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L'INGIDENT DE BRAVA, 681 De RE nn
etaient saisis pendant le séjour des navires au port. Avant de juger un procès civil, un droit de 10 p. 100 était exigé sur le montant de la sonime réclaunée, ct un autre droit de 1o p. 100 levé sur la somme accordée par dérision de justice. La soldatesque traituit les indigènes avec brutalité et crunulé. Les châtiments étaient fréquents et. sévères, d'autant plus quo cleux tentatives avaient déjà été faites pour empoisonner le gouverneur ainsi quo les habitants qui avaient, les premiers, accueilli les Égyptiens.
* Pour uchever ce tableau poussé au noir, le consul d'Angleterre déclarait
que lo commerce se trouvait complètement arrêté ; les marchandises ne se vonduicnt pis, les produits de l’intérieur n’arrivaient plus à la ville et le crédit était entièrement détruit l),
Lo » décembre 1875, la Thetis quitta Brava et se dirigea sur Lamo, le eonsul voulant voir « jusqu'où les Égyptiens avaient poussé leurs intrigues de eu côté». En débarquant, Kirk vit avec plaisir que le gouverneur avait crie sur lo rivage une batterie, protégée par des sacs de terre, pour commander l'entrée de la crique et qu'il se tenait prêt à repousser les Égyptiens par la force, Il jugea que la visite de MeKiHop à la baie Formosa ne pouvait avoir d'autre but que d'entrer en relations avec Simba, chef du district de Witu, et de se faire céder par lui l’le de Patte 1. Les Égyptiens avaient également noué des intrigues avec le chef de Siwy ®. Le gouverneur ile Lamo déclara au consul qu’il avait assez de troupes pour résister à une allaque ordinaire des Égyptiens, mais qu'il était embarrassé par le nombre de mauvais sujets provenant de Witu, ainsi que par les Bajuni venus de l'uza et do la côte, Ces derniers se comptaient par milliers et ils setenaient dans la ville, prêts à piller, attendant de voir qui serait vainqueur, car lu croyance était généralement répandue que los Égyptiens, repoussés uno première fois de Lamo, reviendraient en force pour s'emparer de la illo, Les marchands indiens, sujets britanniques, étaient nombreux à.
1 Slave Trade, 1876, p. 307, mémorandum de Kirk sur la prise de Brava par les Égyptiens,
"Ancien chef de l'île de Patte, Simba avait dà se retirer de cotte Île quand sa. Wibu fut soumise par Seyid Majid en 1866.
‘Kirk précise que les Égyptiens lui réclamèrent le paiement d'uno dette soidisant due à un homme de Kismayo et lui offrirent en même temps de l'aider à
Lamo U ct lour inquiétude était grande ; Kirk s’employa à les rassurer ot leur déclara qu'il les assisterait de tout son pouvoir P).
À son retour à Zanzibar, le consul trouva un rapport du Rév. WS. Price“gupérieur de la mission à Mombasa, disant que la ville était dans un état de panique, que toutes sortes d’étranges rumeurs y circulaient ; on ne doutait pas que les « Turcs», après la prise de Brava et de Kismayo, ne dirigeassent leurs navires de guerre sur Mombasa ; le wali prenait à la hâte des mesures de défense et 1.000 kegs de poudre venaient d'arriver de Zanzibar ; beaucoup de gens s’enfuyaient pour se mettre en sûreté ), Ainsi la nouvelle de l'invasion des Égyptiens s'était déjà répandue fort loin vers le sud le long de la côte et provoquait un état de fermentation générale ; le commerce était paralysé et, au dire du consul, la stabilité du pouvoir du sultan sur la côte africaine compromise (), Kirk transmit au gouvernement de l'Inde un mémoire des commerçants indiens installés sur la côte, qui se plaignaient de l’atteinte portée à leur commerce par l'occupation des villes de Brava et de Kismayo par les Égyptiens 6 ; il fit valoir que les pertes subies par eux seraient encore bien plus considérables si on laissait ceux-ci occuper les localités qui se trouvent situées entre l'embouchure du Djouba et les régions annexées par eux récemment dans le nord du pays des Somalis, car « il est clair, disait-il, que le premier eflet de leur domination sera de ruiner le commerce existant et finalement
&} Leur nombre s'élevait à près de 80, d'après le rapport de Kirk.
