‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 114 sur 176 · B) RIXES ENTRE TRIBUS · texte numérisé non relu

B) RIXES ENTRE TRIBUS

Parmi les tribus qui s’interposaient entre le Taka et Gallabat, celle des Hamran était composée de chasseurs réputés 8}, Leur cheikh, nommé Aghill, fils du feu cheikh Owatt, habitait le village de Gwayha pendant la saison sèche, Selon lui, rares étaient les villages Hamran-en bordure de la Settite qui payassent l’impôl au gouvernement égyptien et ameun d'eux ne fournissait de soldats à l’armée soudanaise W), En février 1875, la consternation se répandif tout à coup parmi la tribu Hamran : un message venait d'arriver portant. que Wad Abou Sin, cheikh des Choukrié, par l'intermédiaire de qui les Hamran payaient l'impôt au Khédive, envoyuil des soldats au cheikh Aghill pour lui annoncer que l'impôt serait dorénn-

(À, À, Reg. 1948, Ordres supérieurs, pièce 18, p. 99, O. S, à Mnwzinger, 24 août 1874,

BI A, A, Roy. 3636, Dép. Gaucernorat de Souakin, pièce 11, p. 66, le gonverneur de Sounakin au Ministère de la Guerre, 5 novembre 1895.

® Sur cette tribu, ef, {. IT," a" partie, p. 4o et 158.

Cf, Arthur BR, Mvrns, Life œith the Hamran Arabe, p. 64,

vant doublé. À cette nouvelle, les habitants de plusieurs villages prirent la fuite. Cheikh Aghill lui-même déclara qu'il s’en irait si l’ordre n’était pas rapporté. Les nouveaux impôts, disait-on, monteraient à 24 dollars par tète et le sentiment général était que, comme celte somme ne pouvait être payée, an devait démolir les foyers et disperser les familles (#), Les Hamrvan exprimèrent à des voyageurs anglais, de passage chez eux, l'espoir d'être placés sous le gouvernement direct de Munzinger, en qui ils avaient rande confiance ®), La population, heureusement, en fut quitte pour la peur. On apprit bientôt, en eflet, que le cheikh Aghill avait été destitué par les autorités de Khartoum et remplacé par son oncle, et les indigènes se réjouirent de cette mesure car ils détestaient leur cheikh à cause de ses extorsions (},

Au printemps de l’année 1875, la grande tribu pastorale des Hadendoa était en fermentation, Les Choukrié avaient attaqué récemment quelques-uns de ses membres, tué six hommes et emporté des troupeaux. Une grande excitation régnait en conséquence parmi la tribu molestée. Les Hadendoa envoyèrent une députation à Munzinger pour lui demander de leur laisser régler ce différend à leur manière ; ils voulaient, disaientis, tuer leurs ennemis ou mourir en se vengeant, Le moudir général, qui était en tournée d'inspection, se hâta de rentrer à Kassala pour régler le différend (1, -

Les Basen (5), voisins des Hamran, constituaient une peuplade sauvage redoutée de tous. Les Abyssins, cependant, ne craignaïent pas de les atlaquer dans le but de réduire leurs femmes et leurs enfants en esclavage, L'envie ne manquait pas non plus aux Hamran de dépouiller leurs voisins, dont ils convoitaient le riche bétail; mais l'autorité égyptienne veillait et assurait la sécurité de cette tribu, En décembre 1875, le kaïmakan du 9° bataillon d'infanterie soudanaise, qui tenait garnison à Amideb, apprit du cheikh des Basen, nommé Koulkou, qu'un grand nombre de brigands étaient arrivés dans sa région avec l'intention

0 Cf, Arthur B, R. Mvens, Life with the Hamran Arabs, p, 179, 160. ® Jhid., p, #34.

6) Jin, p. 264.

) Jhid,, p. 253.

® Sur cette peuplade, ef, t. TT, 1°° partie, p. #0,

Hiet, du ségne du Khéd, Fsmaït, L NL, 58

d'attaquer les gardien de doura et de s'emparer de la récolte. Le cheikh n disposait que de 25 soldals bachi-bouzouks, chiffre trop faible pour de. fendre le poste et préserver les céréales, dont la quantité s’élevait à 500 ardebs. Le dépôt se trouvant à six heures de marche d’Amideb pour l'infanterie et à quatre heures de route pour la eavalerie, le kaïmakans reçut l’ordre de renforcer le poste, d'exercer une bonne surveillaner de jour et de nuit, afin de ne permettre à qui que ce soit de l'attaquer, v de prendre toutes les mesures nécessaires pour tranquilliser les halutants M, C'est par des mesures de ce genre que l'Égypte s’attachait les populations nouvellement eonquises. « L'avance de la puissance égptienne dans le pays des Basen semble porter ses fruits, écrit à cette époque un voyageur ®), et maintenant qu’une partie de ce pays appartient à l'Égypte et paie l'impôt, il est possible qu'avant longtemps le reste de celte race sauvage demande la protection du Khédive.»

