‹ Histoire du règne de Philippe II (volume 2)Chapitre 8 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Situation d'Aben-Humcya. — Sort des prisonniers mores. — Priae de Onajaras. — Faite d*Aben-Hameya. -^ Opérations de Los Yekz. -^ Cabale contre Mondejar. -^ Licence de la soldatesque. -^ Massacre de Grenade. — L'insurrection rallumée.

Avant son départ de Jubiles, le marquis de Mondejar reçut la visite de dix-s^ Mores qui comptaient parmi les principaux habitants de cette partie du pays. Ils venaient faire leur soumission et se jnstifier en même temps de toute participation à la révolte. Ils imploraient humblement la protection du capitaine-général; celui-ci , fidèle à ses principes, s'empressa de la leur, accorder; il leur délivra un sauf-conduit, en les chargeant de dire à leurs compatriotes ce qu'il avait fait, et de les engager, s'il était possible, à rentrer dans l'obéissance , pour échapper à une catastrophe imminente. Cet acte de clémence, si opposé aux sentiments des Espagnols, fut une nouvelle cause de mécontentement pour les soldats, qui regardaient les concessions faites aux rebelles comme une espèce de victoire remportée sur

eux-mêmes ^ Cependant Tarmée s*était à peine remise eq marebe que l'on reconnut les heureux effets de cett^ poli^ tique, car» les dispositions bienveillantes du marquis étant plus généralement connues, un grand nombre de rebelles et plusieurs villes situas sur la route des Castillans; s'empres-^ sèreat de se soum^ettre, demandant grâce et priant le capi* taifîe-général de les protéger contre ses troupes.

Pendant ce temps, Aben-Humeya, retiré à Paterna, au milieu de ses femmes et de ses guerriers, voyait avec terreur son trône de roi des montagnes près de crouler sous lui. Un esprit de défiance et de désaffection s^était glissé dans son camp, divisé entre deux partis, dont run, désespérant du succès d'une plus longue résistance, voulait entrer immédiatement en pourparlers avec l'ennemi, tandis que l'autre persistait dans une ligne de conduite plus hardie; mais les chefs de ce dernier parti, si nous en croyons les écrivains castillans, étaient guidés moins par un sentiment patriotique. que par des considérations personnelles; la plu^ part avaient joué dans Tinsurrection un rôle si important, qu'ils né pouvaient guère se bercer de l'espoir d'être compris dans aucune amnistie que les Espagnols pourraieqt accorder. Tels étaient, en particulier, les aventuriers africains, qui s'étaient distingués entre tous par leur férocité, dans la persécution des chrétiens. Ils dirigeaient , en ce moment, les conseils du prince more, dont ils remplissaient l'esprit de soupçons au sujet de la fidélité de quelques-uns de ses compagnons et surtout du père d'une de ses femmes,

* 4 Los sddados no podian lleyar 4 padencîa ver que se tratase de meâios con 4qs rebeldes ; y quando otro dia se sapo que les admîtîa, far taa grande la tristeza en el campo, como si hubieran perdido la jornada. » — Marmol, Bebelion de Oranad», tom. I, p. 443.

personnage qui jouissait d'une grande autorité parmi les musuknans. Pour Âben-Humeya, un soupçon équivalait à un arrêt de mort; il fit appeler son parent qui, à peine entré dans la chambre royale, fut saisi et exécuté sous les yeux du petit monarque ^ Celui-ci eûf fait suivre cet assassinat du meurtre de quelques autres personnes de sa famille, si elles ne s'étaient mises hors d'atteinte ; c'est ainsi qu'il se faisait reconnaître pour le descendant de ces despotes orientaux, qui estimaient la vie de leurs parents àl'égal de celle du ver que l'on écrase du pied *.

Âben-Humeya commandait encore à une grande armée, qui, d'ailleurs, devait principalement sa force au nombre; car les six mille hommes, dont elle était composée, sans discipline et presque sans armes, formaient une masse barbare et incohérente, qui, l'expérience le prouvait, n'était pas en état de soutenir le choc des troupes castillanes. Le prince more avait d'autres sujets de découragement; il recevait, en effet, coup sur coup des nouvelles qui lui apprenaient la défection d'une partie des habitants du pays. La clémence manifestée par le vainqueur était plus efficace que la terreur de ses armes ; ainsi la neige que le souffle glacé de l'hiver fixe plus fortement aux flancs des montagnes, s'en détache et glisse dans tes vallées sous la douce haleine du printemps. Malgré l'audace qu'il avait récemment déployée, l'infortuné jeune homme avait en ce moment

*■ Marmol, Rebelion de Granada, tom. I, p. 455.

* Abderrahman ou, selon Torthographe de M. Gayangos, Abdu-rrhamàn 1er, fondateur de la dynastie dont Aben-Humeya prétendait descendre, se réfugia en Espagne pour échapper à une sanglante persécution, dans laquelle on dit que presque tous les membres de sa nombreuse famille périrent par le cimeterre ou par le cordon.

HASSAGRB DE GRENADE. 183

perdu toute confiance dans sa fortune et dans ses partisans ; dans sa cruelle perplexité, il ne savait prendre aucune résolution; il n'avait guère la constance ou le courage du patriote qui joue sa vie pour une grande cause. Il se décida enfin à recourir au même expédient auquel avait pensé son beau-père, qu'il avait pour ce motif condamné à mort.

Il envoya un message au marquis de Mondejar, se déclarant prêt à se rendre et promettant , si on lui en donnait le temps, d'amener son peuple à suivre son exemple. Il priait le capitaine-général de s'arrêter en attendant, afin de prévenir toute collision avec les musulmans. Mondejar n'accéda pas à cette demande, mais il ralentit sa marche, tout en ouvrant des négociations avec son adversaire. Il était déjà en vue des rebelles, lorsqu'il consentit, à la prière d'Âben- Humeya, à faire halte pour la nuit dans le village voisin d'Iniza ; une entrevue devait avoir lieu entre les deux chefs. Le marquis ordonna donc à ses troupes, dont une partie s'était avancée à portée des mousquets de l'ennemi, de rebrousser chemin et de camper en arrière de la position qu'elles occupaient en ce moment. En exécutant cette manœuvre, les Espagnols faillirent heurter un détachement de l'armée more, qui, dans son ignorance du but réel de ce mouvement, le prenant pour une démonstration hostile, fit pleuvoii; une grêle de flèches et d'autres projectiles sur les chrétiens, lesquels ripostèrent vivement par une décharge de mousqueterie. L'engagement devint bientôt général. Âben- Humeya était occupé à lire une lettre que venait de lui apporter un officier d'état-major de Mendoza et qui fixait le lieu de l'entrevue, quand, tressaillant soudain au bruit des détonations, il vit avec consternation ses soldats aux prises avec les Castillans. Croyant à une trahison de la part de

ceux-ci, il jeta la lettre à terre et, s*élançant en selle, sans tenter aucun effort pour rallier ses troupes, qui fuyaient dans toutes les directions, il s^enfonça dans la Sierra Nevada, suivi de cinq ou six de ses garcfes ^ Monté sur un cheval agile, il eut bientôt gagné les défilés des montagnes ; mais, serré de près par Teunemi et se fiant plus à lui-mênie qu'à sa monture, il mit pied à terre, coupa les jarrets de ranimai pour empêcher ceux qui le poursuivaient de s'en servir, et disparut dans les sombres profondeurs delà sierra ^ où il était impossible de l'atteindre.

