‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 54 sur 176 · LA GUERRE D'ABYSSINIE. — LA BATAILLE · texte numérisé non relu

LA GUERRE D'ABYSSINIE. — LA BATAILLE

4, — Li COMBAT DU 7 MARS 1876.

Le mardi 7 mars, dès l'aube, Rateb pacha, monté sur le point le plus devé de Fort-Goura, attendait l’ennemi, Le major Von Thurneyssen qui, dans la nuit du 6 au 7, avait été envoyé à trois heures de marche dans la direction de l’armée abyssine pour placer des avant-postes de cavalerie et surveiller ses mouvements, rentra au point du jour et rendit compte au général en chef que tout faisait prévoir que l’ennemi allait se porter en avant, Par la suite, le colonel Derrick, chef du service d'éclairage, resté au contact de l’ennemi, envoya de nombreux rapports sur ses mouvements, indiquant qu’il avançait le long des pistes, comme on l'avait prévu. Rateb parha écouta tous ces renseignements sans prendre aucune décision,

Vers 10 heures du matin, on aperçut dans le lointain de fortes colonnes du poussière. Alors seulement le sirdar se décida 1), Sans autre préavis, il ordonna de vive voix de laisser à Fort-Goura 2 bataillons et une partie de l'artillerie À, tandis que le reste des troupes comprenant 7 bataillons 5),

(AL. de Suzzara (op. cit., p.682) dit que Rateb pacha fit prendre les armes à ses troupes à 8 heures du matin ; Thurneyssen déclare que l’alarme fut sonnée dans le tp un peu avant 10 heures du matin.

! Les canons Krupp restèrent au fort, ainsi que la batterie de canons en acier qu, sortie tout d'abord, reçut du sirdar l’ordre de rentrer au fort, D’après M. de Suxrara, il resta au fort 1,500 hommes d'infanterie, 1 batterie de canons Krupp et 1 de canons en acier, soit 12 pièces en tout,

8 d’après T'hurneyssen,

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2 escadrons de cavalerie }, 18 pièces d'artillerie et quelques fusées, an total entre 5 et 6.000 hommes}, reçut l’ordre de se former devant le camp.

« Lorsque Rateb pacha marchait avec l’armée, rapporte le général Lo. ring, son habitude était de donner tous ses ordres en personne, sans l'in. tervention d'un officier d'état-major égyptien ou étranger. Monté à cheval, avec le prince, quelques minutes après la sortie des troupes, je fus surpris de trouver l’armée arrêtée à quelques fnètres du fort, au lieu de la voir marcher directement sur Kayakhor. Le prince Hassan, souriant aver in. crédulité, déclara qu'il pensait que Rateb attendait l'ennemi dans une autre direction. Tandis qu’il était dans cette position, évidemment incertain sur ce qu'il allait faire, je lui dis que les délais étaient dangereux et qu'il valait mieux se hâter d’attemdre Kayakhor, vu que l'ennemi nr pouvait être à plus d2 huit ou dix milles de distance, mais il ne bouyra pas d’un pouce, Juste à ce moment, arriva une dépêche añnonçant qu'on aperecvait la poussière de l'ennemi sur les routes d’Arato et d’Amhour, conduisant dans la vallée entre les deux forts et plus près de Kayakhor À cette nouvelle, Ratel» donna l’ordre de se mettre en marche et l'armée se dirigea vers Kayakhor, en suivant le lit du torrent qui coule le long de la plaine, |

« Nous avions fait un mille, rapporte Dye, lorsqu'un messager arriva, envoyé par le lieutenant-colonel Derrick qui opérait une reconnaissanre dans la direction de l’armée du roi Jean. Le message disait qu’il ne voyait aucun ennemi sur les routes d’Arato et d'Amhour. Le messager avait dû quitter Derrick depuis longtemps, car on voyait maintenant de fortes colonnes de poussière dans la direction de Kayakhor. Cependant Rateh pacha s’accrochait encore à l'espoir que le roi attaquerait Fort-Goura, Il fit en conséquence arrêter la colonne. Puis le commandant en chef fut frappé d'une idée subite : il fit obliquer la œplonne sur la droite, jusqu'à la base des collines, pour lui faire prendre un chemin qu'on emprunte pour aller de Goura à Kayakhor lorsque la plaine est inondée, La colonne suivit lentement cette route, le sirdar marchant en tête, entouré de son

{4 escadrons et demi d’après Thurneyssen.

