientôt fait. Tout Paris était hors des maisons, dans le oortége Ou parmi les spectateurs ; il y en avait deux cent mille sur les seuls talus du champ de Mars« Au milieu de l'enceinte s'élevait Tautel de la patrie. Devant l'école militaire^ sur des gradins en amphithéâtre, était le trône, à droite le fauteuil du président de l'asiemblée nationale, et des deux côtés les places réservées aux députés. Il fallut un temps considérable avant qne le cortège, parti de la place de la Bastille, fût rendu au champ de Mars. La pluie redoublait : pour se distraire et pour abréger l'attente, à mesure que les fédérés d'un département arrivaient, ils posaient leurs armés an faisceaux, et dansaient des farandoles, aux applaudissemens des spectateurs mouillés comme eux. Mais, lorsque le canon annonça que la solennité allait comm^M^er, les fédérés coururent aux faisceaux, se mirent ^ leurs rangs; et l'on eut sous les yeux un peuple armé, dont les acclamationâ prirent un autre oaractère. La messe fut célébrée eur l'autel de ta jMitvie,
DÉBATS DE L'aSSËMBL^B. tk^
qu'entouraient trois cents lévites. Après la bënëdiction des drapeaux, La Fayette monta à Tautel, et prononça le serment que répétèrent tous les gardes nationaux, tous les militaires, tout le peuple, au bruit des instrumens^ des tambours et du canon. Le président çle l'assemblée nationale prononça et les députés répétèrent le serment. Ensuite, le roi élevant la main vers l'autel^ dit d'une voix forte : « Moi, roi des Fran* çais, je jure d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'état, à maintenir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois. » La reine placée dans une tribune à l'école militaire^ prit le dauphin dans ses bras, el l'éleva vers le peuple, comme pour l'associer au serment de son père. Par un kasard que l'antiquité eût regardé comme un prodige, au moment où tant de voix juraient de maintenir la constitution, te soleil perça les nuages, et la divinité même sembla protéger cet élan de tout un peuple vers des destinées nouvelles. Un Te Deum termina cette solennité. L'enthousiasme dont la population entière était saisie est impossible à décrire; ceux mêmes qui, dans cette foule immense , ne partageaient point le^ opinions générales, frappés du spectacle qui les environnait, ressentirent une émotion profonde (i).
(i) Voyez k récil d* k fêdératioa, dans k» Mémùires^dwmarii^ dé Perrîères, Ce député n*aimait pas k révolution f mais tout ce cpi était grand, beau, tout ce qui promettait le bonheur de sa patrie faisait battre soa cœur. U termine ce récir par des réflexions d^ine Haute morak.
aJ^O TROUBLES DU ROTAUMË.
Les divertissemens, les fêtes se succédèrent pendant plusieurs jours; il y en eut dans tous les quartiers, et de difFérens caractères. Une fête de nuit eut lieu aux Champs Élysées que Tiliumination la plus brillante semblait transformer en une forêt enchantée. Une autre fête appela les fédérés sur la place où fut la Bastille ; on y entrait par un berceau de verdure, sur lequel était écrit : ici l'on danse ! . . . Aucun désordre n'attrista ces réunions de tant de milliers d'hommes ; partout il y avait joie et cordialité : oh ! que ce peuple méritait d'être heureux!
Le roi passa la revue des fédérés (i6 juillet) : ils occupaient tout l'espace de l'extrémité des Champs- Elysées jusqu'au pont de Neuilly. Des cris de vive le roi retentirent sans interruption , quoique la vue de Louis XVI produisît généralement une impression qui lui était peu favorable. Ce prince chargé d'embonpoint, dont la figure n'avait rien de gracieux ni d'imposant, était comme affaissé sur son cheval. Tous ces citoyens fidèles qui désiraient, par leurs acclamations, le venger de ses ennemis, voyaient avec une pénible surprise, combien son extérieur était différent de celui que, dans sa situation , ils auraient voulu lui donner. Chaque parti cherchait à s'emparer des fédérés. Les jacobins eurent de l'influence sur beaucoup de soldats.; et ceux-ci reportèrent à leurs régimens des idées fort exaltées. Mais les tentatives de séduction, près de la plupart des gardes nationaux venus des provinces, ne pouvaient réussir* Ces hommes disposés à se bat-
DÉBATS DE L* ASSEMBLEE. a4l
tre, s'il le fallait y contre l'étranger et contre les fac* tions , ne voyant autour d'eux aucun danger qui réclamât leur secours y étaient tout aux plaisirs que Parb leur offrait pendant le peu de jours qu'ils devaient y passer ; ils se pressaient, aux théâtres oii ils applau* dissaient, avec une égale ardeur, les vers qui célébraient la liberté et ceux qui faisaient allusion aux vertus de Louis XVI.
