‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 5 sur 176 · DAT RÉ A · texte numérisé non relu

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OCCUPATION DE LA GOTE DES BENADIR. 663

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ut qui dépassa 25 milles, on n’aperçut ni village ni eau douce ; on vencontra soutement deux canots de pêcheurs, et le second déclara que l'embouchure de Et mivière se trouvaié À une heure et demie de distance, Comme ta profondeur diminuaut et que la journée s’avançait, on dut faire demilour, Les pachas rentrèrent fort désappointés de ne pouvoir utiliser un port si spacieux ct si sûr, à cause du manque d’eau. Devant l'impossibilité de tirer parti de Port-Durnford pour l'établissement d'un dépôt et d'un campement militaire, MeKillop décida de retourner à Kismayo. lu HMehallah se mit en route le lundi 29 novembre au matin et arriva à Port-Ismaïl l'après-midi, non sans avoir talonné à l'entrée sur un banc de corail D, :

Pendant l’absence de MeKillop, le colonel Long n'était pas resté Inactif, Muni de La chaloupe à vapeur qu'il avait demandée, il partit du camp de Djouba le 24 novembre, avec 25 hommes et une pièce de canon, accompagné des lieutenants Hassan Wassif et Mahmoud, dans le but d'explorer le fleuve Djouba et de voir dans quelle mesure son cours pourrait servir de voie de pénétration dans l'intérieur du continent africain. La navigation se fit sans incident jusqu’à Bardera, où résidait le sulian qui avait massacré dix ans plus tôt le voyageur allemand Von der Decken @), Se rendant alors compte à la direction générale du fleuve que celui-ci était trop orienté vers le nord pour faciliter l’établissement d’une communication avet Gordon, Ghaillé-Long fit demi-tour et rentra à Djouba. Un tracé soigneux du cours du fleuve fut fait par les lieutenants Hassan Wassif, Mahmoud et Abd el-Razek F),

Le 27 novembre, arriva de Brava l’émir Mohamed, fils du sulan de Johanna, l’une des îles Comores. Cet hôte tout à fait inattendu fit part à Radouan pacha du désir de son père d'être gouverné par l'Égypte ta, I portait également une lettre par laquelle le sultan de la Grande Gomore réclamait la même faveur, À leur retour à Kismayo, les pachas MeKillop et

8) À, A, rapport de Fedrigo pacha, 29 novembre 1895.

Bi Sur ee massacre, qui eut lieu à la fin de soptembre 1865, ef. R. Gouruxn, op, cit, Di 1180

&) Cf. Loxe, op, cil., €. I, p. 183, 184,

CF. dans Loxe, op. eif., t, I, p. 186 ct suiv., le réeil fantaisiste qu'il fait de sa rencontre avec le prince de Ja Grande Comore,

Fedrigo conseillèrent à l’émir Mohamed de se rendre au Caire afin de

soumettre sa demande directement au vice-roi, L'émir s’embarqua sur le

Mehallahk qui partit peu après pour l'Égypte on, |

Ge n'étaient pas seulement les princes des lointaines Comores qui

demandaient la faveur de passer sous la domination du Khédive. L'arrivée

des Égyptiens sur la côte des Benadir avait produit dans le pays une grande

commotion ct, de toutes parts, affluaient des demandes de soumission.

« Les habitants de l'île de Mohla, du bandar de Mombasa, et de toutesles

régions avoisinantes, rapporte Radouan pacha, surtout ceux qui sont sous

la dominations du sullan do Zanzibar, ont présenté des demandes en ce

sens É),» La vie s’organisait le long de la côte placée sous la domination

égyptienne. À Kismayo, le commerce se développait. Un quai en bois avait

été construit pour faciliter la manutention des marchandises, Djouba et

Brava voyaient également leur prospérité s’accroitre. Mais on manquait de moyens ef aussi de spécialistes et d'ouvriers qualifiés pour ‘donner l'impulsion nécessaire. Abd el-Razzâk bey dressa une liste de la maind'œuvre indispensat'e ; elle ne comprenait pas moins de 319 hommes

appartenant à toutes les professions : médecins, ingénieurs, menuisiers,

charpentiers, agriculteurs, boulangers, ete, Suivait une liste des objets de toute sorte nécessaires au développement des villes, la nomenclature des graines nécessaires à la culture des terres etc. 5), MeKiHop, de san côté,

réclamait un bateau-citerne ponté, un petit vapeur, une locomobile de 10 chevaux, une pompe et des tuyaux en fer de huit pouces de diamètre,

en quantité sullisante pour établir une canalisation de 20 milles de longueur à l'effet d'amener à Kismayo l'eau du fleuve Djouba. Il envoya Radouan pacha à Brava avec mission d’acheter les chameaux nécessaires : aux transports et lui-même s’apprétait, dès qu’il aurait reçu du charbon de soute, à se rendre à Lamo pour prendre possession de la ville U}, quand : Loute celte activité, qui témoignait de l'effort civilisateur de l'Égypte, se ; trouva soudain interrompue par un ordre du Khédive qui rappelait Me-

KGllop en Égypte.

(À, À, Dossier 3/6, pièce 6, Radouan pacha à Khairi pacha, décembre 1875. “1 À, À., Dossier 8/6, pièce 6, Radouan pacha à Khairi pacha, décembre 1875. : @1 À, A., dossier 3/6, pièce 10, MeKillop pacha au mihradar, a décembre 1875. ® À, À, MckKillop au Khédive, 6 décembre 1875.

