D) HABILLEMENT DES TROUPES
Un atelier de couture avait été installé au Taka, où des ouvriers mililatres, au nombre de 53, étaient employés à la confection de vêtements destinés aux soldats du 2° régiment d'infanterie soudanaise et des compagnies de mouhafizines, ainsi qu'aux hommes composant les compagnies
A. A, Reg. 97, Arr, Abd., pièce 58, le vékil des travaux du Soudan à Khairi pacha, 21 octobre 1874.
PA, À., Reg. 3636, Dép, Gouvernorat de Souakin, pièco 8, p. 66, lo gouverneur de Souakin au Ministre de la Guerre, a3 août 1895,
®) À, À,, Reg, sans numéro, Dép, Maïa Sanieh, p. 28, le mihradar au Ministre de là Guerre, 28 octobre 1875.
PA, A., Reg. 148, Dép, Maïa Sanih, pièce 74, p. 24, le miradar au SOUSgouverneur de Massawa, 9 4 novembre 1875.
5 Cf, supra, p. 835.
(9 À, A., Reg. 2805, Dép. Gouvernoral de Massawa, pièce 70, p. 87, Île gouverneur le Massawa au Ministère de la Guerre, 5 septembre 1875.
de travaux et aux élèves de l’école, ce qui faisait en toul 4000 mdiidu, environ à vêtir. Les dépenses de l'atelier, tant en salaires et rations (ETAT frais d’habillement, s’élevaient chaque année à 80 bourses. Munzinger jugea qu'il serait bon, pour gagner du temps el économiser la maind'œuvre, de faire usage de machines à coudre, analogues à celles qui exis. aient en Éy gypte, et il demanda l'autorisation d'envoyer trois ouvriers au Caire pour faire un stage d’un mois dans les ateliers de couture de ln capitale, afin d'apprendre le maniement de la machine à coudre ; leur instruction terminée, ces hommes seraient renvoyés au Taka avec deux de ces machines (, Nous ne savons quelle réponse le Khédive fit à cette requête. Ce qui est certain, c'est que les vêtements fabriqués au Taka étaient d’unc confection assez médiocre et ne pouvaient être comparés, pour l'élégance de leur coupe, à ceux qui provenaient du Gaire, Aussi les soldats du 2° régiment d'infanterie, habillés des produits de l'industrie locale, se plaignirent-ils d’être moins bien traités que ceux du bataillon de la maamourieh qui, eux, recevaient leur habillement de la capitale directement, Munzinger demanda alors au Ministère de la Guerre de lui envoyer l’habillement nécessaire aux 1.700 hommes composant le a° ré. giment d'infanterie, en faisant valoir que la diflérence de prix entre les vêtements confectionnés sur place et ceux envoyés du Caire n’était que de 200 bourses seulement %), Les chaussures nécessaires à la troupe furent également demandées au Gaire ff},
E) RECRUTEMENT DE MOURDANES,
En avril 1875, le vice-roi demanda à Munzinger, comme il l'avait fait à Ayoub pacha et à Khaled pacha, de lui envoyer des mourdanes et fixu même à 3000 le nombre d'hommes à recruter dans le Soudan oriental ff),
1 A, À. Reg, 1720, Arr, Cahadieh, pièce 33, p, 64, MRREngeE à la Maïa, 29 juillet 1874.
OA, A,, Reg, 5, Arr. cfaïa Sunieh, pièce 8, p. 12, Munzinger à la Maïa, 12 septembre 1874.
6) A, A,, Rep, 5, Arr, Maïa Saniek, pièce a, p, 12, Munzinger à Ja Maïa, 19 septembre 1894,
M A,A., Reg. 0, Dép, Abd, pièce 333, Khairi pacha à Alreddin bey, 25 avril 1875.
Mlaeddin bey, qui recut la dépêche, répondit, en fonctionnaire diseipliné, que la chose élail possible à condition de prendre quelques précaulions. La grande majorité des mourdanes, expliqua-t-il, se trouvait chez les chefs et les notables arabes, ainsi que chez les parents de ces derniers. Un commencerait done par réunir les chefs el les notables au chef-lieu administratif de chaque région, et on leur demandorait de céder un cer- {ain nombre de leurs nègres en vue de les enrôler dans l'armée. Ce nombre une fois réuni, on leur ferait comprendre qu'il ne suffisait pas et qu’ils devraient en recruter d’autres parmi les Arabes dont ils connaissaient les ressources. Ces derniers, en voyant qu’on avait commencé par prendre les nègres appartenant à leurs chefs, ne feraient pas d'opposition et le recrutement serait facile. Si, au contraire, on indiquait aux chefs, dès le début, le nombre de nègres dont on avait besoin, ils s’empresseraient de les prendre parmi les Arabes sans céder aucun de ceux qui leur appartenaient en propre(. Ces propositions parurent judicieuses au Khédive qui les approuva P). Toutefois, avant de passer à l’exécution, le vice-roi voulut avoir l'avis de Munzinger et savoir notamment s’il convenait de prendre les nègres fournis par les Arabes contre l'abandon des arriérés d'impôts dus par ces derniers P).
