‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 113 sur 176 · D) LES IMPÔTS DE SOUAKIN · texte numérisé non relu

D) LES IMPÔTS DE SOUAKIN

Dans le gouvernorat de Souakin, il était d'usage d’affermer les impôts et cette ferme avait été attribuée, en 129 1 comme en 1290, moyennant le paiement d’une somme de 164 bourses et demie, Or, en juillet 1875, le nommé Rafa’Allah Omar, commerçant de Souakin, offrit d’affermer les impôts des régions de Sinkat et de Souakin, pour une période de deux ans, au prix de 380 bourses, soit 190 bourses par an ; ils’engageait de plus à payer les termes en espèces tous les quatre mois, à se conformer à tous les règlements concernant la perception des impôts et à rembourser au Trésor les impôts qu'il percevrait en sus de ceux payés en 1290 Le Khédive approuva l’octroi de la concession dans les conditions indiquées, mais le gouverneur de Souakin fit mieux encore : il mit la ferme

(À, À., Reg. 1942, Dép. Bureau du Soudan au Ministère des Finances (4° partie), pièce 38, p. 170, le vékil du dit bureau à la Maïa, 14 septembre 1876,

O3 À, AÀ., Rog. 17%, Arr. Maïa Sanieh, pièce 1 Mourour, p, 17, Munzinger à la Maïa, 14 septembre 1875.

À. À., Reg. 3, Ordres supérieurs, pièce 351, p. 156, O, $, au Ministère des Finances, 23 juillet 1875

des impôts en adjudicetion, suseita un compélileur à Rafa’Allah Omar et obtint de meilleurs prix. La ferme des impôts de Sinkat fut adjupée à Rafa’Aah au prix de 150 bourses, après surenchère entre le cheikh Osman et lui, sur une mise à prix de 100 bourses ; par contre, celle de, impôts de Souakin fut adjugée au cheikh Osman pour la somme de 340 bourses, après surenchère entre Rafa’Allah et lui, sur une mise à prix de 224-bourses. L'opération rapportait done 490 bourses au lieu de 380 (0, Par ailleurs, lorsque MeKillop pacha, directeur énéte al des Ports et Phares, passa à Souakin à la fin de 1875, il constata qu'aucun droi de phare n’était perçu sur les navires qui fréquentaient le port ; il proposa en conséquence d'établir un droit de » piastres par fonne sur les navires el un droit de 20 paras par ardeb sur les barques indigènes. L’orgranisation de cette perception devant entrainer la création d’un bureau dont la dépense mensuelle serait de 2.650 p'astres, on verrait au bout d'un mois s’il y avait intérêt à maintenir l'institution ),

É) LES FINANGES DE MASSAWA.

A Massawa, les finances, on l'a vu, souflraient d’un déficit chronique & . Les dépenses militaires exigées par la surveillance de la frontière d'Abyssinie en étaient cause, « Les 48.260 piastres d'impôts payés par les

Bogos, écrivait Arakel bey, ne sauraient suffire à l'entretien de la gar nison de Senhit ; cette tâche incombe done aux gouvernorats de Massawa et de

Souakin et à la moudirieh du Taka; c’est ainsi que le gouvernorat de Massawa a été engagé dans des deltes qui, fort heureusement, ont été liquidées cette année ;. mais Les ressources dont dispose Massawa pourraient être consacrées à nombre de travaux très nécessaires, si une forte partie n’en était détournée au profit de la garnison de Senhit. Souakin. également, aurait besoin de pouvoir profiter de ses revenus. Massawa et Souukin sont, en effet, de plus en plus fréquentés par les Européens;

FA, A, Rog. 11, Dép. Alaïa Sanieh, pièce 38, p. 86, le mihradar aux Minances, a8 novembre 1875.

GI A, A, Reg, 17, dr, Aluïa Sanieh, pièce 73, p. 51, Éd à à la Maïa, 17 fé vrier 1876,

&) CF 4, HT, a° partie, p. | 818, 53a et suiv., 545 ct suiv.

