D) INDISGIPLINE DES TROUPES IRRÉGULIÈRES
Les différentes formations de bachi-bouzouks et de GChaïghié suseilérent parfois des difficultés aux autorités. L'ordi du serbiada Ismaïl Hakki bey, qui était établi À Sinkat, avait, on Va vu, fourni 54 soldats à Munzinger lors de son départ pour Aoussa, À leur arrivée à Tadjoura, ces bachi-bouzouks se plaignirent de l’insuffisance de leur salaire et refisèrent d'aller plus loin 6); il fallut les renvoyer à Sinkat, À leur arrivée à Souakin, 46 d’entre eux refusèrent de partir pour Sinkat, sous prétexte qu'Ismail bey leur avait promis un salaire de 300 piastres alors qu’ils n’en touchaient que 100 ©). Au début de novembre 1875, l'ordi reçut l’ordre de partir pour Khartoum avec deux canons de mantagne ct un lance-fusées qui devaient rester dans la capitale du Sondan }; comme cette unité n'avait pas d'écrivain, Ismaïl Hakki bey, qui se trouvait en Ég pte; en. réclama un avant de quitter Suez, mais le Ministère des Dés ne fut “pas en état de le lui fournir ; l'ordi manquait également de gourdes et d'autres, nécessaires pour entreprendre un voyage au désert, de reyolvers et de munitions (, À l’arrivée d’Ismaïl Hakki bey à Souakin, ses (roupes virent soudain changer leur destination; 200 hommes furent. expédiés d'urgence à Massawa, où la situation était devenue très tendue à la suite de la défaite d’Arendrup ; ils y arrivèrent le 27 novembre et n'y restèrent que peu de temps, car ‘quelques jours après ils furent
(0 Cf. supra, p. 793, 794.
PI A. À,, Rep, 33, Arr. Abd, pièee 635, le gonverneur de Souakin à la Maïa Sanich, 5 novembre 1875.
1 À, A., Rog. 35, Dép. Abd.. pièce 301, le Cabinet du Khédive à Khaled pacha, 7 novembre 1875,
(À, À., Reg. 33, Arr, Abd. pièce 613, Ismaïl Hakki hey à Khairi pacha, 7 novembre 1896.
WA. A., Reg. 33, Arr, Abd., pièce 631, Ismaïl Hakki boy à Khairi pacha, recu le 8 novembre 1895.
renvoyés à Souakin, d’o ils devaient prendre la route de Khartoum. Douze soldats refusèrent alors de suivre leur chef. L'un d'eux, qui étant derviche, se plaignit de ne rien connaître au métier de bachi-bouzouk et les onze autres déclarèrent qu'ils ne voulaient pas demeurer sous les ordres de ce serbiada. Après avoir rendu compte au Caire de cet acte d’insubordination, le gouverneur de Souakin proposa de garder ces hommes chez lui et de les employer provisoirement au gouvernorat comme boulouk-bachis ou artilleurs, aux conditions de solde habituelles chez les bachi-bouzouks, soit 120 piasires par mois, en attendant le passage d'un autre sersawari qui les prendrait dans son ordi}, Quelques semaines plus tard, lorsque le binbachi Osman agha fut affecté par le Ministère des Finances à l'ordi d'Ismaïl Hakki hey, il prit au passage et emmena les douze soldats récaleitrants ().
Quelque temps auparavant, un bouloukbachi de la troupe d’fsmail bey, nommé Ahmed agha, s'était plaint à la maamourieh de Sinkat d'avoir été attaqué par quatre hommes de troupe qui avaient tiré sur lui des coups de pistolet (1), En mars 1876, un autre bouloukbachi, récemment arrivé à Souakin, s’enivra et, sans motif aucun, Lua à coups de pistolet un enfant près duquel il passait et continua froidement sa route (5), Ces divers incidents montrent, semble-t-il, que la discipline, parmi les soldats irréguliers, était fort relâchée. Parlant des deux ordis de Ghaïghié qui se trouvaient à Souakin, à la disposition du sirdar, le vice-roi reconnaissait d’ailleurs que les Ghaïghié étaient de nature «portés au mal»; e’étaient des troupes fort mal armées, exigeantes et difficiles en service ;
(AA, Ro, a5, Dép. Abd,, pièce 473, Khairi pacha au gouverneur de Souakin, ag novembre 1875 ; Reg. 34, Arr, Abd, pièce 53a, le gouverneur de Souakin à În Maïa Sanich, 10 décembre 1875.