Ainsi invité à se prononcer, Munzinger présenta quelques observations «personnelles». [ expliqua qu’à la suite de la mise en quarantaine, pendant près d’un an, des ports des côtes de la mer Rouge, les commerçants de Souakin et de Massawa, qui vivaient du commerce d'importation et d'exportation, avaient vu leurs opérations commerciales paralysées. En second lieu, au cours de cette année, plus de 200.000 vaches et bœufs appartenant aux Arabes et aux habitants du Soudan oriental avaient péri ; la culture du doura avait été ravagée par les sauterelles et le froid avait anéanti la plus grande partie de la récolte cotonnière, En troisième lieu. les transports pour le compte de l'État avaient fortement augmenté celte année au départ de Souakin et, pour les assurer, on avait dû réunir un grand nombre de chameaux et les distraire du transport plus rémunérateur des marchandises, d’où une nouvelle cause de diminution de recettes
0 A. A., Reg, 3o, Arr. Abd. pièes Gag, Alacddin bey à Khaïri pacha, 3 mai 1875.
F1 A A., Reg. ao, Dép. Abd., pièce 390, Khairi pacha à Alaeddin bey, 5 mai 1875, . FI À, A,, Reg. 20, Dép. Abd,, pièce 408, Khairi pacha à Munzinger, g mai 1875.
pour les Arabes ; cn otre, un grand nombre de bêtes de somme avant péri au cours de ces transports. Si, poursuivait Munzinger, en sus de cms calamités, on enlevait aux Arabes ct aux habitants Les nègres qui les aident dans la culture et le commerce, il élait certain que celte mesure äecroitrant leur misère, ear ils ne pourraient pas les remplacer en raison de l'abohlion complète de la traite. Le moudir général proposait done une autre solution. Le voyage qu’il venait de laire à Gallabat montrait qu'on puuvait réduire l’effectif de la garnison de cette place de 450 soldats emiron qui seraient envoyés à Khartoum. Ce nombre pourrait être porté à 1000, au moyen de prélèvements ellecluées sur le 2° régiment d'infanterie, les compagnies de mouhafizines el les détachements commis à la garde des bâtiments administratifs. L’ordi de Mohamed agha Orfali, qui était étabh partie à Gallabat et partie chez les Dabaïné, pourrait, de son côté, fournir 250 hommes. Ainsi, sclon Munzinger, le Soudan oriental pourrait à lui seul fournir un nombre respectable de troupes, sans qu’il fût nécessaire de recruter des mourdanes (),
Cette réponse ne fut pas du tout du goût. du Khédive qui déclara que Munzinger présentait des excuses sans aucun rapport avec la question à résoudre. Son indignation et sa colère furent même telles que, au dire de Khairi pacha, il décida de Le licencier @l, Sur son ordre, une lettre [ul préparée pour Munzinger, dans laquelle le vice-roi s’exprimait comme il suit :
« Jai pris connaissance de la dépêche que vous avez envoyée pour faire savoir qu'il ne vous est pas possible d’envoyer les hommes qui vous avaient été demandés, donnant comme motif la mortalité qui s’est produite dans les bestiaux et les inconvénients qu’il y aurait à prendre des hommes dans les provinces placées sous votre administration, car rela aurait pour premier résultat d'en éloigner la population dont une grande partie est nomade,
« Cette demande vous avait été faite d’après un avis du Conseil privé qui, voyant que les provinces que vous administrez et dont la populalion est considérable, arrivent seulement à se suffire à elle-même, que la eul-
M À, À., Reg. 82, Arr, Abd,, pièce 1, Munzinger à Khairi pacha, 9 mai 1875. BI A, A., Rog. 23, Dép. Abd, pièce 18, Khairi pacha à Ayoub pacha, 18 mai 1870.