LES FINANCES, ptite 1299

ces deux places de commerce ont besoin d'améliorations qu’exige l’extension des affaires. Reste le Taka : il est obéré de dettes et il aurait besoin d'être mis à même de consacrer ses ressources à tous ses besoins ; ce serait le meilleur moyen de tirer successivement parti des richesses naturelles de la province 4,» Sur une observation que lui fit le Malié Pl sur sa gestion, Arakel prit la mouche : « Je n’aime pas à brûler de lencens sous mon nez, derivit-il à Barrot bey, ce n’est guère dans mes habitudes ; je veux pourlant, puisqu'on m’y oblige, relever quelques faits. lai pris le gouvernorat de Massawa endetté de 700.000 pistes environ, j'ai fait la ligne télégraphique d'ici à Senhit en deux mois, j'ai fait construire la nouvelle maison du gouvernement, j'ai ouvert un nouveau quartier, et, malgré l'épisootie qui n’a permis presque à aucune tribu de payer au eomplel son impôt annuel, le gouvernorat a liquidé ses dettes ; les employés et soldats sont payés régulièrement ; bien plus, je.suis obligé de pourvoir aux besoins des troupes en garnison à Senhit, territoire qui relève du Taka ; outre les envois de savon, d'huile etc., j’envoie à Senhit de l'argent pour les soldats ; je paie même les notes des créanciers de là moudirich du Taka, embarrassée d’acquitter un billet de 250 piastres ; malgré qu’on Hire sur mon pauvre gouvernorat de tous côtés à boulets rouges, je parviens à grand’peine à ne pas m'embourber de nouveau dans des dettes 8.» Nous ne savons comment Arakel bey s’y prit pour équilibrer son budget, “mais c'est un fait qu'il réussit à où Munzinger avait constamment échoué,

| F) LE BUDGRT DE 1292, "1

Munzinger décédé, il fallut bien tirer au elair ses comptes, notamment ceux de l'exercice financier 1291 qu'il n'avait présentés qu’en juillet 1875 et qui n'avaient pas reçu la sanction du Khédive, Le Ministère des Finances s’adressa en conséquence, en novembre 1875, au vékil du Soudan oriental pour lui demander des renseignements et lui dive de faire parvenir-aux Finances, en même temps que son projet de budget pour

{3 A, À., Arakel à Khairi pacha, Massawa, 1; #EemSre 1875, #) Ministère des linances au Caire, MA, A., Arakel à Barrot, Massawa, 15 ibn 1875.

l'année 19g9 li, fé A2 bourses et fraction qui représentaient l'écons. mie réalisée en 1290, ainsi que les sommes réalisées au même titre en 19914, «y compris le restant des revenus de la suline».

Le vékil garda prudemment le silence sur les sommes qui lui étaient réclamées et se contenta de présenter, le 18 mai 1876, un projet de budget pour I période s'étendant du 11 septembre 3895 au 34 de cembre 1876 P), Les recettes y étaient évaluées à 24.399 bourses 5: piastres 4 paras, les dépenses à 25.736 bourses 299 piastres & puras, ce qui luisail apparaître nn défieit de 1.337 bourses 224 piastres 4 parus. L'excédent des dépenses, expliquait Alieddin bey, provenait, d’une rt, de ce que les frais d'entretien du 2° régiment d'infanterie soudanaise avaient été mis à sa charge et la saline de Djeddah rattachée à la direction générale des salines ; d'autre part, de la difficulté rencontrée dans la perception des impôts en vaison de la destruction des récoltes des Arabes au cours des années précédentes et de la perte de leurs bestiaux. Le Ministérr des Finances releva, dans ce projet de budget, quelques erreurs qu'il corrigea ; il y ajouta « la diflérence de prix entre les rations servies at soldats en Égypte et celles servies à ceux du Soudan, ces derniers s'étant plaints de n'être pas traités à Pinstar dos premiers», de sorte que, linalement, le budget des dépenses fut fixé à 25.965 bourses 170 piastres 35 paras, ee qui portait le déficit à 1.566 bourses 95 piastres et 31 jaras 6), Encore celui-ei ne s’arrêta-t-il pas à ce chiffre, car les troupes ré gulières bachi-bouzouks et arabes du sersawari Aly Kachef agha ayant été rattachées au gouvernorat de Massawa () après la présentation du budget. ee dernier dut être modifié pour englober cette nouvelle dépense

13 Année budgétaire commençant le 11 septembre 1875,

@ Le Khédive avait en effet décidé, le 5 juin 1875, que désormais les comptes budgétaires ne seraient plus basés sur le calendrier copte, mais sur le calendrier grégorien,

BI A, A. Reg, 1942, Dép. Bureau du Soudan au Ministère des Finances (4° partie), pièce 33, p. 170, le vékil du bureau à. la Maïa, 14 septembre 1876.