Les partis extrêmes furent très mécontens des ré^ sultats de la fédération. Les contre- révolutionnaires ne pouvaient se dissimuler qu'il y avait de la force dans ce peuple qui venait de jurer le maintien de la constitution. Leurs journaux parlèrent peu de la fête du i4 juillet, et firent des épigrammes. Les démagogues n'étaient pas plus satisfaits. Parmi les fédérés, quatre-vingt-dix sur cent avaient prononcé leur serment avec enthousiasme; la constitution et le roi étaient les objets de leur culte. Les hommes à tête ardente redoublèrent d'efforts pour lutter contre l'opi* hion publique; et dans leurs journaux ils se plaignirent, en termes grossiers, de ce qu'ils appelaient la servilité pour le roi, l'adoration pour La Fayette, et l'oubli de la souveraineté du peuple.
Mirabeau avait désiré vivement être élu président de l'assemblée nationale pour l'époque de la fédération* On juge facilement quels avantages il voyait à ce que l'assemblée le choisit en quelque sorte pour chef, et le plaçât le premier près du trône dans cette solennité. Le choix de ses collègues^ serait un hommage rendu
T. III. i6
à Bcfs tÂlenëy à scfâ ^enrice& , et lui assui^et'àit uteé hatlté iûâudiice. lift iPayiËtle^ pat* sa position y était destiné d jouer un grand rôle le 1 4 juillet; et son suffrage peut k présidence en déciderait beaucoup d'autres* MiiH^ beau avait cherché à l'obtenir ; il avait écrit aU roi <}ué d'abord uni à La Fayette, iU'en était séparé lorscpi^ll avait vu son intimité avec Duport et les Lametb; ttaitf que cette intimité n'existant plus y il désirait iid rap prochement. Le général et iui divisés ne pouvaient, disait-il> que s'en trenuire^ tandis que leurs forces réii* nies pour le serviœ du roi ^ de l'état seraient icri* sistiblesi Louis XYI écrivit à La Fayette un billet ifài s'est trouvé d^ns l'armoire de fer. Le général, ati mo* ment oh ce billet allait être envoyé y vit k roi . et là reine qui iui parlèrent avec peu d adresse et de pnv* dencei La reine maîtrisait difficilement son aversion pour un ' homme qu'elle regardait comme le geôlier du roi ; elle se laissa entraîner à lui dire de Mirabeau plus de bien qu'elle n'en pensait; elle indiqua trop la manière dont elle voulait être servie^ et jusqu'à quel point elle comptait sur le député dont elle faisait Vé* loge* La Fayette ) jugeant qu'il s'agissait d'intrigues qui ne lui convenaient potnt^fut. très froid ^ èt.iÉoa<« traaipeu de disposition à se conciefter avec Mirabeau, que Louis XYI et Mari^Antoinette ne lui en ra« parlèrent jamais» . . - ;
Lot*sque les amis de Mitabeatti «Ugagèreil L La Fayoté à lui donner sa voix^ ilrdpofadfi qu'un ai grand orkf tèur avait des di^otts iacontesmMtô aux.honnaoni de là
DEBATS DE L'ASSEMBSil. ^43
présidente^ qu'il faudrait les lui offrir bientôt ; mais que, pour la solennité qui se préparait, il lui paraiasait convenable que l'assemblée nationale choisît un homme dont la vie fût sans reproche. Les suffrages se portèrent sur le marquis de Bonnai qui^ par un noble caractère et des opinions modérées, avait l'estime de tous ses collègues et l'affection du plus grand nombre. On ne rendrait point justice à Mirabeau si l'on supposait que, dans son désir de présider l'assemblée, il n'écoutait que l'orgueil, et l'intérêt personnel. Ses conseils secrets donnés avant la fédération, prouvent qu'il voulait que Louis XVI en fût le véritable chef, et que la royauté y parût imposante et chérie. Ses notes indiquent au roi les moyens d'électriser ces fédérés qui vont être réunis sous ses yeux, et qui seront si disposés à lui témoigner leur amour. Après la fédération, il écrit pour se plaindre de ce que ses conseils n'ont pas été suivis ; il fallait, dit-il, être l'âme de cette solennité, et non pas ce contempler dans un respectueux silence la royauté de La Fayette. » Dès ce moment, tout ce qu'il dit sur le général, au roi et à la reine, n'a plus pour but que d'exciter leur défiance contre lui. Il le représente comme un homme qui a une grande force dans les mains, et à qui elle échappe quand il faudrait la rendre utile j qui ne sait protéger la sûreté du roi et de la reine qu'en attentant à leur dignité ; qui abhorre l'anarchie, et ne veut pas .^du seul moyen capable de l'abattre; moyen qu'on trouverait, et qu'on ne peut trouver que dans la force nécessaire à la royauté
a44 TROUBLES DU ROYAUME.
constitutionnelle, a II s'inquiète souvent de la trempe de ce caractère qui est, dit-il^ moins grand que singulier, plus raide que véritablement fort, et qui n'est assorti que par les surfaces à l'étrange et haute destinée de La Fayette, homme généreux et noble, mais romanesque et chimérique, qui se nourrit d'hypothèses^ qui vit d'illusions, sans vouloir tenir compte des faits, et qui répute non avenus au passé, insigniSans au présent, impossibles dans l'avenir, ceux qui contrarient ses théories. Aussi la dictature dont les événemens l'ont investi peut, malgré l'innocence de ses intentions, malgré l'indécision de sa conduite et le vague de SCS projets, le mener, contre sa volonté, à renverser le trône, à importer parmi nous le système du gouvernement américain, et à se faire le chef de ce gouvernement qui ne saurait convenir à la France , et dont la France ne veut pas (i). »
(i) mémoires de Mirabeau, tom. 8, p. 37.