Lure du coton qui avait été introduite par votre prédécesseur à, depuis, été Loujours en diminuant et à fini par disparaitre complètement, que cette année la production en céréales n'avait même pas été suffisante el que vous aviez été dans la nécessité d’en faire venir du dehors, avait pensé, pour compeuser les sacrifices, que vous pourriez envoyer les hommes qu’on vous demandait, alin d'apporter un soulagement à nos populations agricoles de l'Égypte. Votre réponse, vous devez le comprendre, a donné lieu à des observations sur votre administration et sur le peu de résultat que vous avez obtenu.
« Hinest assez dilicile de répondre à ces observations, mis j ai toutefois pris votre défénse en disant que vous vous étiez d’abord attaché à moraliser la population et que le progrès matériel viendrait ensuite. Il m'a été répondu que rien dans vos rapports et dans votre administration n'indiquait chez vous un plan arrêté permettant d'espérer que vous arriveriez un jour à obtenir des résultats utiles, qu'il était nécessaire de s'occuper du progrès moral des populations, mais que le progrès matériel devait se faire en même temps, que l’un n'exclut pas l’autre et qu'au contraire on avait toujours constaté en Égypte, aussi bien (que dans tous les autres pays, que les provinces les plus riches et dont les populations sont les plus laborieuses sont aussi celles où la moralité est la plus avancée, car le travail est le meilleur agent moralisateur, Le Conseil fait observer que les populations des provinces que vous administrez sont paresseuses el que si vous les laissez à elles-mêmes, elles ne produiront jamais rien ; qu'il faut les forcer au travail, et on a cité l'exemple de la culture du colon en Égypte pour laquelle propriétaires et paysans montraient une répugnance presque invincible, Méhémet Ali a employé pour l’introduire les mesures les plus énergiques, même souvent les plus arbitraires, et aujourd’hui l” Égypte bénit son nom, car en forçant les propriétaires à cette culture, il a fait la richesse du pays.
« Le Conseil, aussi, fait des comparaisons entre votre administration et celle du colonel Gordon qui, depuis un an à peine à la tête des provinces équatoriales, est arrivé à ce que non seulement ces provinces se suflisent à elles-mêmes, mais qu'elles envoient en outre-au Caire des produits considérables en ivoire et autres objets. En ce qui concerne la question des hommes, on a fait aussi remarquer que le colonel Gordon enrôle les
nègres qui se prése lent volontairement, les instruit el en forme des soldats qui remplaceront peu à peu les troupes égyptiennes. Vous voyrz, ion cher Munzinger bey, que je vous dis très complètement toutes les criliques dont votre administration est l’objet de la part du Conseil prné et auxquelles if m'est difficile de répondre, La grande estime et la sinecre amitié que j'ai pour vous m'ont fait un devoir de vous les faire connaitre.
« Maintenant, je me souviens que l’année dernière, vous m'avez éerit pour me dire que le territoire que vous aviez à administrer élait trop étendu pour que vous puissiez en surveiller utilement toutes les aflaires et pour me demander de vous décharger de l'administration des provinces de Taka, de Souakin et de... (0, et de ne vous laisser que celles de Massawa et de Bogos. Je n'avais pas à cette époque répondu à votre lettre ; mais, en présence des observations du Conseil privé et apprécinnt les motifs qui vous avaient déterminé à m'adresser cette demande, j'ai décidé d'y faire droit et je vais nommer un gouverneur général pour ces trois provinces.qui seront administrées, jusqu'à son arrivée, par Alaeddin eflendi,
« Si Loutefois depuis cette époque vous aviez changé d'avis et que vous ne désiriez pas conserver même Massawa et Bogos et que vous préfériez retourner au Caire, dites-le moi très franchement. Dans ce cas, je vous donnerai iet une situation très honorable et je serai heureux de vous avoir auprès de moi, car vous me seriez très utile par votre intelligence et par los connaissances que vous avez des pays que vous habitez depuis si longtemps, Ÿ 4 |
« Vous pouvez compter, mon cher Munzinger bey, quelle que soil l décision que vous prendrez, sur ma bienveillance toute particulière et je vous prie de croire à mes sentiments de sincère amitié.»
Il y a lieu de penser que cette lettre, qui n’est pas datée, ne fut jamais expédiée à son destinataire, car si elle étais parvenue à Munzinger, à est bien certain que le moudir général du Soudan oriental ne serait pas rest à son poste; or il femeura en fonctions. I est done probable qu'après réllexion, le Khédive revint sur son mouvement de mauvaise humeur et reconnut qu'il ne devait pas tenir rigueur à ce haut fonctionnaire d’avoir
{1} Un blanc dans le texte,
" L'ARMÉE, ions 1213
parlé avec franchise. Quant à la question des mourdanes, elle fut, semblet-il, enterrée avec la lettre, ear on n’en entendit plus parler au Soudan oriental,