‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 9 sur 176 · RAPPORTS DE L'ÉGYPTE AVEC MÉNÉLIK · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L'ÉGYPTE AVEC MÉNÉLIK

Maitre de la province du Ghoa, occupé à agrandir son royaume aux dépens des Wollo dans le nord et des Galla dans le sud, Ménélik avait refusé de reconnaître Johannès comme négus lorsqu'il eut ceint la couronne d’Abyssinie. Gette attitude le rapprocha du Khédive [smaïl dont il connaissait les desseins ambitieux, et, dès la fin de l’année1870, il était entré en rapports épistolaires avec le vice-roi M. Afin de développer ces relations, Ménélik songea d’abord à recourir aux bons offices de Monseigneur Massaja, chef de la mission catholique du Choa, « En premier lieu, rapporte ce prélat dans ses Mémoires }, Ménélik s’adressa à moi, me priant d'entamer et de conclure ces tractations d'alliance. 11 comptait beaucoup sur ma coopération car, sachant que j'étais l'ami de Munzinger, alors au service du Khédive [smaïl, il espérait qu’en attirant à sa cause quelqu'un qui disait être un partisan plus fervent que son maître de la conquête de l’Abyssinie, il aurait de son côté un auxiliäire très puissant.» Mais bien que la mission catholique bénéficiât des faveurs de Ménélik 6), Monseigneur Massaja refusa de se prêter à ces démarches ; peu de temps après, d'ailleurs, le vénérable prélat s’éloigna de la cour du roi de Choa.

Le rôle qu'avait refusé de remplir l’évêque catholique fut assumé par

(1 Cf, t, IT, 9° partie, p. 368, 364,

M) Cf, G. Massara, Mes trente-cing années de mission dans la Haute-Éthiopie, t. TX, p. 16, Le premier volurie de cet ouvrage a seul été traduit en français par l'abbé Abel Gaveau, Lille, 8. d,

®) En 1875, la mission catholique du Choa, dirigée par Mgr, Massaja, comprenait un prélat français Mgr. Taurin, coadjuteur de Mgr. Massaja, les pères Louis de Gonzague et Ferdinand, Ses principaux établissements étaient, dans les domaines du roi de Choa: Escha, Fekrié Gumb, Houen Amba, Aman, Daro Mikael, Finfini. Dans les pays galla indépendants, le principal siège de la mission catholique se trouvait

* à Kafla ; venaient ensuite Lagarnara, Ghera, Gemma, Abba Giffär etc. ; ces établis-

sements étaient desservis par Mgr. Coccino, évêque du Maroc in paräbus ct le pèro Léon. Il existait aussi au Choa, à cette époque, une mission protestante, composée de son chef M. Mayer et de deux autres Allemands, MM. Grainer et Jacob, qui s'étaient installés à Mal House. (Cf. Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1878, p. go1 et suiv, article de Louis-Lande sur le voyageur Arnoux.)

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un transfuge de la cour de l’empereur Johannès, le ras Ali Bourrou - Quelques années plus tôt, Bourrou, conseiller intime de Kassa (), s'était rendu en Égypte? chargé de mission par son maître S); il était entré en contact avec Munzinger, à qui il eut l’occasion de se service (4), Passé au service de Ménélik ®), il devint à la fois le consciller et l'agent d’exéeution de son nouveau maître dans les rapports que ce dernier voulait nouer avec l'Égypte. En février 1874, Ménélik avait écrit au Khédive Fsmaïl une lettre (9 que Munzinger fut prié de transmettre à destination (), Le moudir général du Soudan oriental ®) avait de bonnes raisons de favoriser le souverain du Choa. D'une part, Ménékik prenait grand soin des sujets égyptiens qui se rendaient dans ses États ; de l'autre, loin de s'unir à Kassa, il prétendait conserver son indépendance (}, et l’on disait même . qu'ils étaient sur le point d’en venir aux mains (0, Aussi Munzinger fit-il diligence pour transmettre au Caire la lettre de Ménélik. Dans cette missive, rédigée en abyssin, le roi du Ghoa sollicitait les conseils du Khédive en vue « du développement des sciences en Abyssinie» 3 il désirait, disait-l, le bien de ses sujets et le progrès de son pays, mais les brigands et les voleurs étaient très nombreux et 1] n’y existait aucune organisation ; aussi demandait-il qu’on lui envoyât « des personnes de confiance ayant une connaissance approfondie des arts et des métiers (l)»,

1 Sur ce personnage, cf, t, I, a° partio, p. 336, 70, Lo,

Le futur empereur Johannès,

"Une première mission eut lieu en février 1869 (ef. t. TIT, 2° partie, p, 304) tlune deuxième à P’automne de 1870 (cf. t, IIT, o° partio, p, 316).