Si Ton en croyait Ccrtrand de MoIIe\ illc^ Mirabeau serait allé beaucoup plus loin dans ses accusations contre La Fayette et ses amis ; il aurait raconté à Montmorin, et même au roi et à la reine, qu'il avait so que les premiers assassinats populaires furent décidés dans un coroitù chez le due de la Rochefoucauld ; que Duport^ avait désigné à la proscription Foulon etBerthier; que La Fayette et La Rochefoucauld avaient fini par approuver un plan jugé nécessaire pour frapper de terreur les ennemis de la révo* lution.
La mauvaise réputation de Mirabeau peut, je le couçois, disposera croire qu'il u'a pas craint d'employer d'atroces calomnies contre des hom« mes qui lui faisaient obstacle; mais ajouter foi à ces calomnies! se persuader que La Fayette a trempé dans des assassinats, lui qui pour les prévenir hasardait journellement sa vie! faire un monstre de ce La Kochefou*
DÉBATS DE l' ASSEMBLÉE. ^45
lia fédération , sans produire les résultats qu'espérait Mirabeau, avait cependant prouvé avec éclat que les opinions modérées dominaient en France. Les démagogues s'étaient vus dans l'isolement, au milieu de l'enthousiasme universel; ils étaient très irrités, et ne parlaient que de relever l'opinion publique. Leurs plus fougueux libellistes redoublèrent d'audace. Malouet dénonça à l'assemblée nationale (3i juillet) un numéro de Camille Desmoulins, et un article de Marat, intitulé Cen est fait de nous. Cet article est d'un fou furieux; l'auteur exhorte le peuple à courir à Saint- Cloud, à ramener le roi et le dauphin pour qu'ils ré« pondent des événemens, à renfermer X Autrichienne pour qu'elle ne puisse plus conspirer; il veut qu'on saisisse les ministres, qu'on garde à vue Bailly et La Fayette, qu'on s'empare des magasins à poudre, etc. C'est dans cet article que se trouve la phrase horriblement fameuse : a Cinq ou six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté, bonheur; mais une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups. » Lorsque Malouét avait annoncé une dénonciation contre des écrits atroces, il s'était élevé des mur« mures et des éclats de rire sur les bancs du côté gau*-
cauld qui, en apprenant les crimes commis après la prise de la Bastille, dit avec un accent si douloureux, ce mot si juste : // est bien difficile d'entrer dans la véritable liberté par tme pareille porte l Tant de crédulité me con^ fond; et cependant un magistrat, Sallier, dans la suite de ses Jnnales françaises, répète le récit de Bertrand de MoUeville ! Des gens honnêtes se sont rendus coupables de croyance à de telles infamies ! Dans quelles absurdités peut foire tomber Vesprit de parti !
'2^6 TROUBLES DU aOYAUHX.
cbq; ipais^ après l'avoir entendu, une indignation gënërale éclata j et malgré l'opposition de quelques députés qui craignaient, disaient-^ils, de voir détruire le palladium de la liberté, la liberté de la presae^ Tas* semblée ordonna au Cbâtelet de poursuivre » cpmme cu*iniinels de lèse-nation^ les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'tkïrits excitant le peuple à Tikisurrectioii contre les lois, à l'effusion du sang, et au reuyerse?oient de la constitution. » Camille DesmouUns euk l'audace d'écrire à l'assemblée pour demander l'auton FÎsation de prendre à partie son accusateur. Malouet fil quelques observations, et dit : Qu'il se justifie^ J?U rase^,. Oui je l^ose^ répondit Camille DesmouUna, ei| élevant la voi^ dans une des tribunes. Le président; donna l'ordre d'arrêter celui qui venait de troubler la séance. Un député prétendit que l'assemblée devait en délibérer: Robespierre eut moins d'impudeur; il dit que le président avait eu le droit de donner un orn dre nécessaire , mais que s'entendre accuser du crime de lèse-nation et garder le silence est dij[j^eik pour UH homme sensible; il conclut à ce que ïimprucl^nt filU mis en liberté. Desmoulins s'était facilement évadé; et l'assemblée , toujours faible, impuissante contre ççrts^ins délits, adopta l'ordre du jour.
