RAPPORTS DE L'ÉGYPTE AVEC MÉNÉLIK
vendre ni acheter d'esclaves, et si quelque esclave était conduit en fraude sur les marchés, il aurait le droit de revendiquer sa liberté et de réclamer a protection des fuges ; tout musulman qui traverserait le royaume, conduisant des esclaves, scrait arrêté, enchaîné, mené en prison et jugé ; quant aux esclaves rendus à la liberté, ils seraient reconduits dans leur pays où admis à leur gré dans la maison du roi.
L'entreprise du sieur Arnoux contrecarrait-elle, comme il le prétend, les vues de Munzinger? C'est ce que nous ne savons. Toujours est-il que le voyageur français demeura près du roi et le suivit lorsque, à la fin de janvier 1875, Ménélik partit pour Worra-Ilou, place fortifiée qu'il avait aménagée dans le pays des Wollo pour tenir en respect celte turbulente tribu, Les Wollo-Galla s'étaient, à cette époque, divisés en deux groupes : l’un, conduit par le général Mohamed Ali, s'était rallié à Ménélik, tandis que l’autre, conduit par l’imam Abba Ouatto, fils de la princesse \lestéouat, continuait la résistance nationale et s’appuyait sur l’empereur Johunnès. Les intentions de ce dernier à l'égard de Ménélik restaient d'ailleurs douteuses. Arnoux, à la tête d'une escorte de 100 Gondariens hubillés à l’européenne et appuyés par plusieurs milliers d’Abyssins, poussa une reconnaissance dans la direction de Magdala ; Abba Ouatto . so relira aussitôt dans sa forteresse, Le bruit se répandit alors dans l’Abyssnio du nord que Ménélik avait reçu l'appui d’une troupe de Français arrivés au Choa avec des armes à feu et, si l’on en croit Arnoux, cette rumeur n'aurait pas été étrangère à la paix que Johannès conclut trois mois plus tard avec Ménélik ), Par ce traité, passé le 16 mai 1875, Ménélik consentait cependant à reconnaître Johannès comme son suzerain, à lui paycr tribut et à tenir de sa main l'investiture du Choa, comme fief relevant de la couronne d ‘Éthiopie ea,
F9 CT, Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1878, article de L. Louis-Lande, D'après P. Matteucci, Ménélik aurait envoyé au roi Johannès des propositions de paix que ce dernier aurait fini par accepter. Ménélik aurait fait don à Johannès de 00 cavaliers (ef. Marreucer, In Abissinia, Milano 1880, p. 186),
AE, Massawa, t. Il, Sarzec au Ministre des Affaires étrangères, Massawa, 14 août 1875, La soumission de Ménélik, obtenue diplomatiquement et sans rfusion de sang, ajoute Sarzee, a eu pour conséquence immédiate la soumission des Taltal, Azobo-Galla, FAT Adel, Wollo-Galla et d'un grand nombre d'autres peuplades.
À la cour du roi de Chou, Arnoux avait retrouvé ras Bourrou, qu’il tenait pour suspect depuis que ce dernier avait fait échouer en 1870 l'entreprise de M. Godineau de la Bretonnerie U; il le croyait d’ailleurs gagné aux intérêts de l'Égypte. Mais c’est en vain qu’Arnoux s’efforça de mettre Ménélik en garde contre ce qu’il appelle la duplicité de son agent. En mars 1875, ras Bourrou quitta le Choa pour se rendre en mission auprès du Khédive. Déguisé en moine P), il traversa toute l'Abyssinie et se rendit à Keren auprès de Munzinger, puis au Caire. Quelques semaines plus tard, Ménélik ayant appris qu’un nouveau patriarche venait d’être nommé en Égypte, s'adressa derechef au Khédive pour qu'il ordonnât au prélat de lui envoyer un évêque. « Vous n’ignorez pas, écrivait Ménélik, que nous professons la même religion que les Coptes et que nous sommes les enfants d’une même Église... J'attends la réponse avec mon délégué, ras Bourrou, lors de son retour. Une fois que la route entre l'Égypte et l'Abyssinie sera arrangée, j'enverrai une délégation pour recevoir l’évêque. Dès maintenant, nous allons négocier ensemble en vue d'améliorer la situation des commerçants et des agriculteurs. J'espère que ces négociations auront pour résultat de resserrer les relations d'amitié entre nous, non seulement dans le présent mais aussi dans les siècles futurs S),» Ainsi la mission confiée par Ménélik à ras Bourrou avait pour but de passer un traité de commerce et d'amitié entre le Choa et l'Égypte.
Le Khédive appela Munzinger au Caire pour arrêter avec lui la politique à suivre à l'égard de Ménélik. Dès le mois d'octobre 1872, Munzinger, on l'a vu‘), avait suggéré au vice-roi de s'emparer de la principauté d'Aoussa, en vue de détourner sur Assab ou Beiloul les caravanes qui
1 Cf, t. IIE, a° partie, p, 317 et note 8. Les indélicatesses commises par Al Bourrou sont également signalées dans une lettre adressée d'Alexandrie le 23 août 1875 par M. Hadjoute Pellissier au Ministre par intérim des Affaires étrangères d'Égypte, Chérif pacha,
(3 Cf, Pellegrino Marreucer, op. cit, p. 186.