G'est le 7 novembre, dans la nuit, que le sultan Seyid Bargach apprit l'arrivée de l'escadre égyptienne sur la côte des Benadir, la saisie du port dr Kismayo, bientôt suivie de celle de Brava, ct l'installation des troupes du Khédive à Djouba. Son indignation fut grande. Au consul Kirk, rentré d'une visite à Tanga le g novembre, il déclara que l'occupation d’une part q ueleonque de ses possessions par unc force armée, sans sa permis- “un, constituait un acte de guerre et devail être Lraitée comme tel ; il se proposait en conséquence de saisir le paquebot égyptien Tantah qui se tronvait mouillé dans le port de Zanzibar et de l'empêcher d’emporter les vo tonnes de charbon qu’il venait d’embarquer, La saisie, ajoutaitsl, ne sopffrirait aucune difficulté, car le vapeur se {rouvait mouillé à moins de 300 mètres d'une batterie où 40 canons étaient en position. Le consul d'Angleterre calma son ardeur, I Jui fit observer que bien que les ports du Kismayo el Brava saisis par les Égyptiens fissent autant partie de ses possessions que l’île de Zanzibar elle-même, il n'avait pas la force nécessaire pour soutenir Îes mesures sommaires qu'il se proposait de prendre. La saisie du navire égyptien ne ferait qu'attirer tout le poids de l’escadre égyptienne sur Zanzibar et donnorait À son commandant une exeuse pour adopler des mesures de représailles et commettre d’autres actes illégaux, Vieux valait, dans ces conditions, se borner à protester par écrit contre logeupation de son territoire et informer MeKillop pacha qu'il laissait partir son ravitailleur avec du charbon, afin qu'il n’alléguàt pas la pénurie de conbustihle comme une excuse pour s’attarder dans ses États. Bien qu'à contre-cœur, Seyid Bargach finit par se rendre à ces raisons, Un des vichts du sultan fut expédié le 10 novembre à Lamo avec des dépêches pour le gouverneur de cette place, et il fut entendu que le sultan notifierait par éerit au commandant de l'expédition égyptienne qu’il protestait contre le débarquement de troupes armées sur son territoire ct demandait leur rebrait immédiat (0, |

Cette note fut remise au capitaine du dit yacht, ct, en copie, au commandant

“du vapeur Tantah. Le texte de cctte note a été reproduit p. 653,

En dépit des conseils de modération qu’il avait donnés au sultan, le consul Kirk jugea la situation très grave. L'occupation prolongée du territoire de Zanzibar pur les forces égyptiennes devait avoir pour ellet, selon. lui, d'entraîner bis ee la dislocation de cet État, la perte du pouvoir du sultan sur la côte et l’établissement d’un état d’anarchie ruineux à la fois pour le commerce et pour les efforts tentés jusqu'ici en vue de supprimer la traite. Déjà la rumeur courait que certains désordies étaient survenus dans le district de Mombasa, et les indigènes ignorants,' accoutumés à prier le vendredi dans leurs mosquées pour le Sultan de Turquie, comme chef de leur religion, suivaient les événements avoc intérêt (1), Quant aux marchands d'esclaves, ils faisaient courir Le bruit que la traite allait reprendre une nouvelle activité à la suite de l'occupation de Djouba par les Égyptiens, et que ces derniers méritaient toutela sympathie de la population en raison du fait qu'ils étaient musulmans et appartenaient à la même secte que le peuple de Zanzibar ®. Le consul demandait en conséquence à son gouvernement de lui faire connaître ses vues sur l'occupation du territoire de Zanzibar, Quelle conduite devait-il adopter à l'égard des autorités égyptiennes ? Devrait-il employer la force pour défendre les intérêts britanniques si ceux-ci étaient affectés et les sujets britanniques malmenés ? Quel langage tiendrait-il au sultan au cas où Seyid Bargach, trouvant que l'amitié de l'Angleterre ne lui procurait. aueuNno assistance pratique o6 immédiate, se tourneräit vers une autre puissance (9?

Sur ces entrefaites, le Saltés reçut une e lettre du gouverneur de Kismayo expliquant les circonstances dans lesquelles celui-ci avait jugé convenable de se retirer à Lamo, Puis, le 17 novembre, le yacht envoyé à Lamo revint à Zanzibar ramenant le gouverneur de cette place ainsi que Hamed bin Abdulla, gouverneur de Kismayo. Lorsque Seyid Bargach apprit que ce dernier avait eu peur de porter sa lettre au commandant des forces égyptiennes, il le fit mettre aux fers pour désobéissance et lâcheté. Quant au gouverneur de Lamo, il reçut l'ordre de retourner sur-le-champ à son

M F.0, 84 - 1429, Kirk à lord Derby, Zanzibar, 11 novembre 1875,

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poste. Le sullan décida également d'envoyer au Khédive une lettre de protestation et la rédigea comme il suit :

« lat nouvelle m'est parvenue le 7 novembre que quatre de vos navires sont arrivés dans nos possessions et ont saisi les ports de Brava ct do Atuntyo, un expulsant nos gouverneurs et nos soldats de ces ports.

« Après les gages d’amitié que nous avons échangés, nous ne nous attendons pas à cela de votre part, Le 7 novembre, votre navire Tantah est arrivé à Zanzibar et nous avons interrogé le capitaine Mohamed bin Mousa à en sujet, 1 nia tout, mais il n’y a pas de place au doute en ce qui concerne la vérité de ces nouvelles. Nous lui avons néanmoins permis de prendre du charbon et autres objets indispensables, afin de lui donner les moyens de quitter nos possessions.