JPiçntPt Piibois-Crançé, Pétipn, Alexandre JLiametl) revinrent sur le décret rendu; ils exprimèrent la crainte qu'on ne s'en servît pour inquiéter des écrivains courageux. \iji nouveau décret fut proposé; il interdisait toute poursuite con|rfi Içfi iççrit? Bl*Wié§ i«^W'« ««
jour , et chargeait les comités de icoostitution et de jurisprudence de présenter, pour l'avenir, les mayené de réprimer la licence de la presse. L'assemblée se PDQntrait iocertaiae; Camus fit voter ce décret, en ajoutdui: àla déffuse^le poursuivre les écrits déjà publiés, upe 0?(C9ptiou pour t'arlicle de MaratCfs nusérable çepead$Pt ne fut point traduit en justice, et continu^ libriEmeUt de tenir écc4e d'assassioat ; il: fit contre les minUtPe^ ^ies député^r gangrenées, ^isa article oit il diti 4 Citioyens, élevez huit cents pot»ces,pendfez-y toufk i;^p traîtres, et à leur tête l'infâme Rii^uetti rAmé(f )• p Ces atrQçiM^ forwt' encore dénoncées à l'isiembléej d'Audr^ représenta que les (imités .nap« portdîept ppipi; de projet sw les délits 4e la ppessc^ qm le Chatelet u'ay^it pM exécuté le déupet rendue qur'U e^isitait des loi^cputre les libeUe$,iqiie cependant les libelles se multiplim^nf;. chaque jour et se répaa* daient p4rtout,qu'il^ perp^Juaiwl tes troubles, et déoréditaient les tmvaui^ de l'assemblée natB)nale. MaUMiet fit entendre le§ memf!§ averti^^^meus. Mira^beau» seul
(i> On QB «û^ p{|s a^zcpi^ l^^ra^ était fi4?qré d'aiiibUîw,^e ivoi^orno à citeir ce passage o^ il demande^netf ement la ^ctature (ai juin i^7Ql),; « tin seul moyeu tous reste pour vous retirer du précipice où vos indignes chefs vous ont entraînés ;^ c'est de nommer à l'instant un tribun miU« taira» «p dic^alteur suprême, popr^fiûne main bosse sur les priniiipaox traîtres
Ç9nQU9«*« Quç i^ana Ifi^iourAi^^.l^ tr.iUw soit npipmé ; Cuites ^m))er ^ptf^ choix sur le citoyen qui vous 4 ^lontré jusqi|'à ce jour le plus de luqiières, de zèle et de fidélité;' jufez-lliiUndiêvodmènt inviolable; et obéissez-lui religieuieaient dni^ tout ee ^uHI voui ordonnere piMF vous ^iêkîft de toi
348 TROUBLES DU AOTAUME.
nommé dans la diatribe dont il venait d'être donné lectnref manifesta son mépris pour de pareilles folies ; et l'assemblée passa à Tordre du jour.
. X^ parti si furieux ^ destiné à devenir si puissant ^ avait alors bien peu d'appuis, hors de cette multitude infime qui prend part aux émeutes, non aux affaires publiques. On en eut une preuve frappante dans les élections municipales. Les gens exaltés injuriaient Bailly dès longtemps. Les jacobins se divisaient sur le choix de son successeur ; ceux qui avaient la haute influence dans leur club pensaient à nommer Duport, lès autres voulaient Danton. On croyait que l'élection dtt maire serait suivie de celb du commandant de la garde pationale; il y avait également division pour le choix du successeur de La Fayette ; les uns voulaient Charles Lameth, les autres Dubois-Crancé. Le maire seul fut nommé: Bailly eut ia,557 voix sur i4»ooo.
Dans ses notes secrètes, Mirabeau s'efforçait de convaincre Louis XYI que les royalistes constitutionnels étaient sotitenuspar l'opinion publique^ et qu'eux seuls auraient la force nécessaire pour vaincre l'anarchie : i( avait annoncé d'avance le succès de Bailly; et il se servit de sa prédiction réalisée, pour chercher à donner au faible monarque espoir et confiance.
Cependant le royaume était menacé d'un péril imminent : l'esprit de sédition était répandu dans l'aimée par les journaux et les pamphlets anarchiques , par les correspondances de Paris et les discours de cluba. Chaque régiment où pénétrait l'exaltation avait bien-
DÉBATS DE l'aSSEMBLiSe. i49
tôt un comité de sous-officiers et de soldats^ qui prétendait régler la discipline et les finances du corps. Les agitateurs tiraient un grand parti des opinions contre-révolutionnaires d'un certain nombre d'officiers, La défiance, la haine divisaient les militaires qui devaient commander et ceux qui devaient obéir. La suppression de la noblesse venait encore d'irriter les officiers, et d'exciter parmi les sous*officiers et les soldats une joie insultante; enfin, le retour des hommes envoyés à la fédération multipliait dans les ca* sernes le nombre des intrigans orateurs.
Les régimens avaient commencé par adresser à leurs chefs des réclamations justes, relatives à d'anciennes retenues; elles avaient été accueillies. Mais, des demandes folles succédaient aux demandes sensées; les nouvelles prétentions amenaient d'une part, l'impos* sibilité de les satisfaire , et de l'autre, la violence pour les soutenir. Le ministre de la guerre mit sous les yeux de l'assemblée nationale le tableau des désordres qui faisaient craindre une désorganisation complète de l'armée. Parmi les hommes accoutumés à traiter légèrement les infractions aux lois, bien peu ne s'effi'ayèrent pas en voyant la licence près de rendre notre armée impuissante au dehors et redoutable au dedans.
Un décret très paternel fut publié, (6 août) : il permettait à chaque officier, sous-officier et soldat de faire parvenir ses plaintes aux chefs de corps, au ministre de la guerre, à l'assemblée nationale, sans le concours d'aucune autorité intermédiaire; mais toute
a980cialio]a délibérante qui 36 serait établie dan» led régimens devait se dissoudre V l'instant.