La déroute des rebelles fut complète, et les vainqueurs auraient fait un horrible carnage des fuyards, si le marquis de Mondejar n'avait rappelé ses soldats et mis fin à cette boucherie. Il voulait, nous l'avons dit, laisser ouverte aux: vaincus la porte de la réconciliation. Les Espagnols, qui ne comprenaient ni ne pouvaient apprécier sa conduite, la qualifiaient insolemment de trahison. Pour diminuer leur mécontentement, on leur permit de piller Paterna, la rési* dence d'Aben-Humeya ; cette ville, remplie de tous les objets de luxe recherchés par les musulmans, ofirit aux chrétiens un riche butin *.

Au nombre des captives se trouvaient la mère, deux sœurs et une des femmes du prince more; Mondejar, selon son habitude, prit ces infortunées sons sa protection.

^ « Y oomo yio que los Christianos îban la sierra arriba, 7 que loa suyos huian desvergonzadamente , entendiendo que todo lo que Don Alonso Yenegas trataba era engano, écho las cartas en el suelo, y subîendo à gran priesa en un oaballo, dexo su famîlia atras , y huyo tambien la Tuelta delà sierra. « — Marmol, Eebelion de Granada, tom. I, p. 460,

* Ibid., p. 458 et seq. — Ferreras, ffisi, d^Esjiogne, tom. X, p. 29- 31. — Mendoza, Gtterra de Granada, p. 80, 81. — Cabrera, Filipe Segundo, p. 560, 561. — Herrera, Historia Gjsneral, tom. I, p. 737.

Cependant le capitaine*général était fort embarrassé de décider ce qv'il devait faire de ses prisonniers ; ses soldats, nous ]'aYons tu, aoraient bientôt résolu la difficulté, sll rayait permis, en s'appropriant ces dépouilles de la victoire. II y avait plusieurs individus, supérieurs à ceux-ci par le rang, qui pensaient sur ce sujet de la même manière. La question était assez importante pour être déférée au gou-» vernement. Philippe la soumit au conseil d'État et, la regardant comme un cas de conscience qui touchait aux intérêts de la religion, il demanda Tavis de l'audience royale de Grenade, dont Deza était le président. La décision prise fut celle qu'il fallait attendre de tribunaux qui avaient à leur tête des inquisiteurs. On déclara que les Mores avaient, sans distinction de sexe, mérité par ' leur rébellion d'être réduits en esclavage. A l'appui de ce jugement était invoqué un précédent des plus remarquables, un décret du concile de Tolède, remontant au temps ancien des rois visigoths et privant de la liberté certains Juifs qui s'étaient révoltés ^ Le musulman, disait la sentence, ne devait pas être mieux traité que le Juif, car il n'était pas seulement, comme celui-ci, un rebelle et un infidèle, mais un infâme apostat. On comprend que cet arrêt causa une vive satisfaction au roi» qui cependant, «c avec la pieuse modération qui distinguait un prince aussi juste et aussi sensé ', » en adoucit la sévé* rite par la publication d'un édit faisant remise de la peine

* Le décret dont il s'agit ici avait probablement été rendu par le dernier concile de Tolède, tenu en Ô90. — Voy. Mariana, Hùt. de Ssptma, tom. I, p. 453.

* Nous citons les paroles de Marmol : — • Ccm una moderacion piadosa, de que quîso usar oomo principe oonsiderado j justo. « — Eebelion dâ Oranada, tom. I, p. 495.

aux enfants màles qui n'avaient pas atteint leur dixième année et aux filles âgées de moins de onze ans. Ces innocentes créatures devaient être confiées aux soins de gens respectables» qui leur assureraient les bienfaits d'une éducation chrétienne. Malheureusement» il y a des motifs de croire qu à cet égard les bonnes intentions du gouvernement ne furent pas très consciencieusement réalisées par ceux qui furent chargés de les exécuter ^

Pendant que Ton discutait cette question» Jubiles tomba au pouvoir des Espagnols» et Mondejar, n'osant relâcher les prisonnières faites dans cette ville, au nombre de plus de mille» en donna la garde à trois Mores» choisis parmi ces dix-sept personnages auxquels il avait » comme on Ta vu» délivré des sauf-conduits. Ceux-ci furent autorisés à ramener ces femmes à leurs familles, à condition qu'elles fussent livrées au gouvernement» quand il les demanderait. Ce fait» on le reconnaîtra, attestait une grande confiance dans la bonne foi des musulmans» confiance qui se justifia parfaitement d'ailleurs» par la suite. Lorsque, en exécution de l'édit royal, ces malheureuses furent réclamées par les Espagnols» elles leur furent rendues par les parents» à l'exception de quelques-unes qui étaient mortes dans l'intervalle» et la plupart furent vendues à Tencan sur le marché de Grenade *.

Une seule place de quelque importance résistait encore à

* Mannol, Bebelion de Oranada, ubi supra.

» Ibid., p. 465, 498.

Mendoza rapporte qu'ils forent tous rendus : — » chose qui ne s'était jamais yue, qu'on se l'explique par la crainte, par la soumission des parents, ou par la supposition que le grand nombre des femmes faisait regarder les enfants comme des objets sans plus de valeur que des meubles, n — Guerra de Oranada, p. 96.

Mondejar; c'était Las Guajaras, située dans les plaines de Salobrena, sur la route de Yelez Malaga. Las Guajaras était un roc escarpé, au sommet duquel la nature avait construit, presque sans le secours de l'art, une sorte de grossière forteresse. La garnison se composait d'un certain nombre de féroces montagnards, qui, descendant comme un torrent dans les plaines, s'étaient, par leurs incursions dévastatrices, rendus la terreur de tous les habitants des alentours. Le capitaine-général, ému des plaintes de ces malheureux, quitta Ugijar, le 5 février, à la tête de toute son armée, considérablement grossie, en ce moment, par l'arrivée de nouvelles recrues, et s'avança, à marches forcées, vers Guajaras. Il rencontra une résistance formidable à laquelle il ne s'était pas attendu. Sa première tentative pour emporter la place fut vigoureusement repoussée et lui coûta des pertes cruelles. Les rebelles, du haut de la montagne, accablèrent les assaillants sous une grêle de projectiles et, recourant à une arme plus meurtrière, roulèrent sur eux d'énormes quartiers de roc, qui, trouant les rangs des Espagnols, écrasaient hommes et chevaux ; l'artillerie n'eût pu faire de plus horribles ravages. Huit cents chrétiens périrent dans le combat, et plus d'une noble famille de l'Andalousie dut prendre le deuil après cette journée désastreuse.