«+ Maintenant, si vous désirez maintenir les bonnes relations entre nous, ordonnez à vos gens de quitter notre royaume, et si jamais vous avez eurare l’occasion d'envoyer qui que ce soit dans notre pays, écrivez-nous «time le font les autres nations qui, lorsqu'elles désirent envoyer unc euprdition, nous en demandent la permission (),»

Seyid Bargach écrivit aussi à lord Derby, Secrétaire d'État au Foreign Ofhru, pour lui annoncer l'invasion de son territoire, lui faire part de son intention de résister et demander l'assistance du gouvernement bri- Ganique , Kirk appuya la demande, en faisant valoir que le service ami rendu lui permettrait d'obtenir du sultan l'addition au traité do 1473 de mesures propres à réprimer la traite qui se faisait par voie de lerso vers ses possessions du nord U), |

Lus expéditions dirigées par le vice-roi vers Harrar, Aoussa et la côte des Benadir n'avaient pas manqué de retenir l'attention des chancelleries suropéennes, En France, on se préoccupait surtout du sort d'Obock, où : Pen n'avait pas renoncé à former un établissement et qui menaçait d’être rntouré de toutes parts par les possessions du vice-roi, En vue d'éviter un malentendu, l'agent de France reçut l'ordre d'attirer l'attention du

O0, 84 - 1419, Kirk à lord Derby n° 163, 17 novembre 1875, annexe : Seyid Bargach au Khédive, U E0, 84 - 5417, Kirk à lord Derby n° 166, 18 novembre 1875, annexe :

Levi Hopsmont à Land Done É nnml. Q0L EE

D A RTE RE gouvernement du Khédive sur le fait «qu’Obock est depuis près de quinze ans une possession française» et que le gouvernement français 4 a le droit de compter que les agents de Son Altesse voudront bien ne pas le perdre de vue dans les opéraions dont ils pourront être chargés sur la côte d’Aden (». De son côté, le général Stanton n'avait pas été peu étonné d'apprendre de la bourhe même du Khédive qu’une fois maître de Harrar, son intention était de faire partir de cette ville deux reconnaissances, dont l'une se dirigerait à travers l’Abyssinie du sud jusqu'à la source du Nil Bleu, pour descendre ensuite ce fleuve jusqu’à Fazoglou, tandis que l’autre chercherait à gagner les sources de la rivière Djouba afin de suivre son cours jusqu’à son embouchure dans l’océan Indien. Cette intention, jointe à l’envoi de MeKillop sur la côte des Benadir, parut à Stanton signi- . fier que le vice-roi désirait prendre possession de l'énorme étendue de territoire qui s'étend depuis la côte des Somalis, sur le golfe d’Aden, jusqu’à la rivière Djouba ©), ot lorsque Nubar, quelques jours plus tard,

lui déclara que Son Mess projetait également de prendre. possession

de la côte africaine jusqu’à la baie Formosa en vue d'ouvrir un débouché à la région des lacs équatoriaux, l'agent d'Angleterre ne put s'empêcher de lui dire qu'il trouvait le vice-roi «trop avide » dans ses tentatives d’agrandissement (%), Ges renseignements parvinrent à Londres au moment où le gouvernement anglais se proposait précisément de conclure avec l Égypte une convention reconnaissant les droits du Khédive sur la côte des Somalis. Conine l'ambition du vice-roi, du côté de l'Abyssinie, venait d'être frustrée par l'échec et la mort de Munzinger{}, on pensa tout d’abord au Foreign Office qu’il était préférable de laisser le vice-roi tirer seul la morale des faits. L’abstention était d'autant plus indiquée que le gouvernement anglais venait d'acheter les actions du Canal de Suez et que s'il intervenait auprès du Khédive si peu de temps après cette transaction, il paraîtrait vouloir s’immiscer dans les affaires égyptiennes, mesure

(AR. Égypte 56, le Ministre des Affaires étrangères à M, Pellissier, #6 octobre 1895. M, Pellissier s'acquitta de ses instructions par une lettre qu'il écrivit à Nubar pacha le 18 novembre 1875.

(1 [,0. 78 - 3188, Stanton à lord Derby, 11 novembre 1875,

6 F,0, 98 - 3188, Slanton à lord Derby, 1 4 novembre 1875.

#1 Cet épisode sera traité dans un autre chapitre,

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LES RÉPERCUSSIONS DE L'EXPÉDITION ÉGYPTIENNE, 669 CPLL ES 0 0 qq

qu aurait peut-être pour effet de provoquer le ressentiment du vice-roi H), Telles étaient les vues du Foreign OMice lorsqu’arriva à Londres un télégramme d’Aden P) contenant la demande d'assistance faite par le sultan de Zanzibar : « Quatre navires égyptiens avec 4oo hommes de troupes, de Partillerie et des chevaux, déclarait Seyid Bargach, ont débarqué soudainement sans préavis et occupé Brava, Djouba et Kismayo, amené notre drapeau, hissé celui du Khédive. Nous demandons votre intervention el attendons votre réponse avant d'employer d’autres mesures pouce protéger notre territoire et notre indépendance.» À ce télégramme était joint une dépêche de Kirk, qui demandait des instructions et sollient les moyens de protéger Les intérêts anglais, aucun croiseur britannique ne se trouvant pour l'instant à Zanzibar F}. Lord Derby agit aussitôt,

F.0, 78 - 3188, notes de lord Tenterden, en date du 30 novembre, sur la depêche de Stanton du 1 4 novembre 1875.