La garnison de ^^ncy était dès longtemps agitée ; elle se composait du régiment du Boi, de Mestre 4a camp cavalerie I et d'un régiment suisse» Cbâte^u^ yieus. Ces corps entendirent avec dédain prpclam^ le décret, et les comités refusèrent de se dissoudre« Bientôt l'assemblée reçut les nouvelles les plus alar^ mante$ de la situation de 17 ancy. Dew ^Idats de Cbâ« teauvieu:!^ ayant été punis par jugement d'un conseil de guerre, les révoltés en armes avaient fpipcé le X&f^ jor à donner cent loyi^ à chacun de ces isoldats, et les «voient promenés en triomphe dans la villet Château-* vieux qonwgnait se^ officier^; \m trois régimes ^fr mandaient de t'^trgent; ia caisse du régiment du Roi était enlevée et portée à la caserne par les soldats» Ia populace «e mêlait aux militaires» et suivait kurt eQurse« menaçantes à travers les ruea- L'autoHté civile réclamait le aepours de l'assemblée nationale*
Emmery présenta» au nom du comité militaire, ua projet de décret conçu avec la fermeté qu'ei^igeait une telle situation» I^'assemblée natiotnale indigaéa annonce qu'il est urgent de faire un ei^emple qui fas<-> sure les bons citoyens» satisfasse le$ vrai$ miUtaireSf et retienne les hommes faibles. La : violation à main armée des décrets de l'assemblée» sauctiounés pa? Ifl: roi, e3t déclarée crime de lèse-nation au premier chef s les instigateurs de la rébellion de Nancy seront powf suivis çt puuis pour ce crime; c§U9^ qui» ayant pris part
aux désordres, n'auraieat pas dans les vingt-quatrQ heures &it connaître leur repiçutir ^ leurs chefs, seront poursuivis et pMais, I^e roi est supplié d'ordon»» ner aux autorités compétentes, de cpncourîjr à Tar** restation des coupables, et de requérir au hesQi^ un^ force publique composée des ^garnisons et des gard^ nationales de la Meurthe ^t d^^ département vgisins. Cette force sera sous les ordres d'un général choisi par le roi, et investi du pouvoir de cas^r et da Uceniii cier li^s corps rebelles, s'ils nç rwtreot pas immé^i^ temwt dans le devoir» ous'iU tenb^ut d'oppP9#r 1^ moindre résistance à la pupition de^ qpupahlaf^t C^ décret fut adopté sans di^cus^iqu (i6 août)*
Le général désigné par le roi fut Bouille qui d^jà commandait dans cette partie du royaump, ^t dant ifi quartier général était Metï^. jNou^ vivons vu c^qfQqi^ se distinguer dans la guerre d'Amérique p^r ^^ ta*» lens, sa résolution et sou Wîtivité, À V^^f^mkU^A^ notahléi» il s'était proupucé poutre tes îihu^ ^t ^qt^
caractère s'opposait à ce qu'il fut jamais HU p^rti^au du despotisme; mais il voulait d(?§ réfcrm^^ et Tpa avait fait une révolution, Pe grands phaugi^m^ns, %eU que la destruction des ordres, hlfs^f^ippt s^ opin|ou^; et les violences dont ces changemens avaient 4té act compagnes révoltaient sou âme. Il avait longtçmp^ différé de prêter le sermeut ^xigé de l'armée, et il avait demandé à Louis XVI Tautori^ation de qqitter la France. Eetenu par les invitations pressantes de son i^oi malheureux, il s'était d^^é à K&\^^ Amm^
aSîi TROUBLES DU ROYAUME.
à jurer d'être fidèle à la constitution. Bouille avait les qualités des caractères fermes, la loyauté et la franchise : « Je tiendrai mon serment, disait-il, aussi longtemps que je resterai en France; » et ceux qui le connaissaient n'élevaient aucun doute sur sa parole.
Les troubles de Nancy parurent près de s'apaiser. Bouille ne voulait employer la force qu'à la dernière extrémité; il envoya seul Malseigne, en qualité d'inspecteur général, pour vérifier les comptes et pour entendre les plaintes. Une députation de la garde nationale de Nancy fit entendre des paroles pacifiques aux soldats du régiment du Roi : ils signèrent une déclaration par laquelle ils promettaient soumission aux décrets, obéissance à leurs chefs, et demandaient l'indulgence de l'assemblée nationale et du roi. Mestre de camp suivit cet exemple. Châteauvieux annonça qu'il soutiendrait par la force une réclamation qu'il avait faite de deux cent mille livres. La discipline pouvait encore se rétablir sans moyen violent , Bouille envoya l'ordre à Châteauvieux de quitter Nancy, Ce fatal régiment refusa de partir. Alors il fut évident que le général allait prendre les moyens de vaincre la résistance et de faire exécuter les décrets. Le régiment du Roi et celui de Mestre de camp , par un faux point d'honneur, se réunirent à Châteauvieux, et la populace prit parti pour les rebelles. Le général de Noue qui commandait la ville, fut jeté en prison par ses soldats ; Malseigne n'évita d'être arrêté qu'en se
DËBATS J>E l'assemblée. 2v03
retirant précipitamment à Lunëville , et des détache'mens de la garnison de Nancy le poursuivirent sur la roule.