®} «Une douzaine de pièces de montages d’après Thurncyssen, 6 5,983 d'après Rateb pacha, 5.200 d’après Dye.

(Cf, Lomne, op. cit, p. 4oë.

oo

ctat-major, suivi par la cavalerie, une batterie, les bataillons d'infanterie, Luis que les autres batteries et un détachement d'infanterie fermaient Li marche. Tout à coup la colonne s'arrêta. Loring, les officiers d’étatmajor, le commandant en chef examinaient les avantages qu'offrait, au point de vue militaire, un monticule rocheux, détaché de la rangée de hauteurs et situé à deux milles environ du fort, Convenait-il d'y établir uns batterie? Je compris qu’on cherchait un champ de bataille. Pour cundamner ce choix, il suffit de dire que cette position permettait à l’enneni de nous couper à la fois de Kayakhor et de Fort-Goura..… Loring me demanda mon avis. Je lui répondis que je pensais que nous devions avan- «er davantage. L’armée se remit en marche... Elle s'arrêta bientôt et une batterie fut pointée sur le parti de Derrick qu’on prenait pour ennemil),»

: Je sentis alors, déclare de son côté Loring, que Ratcb pacha avait résolu de ne pas réunir ses forces (, et que la meilleure chose à faire était de mudre sûre la position qu’il avait prise et de sauver l’armée. Gette position “lait sur la pente d'une chaîne proéminente, dont la hauteur principale entourait les derrières de l’armée à quelque distance... Il y avait, devant sn front, un ravin large et profond qui contournait sa droite et séparail’ l'armée des collines placées à quelque distance derrière elle #). Une épaisse séélalion dé mimosas couvrait entièrement la vallée devant l’armée. Sur sa gauche, le chemin était libre et sans obstacle jusqu’à Fort-Goura, et la possession d’une colline proéminente qui se trouvait en partie devant «gauche, assurait sa retraite... Je reçus une dépêche, que je lus au génétal, annonçant que l’ennemi s’avançait sur la piste de Danba... Sa ligne de marche était elairement indiquée par sa poussière. Rateb demanda ave élonnement pourquoi l'ennemi arrivait par là, Bientôt los Abyssins apparurent en grand nombre sur une chaîne à deux milles de nous, Nous restämes longtemps sur notre position, ayant que l’ennemi ne fût complèlement en vue. Persuadé que le commandant en chef n'avait pas l’inten- Lun de quitter sa position actuelle, je pris sur son ordre des mesures immédlintes pour y établir l’armée en sécurité (,5 Le docteur Wilson fut envoyé

CE Dre, op. cit, p. 347 à 350.

% À celles de Kayakhor.

% Voir, sur le plan de Dulier, la première position de l'armée, * GE, Lonne, op. aif., p. ok, 405.

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pour examiner le ravin qui contournait la droite de l’armée. Son rappel étant favorable, Loring proposa au commandant en chef d’aller de concrt examiner la position de ce côté. Le prince Hassan les adcompagna, ‘ Landis que Loring donnait des ordres de détail, Rateb pacha traversa Le ravin «t, peu après, donna l’ordre de faire un mouvement. Loring se hâta de te rejoindre et arriva à temps pour l'entendre dire que l’armée s’arrélerail lorsqu'il ferait sonner le clairon par son ordonnance 4}, Que s'était} passé et pourquoi le siidar avait-il pris cette décision ?

Le colonel Dye, sous-chef d'état-major, inquiet de la position choisie par Rateb pacha, s’é'ait porté en avant pour reconnaître le terrain. Ayant constaté que l’étroit plateau, sur lequel les troupes étaient rangées, sr prolongeait sur plusieurs centaines de mètres et conduisait à une grandr brèche s’ouvrant duns la chaîne de AU par où l’on pouvait gagner les derrières de l’armée, il pensa qu ‘en étendant la ligne de ce côlé, un champ de bataille plus favorable s’offrirait au sirdar, L'armée égyptienne commanderait l'accès de la brèche, ce qui obligerait le voi Jean, s'il voulait traverser la plaine, à passer près de Goura, c’est-à-dire sous le feu des canons Krupp du fort. De plus, 4 serait aisé, si l’on jugeait prudent de s’avancer davantage, de le faire et le commandant en chef pourrait, par sa droite, ouvrir une communication avec Osman pacha et croiser son feu avec celui de Kayakhor ©). Convaineu de l'avantage qu'il y aurait à changer de position, Dye envoya le capitaine Irgens auprès du chel d’ état-majur pour lui exposer son point de vue.