‘ Ce télégramme était transmis par le général Schneider, à qui Bargach avait adressé le 16 novembre 1875 la lettre suivante : « Nous vous informons que le khédive d'Égypte a envoyé ses navires à vapeur dans notre pays et capturé nos terftuues, à savoir Brava et Kismayo, et chassé nos soldats et gouverneurs par la force. Mais, Dieu le voulant, avec l'assistance du gouvernement anglais, nous ne cacherons pas nolre puissance contre eux. Nous ferons usage de notre force autant que nous le pourrons, Le Khédive a fait cela soudainement, à notre insu, et nous ne croyions pas qu'une telle affaire pât venir de lui ou de toute autre personne, parce qu'il y a le gouvernement anglais qui donne la justice et empêche les outrages contre qui que ce suit et interdit les mouvements sur mer avec des soldats et des canons comme l'a ot cut homme.., Le résultat de la tromperie se retourne contre les trompeurs. Nous désiton: vous informer de ect événement. » (1.0. Letters from Aden, Seyid Bargach au geniral Sehncider, 16 novembre 1875). En transmettant cette lettre au gouversem de Bombay, le général Schneider déclara que vu l'état de paix existant entre le Nhédive et Le sultan de Zanzibar, les actes de MeKillop ne pouvaient être considens que comme une «expédition de pirates». ([.0. Lesters from Aden, Schneider au pjouvernement de Bombay, 1°’ décembre 1875.)

00, 84 - 1417, télégramme du vice-roi des Indes, 8 décembre 1875, Le sullan, par un télégramme privé adressé au Rév. G.P, Badger, en appelait égnlement à l'opinion publique anglaise. Ce télégramme était ainsi conçu : « Dites au peuple anglais que des Égyptiens avec 4 navires et 4oo soldats et des canons ont, ans avertissement, saisi et occupé la partie nord des possessions de Zanzibar, amené mon pavillon à Brava et à Kismayo, saisi les forts et désarmé mes troupes.» Badger publia le téléuromme dans le Pall Mall Gazette et le fit suivre d'un commentaire oui

Le 3 décembre 1875, deux télégrammes partirent de Londres à l'adresse du général Stanton. Le premier informait le général de la protestation élevée par le sultan de Zanzib:r contre attaque et l'occupation de son territoire par une force navale égyplienne et le chargeait d'attirer très sérieusement l'attention du Khédive sur ce sujet; «le gouvernement de Sa Majesté, ajoutait lord Derby, espère que toute expédition contre Je territoire de Zanzibar serarappelée.» Dans la seconde dépêche, le secrétaire d'État invitait Stanton à agir fortement sur le vice-roi pour Jui faire sentir l'inopportunité de son action à l'égard du sultan de Zanzibar ; un tel acte ne pouvait, disait-il, que produire un effet défavorable sur l'opinion publique en Angleterre et le crédit financier de l'Égypte se trouver sérieusement atteint par ces guerres 4 lointaines et sans profit » U},

| Avisé, par ses agents sans doute, de l'appel adressé au gouvernement britannique par Seyid Bargach, le Khédive sentit venir le grain et commença à serrer ses voiles, « Nous avons appris par un télégramme de Londres, écrivit-il en effet à MeKillop pacha, que l’imam de Zanzibar a protesté de ce que nous avons désarmé ses troupes et envahi son territoire, J'ai reçu aussi ce matin votre télégramme m’annonçant votre arrivée à Djouba, Je comprends par votre télégramme que vous n'avez pas rencontré de résistance ni de difficultés dans votre prise de possession, puisque vous demandez les canots à vapeur pour explorer le Djouba. Je vais vous faire expédier le charbon et les provisions que vous demandez. Quant aux canots à vapeur, le Mehallah avec Fedrigo pacha vous les a amenés. Malgré la facilité avec laquelle vous paraissez vous être établi à Djouba, je. vous recommande d’une manière formelle et expresse de ne pas vous éloigner du

se terminait par ces mots : « Aucune raison n'est assignée à eet acte d'agression de la part de l'Égypte qui, pour l'instant, ne peut être regardé que comme un outrage fait de gaicté de cœur, d'autant moins exeusable que le Khédive avait accordé au sultan de Zanzibar une réception très amicale pendant son récent séjour en Égypte. I n’y a aucun doute que la possession de ces deux localités soit de la plus grande valeur pour l'Égypte depuis qu'elle a occupé Zeyla, Berbera et Harrar avec ses troupes ; mais si c'est [à l'unique motif de leur annexion, il faut espérer que l’Angleterre et les autres puissances européennes qui ont contracté des engagements par trailé avec le sultan de Zanzibur, interviendront promptement pour empêcher sa spoliution, »

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httorul et de n’envoyer aucun détachement dans l’intérieur. Abandonnez actuellement l'idée d'explorer le Djouba, car, pour des raisons que je sous ferai connaître par lettre, je désire vous voir vous concentrer sur le littoral et sous aucun prétexte n’avancer dans l'intérieur. Quant à Formosa et aux instructions envoyées par Fedrigo pacha, je dois ajouter que si vous ne vous êtes pas dirigé sur ce point, abstenez-vous d’y aller ou d'y envoyer qui que ce soit. Au cas où l'expédition sur Formosa aurait déjà eu lieu, je vous recommande de ne pas prendre possession de cette localité si vous trouvez une autorité quelconque de Zanzibar déjà établie et, dans ce cas, de retourner à Djouba. Vous ne vous établirez à Formosa qu'aulant que vous ne trouverez aueune autorité constituée de Ja part de Zanzibar (0,5 Mais cette note d'instruction n'avait pas encore, semble-t-il, été expédiée, lorsque le général Stanton fit auprès du vice-roi la démarche qui lui était prescrite. Soit qu'il ait été frappé par l'annonce toute récente du double désastre qui avait frappé les expéditions Arendrup et Munzinger, soit qu'il ait pressenti les conséquences graves auxquelles l’exposait l'action de MeKillop sur la côte des Benadir, le Khédive céda aussitôt aux représentations de l'agent d'Angleterre ), Il jugea néanmoins devoir donner une explication des raisons qui l'avaient poussé à entreprendre celle expédition et, sur-son ordre, Nubar pacha rédigea la note suivante qui fut remise le 7 décembre au général Stanton,

* Depuis plus d’un an le colonel Gordon pressait le Khédive d'ouvrir ua communication entre les lacs et l'océan Indien. Il déclarait que la braite était complètement supprimée dans toute l'étendue de son gouvernement et se déclarait prêt à entreprendre d'ouvrir la communication qu'il indiquait.