Mondejar, furieux de cet échec, le premier revers subi par ses armes, résolut de conduire en personne l'attaque du lendemain. Il approcha de la forteresse avec plus de précautions que la veille et parvint, sans grands dommages, à établir ses arquebusiers sur une hauteur, d'où ils dirigèrent un feu terrible contre les retranchements de l'ennemi, qui fut cruellement maltraité. Cependant le jour baissait et la place ne s'était pas encore rendue ; mais le brave défenseur

de Guajaras, El Zaœar, manquant de munitions et pre&qi^ sans armes» comprit qu'il ne restait plus d*espoir à la garnison* A la tombée de la nuit, les Mores, avec les femmes et les enfants , évacuèrent silencieusement la forteresse et» s'aventurant intrépidement dans le précipice avec la légèreté de la chèvre» réussirent à s'échapper sans être aperçus. Ils ne laissaient derrière eux que des vieillards et des inOrmes» incapables de les suivre dans leur périlleuse descente.

Le lendemain, le capitaine-général se disposait à recom*» mencer Tassaut» lorsque» à sa grande surprise» il reconnut que Tennemi avait disparu, à Texception d'un petit nombre de malheureux» hors d'état de faire aucune résistance. Toutes les mauvaises passions que renfermait le cœur de Mondejar avaient été surexcitées par la lutte acharnée qu'il avait soutenue et qui lui avait coûté tant de sang. Emporté par sa fureur» il donna l'ordre de passer au fil de l'épée les faibles gardiens de la forteresse. Malgré leurs prières, et sans égard au sexe ou à Tàge» tous furent massacrés sous les yeux du général» qui» dit-on, anima ses soldats indécis à accomplir jusqu'au bout leur horrible besogne K Cet acte sauvage; si dii&cile à concilier avec la conduite précédente du marquis, a été expliqué par les tourments que celui-ci éprouvait, en se voyant sans cesse accusé de traiter Ie$ rebelles avec une excessive douceur ; l'occasion se présentait en ce moment de réfuter avec éclat cette accusation» qui

^ » Fae tanta la îndignacion del Marques de Mondejar, que, sîn perdonar à mngana edad ni sexo, mando pasàr 6 cachiUo homhres y mngeres, qnantos habîa en el fuerte; y en su presencia los hacia matar 6 1q^ alabarderos de su guardia, que no bastaban los ruegos de los caballeros y capitanes, ni las piadosas lagrimas de las que pedian la misérable vida. • Harmol, Eebêlion de Qranaéa^ tom. I^ p. 493,

avait même été portée devant le roi. Quoi qu'il eu soit, lliistorien doit rappeler avec regret la flétrissure imprimée à rhoâneur d'ua brave et généreux guerrier, dont le nom jusqu'alors n'avait été souillé d'aucun des traits de cruauté qui signalèrent cette guerre d'extermination ^

Mais la barbarie même de Mondejar fut dépassée par celle de son flis, le comte de Tendilla. El Zamar, le vaillant défenseur de Guajaras, errait dans les montagnes, portant dans ses bras sa fille encore enfant ; exténué de faim et de Sfttigue, il fut enfin saisi par ceux qui le poursuivaient et envoyé à Grenade, oti le féroce Tendilla lui fit arracher la chair par lambeaux avec des tenailles ardentes ; le corps mutilé du malheureux, palpitant encore d'un reste de vie, fut ensuite écartelé. Le crime d'El Zamar était de s'être battu trop courageusement pour l'indépendance de sa nation.

^ Après avoir fait raser jusqu'à terre les murs de Guajaras, Blondejar retourna, avec ses lauriers tachés de sang, à son quartier-général d'Orgiba. Tours et villes étaient tombées devant lui; ses armes avaient été partout victorieuses. Il ne loi manquait que la capture d'Âben-Humeya, le petit roi des Âlpujarras; tant que celui-ci vivait, l'insurrection, alors

* Marmol, EebelUm de Granada, tom. I, p. 482 et seq. — Mendoza, éherra de Granada, p. 85-95. — Ferreras, ffist. d* Espagne, tom. X, p. 32-36. — Bleda, Cronica de Espana, p. 688 et seq. — Herrera, Hisioria General, tom. I, p. 738. — Cabrera, Filipe Segundo, p. 569.

La conquête de Guajaras a été le thème favori des chroniqueurs et des poètes ; parmi ces derniers, Hita n'a pas manqua de jeter une couronne de vers sur la tombe de plusieurs illustres cavaliers tués dans cette lutte «ft&glante et dimt la mort tt, comme il le prétend, - prendre le deuil à tomtes les noHes dames de Séville. « — Guerras de Granada, tom. Il, p. 112-118.

190 HISTOIRE mi RÈGNE DE PHILIPPE II.

étoufiée, pouvait se rallumer à tout instant. On savait qu'il s'était réfugié dans les déserts de la Sierra Nevada, ou, comme l'écrivait le capitaine-général, il errait de roc en roc» suivi d'une poignée de partisans ^ Mondejar envoya deux détachements de soldats dans la sierra^ pour découvrir sa retraite, s'il était possible, et s'emparer de lui.

Le commandant d'un de ces corps, nommé Maldonado, apprit qu'Aben-Humeya, qui se cachait le jour dans les montagnes, en sortait la nuit et se retirait, avec un petit nombre de compagnons, dans un lieu appelé Mecina, sur les confins de la sierra. Là il recevait l'hospitalité de son parent, Aben- Aboo, l'un de ces Mores qui , après l'afiaire de Jubiles, avaient obtenu un sauf-conduit du capitaine-général. Muni de ces renseignements , Tofficier espagnol, après s'être fait indiquer la demeure d'Aben-Aboo, marcha dans cette direction, avec sa petite troupe de deux cents hommes. Il s'avança avec une extrême prudence et, voyageant de nuit, il arriva, sans être découvert, aux environs de la résidence du prince. S'approchant à la faveur des ténèbres, il n'était plus qu'à une portée de fusil de la maison, quand, dans cet instant critique, toutes ses précautions furent déjouées par la maladresse d'un soldat, dont l'arquebuse partit par hasard. Le bruit de la détonation, répercuté dans le silence de la nuit par l'écho des montagnes, réveilla les habitants de la maison, qui dormaient d'un sommeil aussi léger que le matelot vaincu par la fatigue, au moment où son vaisseau est près de sombrer. El Zaguer , l'oncle du roi et l'homme qui avait le plus travaillé à lui assurer la couronne , — une

*■ H Que no habîa osado parar en la Alpuxarra, y con solos cincuenta o sesenta hombres^ que le seguîan, andaba huyendo de pena en pena. > -^ Mannolj Reèelion de Granada, tom. I, p. 464.

couronne d'épines, — fut debout le premier et, s'élançant vers la fenêtre, sauta à terre , bien que la hauteur fût considérable; il parvint à fuir dans la sierra.