O1 A, À., Reg. 148, Dép, Maïa Sanieh, pièce 153,p. 18, Khairi pacha au gouvernour de Souakin,: 9 février 1896, mentionnant une lettre du dit gouverneur en date du 14 décembre 1875.
GA, A., Reg. 37, Arr, Abd. pièce a6o, le gouverneur de Souakin à la Maïo Sanieh, a8 février 1876.
O1 A, A., Reg. 8636, Dép. Gouvernorat de Souakin, pièce 11, p. 66, le gouverneur de Souakin au Ministre de Ja Guerre, 5 novembre 1875.
6 A. A., Reg. 88, 4rr. Abd. pièce aa9, le gouverneur de Souakin à Khnii pack 31 mars 1876. Ù
L'ARMÉE, 1215 EE aussi, après les avoir fait venir à Massawa, Rateb pacha renonça-t-il à
s'en servir {), BE) RAVITALLLEMENT DES TROUPES.
La nourriture des troupes posait sans cesse de nouveaux problèmes aux autorités. C'est ainsi qu'à Souakin, où s'étaient accumulées au mois d'août 1876 plusieurs compag mies de mourdanes, le gouverneur manquait de vivres pour les nourrir. [ n'était pas moins embarrassé des deux ordis de Chaïghié qu'il avait reçu l'ordre d'installer à Sinkat, car il n'avait ni tentes pour les abriter ni provisions pour les nourrir ®}, À Massawa, les cavaliers arabes et bachi-bouzouks du sersawari Aly Kachef agha, qui se trouvaient répartis en différents points éloignés du bandar, éprouvaient de sérieuses difficullés à s’approvisionner ; on décida alors de leur servir des rations, par analogie avée ce qui avait été déjà fait pour les troupes irrégulières de Ragab agha et d’Ismaïl Hakki bey ®. Un problème plus important se posa lorsqu'il s’agit de ravitailler Senhit (), À la fin de septembre 1876, le gouverneur général du Soudan reçut l'ordre de faire fournir par les Arabes de la tribu des Choukrié le maïs nécessaire à la nourriture des soldats établis dans cctte place {6}, [smaïl Ayoub pacha fit aussitôt observer que les Arabes du Taka, tels que les Hadendoa, les Beni- Amer, les Hallenga, etce., qui étaient beaucoup plus proches du Senhit, se trouvaient mieux à même de fournir les grains requis que les Choukrié qui, vivant près de Khartoum et de Sennar, se trouvaient à quinze jours de distance de cette place. De plus, ces derniers approvisionnaient déjà en céréales la garnison de Khartoum ainsi que celles de Guedaref et de Gallabat ; enfin les deux bedens qui avaient été détachés de leur tribu
(3 Cf, supra, p. 1079.
F1 À, À., Reg. 3620, Dép. Gouvernorat de Souakin, pièce 19, p, 89, le gouverneur de Souakin au Ministère de la Guerre, 35 âoût 1876.
M A, À., Reg. 15, Arr. Maïa Saniek, pièce 34, | P. 176, le Ministre des Finances à la Maïa, 15 septembre 1876.