Près d’une heure s’écoula sans qu'il reçt de réponse. Cependant l’en- :

nemi continuait à s'approcher. Du sud, du nord, de l'ouest, par myriades

innombrables, infanteric, cavalerie et artillerie, hommes, femmes et en-

fants s’avançaient pêle-mêle, Dans la plaine, ces masses étaient cachées

par les buissons, mais on découvrit bientôt une ou deux colonnes qui se divigeaient vers Kayakhor 1. Anxieux de voir fermer la brèche qui séparuit

(CE, Lonne, op, cit, p. 4a6.

CL, Dve, op, ait., p. 351, 35a,

% Le voyageur Matteucci rapporte que les soldats abyssins, fatigués par une longue marche, voulaient remettre l'attaque au lendemain, Pourles obliger à combattre, le roi Jean fit taillader toutes les outres de l’arméo (cf. P. Marrevcar, ln Abissinia, p. 195.)

tte localité de l’armée, Dye rebroussa chemin, rejoignit le commandant “n chef et chercha à le persuader d'avancer encore pour se rapprocher d'Osman pacha. Rateb pacha lui demanda s’il y avait de ce côté un bon - terrain pour l'infanterie et les batteries ; sur une réponse aflirmative de be, la colonne reçut l’ordre de se remettre en marche ; le colonel mar- “herait à sa tête et Rateb déelara qu'il arrêterait la colonne par une sonnene de claivon, pour former l’armée en ligne face à gauche sur le terrain qu'elle occuperait à ce moment (f),

En fait la marche reprit et l’armée s'était déplacée de toute sa longueur, lorsque le commandant en chef fit sonner le halte-là F). À ce moment, la tte de la colonne avait atteint un point situé à deux milles de distance à sol d'oiseau des retranchements de Kayakhor ®). La position choisie ne répondait pas entièrement au désir de Dye, mais comme il n’y avait plus aucun espoir de voir l’armée se rapprocher davantage des troupes d’Osman pacha, le colonel prit les meilleures dispositions possibles en vue de hi bataille, L’escadron de cavalerie qui marchait en tête dégagea la route

(CE, Dve, op. cit, p. 351 à 356,

Cf, Loue, op. cit, p. ho. Du récit de Dye (op. cit., p. 856), il appert que le centre de l'armée s’arrêta au point où il aurait voulu, lui, établir la gauche, et done que la halte fut sonnée trop tôt. M. de Suzzara (op. cit., p. 683) critique également là position prise : «Rateb pacha, écrit-il, avait primitivement choisi pour livrer bataille une autre position bien plus favorable, rapprochée du camp retranché de buura, laquelle possédait l'avantage d’une vue ouverte de tous les côtés ct d’un terrain beaucoup plus vaste pour le déploiement des troupes... Le champ de batulle choisi [en deuxième lieu] avait ce grand désavantage d'être à une trop grande fbtance du camp de Goura pour que l’artillerie armant les retranchements pût prendre part à l’action et influer sur son résultat... Le terrain était des plus désavautageux pour Îles Égyptiens, leur ligne de bataille étant coupée en deux par un ravin sut bords très escarpés, profond de huit mètres ct large de six; un autre ravin . “blable s’étendait à 500 pas de distance, parallèlement à leur front, offrant aux “anemis un abri suffisant, quoique sa profondeur fût un peu moindre que celle du vremier.., La position des Égyptiens s'appuyait immédiatememt en arrière, à la chaîne de montagnes bordant à l’est la haute vallée de Goura.» (La phrase que nous ous soulignée indique, pour la deuxième position de la ligne de bataille, un emplacement qui n'est pas conforme à celui qui est porté sur la carte de Dulier),

Ft Et non pas à un mille, comme le dit Loring, qui aurait alors pressé une fois lle plus Rateb pacha de faire ça jonclion avee Osman pacha (ef. Lomne, op, cit.,

po).