Son neveu , qui couchait dans une autre partie du bâtiment, ne fut pas aussi heureux. De sa fenêtre il vit avec épouvante le terrain qui s'étendait devant lui, occupé par une troupe de Castillans ; courant vers une autre fenêtre, il assista au même spectacle ; des soldats cernaient la maison de tous côtés. Dans une cruelle perplexité, l'infortuné ne savait de quel côté se tourner. Pris dans un piège et sans ressources pour négocier avec l'ennemi , il savait qu'il ne pouvait pas plus compter sur leur pitié que le loup $ur celle des chasseurs qui l'ont enfermé dans sa tanière. Pendant ce temps, les Espagnols cherchaient à enfoncer la porte de l'habitation ; heureusement elle était fortement assujétie. Âben-Humeya eut soudain une inspiration qu'il mit immédiatement â profit. Descendant rapidement l'escalier, il se plaça derrière la porte, et en tira doucement les verroux, dont le grincement ne fut pas entendu au milieu du bruit que faisaient les assaillants. Ceux-ci, ne rencontrant plus d'obstacles, supposèrent qu'ils les avaient détruits par la force et , se précipitant en foule dans la maison , se. répandirent de tous côtés à la recherche du prince. Aben- Humeya, caché derrière la porte, ne fut pas aperçu ; lorsque les^ soldats eurent disparu, il se glissa au dehors et, à la faveur des ténèbres, réussit à s'enfuir dans les montagnes.

En vain les Espagnols, furieux de voir leur proie leur échapper, questionnèrent Aben-Aboo sur la retraite de son parent et d'El Zaguer, son oncle, dans la sierra. Les tortures les plus cruelles ne purent ébranler la fermeté de l'intrépide More. « On peut me tuer, » dit-il, « mais mes amis vivront. »

Le croyant mort, les Espagnols revinrent au camp, avec quelques-uns de ses compagnons qu'ils avaient faits prisonniers. Tous étaient munis d'un sauf-conduit du capitainegénéraly qui» fidèle à ses engagements, leur rendit la liberté, donnant ainsi à ses soldats un noble exemple, que malheu^^ reusement ils imitèrent rarement , comme nous le verrons par la suite. L'héroïque Aben-Aboo, qui avait passé pour mort, ne succomba pas à ses blessures ; il vécut pour diriger une autre insurrection et pour tirer une éclatante vengeance de ses bourreaux ^

Pendant que le succès couronnait les armes du marquis de Mondejar , la guerre ravageait avec plus de furie encore le versant oriental des Âlpujarras, habité par une race belliqueuse de montagnards, qui menaçaient de descendre sur Almeria et les villes voisines, dont les habitants vivaient dans de perpétuelles alarmes. Ceux-ci supplièrent le gouvernement, à Grenade, de prendre des mesures énergiques pour les protéger; le président Deza s'adressa donc au marquis de Los Yelez, qui occupait la position à'adelantado de la province voisine de Murcie, et le pria de réunir des troupes pour veiller à la défense des frontières. Les amis de Mondejar considérèrent cette démarche comme une insulte faite au capitaine-général, dont l'autorité militaire s'étendait sur tout le territoire menacé par les rebelles. Ce seigneur devait en être d'autant plus offensé que Los Yelez était pour *

* Le chroniqueur castillan ne peut refuser son admiration, témoignée dans des termes un peu durs, à ce valeureux More, — « este barbaro, » comme il l'appelle, « hijo de aspereza y frialdad indomable, y menospreciador de la muerte. « — (Marmol, Rebelion de Granada, tom. I, p. 503). La fuite d'Aben-Humeya est également racontée, avec de légères différences, par Cabrera (Filipe Segundo, p. 573), et par Ferreras {Histoire d'E^agne, tom. X, p. 39, 40).

lui un rival, dont la famille était depuis longtemps en discorde avec celle de Mendoza. Cependant le roi sanctionna la conduite de Deza, jugeant peut-être que Mondejar n'avait pas des forces suffisantes pour assurer Tordre dans toute la région des Âipujarras. Quoi qu'il en soit, Philippe, par cet acte, amena sur le théâtre de la guerre deux commandants, revêtus de pouvoirs égaux, et qui, par leur caractère, par leur politique, contrastaient si fortement, qu'il ne fallait guère s'attendre à les voir agir d'un commun accord.

Don Luis Fajardo, marquis de Los Vêlez, était un noble castillan, dont la vie, déjà longue, s'était passée en grande partie dans les occupations actives de la profession militaire. Il avait appris l'art de la guerre sous le grand empereur, et avait acquis une réputation d'officier prompt et résolu, hardi dans ses entreprises , d'un caractère hautain , despotique même, et d'une inflexible volonté que nul, ami ou ennemi, n'avait le pouvoir d'ébranler. La sévère éducation des camps n'avait pas adouci la rudesse de sa nature, et, comme le prouva sa conduite dans l'expédition que nous allons rappeler, il n'était tourmenté d'aucun de ces scrupules d'humanité qui si souvent arrêtèrent l'épée de Mondejar, levée sur des êtres faibles et sans défense. Les Mores, qui le connaissaient bien, le redoutaient, ainsi que le témoignait le sobriquet familier qu'ils lui avaient donné de « démon à tête de fer ^ »

* 1 Qaando entendîeron que peleaban contra el campo del Marques de los Vêlez, â quien los Moros de aquella tierra solian llamar Ibiliz Arraez el Hadid, que quîere decîr, diabolo caheza de Âierro, perdieron esperanza de vitoria. » — Mannol, Rebelion de Granada, tom. I, p. 451.

Hita, qui était originaire de Murcie et suivit Los Vêlez à la guerre, fait un portrait soigné de ce puissant seigneur, qu'il vante comme un des plus grands capitaines qui aient jamais existé, rivalisant de mérite avec

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Los Yelez, ayant reçu rinvitaiion de Deza, ne perdit pas de temps pour réunir autour de lui ses parents et ses nombreux vassaux ; tous accoururent avec un empressement qui les montrait heureux de prendre part à une incursion sur la frontière. La famille même du marquis descendait d'une race guerrière, élevée dès Tenfance, au milieu du bruit des armes ; trois de ses fils raccompagnèrent dans son expédition; le plus jeune, âgé de treize ans, eut Tinsigne honneur de porter la bannière paternelle ^ Avec les troupes promptement fournies par les villes voisines, Los Yelez se trouva bientôt à la tête de forces plus considérables que celles de Mondejar, et, suivi de cette armée, courageuse mais indisciplinée, il s'enfonça dans les sombres goi^es des montagnes, résolu à offrir immédiatement le combat à Tennemi.

Les limites de cette histoire ne nous permettent pas de rappeler les incidents d'une campagne^ qui, en général, ressemble à celle que nous venons de décrire. Le lecteur ordinaire ne prendrait pas grand intérêt à cette lutte, dont les détails n'en offriraient pas davantage au tacticien, par la complète ignorance de l'art de la guerre, qui signala les opérations des Mores.

Le sort de la campagne fut décidé par trois batailles consécutives, livrées sur le versant oriental des Âlpujarras, à Huecija, à Filix et à Ohanez. Celle de Filix fut la plus sanglante. Un grand nombre de traînards suivaient les rebelles; six mille cadavres, parmi lesquels il y en avait beaucoup de femmes ', jonchaient la terre, et l'on rapporte que les

le Cidj Bernard de Carpio ou tout autre héros renommé ea Espagne. — Gnerras de Oranada, tom. II, p. 68 et seq.

^ Circourt, ffùt, des Arabes d^Mspa^ne, tom. II, p. SéG.

