VISITES DE NOTABLES ABYSSINS
D tirent ces vêtements, ceignirent leurs épées et se rendirent ensuite auprès du prince Hassan pour le remercier en portant leurs chaussures rouges sous le bras, car ils en ignoraient l’usage M, Le 1° mars, le cheikh du sillage de Adiwafarti arriva au camp avec 24 cheïkhs et habitants pour présenter sa soumission ; tous étaient musulmans, proprement habillés et portaient le turban comme les habitants du Hedjaz P). Au cours de cette période, le père Duflot rendit les plus grands services comme intermédiaire entre les habitants et l’armée. Ayant longtemps véeu en Éthiopie, il parlait rouramment l'abyssin et connaissait parfaitement le pays, ainsi que les us st routumes de.ses habitants (l, Ce n’est pas sans peine, toutefois, que le général Loring réussit à faire agréer ses services. Rateb pacha se fiait surtout au naïb Mohamed Adam qui exerçait sur lui une grande influence, Or le naïb, dépourvu de tout esprit critique, rapportait, sans les contrôler, les informations bonnes ou mauvaises de ses éclaireurs. Le chef d’étatmajor essaya fout d’abord de réagir contre son monopole en engageant les services de quelques Abyssins de l’Okulé-Kouzaye ; mais comme cette province était placée sous l'influence de l'abbé Duflot, les Égyptiens pensèrent naturellement que ces guides étaient recommandés par lui et les suspectèrent à cause de leur religion, de sorte que finalement on dut renoncer à leur emploi , Cependant, quelques temps après, le sirdar ayant reconnu l’incapacité du naïb, donna l’ordre de faire chercher l’abhé qui fournit dès lors au quartier général les informations nécessaires. Il acvompagna notamment le capitaine [rgens dans une audacieuse reconnaissance à l’intérieur des lignes ennemies, qui l’amena à 30 milles seulement d'Adoua et lui permit de dresser une carte sommaire du pays, contenant toutes les mformations utiles en vue d’une avance ultérieure 1,
(3 Journal de Ragab Saddik, 29 février 1876.
1 Journal de Ragab Saddik, 2" mars 1876. Le moawen ajoute que la plupart des musulmans qui habitent les régions du Hamacène et de L'Okulé-Kouzaye sont rhilisés, contrairement aux coptes d'Abyssinie qui sont sauvages. Ces musulmans parlent l'arabe littéraire ; certains d’entre eux connaissent la Charia et, pour la plupart, ils savent lire et écrire.
.* Journal de Ragab Saddik, 3 mars 1876.
9 CF. Dve, op. cit., p. 275 à 970.
“CL, De, 9p. «it,, p. ago.
Ge ne furent pas les seules diMficultés que rencontra le général Loring, [Létait mal vu des officiers, contre certains desquels le bruit courait qu'il avait présenté des rapports secrets U}, II se plaignit de ce que le binbachi Ahmed Ghaaban effendi eût porté atteinte à son autorité U), Ses ordres, disait, n'étaient pas obéis, ou ils étaient contestés W) ; les chefs couvraieut leurs subordonnés fautifs. On refusait d'informer l'état-major de l'eflectif des troupes et des quantités d’approvisionnements. Les choses allèrent si loin que Loring se découragea et parla de s’en aller (}, Le prince Hassan s’entremit alors pour rétablir l’harmonie et put bientôt mander au Khédive que tous les ordres étaient transmis, comme ils devaient l’être, par le canal de l'état-major, et que Rateb pacha ne faisait rien qui n’eût té au préalable approuvé par le général Loring (5.
De tous les concours. spontanés ou sollicités, que lui offrirent les Abyssins, Rateb pacha ne tira d’ailleurs aucun parti. « En acceptant les réfugiés tels que Walad Mikaïl et autres, écrivit-il au Caire, nous n'avons pas l'intention d’enrôler qui que ce soit parmi eux dans nos rangs pendant la guerre, Nous visons uniquement à les détacher du roi Jean, pour que personne ne se rallie à lui, et de cette façon affaiblir la force du roi. À tous ceux qui se présentent, nous donnons tantôt du numéraire et tantôt des vêtements confectionnés à Massawa, Si certains parmi eux manifestent le désir de demeurer auprès de nous, nous leur disons : « Retournez dans
1 Journal de Ragab Saddik, : 6 février 1876.
Le binbachi avait réprimandé l'ordonnance de Loring pour une faute commise, Le général porta plainte contre lui. Le sirdar décida d'enlever à Ahmed Ghaaban effendi son bataillon et nomma son aide de camp Abd el-Latif effendi à sa place, mais par la suite il annula ce mouvement (Journal de Ragab Saddik, 19, 20, as février 1876). Le colonel Dye, de son côté, avait eu une altercation avec le binbachi Ibrahim effendi, officier d'état-major (Journal de Ragab Saddik, 9 février 1876).
® Loring lui-même reconnaît que les traducteurs ne furent pas toujours à la hauteur de leur tâche et que ce n’est pas sans raison que les officiers se plaignaient parfois de ne pouvoir comprendre les ordres qui leur étaient donnés (cf. Loxne, op. eit., p. 884).
(CF, Dye, op, cit,, p. 271 à 278.
. AA, le prince Hassan au Khédive, 17 février 1876. Par ailleurs, les télégrammes adressés par le prince à Chaker bey, vékil de sa daïra, étaient envoyés directement au palais d'Abdine (AA, Reg, an, Arr. Abd,, pièce 239, la Maïs Sanich au buroau du télégraphe de Halfa, a9 janvier 1876).