« Le Khédive a vu dans l’idée. du colonel Gordon, non seulement le moyen d’ouvrir au commerce une communication plus facile avec les lacs, mais en même temps aussi le seul moyen d’écraser à jamais la traite qui, supprimée dans les régions nord des lacs, s’exerce sur une vaste échelle dans les parties entre ces lacs et l'océan, C'est dans ce but et dans ces intentions que Son Altesse expédia MeKillop pacha sur le littoral de

(0 A, À, Le Khédive à MeKillop, document sans date, F0, 78 - 3188, Stanton à lord Derby, 5 décembre 1875,

l'océan, afin de jeter dans ces parages les fondements d’un établissement qui pôt, dans la suite, servir de débouché au commerce. L'emplacement désigné à MeKillop pacha était indéterminé; ses ordres portaient de chercher cet emplaement sur la partie du littoral qui se trouverait la plus proche des lacs. Son Altesse savait que limam de Zanzibar avait des prétentions sur Le littoral, mais elle savait en même temps que ce n’était que des prétentions et que l'autorité du sultan de Zanzibar ne s’exerçait,

si elle s'exerçait, que d'une manière illusoire ; pourtant MeKillop pacha

avait des ordres stricts de respecter le drapeau de l’imam et de ne s'établir que là où n'existait aucune autorité constituée,

« Le Khédive a appris avec chagrin que ses instructions ont été outrepassées par McKillop pacha qui, de sa propre autorité, se trouve avoir occupé un territoire sur lequel l’imam de Zanzibar prétend exercer une autorité, quoique cette autorité soit nulle et illusoire.

« Son Altesse a donné ordre à McKillop pacha de retourner à Berbera, Si le Khédive abandonne l’idée d'un établissement sur le littoral de l'océan, s’il consent à lusser ces contrées livrées à l'anarchie et À une autovilé nominale incapable de se faire respecter, et cela parce que celte autorité se trouve représentée plus ou moins illusoirement, ce n'est pas sans un sentiment de regret qu'il le fait.

« Ce n'est pas la possession de nouveaux territoires qu’il convoite, Ses possessions du centre de l'Afrique sont assez vastes pour contenter une ambition plus vaste que la sienne, et l'Égypte n'a qu’à gagner à restreindre son action sur des nations barbares,

ç La suppression de }a traite, dans les contrées qui lui appartiennent déjà, a coûté cher à son gouvernement en hommes et en argent ; mais l'idée d’abattre à jamais l'esclavage sur une côte où seul il possède les moyens, le pouvoir et la volonté de le faire, l'idée d'ouvrir ces vastes et riches contrées à un commerce florissant en y établissant la sécurité que, seul aussi, il a les moyens, la volonté et le pouvoir d'établir, sont les seules raisons qui lui font considérer avee chagrin le retour de McKillop pacha que le gouvornement de Sa Majesté la Reine vient de lui conseiller(),»

1 Note du 7 décembre 175, annexée à la dépêche de Stanton n° 160 du g

décembre 1875,

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Lu 14 décembre, le général Stanton fut reçu de nouveau en audience pur do Khédive pour lui présenter, à titre privé, la lettre que Seyid Bargach wuit adressée à Son Âllesse pour se plaindre de l'agression commise contre ses possessions. La lettre était rédigée en termes convenables et l'ageat d'Angleterre pressa le vice-roi de répondre au sultan, sur un ton également conciliant, qu’il n'avait pas eu l'intention de violer son terriboire el que, dès qu'il avait su ce qui s'était passé, il avait donné l’ordre à MeKillop de se retirer de la côte des Benadir. Le vice-roi éleva des objections ; une telle lettre, déclara-t-il, lui paraissait inutile du moment que l'ordre de retraite avait été donné. Il laissa cependant le général Stunton sous l'impression qu’il déférerait à son désir (1),

La démarche prescrite au général Stanton avait été aussitôt télégraphiée au D' Kirk à Zanzibar, Lord Derby, qui connaissait le zèle et la fermeté déployés par ce fonctionnaire pour soutenir les intérêts du sultan Bargach, crut devoir joindre à son télégramme un conseil de prudence. « Une collision avec la force égyptienne devrait être évitée si possibles, manda-t-il, et il ajouta : « Le gouvernement de Sa Majesté fera tous ses efforts pour mettre fin au malentendu.» Le conseil, on va le voir, n’était pas superflu,

Quelques jours après le départ du courrier pour Aden, le navire de guerre Thetis, venant des Seychelles, était arrivé à Zanzibar, Le capitaine Ward, qui le commandait, ayant reconnu avec Kirk que la perturbation produite par l’occupation militaire des Égyptiens dans la partie nord des possessions du sultan, y rendait la présence d’un bâtiment de guerre désiruble en vue de protéger les intérêts anglais, accepta de mettre son navire à la disposition du consul général pour visiter la côte des Benadir. On savait à ce moment à Zanzibar que les Égyptiens, après avoir pris Brava, avaient signifié à la population de la ville que la traite serait désorinals interdite, Prenant texte de cette information, Kirk, avant de partir, représenta au sultan que sa politique devait désormais consister à tirer parti de l'occasion pour ratifier ce que les Égyptiens avaient publiquement

F7 L,0, 78 - 3188, Stanton à lord Derby, 18 décembre 1875. Hi, du vêgne du Khéd, Jsmaïl, t LL | 13