' » Mas- mugeres que hombres, « dît Mendoza, p. 83.

Espagnols égorgèrent, en outre, deux mille enfants '. QueK ques-uns des fuyards se réfugièrent dans des cavernes et dans des fourrés, mais , bientôt arrachés de leurs retraites, ils furent froidement massacrés par les vainqueurs. D'autres , pour ne pas mourir de la main des chrétiens , se jetèrent tète baissée dans les précipices , quelquefois avec leurs enfonts dans les bras, et se tuèrent ainsi. « Les cruautés commises par les troupes , » dit un chroniqueur qui faisait partie deTarmée et se constitua son historiographe, «furent telles que la plume se refuse à les décrire K J'ai vu, » ajoute-t-il, « le cadavre d'une musulmane, couvert de blessures, au milieu de six enfants morts. Elle avait réussi à cacher sous elle un septième , tout jeune , et , bien que les lances dont elle fut percée eussent traversé ses vêtements, ce petit innocent avait été miraculeusement préservé. II pendait au sein de sa mère morte, tétant son lait mêlé de sang. Je le pris et lui sauvai la vie '. » L'auteur rapporte, à l'honneur de l'humanité, quelques traits de ce genre, qui montrent que ces cœurs endurcis s'attendrissaient parfois. Le champ de bataille offrit une riche moisson aux vainqueurs , qui dépouillèrent tes morts et surtout arrachèrent anx femmes les colliers, les bracelets, les ornements en or

^ " En menos de dos horas faeron muertas mas de seîs mil personas entre hombres j mngeres ; y de ninos , desde nno hasta diez anos, habia mas de dos mil degoUados. « — Hita, Guerras de Granada, t. II, p. 136.

Espérons que c'est là une exagération du romancier. Mendoza ne parle pas des ^fants et réduit le nombre des morts à sept cents. Mais Hita était présent à l'action.

' tf La soldadesca que andaba suelta por el lugar cometio crueldadesinauditas, y que la pluma se résiste à transcribir. « -— Ibid.^ p. 125.

' « El nino arrastrando como pudo se llego â ella, y movido del deseo de mamar, se asio de los pechos de la i^adre, saeando lecke mezclada.con la sangr&de las heridas. « — Ibid», p. 126.

et en aident, les joyaox précieux , enfin tous ces objets de luxe dont elles aimaient à se parer. Gorgés de butin, les Espagnols, à la première occasion, désertèrent les dra* peaux et retournèrent chez eux; ils furent bientôt remplacés, car le spectacle de leur opulence aiguisait la cupidité de leurs voisins, qui accoururent en foule sous Tétendard d*un chef qui devait les conduire à la victoire et au pillage. Mais ce chef, avec quelque sévérité qu'il exerçât son autorité, fut incapable de maîtriser l'esprit d'insubordination qui régnait parmi ses troupes, et, lorsqu'il voulut punir un de ses soldats pour un acte grave de désobéissance, les autres lui firent comprendre qu'ils étaient, au nombre de trois mille, prêts à soutenir leur camarade et à le protéger contre tout mauvais traitement ^

Au milieu même de ses sauvages excès, la soldatesque étalait pour les dehors de sa religion un étrange respect, qui trahissait la nature de la guerre dans laquelle elle était engagée. Avant le combat, toute l'armée s'agenouillait, invoquant solennellement la protection du ciel pour ses champions. Après la bataille d'Ohanez, qui rougit de sang les torrents des montagnes, au point que les Castillans eurent peine à étancher leur soif, ils s'occupèrent de célébrer la fête de la purification de la Vierge '. Une procession

*■ « Advirtiendo al mismo tiempo qae haj très mil hombres paîsanos suyos puestos sobre las armas, y decididos â perder la yida por salvarle. « — Hita, Guerras de Granada^ tom. H, p. 132.

* Une des phis brillantes romancer de Hita roule sur la déroute d'Ohanez; on jugera du ton de cette pièce par la première stance :

> Las tremolantes banderas del grande Fajardo parten para las Nevadas Sierras, y Tau camino de Okanez.

Ay de Ohanez ! «

se rendit à Téglise ; en tête, marchaient le marquis de Los Yelez et les chevaliers, armés de pied en cap et portant des flambeaux de cire blanche ; derrière venaient les chrétiennes délivrées de leur captivité, vêtues, selon les ordres du général, de robes bleu et blanc, les couleurs de la Vierge ^ La marche était fermée par un corps de moines et d'autres ecclésiastiques, qui avaient pris part à la croisade. Le cortège s'avança lentement entre deux files d'Espagnols, qui le saluèrent d'une décharge de mousqueterie, à son entrée dans Féglise, où un Te Deum fut chanté, tandis que la foule prosternée rendait grâces au Dieu des armées, qui lui avait livré ses ennemis.

Sortis de l'église, après cet acte solennel de dévotion, les Castillans se ruèrent au pillage sur les pas de leur commandant qui, moins généreux que le marquis de Mondejar, lutta d'acharnement avec le dernier de ses «oldats. Les prisonnières, au nombre de seize cents, parmi lesquelles il y avait, dit-on, beaucoup déjeunes filles remarquables par leur beauté, au lieu de trouver chez Los Yelez la protection dont les eût couvertes son rival, plus humain, furent livrées en proie à la soldatesque, et, durant quinze jours, le camp fut le théâtre d'une orgie sauvage et obscène '. C'est dans

* 1 Todos los caballeros y capîtanes en la procesion anuados de todas sus armas, con vêlas de cera blanca en las manos, que se las habîan enviado para aquel dia desde su casa, y todas las Christîanas en medio vestidas de azul y blanco, que por ser colores aplicados â nuestra Seiiora, mando el Marques que las vistiesen de aquella manera â su costa. • —

» Marmol, Rebelion de Granada^ tom. I, p. 469.

* « Trayéndose muchas Moras hermosas, pues pasaron de trescientas las que se tomaron alli; y habiéndolas tenido los soldadoâ à su vpluntad mas de quince dîas, al cabo de ellos mando el marqués que las llevasen â laiglesia. » — Hita, Gnerras de Ghranada^ tom. II, p. 155.

cette étrange confusion du sentiment rdigieux avec ks crimes qui révoltent le plus Thumanité, qu'apparaissent les traits caractéristiques des croisades; jamais les plus détestables passions de notre nature ne se décbainent avec autant de violence que dans ces guerres de religion, où chacun voit, dans son adversaire, Fennemi de Dieu et où la sainteté de la cause voile aux yeux de celui qui les commet Fénormité des excès les plus exécrables.