OÙ F,0,. 84 - 1417, Kirk à lord Derby, 8 décembre 1895.
61 Slave Trade, 1876, p. 310, Price à Kirk, 27 novembre 1875. Si nous en croyons une lettre publiée dans le Journal des Débats du 46 janvier 1876, émanant d'un correspondant, par ailleurs fort bien renseigné, qui écrivait de Zanzibar le. 15 décembre 1875, Seyid Bargach aurait en outre envoyé à Mombasa « plusieurs devins et sorciers qui doivent faire des invocations, des sacrifices, dire des prières et semer du riz dans Les rues pour détourner ou empécher les Égyptiens de s'emparer du pays ou pour leur faire arriver un malheur s'ils tentaient de le faire. If faut dire qu'à Zanzibar, personne, parmi les Arabes, ne doute de l'eflicacité de ces mesures et que le sultan lui-même doit eroire qu'elles auront un plein succès, si toutefois les sorciers connaissent leur métier»,
4 F0, 84 - 1417, Kirk à lord Derby, 9 décembre 1875,
#) Les commerçants indiens déclaraient avoir pour # 55.92: de marchandises
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d'eager un système de monopoles sous le drapeau égyptien dont nos sujets ent entièrement exclus». Dans ces conditions, le consul se déclarait prêt à agir, même d'une manière agressive si c'était nécessaire, pour défendre Les intérêts britanniques dans les limites territoriales de sa juridictiont),
Von content de défendre les intérêts britanniques, Kirk se fait le champion des intérêts étrangers. [ informe son collègue M. de Gaspary, consul de France, qu'un boutre battant pavillon tricolore et qui allait de Mayotte à Merka, a été arrêté et détenu par les autorités égyptiennes à Brasn, Le consul de France, dit-il, a télégraphié pour qu'on lui envoie uns canonniëre. ‘« Un tel acte, aflirme-t-l,.ne saurait pour un moment dure toléré par la France ou par toute autre nation civilisée, et je ne doute pas qu'il ne se produise une collision immédiate dès l'arrivée de la canonnicru française %),» Quelques jours après, c’est le tour d’un bugalow
“appartenant à un commerçant indien, sujet britannique, d’être malmené
par les Égyptiens à Brava. Kirk consulte aussitôt le commandant Ward sur es mesures à prendre pour répondre « à cette agression qui montre, dit-il, que notre action à Brava a totalement fait faillite, et que notre patience en cette occasion ne peut vraisemblablement que conduire à de plus sérieuses complications »(%). Des nouvelles de Kismayo annoncent que les autorités égyptiennes prétendent prélever une rente foncière, sous prétexte que toute la terre appartient au Khédive, qu'un droit de 8 p.100 a été étubli sur toutes les importations et les exportations, et que-les Égyptiens réquisitionnent les marchandises à des prix fixés par eux et “ns rapport avec la mercuriale @), Enfin la rumeur court également à Kismayo que les Égyptiens se proposent d'envoyer une centaine d'hommes
(CT. Slave Trade, 1876, p. 311, Kirk à Aitchison, 10 décembre 1875,
M F,0, 84 - 1417, Kirk à lord Derby, 13 décembre 1875. Dans sa dépêche du 14 décembre 1875, où il rendit compte de l'incident au Ministre des Affaires étrangires à Paris, M. de Gaspary ne dit cependant pas avoir demandé l'envoi d’une ranounière, Sa dépèche, par contre, montre bien la nature des propos alarmistes feaus par Kirk, « Le gouvernement égyptien, paraît-il, est dans l'intention de s’emparer de toule la côte orientale d'Afrique et se dispose à envoyer, d'après ce que m'a dit M. Kirk, dix autres bâtiments de guerre et 13,000 hommes.» (A.C. Zanvibar, vol, IV, dépêche n° 10.) F, à
OU F.0, 84-1417, Kivk à lord Derby, n° 188, 15 décombre 1875,
M P,0, 84 - aham. Kirk à lord Derbv. n° 100, 15 décembre 1875.
