L'ESCURIAL
fixé au leodemain, t4 novembre. Le roi, dit-oo, vit pour la première fois sa fiancée, mêlé, sous un déguisement, à la foule de courtisans qui Fescortèrent dans la ville ^ Lorsqu'il avait conduit Isabelle au pied de Fautel, quelques cheveux gris à ses tempes avaient attiré Tattention de celle-ci ^; pen* danl les dix années qui s'étaient écoulées depuis lors , les soucis du gouvernement avaient prématurément blanchi sa tète, comme celle de son père. Le mariage fut célébré en grande pompe dans la cathédrale de Ségovie ; l'archevêque de SéviUe ofiSciait. La vaste église était encombrée de spectateurs, parmi lesquels on remarquait les plus hauts dignitaires de rÉglise et les nobles les plus illustres de TEspagne'.
Pendant les quelques jours que les royaux époux restèrent à Ségovie, la ville s'abandonna à Tallégresse. L'heureux événement fut célébré par des illuminations publiques et des fêtes splendides; le roi et la reine dansèrent devant toute la cour, qui les entourait dans un respectueux silence^. Le 18, ils partirent pour Madrid, où l'on avait fait pour iQur réception de magnifiques préparatifs qui témoignaient du dévouement des habitants.
Aussitôt que FEscurial fut assez avancé pour qu'on y pût loger convenablement la jeune reine, Philippe passa, chaque année, une partie de l'été dans ces solitudes monastiques, qui avaient pour lui plus d'attrait qu'aucune autre résidence. Ut présence d'Anne et de la cour donnait à ce grand et
* Florez Reynas Catholieas, ubi supra.
* Voy. plus haut, tom. II, p. 86.
'Florez, Bernas (ktholicat^ tom. l\, p. 908. ^ Oahrera, Filipe SegMndo, p. 661.
^ • En el sarao bailaron Eej y Reyua, estando de pie toda la Gorte. « ^ florez, Reyna^ Catioiieas, tom. Il, p. 908.
triste moDumcnt un air d'animation auquel on n'était guère habitué. Entre autres divertissements imaginés pour amuser la reine, nous voyons mentionnés des autos sacramen" tdles, drames religieux rappelant les mystères et les moralités qui passionnaient nos aïeux. Les autos étaient en si grande faveur chez les Espagnols, qu'ils occupèrent la scène dans la péninsule, plus longtemps que dans les autres pays ; ce genre, du reste, n y fut perfectionné que plus tard, par le génie de Calderon.
La plume d'où sortirent ces drames édifiants ne ressemblait guère à celle de Calderon, Ces autos étaient probablement l'œuvre de quelque hiéronymite, doué de sentiments plus poétiques que ses frères. On choisissait les acteurs parmi les élèves du séminaire institué dans l'Escurial. Anne, dont les goûts étaient simples, parait-il, se plaisait, dit-on, beaucoup à ces représentations et s'amusait à faire des excursions dans la contrée sauvage et romantique qui entourait le couvent. Les historiens nous ont transmis peu de renseignements sur sa vie et sur son caractère, beaucoup moins que sur Isabelle. D'après ce qu'ils rapportent, elle était douce et pieuse; on la voyait rarement oisive. Elle donnait une grande partie de son temps à des travaux d*aiguille ; elle brodait avec talent des objets pour la décotion des églises et des couvents; une riche tapisserie, œuvre de ses mains et de celles de ses suivantes, fut longtemps conservée dans la chapelle royale sous le nom de « tapisserie de la reine Anne. »
La jeune reine ne devait pas rester longtemps sur le trône; elle l'occupa seulement deux ans de plus qu'Isabelle; mais elle eut une postérité plus nombreuse qu'aucune des princesses qui l'y avaient précédé. Elle eut quatre fils , qui
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tous moururent enfants ou très jeunes, à TeKception de son troisième fils, qui succéda à son père, sous le nom de Philippe m.
Anne mourut, le 26 octobre 1586, dans la trente et unième année de son âge et la onzième de son règne. On rapporte, au sujet de sa mort, une singulière anecdote. La cour était à Badajoz, où elle s'était transportée afin de pouvoir suivre de plus près les péripéties de la guerre engagée, à cette époque, avec le Portugal. Le roi tomba malade dans cette ville, et les symptômes les plus alarmants se déclarèrent. La reine, dans sa douleur, supplia Dieu d'épargner une vie aussi nécessaire au bonheur du royaume, ainsi qu'au bien de l'Église, et d'accepter en échange le sacrifice de sa propre existence. Le ciel, dit le chroniqueur, comme l'événement le prouva, écouta cette prière ^ Le roi recouvra la santé et la reine fut atteinte d'une maladie qui, en peu de jours, eut une issue fatale. Ses restes, après avoir été exposés pendant quelque temps, furent solennellement transférés à l'Escurial, où, triste honneur, ils furent déposés dans la partie du mausolée exclusivement réservée aux rois et aux mères de rois. Ainsi mourut Anne d'Autriche, la quatrième et dernière épouse de Philippe IL
* * El efecto dijo, que oyo Dios su oracion : pues mejorando el Roy, cayb malala Reyna. » — Florez, Reynas Catholicas, tom. II, p. 913.