Tandis que Timpitoyable Los Yelez étourdissait les Mores par une succession rapide de coups rudement assénés, la politique douce et libérale de Mondejar ramenait, avec plus de succès, les rebelles à Tobéissance. Découragés par leurs revers, exténués de fatigue et de faim, errant dans les montagnes, sans vêtements et sans abri, les infortunés venaient .l'un après Tautre implorer leur pardon. Presque toutes les villes et tous les villages du district assigné au capitainegénéral, sous Finfluence d'un même sentiment de désespoir, avaient envoyé des députations au vainqueur, offrant de se soumettre et réclamant sa protection. Tout en accueillant avec bienveillance ces prières, le général veillait à la sécurité future du territoire qu'il venait de conquérir, en plaçant des garnisons dans les principales cités et en envoyant, dans différentes directions, de petits détacbemenis, chaînés, comme une espèce de police armée, de maintenir l'ordre. Grâce à ces mesures, dit un contemporain, la tranquillité fut si bien rétablie dans le pays, que de petites troupes de dix à douze hommes le traversaient d'une extrémité à l'autre, sans être inquiétées ^

Mondejar écrivit en même temps au roi pour l'informer

' ' Por manera que ya estaba la Alpaxarra tan llaaa^ que dies j dooe

de rétat des choses; il priait celui-ci d^avoir pitié des vaincus, auprès desquels il avait répondu des bonnes dispositions du gouvernement ^ Il s'adressa également au marquis de Los Vêlez, Finvitant à adopter la même politique d'humanité 9 qui, déclarait-il, servait le mieux les intérêts de TÉtat. Mais son rival, qui, à cet égard, différait complètement d'opinion avec lui, répondit sèchem^t qu'il fallait plus d'une bataille encore pour briser l'obstination * des rebelles et que, puisqu'ils étaient en désaccord sur ce sujet, il ne leur restait qu'à agir l'un et l'autre, comme ils le jugeraient à propos '•

Malheureusement, il y avait des personnages influents à la cour, que le fanatisme, une implacable haine contre les Mores et le cuisant souvenir des crimes commis par ceux-ci, rendaient partisans du système de rigueur suivi par Los Yelez ; d'autres, obéissant à un mobile plus honteux, s'inspiraient de leur cupidité, intéressée à la continuation de la guerre.

'Au nombre des premiers se trouvaient le président Deza, les membres de l'audience et les autorités civiles de Grenade. Ces ennemis du capitaine-général avaient constamment désapprouvé sa conduite et même ils la dénoncèrent

soldados iban de unos lugares eu otros, siu hallar qiiien los enojase. » — Marmol, Eebeîion de Granada, tom. I, 498.

Mendoza confirme entièrement ce que dit Marmol de l'état de tranquillité du pays. — Gîter ra de Granada^ p. 96, 97.

* « Le suplicase de su parte los admitiese, habiendose misericordiosamente con los que no fuesen muy culpados, para que él pudiese cumplir la palabra que ténia ya dada a los reducidos, entendiendo ser aquel camino el mas brève para acabar con ellos por la via de equidad. « — Marmol, JSeàelion de (rranada, tom. I, p. 483.

* « Que hiciese por su parte lo que pudiese, porque an»i haria ël de la »uya. • — Ibid,^ p. 470.

iOO HISTOIRE nu RÉGNE DE PHILIPPE II.

ouvertement au roi. Ils condamnaient cette clémence intempestive témoignée à une race perfide, qui en profiterait pour réparer des désastres récents et pour former de nouveaux plans de révolte. II ne convenait pas, disaient-ils, que des rebelles, coupables de pareilles ofienses envers la majesté divine et humaine, jouissent de l'impunité ^ Ils ne s'arrêtèrent pas là; ils accusèrent Mondejar d'avoir contrairement à la loi, frustré le trésor du cinquième du butin pris en guerre sur l'infidèle. Enfin, ils lui reprochèrent d'avoir manqué de respect envers les autorités civiles de Grenade, en omettant de leur communiquer son plan d'opérations.

Le marquis, informé, par les amis qu'il avait à la cour, du complot tramé pour le perdre auprès du gouvernement, envoya un agent confidentiel à Madrid, pour exposer TafTaire à son souverain et réfuter les accusations portées contre lui. Celle de concussion semble n'avoir fait aucune impression sur l'esprit d'un prince assez porté à accueillir des soupçons, dès qu'ils paraissaient quelque peu fondés. Peut-être se plaignait-on, avec plus de raison, du peu de déférence que le marquis témoignait aux autorités de Grenade; le caractère et les actes de ses adversaires fournissent, à cet égard, la meilleure justification de la conduite de Mondejar. Dès le début de la campagne, Deza et les officiers de la municipalité l'avaient regardé avec jalousie et avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour traverser ses plans et restreindre son autorité. La confiance ne s'inspire que par la confiance. Le capitaine-général, habitué de bonne heure à commander, souffrait sans doute peu l'opposition '; les obstacles, les

* » Dexar sin castigo exemplar a quîen tantos crîmenes habian cometîdo

contisk la, M.&gestaÀ divina y Âumana, » — Marmol, Rebelion, t. I^p. 499.

' « El Marques, « dit Mendoza^ • hombre de estrecha i rîgurosa dis-

contrariétés que lui suscitait l'esprit étroit de ses rivaux le jetaient dans Texaspération . Nous n'avons pas les pièces nécessaires pour porter un jugement définitif sur le fond du différend, mais, d'après ce que nous savons des accusateurs et de l'astucieux inquisiteur qui les guidait, nous ne craignons pas de nous tromper en prenant le parti du franc et noble soldat, qui, pendant que ces censeurs vivaient paisiblement dans la capitale, combattait et poursuivait l'ennemi, au milieu des rigueurs de l'hiver, à travers des montagnes couvertes de neige; du brave guerrier qui, en moins d'un mois, n'ayant pour le soutenir que la milice irrégulière des villes, avait étouffé une dangereuse révolte et rétabli la tranquillité dans le pays.

Les rapports contradictoires qui lui étaient adressés sur l'état des choses à Grenade avaient plongé Philippe dans une grande perplexité. L'agent de Mondejar avait fait entendre au conseil d'Etat que le roi ferait bien de se rendre en personne sur le théâtre de la guerre comme son père, Charles-Quint, l'eût fait en pareil cas, pour juger par ses propres yeux de la situation. Cet avis n'obtint pas l'assentiment du ministre Espinosa, qui, affectant le plus profond mépris pour les Mores, déclara que le monarque ne pourrait, sans avilir la dignité royale, se prêter à une pareille démarche; il valait mieux que sa majesté se fit représenter par un personnage, qui, chargé du commandement suprême de l'armée, occupât un rang tellement élevé qu'aucun des deux rivaux ne pût se sentir humilié en se voyapt imposer ce supérieur.

Ainsi que l'avait, sans doute, prévu l'adroit ministre,

ciplina, criado al favor de su abuelo i padre en gran ofîcio, sin igual ni contradictor , impaciente de tomar compania, comunicava sus consejos consigo mismo. « — Guerra de Granada^ p. 103.