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par voie de terre pour attaquer la garnison du sultan À Merka (}, Aussi le 15 décembre, Kirk décida-t-il d'envoyer le navire de guerre Diamond ®) à Lamo, « dans le but de ramener la confiance et d'assurer la sécurité de la ville à la a+ contre une aftaque armée des Égyptiens ou contre, des troubles intérieurs consécutifs à leurs intrigues » ). Il obtint du sultan de Zanzibar une lettre ordonnant au gouverneur de cette place de se ranger en toutes choses à l'avis du commandant Bosanquet (‘) et du vice-consul, et il écrivit lui-même au chef des Bajuni une lettre énergique destinée à le convaincre que tout désordre ou crime commis dans son district serait sommairement réprimé et puni (, | Ainsi le consul Kirkest devenu l’âme dela résistance contreles Égyptiens,
Il a parcouru la côte africaine depuis Mogadisho jusqu’à Lamo, excité à la résistance les gouverneurs des places restées fidèles au sultan ; 1 menace de châtiments exemplaires les chefs de tribu qui désobéiraient et il envoie à Lamo un navire de guerre qui a l’ordre d'intervenir si la place est
M R.0. 84 - 1417, Kirk à lord Derby n° 189,14 décembre 1875. Dans son rapport du 11 décembre 1875, Fedrigo pacha rapporte à ee sujet ce qui suit : « Le jour do mon départ de Brava, S.E, Radouan pacha m'a communiqué le contenu de la lettre que plusieurs chefs de Merka ont adressée au capitaine Abd el-Rahman pour linviter à se rendre avec la force prendre possession, au nom du Khédive, de la villo de Merka, lettre qu'ils ont expédiée par deux de leurs confrères arrivés la veille par voic de terre, Ces deux messagers ont raconté que le D" Kirk avec le délégué de Zanzibar ont visité d’abord Mogadisho et puis Merka, étant en route pour Brava, Ils ont ajouté qu'oux et lours collègues partisans du gouvernemont du Khédive, à la vue de l’approche de la corvette Thetis, avaient cru voir paraître une corvette égyptionne et que, pour faciliter le débarquement et la prise de possession de la ville, ils avaicnt réussi à faire renfermer les soldats de l’émir de Zanzibar dans la forteresse pour les cerner et empêcher tout mouvement de défense. Ils ont ajouté que lorsque leur ruse a été découverte après le débarquement des Anglais, ils ont eu beaucoup à souffrir des vexations de la part de l'autorité de Zanzibar, et que les persécutions augmentaient tous les jours, »
1 Le Diumond fat ensuite renforcé par le navire Vestal,
8) Comme le Diamond devait rester au mouillage de Manda, loin de la ville, il fut décidé de détacher un officier de marine, le lieutenant Carew, à Lamo même, où il séjournerait sur un des yachis du sultan et excrcerait temporairement les fonctions de vice-consul, | :
Commandant le Diamonw.
(93 KF,0, 84-1417, Kirk à lord Derby n° 1a1,.15 décembre 1875,
ee ataquée par les Égyptiens. À Zanzibar même, il soutient le courage de Seyid Burgach, fortifie sa volonté de résistance et lui fait envoyer des monitions dans les places fortes du littoral M, Toute cette activité cadre boct peu, semble-t-il, avec les instructions de lord Derby qui prescrivent à Kirk do faire tout son possible pour éviter une collision avec les Égyptiens .…. précisent que le gouvernement anglais ne veut voir, dans tout ce qui nisnt de se passer, qu’un malentendu ®), C'est que Kirk se croit mieux informé que le Secrétaire d'État sur les visées des Égyptiens. Lorsque les atructions du Ministre lui parvinrent le 14 décembre, il répondit aussi- 16 qu'il no s'agissait point d’un malentendu, mais bien d’un désir nettument allirmé par le Khédive de s’agrandir et d’annexer à l'Égypte des territoires appartenant au sultan de Zanzibar. Partout, aflirmait-il, les Fgyptiens tramaient des intrigues et, tablant sur l'ignorance et le fanatisme des indigènes, faisaient croire qu'ils agissaient au nom du Sultun de Turquie, suprême pontife de la religion musulmane. L'État de auaibar se trouvait menacé de démembrement, Devant le péril extrême qui menaçait les intérêts commerciaux et politiques de la Grande-Bretagne, 1 avait concentré dans les eaux de Zanzibar une petite escadre composée des navires Thetis, Diamond, Vestal, Flying Fish, et l’Arab était prochainement attendu, Une attaque des Égyptiens sur Lamo, ajoutait-il, suffirait: 4 jusifier l'entrée en ligne des forces britanniques qui, non seulement defendraient co port, mais se porteraient sur Kismayo où étaient consntrées les forces navales égyptiennes 5}, Le consul ne doutait pas qu’en apprenant la violence dont les Égyptiens avaient usé À son égard À Brava, br Derby: ne ft conduit à lui donner des instructions qui lui permetlraiont d'agix avec décision.