Au mois de mai 1876, la sécurité de la région d’Amideb fut encore troublée par des indigènes de la tribu des Barea #), Un certain nombre d'entre eux pillèrent les maisons des habitants, enlevèrent leurs moutons, tuèrent deux personnes, en blessèrent deux autres et s’emparèrent de deux bergers Beni-Amer qui se trouvaient avec leurs bêtes au pâturage ; ils prirent également 5o vaches appartenant à l'État et tuèrent un des gardiens (, Alaeddin bey sentit la nécessité d'agir promptement pour empêcher les troubles de s'étendre. Il partit de Senhit pour Amideb el. marcha sur Mogareib. À son approche, les Barea, sans distinction, prirent la fuite et se dispersèrent dans les montagnes. Alaeddin leur accorda l'aman et se fit amener leurs omdehs, Ceux-ci déclarèrent que les méfaits avaient été commis « À cause de leur ignorance, à l’instigation de certains malfaiteurs et en raison de l'absence de cheikhs chargés de la sécurité, Îls rapportèrent 289 vaches et 51 chameaux qui furent remis à leurs propriétaires, Une certaine quantité de bétail. se trouvait encore avec les

CA, A. Reg, 35, Avr Abd., pièce 77, Alacddin bey à Khairi pacha, 18 décembre 1875,

9 CF, Arthur BD, R. Mvens, op. cit, p. 158.

®) Sur ectte tribu, ef, t, FE, 4°° partie, p. 48.

MA, A., Reg. ho, Arr. Abd., pièce 195, Alacddin bey à Khairi pacha, » juin

voleurs qui s'étaient dispersés, eL comme c'était la saison des cultures, les omdehs demandèrent un délai pour les restituer, Ils s’engagèrent également à ne plus commettre d'acte contraire à la loi. Alaeddin bey consentit à leur accorder le délai demandé, les tranquillisa et leur donna «les conseils nécessaires pour se bien conduire et faire prospérer leurs affaires». Puis, conformément à leur désir, il les plaça sous la surveillance du grand cheikh des Beni-Amer (1),

Le vékil général du Soudan oriental se rendit ensuite sur la frontière qui sépare le territoife des Beni-Amer de celui des Arabes d'Algheden. Ces derniers avaient commis à l'égard des premiers quelques actes d’agression, au cours desquels ils avaient tué huit Beni-Amer. Ayant constaté que le cheikh Ahmed Haggag, chef de la tribu d’Algheden, s'était montré faible et incapable de retenir ses gens, Alaeddin bey le destitua et nomma à sa place deux cheikhs qui furent chargés de maintenir la sécurité, Ahmed Maggag fut envoyé au Taka pour y être interné. Les assassins des Beni- Ainer furent arrêtés, à l'exception de deux d’entre eux qui prirent la fuite, Pour faire un exemple et empêcher le retour de pareils actes, Alaeddin bey proposa d'envoyer les coupables au Fazogle, où ils subiraient la peine de la détention perpétuelle ®. Le Khédive approuva cette mesure (.

En décembre 1876, les Arabes d’Algheden firent pire encore ; ils se révoltèrent, refusèrent d'exécuter les travaux du gouvernement, chassèrent le maamour, coupèrent la ligne télégraphique et refusèrent d'écouter tous les conseils de modération ; ils étaient poussés par quatre de leurs omdehs, véritables incitateurs de la révolte. Aleaddin bey fit venir une compagnie de Senhit pour renforcer ses troupes et marcha contre les révoltés ; il fna plusiems rebelles et saisit leurs puits, Leurs omdehs se soumirentalors

M A, À., Rog. 4o, Arr. Abd., pièce 585, Alaeddin bey à Khaivi pacha, 19 juillet 1876. Le grand cheïkh ou deglel des Beni-Amer, appelé Aly Bahit, était le frère de Tamed bey, tué pendant la guerre d'Abyssinie, Il résidait à Daga et avait près de ni le maamour du gouvernement égyptien nommé Giaflar agha qui commandait à quelques troupes (ef. Juxken, op. rit, t. X, p. 93).

8 À, À., Reg. ho, Arr. Abd., pièce 585, Alaeddin bey à Khairi pacha, 1 juillet 1856,

BA, A., Reg. a9, Dép. Abd., pièce 531, Khairi pacha à Alaeddin boy, ao juillet

et demandèrent grâce. Le vice-roi donna à Alaeddin bey pleins pouver, pour fixer leur châtiment (0.

La vigilance de l'autorité égyptienne ne s’exerçail pas seulement sur terre ; en mer, des mesures de surveillance devaient être prises pour dé. jouer, notamment, la contrebande des armes qui s’exerçait au profit de l'Abyssinie. C’est ainsi qu'en mars 1895, un ordre supérieur signala à Munzinger bey la présence en mer Rouge du trois-mâts Sax frioranni. à coque peinte en vert, commandé par un nommé Todero Jasé et dont te raïs s’appelait Siara Giuseppe. Le navire venait d'Italie et portait nr cargaison d'armes destinée à l’Abyssinie. Munzinger eul ordre de Feinpêcher d'aborder dans la région dépendant de Massawa ©.

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