M Cf, supra, p. 1079, PA, A,,Reg, 13, Dép, Maïa Saniek, p. ah, la Maïa à Ayoub pacha, 30 septembra
pour être englobés dans fi Soudan oriental), ne leur avaient pas encore été vestitués, en dépit de la promesse formelle qui en avait été faite, Mais le vice-roi passa outre à ces objections et ordonna au vékil des travaux à Khartoum d'envoyer à Senhit. les 2000 ‘ardebs réelamés tou d'abord par Aleddin bey 1}, Mohamed agba Orfali, maamour délégrur auprès des Choukrié, et Awad Kerim, cheikh et naziv de cette tribu, reçurent en conséquence du vékil l’ordre d'envoyer à Kassala la quantité de grains requise , De son côté, le maamour chargé de l'administration de la moudirieh du Taka reçut du (aire l'ordre de faive transporter au fur el à mesure à Senhit Les quantités de doura qui arriveraient À Kassala 6}, Mais Alaeddin bey fit alors observer que le doura devrait être trunsporté jusqu’à Senhit même avec les chameaux des Ghoukrié, et la Maïa, ayant accepté ce point de vue, transmit un ordre en conséquence au vékil des travaux à Khartoum {9}, Celui-ci ne manqua pas de soulever les ohjeetions habituelles : le transport du doura à Senhit par les chameaux des Choukrié, dit-il, présenterait de grosses diflicultés, at.ces Arabes risque. raient de voir mourir leurs bêtes en cours de route ; de plus le Taka possédait un plus grand nombre de chameaux quelles Choukrié, de sorte que si ceux-ci livraient le doura À Kassala, il serait facile de l'envoyer à Senhit avec les moyens de transport dont disposait cette moudirieh, ce qui ferait gagner du temps {}, Mais Alaeddin bey ne l’entendit pas de cette oreille,
« Les moudiriehs de Khartoum et du Taka sont voisines, éervit-il au
Caive ; leurs frontières se touchent. La tribu des Choukrié est très rappro-
1 Cf. supra, p. 1097, 1098.
@ AZ A., Reg. 17, Arr, Maïa Sanieh, pièce 13 Mourour, p. 119, ,Aÿonb pacha à la Maïa Sanieh, à octobre 1876.
4) À, À., Reg. 31, Dép, Abd., pièce 3a a, Khairi pacha au vékil des travaux à Khartoum, 7 octobre 1876,
(A, A, Reg. 4o, Arr. Abd., pièce 119, é vékil des travaux à Khartoum à Khairi pacha, 8 octobre 1876.
(6) A, A., Rog. 41, Dép. Abd., pièce 353, Khairi Me au maamour du Taka, 14 octobre 1876.
(A, À., Reg. 31, Dép. Abd., pièco 365, Khairi pacha au vékil des travaux du Soudan, 16 octobre 1876. |
O À, A, Reg, 43, Arr, Abd., pièce 20, le vékil des travaux du Soudan à Kbairi pacha, 17 octobre 1876,
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rhée de Kassala et possède un grand nombre de chameaux, De plus, les Arabes Ghoukrié passent souvent dans cette région avec des marchandises, des céréales ct du doura.., Le transport du doura via Kassala demandera heaucoup de temps et nous n'avons plus que pour onze Jours de vivres... G'est pourquoi nous vous prions de donner des instruetions pour que le transport à Senhit des 2000 ardebs demandés actuellement soit eflectué ectte fois-ci suv les chameaux des Choukrié...» Alaeddin bey ajoutait qu'il devait constituer un stock de doura poux nourrir ses troupes pendant une année et qu'il aurait encore besoin à cet effet de 12.000 ardebs de grains M), : : '
Mis en demeure d'effectuer le transport indiqué, le vékil des travaux du Soudan s’imelina (), Près de trois semaines s'étaient écoulées en diseussions stériles et pas un ardeb de doura n'avait encore atteint lo garnison affamée. Rateh pacha se plaignit de ces lenteurs. Khairi pacha donna alors au vékil des travaux à Khartoum l’ordre de déléguer un représentant sur place pour surveiller lexpédition des grains 6), Abd el-Razzak bey prescrivit en conséquence au miaamour chargé de l'administration de la moudirieh de Khartoum de se rendre en l’espace de cinq jours à l’Atban, région d’où provenait le doura et qui n'était qu'à vingt-quatre heures de distance du Taka, De son côté, Alaeddin bey délégua un exprès pour accélérer le travail, Le 27 octobre rien, cependant, n’était encore arrivé à Senhit 6}, Pressé de nouveau par la Maïa, le vékil des trnvaux à Khartoum finit par dire, le 3 novembre, que 225 ardebs de doura avaient été expédiés à Senhit avec 150 chameaux, et que 5oo autres animaux avaient été rassemblés en. vue du transport; mais, comme le doura se trouvait en minime quantité à F’'Atbara, Mohamed agha Orfali
1) À, A., Rep. 43, Arr. Abd. pièce 5, Alaeddin bey à Khaïri pacha, 1 6 octobre 1876,
CAS A., Reg, 81, Dép. Abd., pièce 878, Khairi pacha au vékil des travaux du Soudan, 18 octobre 1876 ; Reg. 48, Arr. Abd,, pièee 4e, lo vékil des travaux du Soudan à Khairi pacha, 18 octobre 1876.