Philippe goûta mieux cette proposition que lâ première; nous avons déjà dit que le roi, qui n^bésitait pas à se charger des plus pénibles travaux dans son cabinet, était d*0Q tempérament lymphatique qui lui faisait craindre tout exercice corporel. 11 approuva le projet d'Ëspinosa et choisit, pour le représenter dans les ÂIpujarras, son frère naturel, don Juan d'Autriche ^

Ces intrigues de cour ébruitées à Grenade avaient donné naissance, dans cette partie du pays, à des rumeurs qui eurent les suites les plus déplorables. L'armée, en particulier, n'eut pas plus tôt appris que le marquis de Mondejar était sur le point d'être démis de son commandement, que, secouant le peu de contrainte que ce chef était parvenu à lui imposer jusqu'alors, elle s'abandonna à des actes de violence et de brigandage, auxquels elle était naturellement portée et qui semblaient en ce moment approuvés du président Deza et des autorités de Grenade. Les détachements mêmes que le général avait envoyés dans différentes directions pour maintenir la tranquillité, furent les premiers à donner le signal du désordre ; ils envahirent les hameaux et les maisons qu'ils étaient chargés de protéger, les pillèrent de fond en comble et se livrèrent aux plus honteux excès sur les malheureux habitants. Les garnisons des principales villes, imitant cet exemple, commirent de plus grandes déprédations encore. Sous les yeux mêmes du comte de Tendilla, des bandes de soldats sortirent de la capitale et se répandirent dans les campagnes, détruisant avec une brutale violence les vertes plantations des vallées, saccageant

* Mendoza, Querra de Granadà, p. 115 et seq. — Mannol, Beèelion de Granada, tom. I, p. 511-513. — Miniana, Historia de Espana, p. 376. — Cabrera^ Filipe Siegundo, p. 573, 574;.

Massacre de grenade. 203

les villages et arrachant les Mores du milieu de leurs habitations en flammes, pour les réduire en captivité ^

Mondejar fut saisi de la plus vive indignation en voyant Fédifiee qu'il avait si laborieusement construit crouler brusquement sous les coups de ceux qui devaient le soutenir. Dès ce moment, nul n'aspira plus ardemment que lui à l'arrivée d'un chef investi d'une autorité assez imposante pour se faire obéir d'une soldatesque turbulente, tâche plus difficile que celle de vaincre l'ennemi. Tel était l'état des choses quand la ville de Grenade fut le théâtre d'une catastrophe qui rappelle dans son ensemble l'une des scènes les plus hideuses de la révolution française.

A l'origine des troubles, le président avait, dit-on, fait arrêter et jeter dans la prison de la chancellerie cent cinquante Mores; certains projets de trahison, dont ces individus étaient soupçonnés depuis longtemps, furent le faible prétexte de cet acte de violence. Quelques-uns, il est vrai,"^ avaient été incarcérés pour dettes, mais la plupart étaient de riches bourgeois, jouissant de la plus haute considération parmi leurs compatriotes. On les avait gardés prisonniers pendant toute la durée de la campagne, comme des espèces d'otages répondant de la bonne conduite de la population de l'Albaïcyn.

Dans les premiers jours de mars, le bruit courut que les montagnards, conduits par Aben-Humeya, dont le père et le frère étaient au nombre des captifs, se préparaient à des->^ cendre nuitamment dans la ville où, avec l'aide de leurs core* ligionnairesde l'Albaïcyn, ils devaient préluder à la'destruction

* Marmol, Rebelion de Granada^ tom. II, p. 8 et seq. — Mendoza, Guerrade Granada, p. 97, 128. — Miniana, Historia de JSspana, p. 376. — Cabrera, Filipe Segundo^ p. 575, 576.

de la cité, ea forçant la prison de la chancellerie, afin de délivrer leurs amis. Celte rumeur, facilement accueillie, plongea les chrétiens dans une terreur de funeste augure pour les malheureux prisonniers. Dans la soirée du 17, Deza fut informé que Ton avait vu s*allumer, sur quelquesunes des montagnes voisines, des feux, qui semblaient être des signaux, d'autres lumières ayant brillé, en réponse, dans certaines maisons du quartier des Mores. L'attaque devait sans doute avoir lieu cette nuit même. Il parait que le président ne prit pas de mesures pour la protection de la ville, mais il s'empressa de communiquer les renseignements qu'il avait reçus, à l'alcade de la prison, en le chargeant de veiller à la sûreté des captifs. Cet officier, sans perdre de temps, réunit ses amis autour de lui et fit distribuer des armes à un corps d'Espagnols; ceux-ci, selon toute apparence, affluaient en ce moment à Grenade. L'alcade et ses hommes firent silencieusement leurs préparatifs, dans l'attente de quelque grand événement.

Un peu avant minuit, le gardien posté dans la Campana, l'une des tours de l'Alhambra, sonna tout à coup la cloche, à coups redoublés, comme l'on faisait pour donner l'alarme. Aussitôt tous les Espagnols qui défendaient la prison furent sur pied ; guidés par l'alcade, qui leur ouvrait les portes, ils se jetèrent brusquement sur leurs victimes sans défense, renfermées dans une autre partie du bâtiment. Un grand nombre de ces infortunés étaient des vieillards et des infirmes; la plupart étaient des bourgeois inofiensifs, qu'un genre de vie paisible n'avait guère habitués à se battre et qui, d'ailleurs, manquaient de toute espèce d'armes; ils ne devaient pas offrir plus de résistance à leurs bourreaux, qu'un troupeau de moutons au loup affamé qui, en l'absence

du berger, s'est introduit dans le bercail. Cependant les malheureux ne se laissèrent pas égorger sans tenter de défendre leur vie; le désespoir leur prêta des forces et, saisissant les chaises, les bancs, tous les meubles que renfermaient leurs cachots, ils s'efforcèrent de tenir tète aux assaillants. Quelques-uns, déployant une vigueur qui n'est possible que dans de pareils moments, parvinrent à arracher les pierres des murs et à desceller les barreaux de fer des fenêtres ; pourvus de ces armes, ils ne se bornèrent plus à rester sur la défensive, mais ils frappèrent avec quelque succès leurs agresseurs ; ils se battirent , en un mot , comme on se bat pour échapper à la mort. Il y en eut toutefois qui, renonçant à un dernier espoir, entassèrent en un monceau les nattes, les literies, tous les objets combustibles qui se trouvaient à leur portée, et, y mettant le feu, se jetèrent eux-mêmes dans les flammes, croyant embraser ainsi leur prison et y périr avec leurs meurtriers ^ Mais leur sang versé à flots éteignit bientôt l'incendie, et leurs restes mutilés furent abandonnés dans les cendres de leur funèbre bûcher.