3 A,A,, Carton 5, Abdine, dossier 9, pièce 6, lettre en abyssin de Ménélik à Ismaïl pacha, roi d'Égypte, 14 Bachans 1868 (aa mai 1875). Ménélik envoyait en même temps au Khédive une cuirasse et un bracelet « en or pur», incrustés de piorreries, La lettre ct Les cadeaux furent confiés à un nommé Boghos Effendi,
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se rendaient du Ghoa ou du pays des Galla à la côte. Au début de 1873 et encore en janvier 1874 ©}, il était revenu sur son projet et avait pressé son adoption. En juillet 1895, le Khédive ; jugea l’heure venue de le réaliser. L’occupation d’Aoussa permettrait d'ouvrir la route du Choa. Munzinger pacha ®) se rendrait en conséquence à Tadjoura, récemment cédée à l'Égypte avec Zeyla, et y établirait un gouvernorat, « Son installation devient d'autant plus nécessaire, lui écrivit le vice-roi, que le roi Ménélik m'a écrit deux lettres pour me demander d'établir des relations commerciales régulières avec l'Égypte et d'ouvrir entre les deux pays des routes qui assurent au commerce toute sécurité et facilité. Je vous charge du soin de faire ouvrir ces routes et je vous laisse juge des mesures que vous estimerez les meilleures pour assurer un résultat, Je ne pense pas que vous rencontriez des difficultés de la part des populations ; cellesci sont musulmanes et je ne doute pas, comme nous l’avons toujours vu ailleurs, qu'elles ne viennent d’elles-mêmes demander la protection de mon gouvernement, auprès duquel elles trouvent sécurité et facilité pour leurs intérêts (),»
Le délégué de Ménélik devant partir avee Munzinger, le Khédive le munit pour son maître d’une lettre rédigée dans les termes suivants :
« Âu moment le plus heureux et dans la plus pure des joies, nous venons de recevoir votre lettre transmise par un délégué spécial de votre part. Nous avons été satisfait des nouvelles relatives à votre santé, en même temps quo du désir formulé par vous de maintenir à jamais les liens d'amitié entre nous. En fait, des relations cordiales basées sur l'amitié et la bonne entente doivent être établies entre voisins, puisque cette amitié et eelto bonne entente persistent (M, Et comme Zeyla a été rattachée aussi
1 Cf, t. IT, o° pare p. 897: 398 et p. 410, 411.
(M Cf. 4, III, a° partie, p. 276.
6} La nomination de Munzinger au grade de mirmiran parut au Moniteur Éguptien du 7 juillet 1875.
AA, le Khédive à Munzinger, 27 juillet 1875. Cette lettre constituait une tosfesation écrite des décisions arrêtées verbalement au Caire entre le Khédive tt Munzinger,
#1 Ménélik, on le sait, avait précédemment fait à deux reprises profession d'amitié envers l'Évynto.
à notre gouvernement et que notre pays se trouve actuellement plus rapproché du vôtre, cette anutié doit être renforcée et nos relations doivent se resserrer.
« Le progrès du pays, la prospérité des habitants et le développement du commerce, principalement entre contrées voisines, devant entraîner la réparation des routes et leur aplanissement en vue de permettre le passage, sans diflicultés ni fatigues, des caravanes de commerce et des voyageurs sur ces routes, et comme des ordres ont été adressés par nous à qui de droit en vue de faire aplanir les routes se trouvant dans notre région, 1l y a lieu pour vous d'adopter les mesures requises en vue de rendre faciles les routes établies dans votre région.
« Nous avons reçu à deux reprises le délégué envoyé par vous (), Nous avons causé avec lui et nous nous sommes rendu compte de son expérience et de sa sagesse, Nous avons été satisfait de la présence de pareils hommes auprès de vous.
« Nous avons ensuite reçu une autre lettre de votre part, transmise avec votre second délégué ©, et où vous nous aflirmez votre amitié et demandez l'envoi d’un évêque de la part du patriarche copte d'Égypte. Nous ayons alors prié le patriarche de choisir un évèque pieux et chaste, et il nous a dit qu’il tiendra une réunion au patriarcat d'Égypte en vue de choisir un évêque chaste, de bonne conduite et parfait, Si Dieu le veut, cet évêque, après son élection, vous sera envoyé avec tous les honneurs et le respect qui lui sont dûs, |
« Nous avons été très satisfait d'apprendre que vos idées bienfaisantes sont constamment dirigées vers la civilisation, le progrès et la tranquillité des habitants. De notre côté, nous ne manquerons pas de vous fournir toute l'aide que vous nous demanderez en vue d'atteindre ces buts bienfaisants, ear les voisins doivent s’entr'aider et nous ne vous demandons en retour qu'une amitié sincère et le maintien de la sécurité et de la tranquillité entre les deux parties.
« Votre délégué nous ayant demandé en votre nom l'envoi d'armes en vue de maintenir la sécurité sur les routes, nous vous avons envoyé
(9 Il s’agit de ras Bourrou. .
‘Ce second délégué s'appelait Boghos,