Le ministre de la guerre avait donné des espérances à l'assemblée nationale; obligé d'annoncer qu'elles étaient détruites, il envoya au président une lettre de Bouille qui lui confiait ses inquiétudes. Ce général réunissait des corps militaires et des gardes nationaux ; mais d'actifs émissaires répandaient le bruit que le rassemblement des troupes avait pour but la contresrévolution. Bouille, craignant les obstacles que les municipalités pourraient lui opposer^ exprimait le vœu que l'assemblée nationale envoyât des commissaires pris dans son sein.
Une vive agitation suivit la lecture de celte lettre; plusieurs députés élevèrent des soupçons contre Bouille, et voulaient qu'on recherchât toutes les causes du désordre. Emmery se porta noblement caution du général; ensuite, il exposa que le moment n était point venu de remonter aux causes des troubles, qu'on ferait ces recheiches quand l'ordre serait rétabli. La Fayette et Tracy tinrent le même langage: les faits antérieurs, dirent-ils, sont étrangers à la question actuelle ; un décret a été violé, des soldats en armes se sont opposés à l'exécution de la loi ; le général chargé de l'assurer a besoin d'un témoignage de votre confiance, et nous le réclamons pour lui.
Robespierre avait de la sensibilité pour excuser les crimes révolutionnaires; il inculpa Bouille, les mi-
*k5l^ tttOMLES DU fiOtAÛllB.
nistres, les chefs de l'armée ; tout lui était suspect, hors les soldats en révolte : il conclut à ce que deft membres de rassemblée fussent envoyés à Nancy poa^ vérifier les faits, et à ce qu'on attendît leur rapport avant de prononcer.
Barnave prit un terme moyen ; il demanda que l'assemblée nationale fît une proclamation pour annon*cer que les coupables, quels que fussent leurs grades , seraient punis; qu'elle scruterait toutes les causes de troubles; mais que, pour obtenir justice, il fallait d'à* bord rentrer dans l'ordre. Les soldats et les citoyens, jusqu'à la décision de l'assemblée, seraient sous là sauvegarde de la bation, a Ainsi, vous vous présenterezy dit-il, offrant la justice et la paix, mais prêts à exiger l'obéissance... Que la proclamation soit por* tée par des commissaires; que la force armée soit à leurs ordres, et qu'ils ne l'emploient qu'après avoir fait entendre inutilement des paroles de paix, yy Cette opinion fut accueillie par des applaudissemens bruyani^. Emmery se rangea à l'avis de Barnave, qui fut adopté à une immense majorité (3 1 août).
Le même jour eut lieu l'explosion qui menaçait Nancy. De ndûvelles violences avaient suivi celles que j'ai retracées. Les carabiniers de Lunéville, après aVôit accueilli Malseigne, l'avaient arrêté et livré à la garnie son de Nancy. Plusieurs centaines de paysans armés^ qu'un envoyé de La Fayette avait rassemblés pour la défense des lois, s'étaient,* par exaltation ou par peur, presque tous joints aux rebelles. Ceux-ci, dans la ma^
tfÈbifà ÛE ïlA99ÈîiÈt1iÈ. â55
tiliëe du 3 1, exigèrent de Tautolrité citile qu'elle ftt battre la générale, pour cjtie la garde natidnalè te tétxhit aux troupes. L'autorité , après avoir ôbéi^ ëihortà le^ trois régimensi à prévenir des désastres en n'opposant pas de résistance à Bouille qui approchait. Lés militaires répondirent qu'ils consigneraient leurs griefe dan^ un métnoire à l'assemblée nationale, dont ils attendraient la décision ; et ils exprimèrent le désir ^e leur réponse fût transmise an général. Dé» m^m*bres des autorités la portèrent eux-^mêmes , et plusieurs soldats des trois régimens les accompagnèrent. Le général reçut cette députation à Frouard^ dans une vaste cour où il laissa entrer autant d'hommes de son ar«mée qu'elle put en contenir. Il prit le premier la parole et dit, en s'adressant aux membres des autorités, qu'il n'entendrait aucune proposition avant que deux conditions eussent été remplies : l'une était que la garnison sortit de la ville, ayant k sa tête les généiraux de Noué et Malseigne^ ou qu'elle se retirât dans Éléa quartiers , après avoir remis ces deux officiers att détaobement qui allait reconduire les députés ; l'autre condition était que quatre soldats par régiment^ r^ connus pour chefs de la rébellion, fussent envoyés surle^^harap à l'assemblée nationale, afin d'être jugés telon la rigueur des lois. <k Si, deux heures après le retour de la députation , ajouta^^l ^ la garnison persiste dans sa révolte, j'entrerai à force ouverte dans Nancy^ et tout homme trouvé les armes à la main sera passé au fil de l'ëpée. Soldats ! bravés Français ^.dilt îl
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à ses troupes, sont-ce là vos intentions? » Un cri approbateur fut la réponse. Aussitôt que les députés eurent repris la route de Nancy, Bouille donna Tordre de marcher en avant, pour être prêt à Fattaque si sa voix n'était pas écoutée.