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fait à Brava, et il lui suggéra d'étendre la mesure à toutes les villes somalies et d’abolir l'esclavage dans le pays tout entier ll, Seyid Bargach y consentit et remit à Kirk un acte muni de son sceau qui confirmait la franchise des esclaves dans le Bens:lir et ordonnait aux gouverneurs de suivre sous tous les rapports les ordres que le consul leur donnerait. Le 28 novembre, la Thetis mouïlla devant Merka qui battait encore Îe “avill on de l'État de Zanzibar. Pourvue d’une forte construction en pierre . et de murailles, la place sc trouvait en état de résister à une agression des Somalis, mais non à une attaque des Égyptiens. Kirk et le capitaine Ward conférèrent avec le gouverneur et lui demandèrent ce qu’il ferait au cas où ces derniers donneraient l'assaut à la ville ou chercheraient à corrompre les indigènes comme ils l'avaient fait À Brava. Le gouverneur répondit qu'il était spo de repousser une attaque ouverte et entendait tenir la place jusqu’au bout, qu il avait avec lui 150 hommes sur lesquels il pouvait compter et que, LE les Égyptiens eussent entamé une corres-

- pondance et commencé à intriguer avec la population, il se sentait passablement en sécurité. Le consul enjoignit au gouverneur de publier un avis déclarant que, par ordre de Sa Hautesse le Sultan, tous les esclaves du pays des Benadir devaient être affranchis et l'esclavage aboli,

Kirk se rendit ensuite À Mogadisho, « place mal famée, écrit-l, où jusqu'ici les Européens n’ont été admis qu'avec difficulté et, pendant leur séjour, gardés virtuellement prisonniers. Mogadisho a la réputation d’être un centre de fanatisme musulman et une place trop sucrée pour que les infidèles puissent être admis à y entrer sur un pied tant soit peu égal à celui des croyants, Tout ceci, ajoute-t-il, est maintenant changé depuis que le sultan de Zanzibar Le établi une force de 200 soldats et que la

crainte de l’annexion par |’ Égypte est esp ême dans l'esprit de la popu-

lation » F), :

(1 Getio mesure devait avoir pour offet d'interdire, aussi bien par voie de terre que par voie de mer, la traite qui so faisait le long do la côte vers le pays des Somalis. |

® F0, 84 - 1417, Kirk à lord Derby, sg novembre 1875, Kirk alla voir les ruines voisines de la ville ; il visita la vieille mosquée Chirazi qui porte des inserip-

tions datant de Ga 4 ans er. superbes carreaux de faïence émaillés, À quelque GHARCE

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L'INCIDENT DE RRAVA, 675

Le 30 novembre, la Thétis battant pavillon de l’agent politique au mât de smisuine, jeta l'ancre devant la ville de Brava sur laquelle flottait le qauillon Lure, sLe commandant Ward et moi, rapporte Kirk}, ayant résolu de conserver une stricte neutralité dans nos rapports avec la terre, en attendant les ordres de votre Seigneurie relativement À l’état des affaires euistunt entre le sultan de Zanzibar et les envahisseurs égyptiens, mais décidés À insister sur le droit qui découle de notre traité avec Zanzibar d'exercer librement et en toute indépendance nos devoirs consulaires et autres envers les sujets britanniques, nous nous divigeâmes vers la terre sans armes et sans aucune suite, à l'exception de notre secrétaire arabe Al bin Saleh et d’un domestique indigène du consulat, ainsi que c'est notre habitude de le faire.

« Lorsque nous atteignîmes Île rivage, nous fûmes arrêtés sur la plage par une garde d'environ 5o soldats égyptiens armés qui s’informèrent du but de notre visite, Le commandant Ward étant en uniforme fut reconnu, et comme je me trouvais avec lui et débarquais d’un bâtiment de guerre augliis, je déclinai de répondre à leurs questions. En faisant route vers la vifle, nous rencontrâmes d’abord de la résistance de la part des soldats qui, onsuite, nous suivirent, et lorsque je remis une lettre qui m'avait été tonliée à Zanzibar à l'agent indigène d’une maison allemande, l'officier

sur une circonférenco d'un millo de rayon et où l'on trouve partout des fondations de constructions anciennes attestant que Mogadisho fut jadis une place de grande iaportance,

F0, 84 - 1417, Kivk à lord Derby, 2 décembre 1875. CL. également Correspondence velatingr to the Slave Trade, 1876, p. 303 et suiv, Une traduction française des documents relatifs à l'incident de Brava se trouve dans les Archives d'Abdine, | F5 Lo commandant Ward, dans son rapport au contre-amiral Maedonald déclare : ‘Au débarquement, le D° Kirk et moi fmes reçus par une garde de soldats égyptiens, alignés sur la plage, qui nous demandbèrent ce que nous venions faire ; comme nous refusämes de satisfaire leur curiosité, ils nous informèrent que noûs ue pouvions aller plus loin, Nous essayâmes de continuer notre chemin sans faire la moindre attention à eux et, après être passés dans deux ou trois rues, suivis de près par les soldats, nous fûmes finalement obligés de nous arrêter, les soldats barrant

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i IISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÏL,

nmandant les troupes la saisit brutalement et me l'aurait arrachée de ce si je ne l’en avais empêché (0, « J'étais porteur d’autres lettres des négociants britanniques à leurs ents à Brava et me trouvai dans l'impossibilité de les leur remettre, car ; Indiens avaient été chassés de la ville et nous-mêmes nous trouvions rêtés pakles soldats qui s’opposaient par la force à notre marche. À wrivée du commandant, «près avoir décliné mon rang et ma mission et {avoir fait connaître que j'étais venu pour le service en qualité de consul . : inéral de Sa Majesté Britannique, nous demandâmes formellement qu’on pus laissât aller librement où nous voulions. Gette demande ayant été fusée grossièrement et notre liberté d'action se trouvant entravée par es soldats qui agissaient sous les ordres immédiats du commandant, ous retournâmes à bord ().»