CI, 4, HIT, a° partie, p. 311, 814.

1 En novembre 1874 d'après une lettre de M. Pellissier en date du 23 août

La lettre était datée du 26 Touba 1866, qui correspond nu 3 février 1874, |

FI AA, Reg. 1875, Arr. Maïa Sanieh, pièce 5a, p. 95, Munzinger à la Maïa, 10 mai 1874,

1 C'était le titre de Munzinger.

AA. Reg. 1875, Arr, Maïa Soniel, pièce 34, p. 50, Munzinger à la Maïa,

tt janvier 1874.

PM AA., Reg. 1895, Arr, Maïa Sanieh, pièce 5a, p.95, Munzinger à Ja Maïa, 10 mai 188,

OU AA, Reg. 1950 (a° partie), Dép, Maïa Sanieh, pièce 191, p, 7 le mihradar à \ubaingeh,. 14 juin 1874,

mme

Après avoir lu cette lettre, le Khédive demanda à Munzinger des éclaircissements. Que voulait exactement Ménélik? Quelles sciences et quels métiers désirait-1l mtroduire dans son pays ?Munzinger répondit par des propositions (} dont le Khédive s’inspira pour rédiger sa réponse à Ménélik #), Cette lettre, toutefois, ne parvint pas à sa destination, le gouverneur de Massawa l'ayant, on l’a vu, adressée par erreur à l’empereur Johannès (‘), À la fin de l'année 1874, arriva en Abyssinie le voyageur français Arnoux (®). Parti de Marseille l’année précédente, avec MM. Jaubert, Dissard et Béranger, il était passé au mois de février à Aden, où il avait déclaré au résident politique qu’il comptait se rendre à Ankobar, capitale du Choa, et établir un comptoir à Obock en vue d'ouvrir une route commerciale entre l’Abyssinie et la côte 9, À Zeyla, où il débarqua le 28 février 1894, il reçut une lettre de Ménélik, l’avisant que l'émir Aboubekr était chargé de lui procurer les moyens de transport et les guides nécessaires pour le conduire au Ghoa. Le 4 mars, Arnoux quittait en conséquence Zeyla pour Embabo, localité située sur la rive nord du golfe de Tadjoura, où la caravane devait s'organiser sous la conduite du fils d’Aboubekr, Il y resta plusieurs mois, retenu, déclare-t-il, par les intrigues de Munzinger qui voulait à tout prix empêcher son départ, et à l'instigation duquel Aboubekr inventa mille prétextes pour le retarder, Finalement, le 22 septembre 1874, Arnoux quitta Embabo pour le Ghoa. En cours de route, MM, Jissard et Béranger furent assassinés par deux

indigènes de la tribu des Adel (, Vers la fin de novembre, Arnoux arriva

enfin à Litché et fut reçgn par Ménélik le 17 janvier 1875. C’est à cette époque que Ménélik proclama l'abolition de l'esclavage dans son royaume. En vertu de cet édit, tout chrétien éthiopien ne pourrait plus désormais

(2? Nous n'avons pas retrouvé la lettre que Munzinger adressa au mihradar en réponse à la sienne du 14 juin 1874, (1 AA, Rog, 1871, Dép. Maïa Sanieh, pièce 23, p. 73, la Maïa à Munzinger,

8 août 1874.

61 Cf, supra, p. 718,

1 Sur ce péron nas le but de son voyage et ses précédents rapports avec Ménélik, ef, t. IT, 2° partie, p. 363 note 1,

® I, O., Letlers from Aden,-vol, 47, le résident politique d’Aden au gouvernement A Bombay, a6 février 1874.

SV hs A AVAÏ!

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