Son avant-garde était près d'une des portes de la villci lorsqu'une nouvelle députation vint lui annoncer que la garnison exécutait ses ordres. Il vit paraître Malseigne et de Noue qui s'avançaient sur le glacis, à la tête de la colonne du régiment du Roi; il alla au-devant d'eux et dut croire que sa difficile mission avait une issue pacifique. Mais beaucoup de militaires étaient restés dans la ville. Le rempart , en face de l'avant-garde ^ était couvert de soldats et de peuple en armes; ils avaient de Tartillerie. Un jeune officier du régiment du Roi, de Silles, se précipita à la bouche d'un canon dont les rebelles appi^ochaient le feu : son dévoûment héroïque arrêtait leur bras et suspendait le signal de la guerre civile; mais des furieux lui tirèrent des coups de fusil ; blessé quatre fois, il tomba, et le coup de canon partit. La porte fut enfoncée par les troupes qui venaient venger les lois. Un combat sanglant s'engagea dans les rues et dura plus de trois heures. Les militaires sortis de la ville y étaient rentrés pour soutenir leurs camarades; une multitude de gens de la populace les secondaient, et des bourgeois exaltés tiraient par les soupiraux des caves et du haut des greniers. Les révoltés étaient les plus nombreux; et leur défaite est une preuve que des hommes qui défendent les lois sont
DÉBATS DE l'aSSEMBLÉE. ^5'J
plus forts que ceux qui les enfreignait. Une grande partie du régiment du Roi, que ses ofBciers n'avaient pu empêcher de rentrer dans iNancy, avait consenti cependant à se retirer dans la caserne pour attendre qu'où vînt l'attaquer. Bouille, informé que ces mili* taires exprimaient du repentir , alla seul vers eux et leiyr fit exécuter son ordre de départ. Mestre de camp défait était sorti de la ville; Châteauvieux avait eu un grand nombre d'hommes tués ou faits prisonniers; le reste céda et partit. Nancy fut délivrée.
Lorsque l'assemblée nationale reçut l'annonce d'une victoire qui coûtait du sang français, elle garda qudquW momens un morne silence. Un député de Nancy (Prugnon) parla le premier ^ et dit que l'Europe allait apprendre quelle est la forée d'une nation où se trouvent deux millions de soldats semblables à ceux qui venaient de soumettre la révolte: Il demanda que des rdmercîmens fussent adressés aux autorités civiles, aux gardes nationales, aux troupes de ligne, aiu général Bouille ^ qui tous, dans le danger public, avaient concouru à rétablir la paix. Le nom de Bouille excita les murmures d'une partie du coté gauche, <$t quelques cris improbateurs se fir^bt entendre au mi* lieu des applaudissemeûs. De nouvelles dispositions furent ajoutées à celles que proposait le député de Nancy. La nation se chargea de pourvoir au sort des enfans et des veuves dés gardes nationaux morts en défendant les lois. Des remercîmens furent votés à de Silles; et ce jeune homme, avant d'expirer, reçut T. m. 17
»5ft TliOUMiBS DtJ ROTAUMki
k témoignage de la redonnaissanoe puUiqu^. Oitérsëft rédactions du décret étaient {proposées ^ celle de Mi*' rabeau fut adoptée: il avait, avec justesse, varié Ita fetnwdunens, les éloges, aux autorités^ auxi garde» oaiwnalesi aux troupes de ligtle,vseloil qu'une obiig^^ tâoQ plu» ou moins absolue leur ordonnait dc^i'imsao^ 1er à la patrie» Cest surtout pour les iliiUtak*éi ^uè cette obligation est sans réierye ; rarlitde:(}Uiies'Odn-« ctme dans le décret, est ainsi, cod^u i « Le gëoénid 01 les troupes de ligne soUt ap^ouvés p(mr. 4l9ail^ glo^ rîfflteement nempli leur devoir. » mi^». .i^..