La l'oreign Office cependant ne suivit pas son consul. En ce qui concerne l'incident de Brava, lord Derby chargea le général Stanton d'attirer très
© 4 Le sultan est désespéré, écrit lo M. de Gaspary le 15 décembre. Sa Hautesse, nusi qu'elle me l'a dit, est persuadée qu'aucune puissance ne s’opposera à l’envahisement de son territoire, mais elle est décidée à se défendre et fait en ce moment fottilier tous les ports,» (AE, Zanzibar, vol. IV, Gaspary au Ministre des Affaires sangères, 15 décembre 1875.) :
F0, 78 - 2403, lord Derby à Stanton n° 91, 3 décembre 1875,
RO RU aoham Vin 4 Lou Danbhu n0 402 ah Alanvalun : 0 -E
686 MISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAIL. "
sérieusement l'attention du Khédive «sur le grave danger de collision avec des puissances amies que des opérations dans le genre de celles entreprises par MeK®lop pacha pouvaient faire naître lil» ; écrivant à Kirk, il
reconnul que ce dernier étai, dans la limite de ses droits en insistant pour
débarquer et pour communiquer avec les sujets britanniques, mais, en même temps, il lui rappela que « le recours à des mesures extrêmes pour appuyer une demande de 1 espèce ne serait justifiable qu’en cas de danger
à la vie et aux biens des sujets britanniques, et qu’à moins qu'un tel
danger n'existe, un agent doit en référer au Foreign Office pour instructions avant d’être justifié à poursuivre une ligne de conduite qui pourrait avoir pour conséquence de précipiter une guerre entre deux pays amis » P, Les appels répétés de lord Derby à la modération montrent qu’en la circonstance le D' Kirk, par son action précipitée, dépassa les limites que la prudence et la raison conseillaient. On en eut d'ailleurs le sentiment sur les lieux-mêmes parmi les Égyptiens. « D'après toutes les informations recueillies des différentes sources, écrivit Fedrigo pacha, il est évident que le D" Kirk a cherché le moyen de frapper sur le faible-et que, n'ayant pas réussi, il a saisi un prétexte pour avoir l’occasion de protester contre l'occupation de Brava afin de créer une question diplomatique et d'être ainsi agréable à l’émir de Zanzibar, Le docteur Kirk, par le voyage du Tantah à Zanzibar pour se procurer le charbon nécessaire en vue de retourner à Berbera, était bien informé de la présence de S. E. MeKillop pacha, chef de l'expédition, à Port-Ismaïl ), et c’est à lui qu'il aurait dû demander des explications, s'il était autorisé ou s’il était en droit de le faive ().» En fait, si l'expédition égyptienne ne provoqua pas un conflit plus grave, cela tient à deux circonstances fortuites ; d’abord à ce que, dans sa tournée au sud du fleuve Djouba, McKillop ne trouva ni à Formosa ni
(1 F,0, 78 - 2505, lord Derby à Stanton, 19 janvier 1876. À la communication de Stanton, le Khédive répondit en manifestant ses regrets de l'incident, mais en rappelant la version de ses agents selon laquelle les iroupes égyptiennes n'avaient en- . tendu s'opposer qu'au débarquement des forces armées venues à terre avec le D' Kirk et le commandant de la Thetis,
6) F,0. 84 - 1454, lord Derby à Kirk, n° 6, 14 janvier 1876.
6) Nom donné par les Égyptiens à Kismayo.
&) À À Rannort do Todnioen nanhn as déonmbra 1808