Tandis que ces événements se passaient dans la ville, une embarcation € la Thetis montée par des officiers qui se rendaient à terre, sans armes, pour se promener, s’approcha du rivage. Sur le rapport qui lui fut fait, l'officier qui accompagnait le docteur Kirk, donna l’ordre de s'opposer par la force à leur débarquement ),

1) 4 Le lieutenant Ibrahim eflendi Halim, déclare Fedrigo pacha dans son rapport du 11 décembre 1875, a agi très mal en défendant au D' Kirk et au commandant Ward de circuler librement dans la ville et en arrachant la lettre des mains du D° Kirk, » Un conflit surgit par la suite entre cet officicr et le youzbachi qui commandait la ville ; on le sonpçonna également d'avoir empoisonné plusieurs personnes et MeKillop preserivit de faire une enquête sérieuse sur Les faits qui lui étaient reprochés, (CF, À, A, MeKillop au Khédive, 6 décembre 1875.)

#3 Le commandant Ward dit dans son rapport : «ce gouverneur qui, apparemment souffrait d’une indisposition, fit son apparition et nous informa d’une manière très péremptoire que nous ne pouvions avancer, En conséquence, après ayoir protesté verbalement avee force contre l'entrave apportée à notre liberté, nous nous rembarquâmes, »

8} Abd cl-Razzäk bey, dans son Journal des événements transmis le 7 décembre, déclare que le consul était accompagné de soldats anglais et que le youzbachi commandant à Brava fit comprendre au D’ Kirk qu'il ne pouvait autoriser le débarquement de soldats armés dans un territoire occupé par une force égyptienne ; qu’il était disposé à los recevoir à terre à condition qu’ils fussent sans armes et qu'ilchargerait quelques soldats épyptier , de les escorter au cas où ils craindraient une at- : taque quelconque de la part des indigènes, F'edrigo pacha, quienquètasur l'incident,

Le lendemain matin, 1° décembre, la Thetis quitta son mouillage et « rapprocha do la côte pour tenir la ville sous le feu de ses canons, puis Le D' Kirk et le commandant Ward envoyèrent à terre une note afin de protester contre la façon dont ils avaient été traités la veille et demander : a) qu les prétentions émises par le commandant de la garnison égyptienne intervenir dans les droits dont ont joui jusqu'iciles officiers britanniques dans les territoires appartenant au sultan de Zanzibar sur la côte orientale de l'Afrique soient retirées formellement ; b } que, pour donner un eflet pratique à ce retrait, une assurance par écrit soit envoyée à bord de leur aavire, portant que le D’ Kirk et le commandant du H.M.S. Thetis pourront débarquer lhrement à 1 heure p.m. le jour même. « Dans le cas où le capitaine du HALS. Thets ne recevrait pas la susdite garantie à midi aujourd'hui, ajoutaient les auteurs de la note, 11 commencera à 1 heure de l'après-midi à prendre d’actives mesures afin d'affirmer les droits parantis aux sujets britanniques dans les territoires du sultan de Zanzibar et de soutenir l'honneur du pavillon britannique. Le D' Kirk et le capitaine du FEM.S, Thets tiennent les officiers commandant la garnison é4y ptionne responsables detoute perte de vie humaine et detoute destruction de propriété qui pourraient résulter du rejet de leur juste demande,»

Gite protestation, dans laqüelle le consul Kirk affectait de considérer la ville de Brava comme continuant à faire partie des possessions africaines

déclare dans sou rapport du 11 décembre, que le capitaine Abd el-Rahman eflendi ares bien agi en ne permettant pas le débarquement de la force armée, « chose que D' Kirk el le commandant Ward savaient être contraire aux règlements ct se sont bis gardés de mentionner dans leur protestation ». On ne peut cependant mettre en doute la parole du D’ Kirk et du commandant Ward, Ils débarquèrent sans armes et sans suite, Puis lorsque l’embarcation montée par les officiers anglais approcha du rivage, sello fut, rapporte Kirk, obligée de faire demi-tour par un corps nombreux de troupes alignées sur la plage et qui chargèrent leurs fusils pour appuyer leurs iujonctions, l’ordre de charger leurs armes et de résister par la force aux officiers sant été donné en notre présence par l'officier égyptien en ville», Ces versions tntradieloires ne pouvent s'expliquer que par un malentendu, l'officier égyptien qui était en ville ne vit pas arriver l’embarcation anglaiso, il crut au rapport quo lui fit «on subalterne, lequel prit pour des soldats armés les officiers qui étaient en réahié sans armos,

CE, Slave Trade, 1876, p. 304, 805,

du sultan de Zanzibar, ne pouvait être acceptée par le gouverneur égyptien, La menace, d'user de la force devait être également repoussée, Persuadé cufin que les Anglais avaient voulu la veille débarquer des troupes arméés, le youzbachi Abd el-Rauman eflendi répondit à la sommation en ces termes :

« Hier, 30 novembre, votre vaisseau est arrivé à 8 heures ct demie (heure arabe)... et une tentative fut faite de débarquer par la force. |

« Nous ignorons dans quel but vous êtes venus sans une permission que vous auriez dû d’abord obtenir, car vous commandez sur la mer et ne devriez pas violer les règles militaires.