Paris avait été. troublé k veilla au premieit iiruil dd l'évétiement (a. jiepteo^r^^i; le^ amis^quei >ii).|[ai^ nisoift faotie^e ayail; dans lA capitalei^a^étaiéibit livvéfi à des acoèïk d^ fureur* Uu rasse»blsmejât::A'ét^i:l porté autour di$;i'ftsseiiiblée;baticMalis , dont la séante aV^t été c)UQl<^vieimomeiisipteFroii9pue par le jUimuké du dehors; on di8linguaiJblt9s«risde/!^(^A4^:^0i»//<?7f( ^o^ les ^linisires ! et de^ groupesnocabrej^x étaient at létf>pousser de» cjame^rs, d^^vanAiles hôteU^oioûilpé^par Làlouf du Fia e&Saiat-Pri^ali^ÏKes.oontrcwréfolulaoïi^ nairesl n'étaient pani n)0si0^i96^|itens;qu9 iis.déiBagD> §iies; ils n^oaisiieat MÂI»^ i»|i¥ej^te«^afe fiouittéif^inai» centre euxil»iilàprppyaieiiti^qoadttileKi.p{<; m-ji- i '
En effi^^ Iq général iBoMiUé. venait d^;fiua[e Hft-Mf oiSifioede ^e^opinigns; et .de rendre «jmh; ^aii4 ^erviM # Ja France^ J^'^^énemônt^e^ Sf 9 ney .^.pâtli ramener, la disciplina daqs loutelVinée^nifiis iiiq^^^bh'liti li^ Cdnce d'arriver .au dernier;1^raie^'el|iej^t-att^ltt(âv4c
»tt
î^âitë/*Wâ§ ce téiriblé lèxemple. BooiUë a^ait tenu dûïl^'éèi^ëilt âëltUâfiâtêt^ir lafeôtt^îititkyii; Lui^mêim ûàtd âp^ilâ qu'éb tëfléc^sfiààt dur moyess iê re* lëv^ërl -fttltorî^ roysle,- d avait jugé d-f^brd que k pliifl; Mife'iÉ^AâA^iiidîSâti àèrÂtt de lâfâs^p l'aoarcbie dévomr hsi tk^ddj^s i^vdlUfi(Miiaire0'^ taudis qu'à veedea régi« Akifid jeiikioré dîjiei^Ufiësi dU fermerait une arni^ée^ ubf «éb¥t^ flUt{U6l ie ralliévaii^t les tnëooiiièaSi fiouillë Vkâttfd^âââéiî^ër lojâleiMiM: ee systèùe ^ ei d'en fëbê^ef^'i^Ifé^tibiiÂiipbssibki; il avait ëcrdié l'anaf^ clit^'|)oiÈèf étrèfidàle:à'9a^|ia#ok(i - ^ti.r- . -, ••Pêiidltiit qud la Févôlté 'de 'NûBcjr tenait Us ëtprittf êM^ iiàié'&tMllt y^èirtittiâei rinaiiboit^aflition sb ré* Itavidâk àù^ biUy «t {>li|i9ieur9 lettre» du -mimstrr de^lài gMt¥ë ikifol^mèteâl f àMedfbl^é "de domefta^ soùlèyéii ttletfSit^Uâi jdnrv c'étatia^ AêsMàovàre» à Tôuloti» crfi m c^ttmidàam: 6é la paYÎneiftit '^rès id'éti*e.'peàdkt; iuii ati«f^ jbury OiéUiiièiDtt: 'Sept 'rëgiÉtenfr.<}ifi fOnAaiefatuû oot^gtès^^br i» téumih de leurs dëpotéa^Iun' iauf iri C^taiir'Ui tflufiSoipilîté de CambiraÀ4^i 'demandait ja&l Mi|rd ^ntft^'sa gatlM6<ai..i^IitisÀea(u ' représenta /<pi'a» ne proposait que des t&esàresrîparticUeà P^^ rfiiné4 «b^r à'une tfiiakidië gënérâleejt oonla|^tasfef qii'ùa:QOrps doiit teit«ng^:«st vicié àe pe^t étrëLguéri (fuepar^la lnthfi£aiMnHâ^«ffyBfng:n|Dfum et une
i^et3«»n en senBïCÎftitvliiref!âift*ilf ont pUisountoins eivméAed mouvediensdei votre^urmée. âi^ à Gkaqfua im aarrëctiouf^vticulti^ej tous Tendez! dios^ décrets paft tibulifeci^'mf def^fgitaïa^fcjir^
a6o TROUBLES DU ROYAUME.
prisme des passions, vous, ne ferez rien d'efficace. Yoqs
ne pouvez vous déguiser à vous-mêmes que l'armée
ne. sait pas assez qu'elle ne peut eiûster sans une disci*
pline sévère, et que la paix publique ne peut subsister
avec une armée insubordooné^ ; vous nci pouv/ez pas
vous dissimuler que, si la déclaration des drcnts df;
l'homme. contenait des principes hors de la portéfi.
commune^ l'armée ne saurait élrè assez organisée pour
asseoir la liberté que par la déclaratioa des 4eyoir» d^
chaque citoyen.... » Â ces mots, les murmures et les
applaudissemens se confondirent dans la. salle, ^ora-^
teur abrégea son discours, et lut son projet qui con*
tenait une proposition hardie. Mirabeau ypuls^it que^
l'armée fût Ucenciée , et recomposée aussitôt, ^n n'y.
admettant pour chefs et pour soldats que des hojpam^.
qui prêteraient serment de remplir tous les devoirs dfii
leur état y nettement déterminés, par l'assemblée oa*.
tionale. Cette proposition excita l'étonnement géoé*
rai; elle déplut aux amis de Tanarchie, elle choqua
les partisans de l'ancien régime , elle effraya toua. lés
esprits timides : une telle proposition n'en était pas
moins digne d'un homme d'état.
Jamais les factieux ne pardonnent aux hommes qui répriment une sédition ; plus le service est grand, plus leur haine est profonde. Lorsque, après des recherches sur les causes des désordres de Nancy, un rapport fut présenté à l'assemblée nationale, toutes les accusa* lions se renouvelèrent contre le général qui avait as«. •uré l'exécution des lois. Les démagogues teatèreot de