@ A, A. Rey 15, Arr, Maïa Sanieh, pièce 34, p. 176, le Ministère des Finaners à la Maïa, 55 septembre 1876.

GA, À, Reg. 15, Arr, Maïa Sanieh, pièce 39, p. 199, le Ministère des Kinancrs à la Maïa, 19 novembre 1876: Reg. 11, Dép, Maïa Sanieh, pièce 250, p. 174, le mihradar au Ministère des Finances, 24 novembre 1876,

Pre

Îl ressort à l'évidence de ces divers comptes que les difficultés budgétaires rencontrées dans les différentes provinces du Soudan eurent leur srigine à la fois dans une estimation exagérée des recettes, où les impôts figuraient pour des sommes qu’il était en pratique impossible de percevoir, et dans les dépenses excessives qu'entraînail l'entretien de l’armée, dépenses hors de toute proportion avec les forces contributives des popu-

lations.

5. i- JUSTICE ET SÉCURITÉ PUBLIQUE, 4) EXTENSION AUX ARABES DU CODE DE JUSTICE MITATAIRE,

La séeurité publique, dans les pays arabes, dépend souvent de la promplitude de la justice. Les rixes étaient fréquentes entre indigènes et entrafnaient fréquemment mort d'homme. Sans doute les assassins étaient-ils arrêtés et jugés, mais un si long délai s’écoulait parfois avant l'exécution que celle-ci manquait partiellement son but, qui était de détourner les Arabes de leurs mauvaises mœurs par l'exemple du châtiment. C’est ainsi qu'en juillet 1874, un Arabe nommé Moussa Walad Hamed, de la tribu des Chaabâb, frappa d’un eoup de lance Aly Aly Hamed, cheikh de la tribu, qui mourut de sa blessure. L'assassin fut arrêté, mais pendant qu'on procédait à l'enquête, d’autres attaques se produisirent, Munzinger lit alors valoir au Caire que s'il était autorisé à faire passer publiquement par les armes toute personne reconnue coupable d'assassinat, ce prompt et sévère châtiment raménerait la sécurité. Il rappela qu'une mesure analogue avait été adoptée jadis à l'égard des déserteurs, dont l’exéeution avait eu lieu en présence des troupes, et qu’elle avait eu pour eflet de diminuer considérablement le nombre des désertions U},

Le vice-voi reconnut le bien-fondé de cette demande et fixa la procédure à suivre en pareil cas. « Toute condamnation tendant à faire passer par les armes, en présence des habitants, une personne reconnue coupable d'assassinat, écrivit-il à Munzinger, doit s’inspiver des lois militaires ; lors done qu'un individu mérite une pareille peine, un conseil de guerre doit être réuni pour examiner cette question et rendre sa sentence en

(A, A,, Reg. à5, Arr: Abd, Munzinger à là Maïa, 17 juillet 1874,

ait des lois miltaires, Une bi l'enquête entreprise el de jugement rendu, il devra être exéeuté par l'autorité compétente. En conséquence, tout Arabe sur lequel pèse une aceusation de cette nature devra être juyré en conformité des lois militaires, à l'exemple des soldats déserteurs.… Un conseil de guerre sera réuni et, après enquête, s’il est reconnu vonpable et condamné à être passé publiquement par les armes, nous vous antorisons à faire exéeuter cette sentence conformément aux lois mililaires,» Comme suite à celte décision, Munzinger prévint les Arabes qu'ils seraient désormais jugés militairement quand ils se rendraient conpahles d'assassinat {1},

Poe M. Marcopoli, aneien bone de la maamourieh de ] Équateur, licencié par Gordon, retourna en É Égypte, il se plaignit d'avoir été attaqué entre Berber et Souakin par des Bédouins qui l’avaient molesté et dévalisé ; l’examen médical auquel il fut soumis montra qu'il avait reçu à la tête quelques coups sans gravité. Le gouverneur de Sounkin ordonna aussitôt de se mettre à la recherche des brigands ©).

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