« Quant au D’ Kirk, 1 nous est inconnu et nous ne le reconnaïissons pas. I est contraire à tout gouvernement de commettre un acte de violence et d'entrer sans permission dans une propriété en quelque lieu que ce soit, et nous savons que les Anglais, surtout, sont liés par la loi et n’aiment pas à employer la force. ls savent que le Khédive d'Égypte a pris possession de ces pays et y a établi des gardes militaires, et que des officiers d'infanterie et de cavalerie vont arriver pour occuper toute la côte est de l'Afrique. À présent, SE, l’agent du Khédive est ici, et il est connu publiquement que c'est l’honorable MeKillop pacha et qu'il y a aveclui trois autres pachas : d’abord l'honorable Fedrigo pacha, puis l'honorable Radouan pacha et enfin l'agent de SE. MeKillop pacha, l'honorable Abd el-Razzâk bey; ceux-ci se trouvent à présent dans le district de Kismayo, Il était du devoir du eommandant, avant de venir ici, d'envoyer quelqu'un de sa part pour communiquer avec eux et obtenir la permission de l’un des officiers qui se trouvent sur la côte est de l'Afrique.

« Quant à l'assaut violent et illégal commis à notre égard, nous ne connaissons pas la raison pour laquelle vous êtes venus ieï. Si c’est pour votre plaisir, il faut obtenir d’abord une permission du gouverneur du pays, afin que nous puissions prendre les mesures nécessaires pour vous recevoir honorablement, selon les règles en usage entre vous ct “nous,

« Quant à la présence du capitaine et du D'Kirk, cela n’a pas d'imsutamnx manga Ja Aéhanruomant Aou anlsrlate net Smnagcihla Gi voue ast

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L'INCIDENY DE BRAVA. 679

neressaire de prendre des provisions et de l’eau, cela sera fait par nous de suite, sur demande, comme à l'ordinaire. Quant à vos préparatifs en sue d'employer la force, nous sommes tout à fait prêts à faire de même ; mais eu égard au fait que vous avez agi insolemment en envoyant de force 108 soldats et en pénétrant dans cette localité par la violence, ne savez-vous pas cu que Dieu dit dans son Livre : « N'entrez pas dans la maison d'autrui sans sa permission ? » (1).

La réponse du youzbachi fut remise à bord de la Thetis à 11 heures du matin, avant l'expiration du délai fixé. Le consul conclut de sa lecture que l'officier déclinait «virtuellement» de lui donner la garantie requise, Toutefois, avant de prendre des mesures de rigueur qui devaient entraîner la destruction de nombreuses propriétés appartenant à des sujets britanuiques, Kirk et Ward jugèrent bon de faire appel une fois de plus au commandant égyptien, pour obtenir de lui la reconnaissance de leurs droits, à savoir « la permission de débarquer et, une fois à terre, de communiquer avec qui bon leur semble, et avant tout avec les agents des commerçants anglais, sans aucune surveillance ni contrainte de la part des olliciers ni des troupes égyptiennes, et d’exercer par ailleurs librement tous les droits dont les officiers britanniques ont joui jusqu'ici dans Ja ville de Brava». Une réponse à cette dernière communication était demandée avant a heures p.m. 1,

La leltre fut portée à terre par le lieutenant Lopez, à quile youzbachi se déclura prêt à donner entière satisfaction aux demandes qui lui éient faites, et il Jui remit, pour le capitaine Ward, une réponse ainsi conçue :

‘ Pour ce qui regarde votre désir de débarquer pour votre plaisir ou pour changer d'air, il n’y a aucune objection et vous pouvez le faire ainsi que tous les officiers de votre navire, mais les soldats ne peuvent être autorisés à débarquer.

+ Eu co qui concerne Votre Excellence, il n’y a aucun obstacle à ce que vous alliez pour votre plaisir partout où il vous plaira; et si vous avez busoin d'aller à un endroit quelconque, nous n'avons rien à dire pour cuux qui se sont adressés à nous,

UT CL, Slave Trade, 1876, p. 305, — € Çf, Slave Trade, 18796, p. 306,

« Quant à À votre lettre, olle nous est parvenue ; nous l'avons lue et avons comhys son contenu, ct nous attendons le débarquement de Voire Excellence (),»

Gette lettre no satisfit pas davantage le consul Kirk ; elle lui parut même contenir des expressions si inconvenantes qu'il décida, de concert avec le commandant Ward, de rédiger une proclamation publique "}, aux termes de laquelle si, à l'expiration de la demi-heure qui suivrait leur retour à bord, il n’était pas fait droit à leurs demandes, la Thetis ouvrirait le feu ; après quoi, tous deux se rendirent à terre pour voir si les Égyptiens étaient disposés à céder.

4 À notre débarquement seuls et sans armes comme auparavant, rapporte Kirk, nous fâmes rencontrés sur le rivage par le commandant qui, en présence de quelques-uns de ses hommes et de plusieurs habitants, rétracta toutes les expressions répréhensibles contenues dans sa dernière lettre, spécialement celle qui laissait supposer que nous n'étions pas venus pour le service. Il garantit personnellement qu’on nous permettrait de circuler en ville, d’aller où il nous plairait et de communiquer avec quiconque, sans être accompagnés ni suivis par les troupes égyptiennes. En conséquence, nous traversämes la ville jusqu’à la maison d’un Indien, où les sujets britanniques furent rassemblés. Là il fut convenu que le lendemain à 8 heures du matin, ils se rendraient tous à bord de la Thetis pour démontrer ainsi clairement aux Égyptiens et aux habitants de la. ville que nous étions prêts à assurer l'indépendance de nos sujets et à protéger leurs intérêts 6),»

Pendant son séjour sur la côte, Kirk avait recueilli quelques renseignements sur l'occupation égyptienne. Bien que les Égyptiens eussent interdit la traite, rapporte-tl, l'ordre n'avait pas été mis en vigueur ; non seulement les caravanes d'esclaves qui suivaient la route de terre avaient été-autorisées à entrer dans la ville, mais deux navirës avaient reçu permission de faire voile avec des esclaves à bord, Chaque navire indigène devait payer à l'entrée une taxe de 5 dollars ; les papiers de bord

(1 Cf, Slave Trade, 1876, p. 306, O3 CI, Slave Trade, 187%, p. 306,

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