Cette lutte acharnée entre des adversaires aussi inégaux se prolongea pendant deux heures, au milieu des clameurs des combattants. Les uns, comme au jour de la bataille , poussaient le vieux cri de guerre de San lago ; les autres , ainsi que le rapportent les écrivains castillans, appelaient le prophète à leur secours. Mais nulle puissance, divine ou humaine, n'intervint en faveur des victimes et, pendant que

* u Otros, como desesperados, juntando esteras, tascos, y otras cosas secas, qae pudiesen arder, se metian entre sus mesmas llamas, y las avivaban, para que, ardiendo la carcel y la Audiencia, perecîesen todos los que estaban dentro. ' — ^ Marmol, Rebelion de Granada, tom. I, p,517.

ce combat morlel était engagé , que des coups terribles étaient portés j que des projectiles sifflaient dans Tair , que les vainqueurs acclamaient leur triomphe^ que les vaincus gémissaient et râlaient dans Tagonie , aucun bruit , si nous en croyons les chroniqueurs, ne révéla au dehors ce qui se passait à Tintérieur de la prison. On assure même que le sommeil des gardes postés dans la cour ne fut pas troublé ^.

 la fin y des rumeurs commencèrent à se répandre dans la ville ; on rapportait que les Mores armés avaient assailli leurs gardiens et qu'ils seraient probablement bientôt maîtres de la position. Ces paroles suffirent au peuple qui, réveillé par la cloche d*alarme , se trouvait en ce moment dans un état de surexcitation qui le portait à des actes de violence. S'armant à la hâte, les catholiques accoururent ou plutôt volèrent , comme des vautours attirés par Todeur du carnage, sur le théâtre de ce drame sanglant. Ainsi renforcés, les assassins eurent bientôt accompli leur œuvre de mort ; et, quand le jour parut, les lieux où s'était déroulée dans l'ombre l'affreuse tragédie, révélèrent avec éclat les secrets de l'horrible nuit. De tous les captifs , il n'y en eut que deux qui furent épargnés , le père et le frère d'Aben- Humeya , gardés à part et particulièrement confiés à leurs geôliers. Cinq Espagnols tués et dix^sept blessés attestaient la résistance acharnée faite par les Mores, privés d'armes *.

Telle fut la catastrophe qui ensanglanta la prison de la chancellerie de Grenade. On ne peut, nous l'avons déjà dit,

* Marmùly Mehelion de Oranada, tibi supra.

' » I4O8 mataron à todos» sin dexar hombre a vida, sîno faeron los que defendio la guardia que tenian. « -^ I6id., ubi sup. Voy. aussi Meudoza, Guerra de Oranada, p. 132 ; Herrera, Historia General, tom. I, p. 744.

mieux comparer cet effroyable massacre qu'aux meurtres accomplis sur une plus vaste échelle encore, pendant les fameuses journées de septembre de la révolution française. Mais les misérables qui commirent ces atrocités étaient les instruments d'une faction sanguinaire , regardée avec horreur, en France même, par tous les amis de Fhumanité. A Grenade, au contraire, la responsabilité de ces crimes retomba sur le gouvernement ou, dti moins, sur les dépositaires de l'autorité. Qui pourrait douter, en effet, qu'un complot , dont le succès dépendait du concours de tant de circonstances, que l'on doit écarter l'idée d'un accident, n'eût pas obtenu l'approbation sinon l'aide des hommes qui conduisaient les affaires publiques?

Un autre fait à signaler , et ce n'est pas le moins surprenant, est l'insensibilité témoignée, en cette occasion, par des écrivains contemporains, qui, plus d'une fois, avaient pris intérêt aux souffrances des Mores. Un de ces chroniqueurs, après avoir rapporté ces faits lamentables, remarque froidement que ce fut une bonne chose pour l'alcade de la prison, qui s'appropria de fortes sommes d'argent dont on dépouilla les cadavres des riches musulmans; un autre, après avoir rejeté, comme absurde au plus haut degré, le bruit qui accusait les captifs de tramer une révolte, conclut par l'observation que « les Mores étaient des gens efféminés , sans jugement et ayant tout juste assez d'esprit pour s'attirer une pareille mésaventure; » c'est ainsi qu'il désigne plaisamment le massacre K Le gouvernement de Madrid eut la meilleure part dans le produit du crime; lorsque les veuves et la

* K Havia en ellos culpados en platieas î demonstraciones, i todos en deseo; gente flaca, lîvîana, inhabîl para todo, sino para todo, sino para dar ocasion a su desventura. • — Mendoza, Guerra de Granada^ p. 122.

âOS HISTOIRE DU RÈGNE DE PHILIPPE II.

famille des captifs réclamèrent leur succession, parfois considérable, les alcades de l'audience de Grenade repoussèrent ces réclamations, on ne sait sous quel prétexte, et confis* quèrent les biens des défunts au profit de la couronne* Cette décision, d*après un chroniqueur, peut faire supposer que les prisonniers s'étaient rendus coupables de faits plus exécrables même que ceux dont on les accusait généralement ^ Le lecteur impartial jugera, sans doute, tout autrement, et, remarquant que Ton avait choisi pour victimes les riches bourgeois, il croira naturellement que le honteux mobile de la cupidité s'unit à celui de la crainte et de la haine pour amener la catastrophe.

Quoi qu'il en soit, un acte aussi atroce creusait un infranchissable abime entre les Espagnols et les Mores ; il apprit à ceux-ci qu'ils ne pouvaient plus avoir aucune confiance dans un perfide ennemi, qui, tandis qu'il leur tendait une main en signe de réconciliation, levait l'autre pour les exterminer. Un cri de vengeance retentit dans les Alpujarras; les montagnards se levèrent une seconde fois en armes. Ils massacrèrent les Castillans qui s'étaient écartés de l'armée , surprirent les détachements que Mondejar avait envoyés dans difierentes directions et menacèrent même les postes militaires. Dans quelques endroits, ils attaquèrent avec succès leurs adversaires en rase campagne ; ils défirent et taillèrent en pièces un corps nombreux d'Espagnols, .qui revenaient

^ « Las culpas de los quales debîeron ser mayores de lo que aqui se escribe, porque despues pidîendo las mugeres y hijos de los muertos sus dotes y haciendas ante los alcaldes del crimen de aquella Audiencia, y saliendo el fiscal â la causa, se formo proceso en forma; y por sentencias y revista fueron condenados, y aplicados todos sus bienes al real fisco. • — Marmol, Rebelion de Oranada, tom. I, p. 517.

d'une excursion , chargés de butin. Enfin ils invitèrent Aben-Humeya à reparaître et à reprendre le commandement , lui promettant de le défendre jusqu'au dernier moment. Le prince répondit à cet appel; sortant de la Sierra Nevada, il rentra en possession de ses domaines, et, plantant sa rouge bannière sur ses montagnes natales % il eut bientôt réuni autour de lui des forces plus formidables que jamais. 11 afficha même un faste qu'il n'avait pas encore déployé. Il s'entoura d'une garde du corps , composée de quatre cents arquebusiers *. Il divisa son armée par bataillons et par compagnies, et voulut l'habituer à une organisation, à des manœuvres, semblables à celles des Espagnols '. Il envoya son frère Abdallah à Constantinople, pour exposer sa situation au sultan et le supplier de s'unir avec ses frères musulmans de la péninsule. En un mot, la rébellion leva la tète plus audacieusement que jamais, et les catholiques de l'Andalousie et de Grenade, attendaient, dans la plus vive anxiété, l'arrivée d'un commandant investi d'une autorité assez grande pour rétablir l'harmonie entre les opérations des deux chefs rivaux , contraindre la soldatesque turbulente à l'obéissance et terminer rapidement la guerre.

* « Leyanto un estandarte bermejo, que mostrava el lugar de la persona del Rei a manera de Guion. « — Mendoza , Guerra de Granada , p. 118.

' « Para segoridad de sa persona pago arcabuceria de guardia, que fae creciendo hasta quatrocientos hombres. « — Ibid,, ubi supra.

' « Siguio nuestra orden de guerra, repartio la génie por esquadras, juntolaen companias, nombro capitanes. « — Ibid., ubi supra.

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