81 À, À., Reg. 31, Dép. Abd, pièce 387, Khairi pacha : au vékil des dravaux di Soudan, 22 octobre 1836. ‘. :.
WA. À,, Reg. 43, Arr. Abd., pièce 63, le vékil des travanx à Khartoum à Khairi pacha, 22 octobre 1876.
® À, À., Reg. 43, Arr, Abd., pièce 97, Rateb pacha à Khairi pacha, 27 Libre 1876,
Hat, du vègue du Khéd. Jamaïl, & HE, 77
el Awad Kerim avaient dû se rendre à Guedaref pour chercher la quantits manquante, qui serait expédiée dans quelques jours (), Le 15 novembre, cependant, Senhit n'avait pas encore reçu le moindre grain. Alaeddin be décida alors de se rendre en personne au Taka pour activer son'envoi On aime à croire que malgré toutes les lenteurs opposées par les exérutants, il finit par recevoir les 2000 ardebs, dont il avait un urgent besoin, Mais il est peu probable qu'il en ait reçu davantage. En février 1833, Ismaïl Ayoub pacha déclara en eflet qu’il ne pouvait fournir les 10.600 ardebs nécessaires à l’approvisionnement de Senhit ). Informé de ce refus, Alaeddin bey fit valoir que les cultures du Taka, ivriguées par l'eau de pluie, avaient été attaquées par les sauterelles, de même que celles des Barea et des Bazen qui fournissaient habituellement les provisions requises aux garnisons d'Amideb et de Senhit ; une très petite partie de ces cultures, seulement, avait pu être sauvée. Par ailleurs, la récolte de muis produite dans le bassin du Gach, au Taka, ne suffisait pas à couvrir tous les besoins ; le vékil général du Soudan oriental concluait que la hokoumdaria devrait lui envoyer au moins 4000 ardebs de doura, au lieu des 10.000 précédemment demandés {1}, Alors le hokoumdar plaida lui aussi la misère. Il exécuterait, dit-il, l'ordre reçu en dépit du fait que les sauterelles avaient dévasté Les cultures de la région de Guedaref et des Ghoukrié, chargée de fournir le maïs requis, mais « comme chaque région possède ses recettes etassume ses propres dépenses», il demanda qu'Alaeddin bey lui envoyät le prix du doura, ainsi que les frais de son transport à dos de chameau jusqu’à Kassala ; après quoi, il procéderait à L'achat du maïs requis (9, Toute cette correspondance montre que l'esprit d'evtr'aide
AA. Reg. 43, Arr, Abd, pièce 148, le vékil des travaux à Khartoum à Khaini
pacha, 3 otébrs 1876, GE) AA, Reg. 48, Arr, AbL, pièee 202, Alacddin bey à Khaivi pacha, 15 novembre
GA, A., Rep. 15 5, Arr, Abd., pièce 186, Alacddin bey à Khairi pacha, 5 février
18773 Reg. a1, Dép. Maïa Sanirh, pièce 5, p. 18, Khairi pen à à so pacha, 11
février 1899.
(3 À, A., Reg. 24, Arr, Maïa Sanieh, pièce g Mourour, p. 25, Ayoub pacha à Ja
Maïa, 1 6 février 1877.
GA, A., Reg. 39, Dép. Abd, pièce 47, Khairi pacha à Alacddin bey, 5 février
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n'existait pas entre les diverses parties du Soudan et que des habitudes invétérées s’opposaient à une utilisation rationnelle des ressources de ce vaste pays. « Nous nous trouvons Lous sur un terroin qui appartient à un seul royaume», écrivait cependant Alneddin bey quelque temps auparasant 0), On ne s'en serait guère douté en voyant les chieanes d’Ayoub pacha. Aussi bien ce dernier w’eut-il pas à exécuter l'ordre qu'il avait accepté à contre-cœur, car peu après Gordon pacha le remplaça comme youverneur général du Soudan et réunit le territoire de la hokoumdaria et le Soudan oriental sous sa diréction.