el se rangea vers la droite et l'arrière, à quelques mètres devant la chatne de collines, dans un renfoncement compris entre deux éperons: Avec l'urtillerie, Dye aurait voulu battre tout le terrain compri$ entre la droite de l’armée et Kayakhor, nus Le major Sabri effendi, chef de l'artillerie, qui marchait avee la batterie d'avant-garde, lui expliqua que c'était impossible : la portée des canons de montagne jaue l’on possédait n’était pas suflisante et on ne pouvait espérer faire venir À des cons de campagne laissés au fort. Les pièces furent alors mises préetpitamment en batterie, au delà du che. min, devant la cavalerie, au seul point qui offrit des vues dominantes pour l'artillerie 1), ; | Déployés sur une seule ligne, les sept bataillons étaient presque adossts à la chaîne de collines ; un espace de 5oo pas s’étendait devant eux jusqu'au ravin creusé par le petit cours d’eau qui serpentait dans la plaine &, Une batterie, placée à l’aile gauche, faisait pendant à celle de Sabri effendi en position à l’aile droite. Rateb pacha. se plaça près de la batterie du centre, en un point d’où l’on avait la meilleure vue possible sur la ligne de bataille 1, Le prince Hassan resta, semble-t-11, à ! ‘aile gauche. Le cowmandement de la droite fut confié à Rached pacha, le meilleur oflivier général de l’armée, et son attention particulièrement attirée sur l'importance qui s’attachait à ne pas laisser tourner son flanc par l'ennemi.

U) CF, Dve, op. eit., p. 356.

81 Nous ne connaissons pas le dispositif exact de l’armée égyptienne. Le rapport de Rateh pacha ne donne guère d'indications, Celui que Loring adressa au général Stone n’a pas été retrouvé dans les archives égyptiennes : Le récit que fit plus tard le chef d'état-major dans son ouvrage À Conféderate soldier in Egypt est verbeux el comporte des contradictions, Loring, qui avait le récit de Dye sous les yeux, semble surtout préoccupé de mettre sa responsabilité à couvert, Le récit de Dye reste encore, à l'heure actuelle, le témoignage le plus précis que nous ayons sur le combat de Goura ; mais Dye était à la droite de l’armée et ne décrit que Les épisodes qui s passérent de ee côté, Les archives égyptiennes possèdent deux plans de la plains de Goura, l'un dressé par Lockeit, l’autre par le commandant Dulier, Mais les positions successives prises par l’armée, telles qu’elles sont indiquées sur le plan de Dulier, ne cadrent pas avec les renseignements qu'on trouve dans Les ouvrages de Loring et de Dye. Ce dernier reproche d'ailleurs à Dulier d’avoir dressé sa earte de manière à la faire cadrer avec le rapport particulier de Rateb pacha (ef, Dvr, cit., p, 486),

1 CE, Loue, op. eit., p. 408,

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Les préparatifs du combat furent faits à la hâte car l'ennemi était maintenant fort près. Son armée venant de l'ouest était formée de plusieurs colonnes ; celle de gauche se dirigeait vers Kayakhor ; la voisine suivait une direction telle que si sa tête appuyait légèrement à gauche, elle pouvait attaquer Kayakhor, tandis que si elle appuyait légèrement de l’autre côté, elle Lombait sur l'aile droite des Égyptiens ; une troisième colonne se dirigeait effectivement sur l'aile droite de l’armée égyptienne ; une quatrième sur son centre, une cinquième sur son aile gauchelt}. Chaque colonne était commandée par un ras, tête nue, pieds nus, dans l’attirail du guerrier barbare, montant un cheval richement harnaché. Des musiques accompagnaient les ras et chacun des chefs. Au moment où les colonnes ennemies s dirigeaient vers l'armée égyptienne, le major Sabri eflendi achevait de metlre ses canons en position. Comme sa batterie. était placée tout à fait à l'extrémité de la ligne et se trouvait sans protection, Dye fit demander au bataillon de droite de venir se placer en soutien de l'artillerie, L'officier qu'il avait envoyé à cet eflet, revint sans avoir réussi dans sa mission. Ilye, dors, galopa lui-même jusqu’au bataillon ct répéta sa demande au colonel. « L'ennemi était si près de nous, éexit-il, qu'on n'avait pas le temps d’en référer au chef d'état-major ou au commandant en chef». Le colonel finit pur accéder à sa requête et le bataillon se mit en marche sur la droite. Ce mouvement laissa naturellement, à la droite de la ligne de bataille, un vide égal au front d’un bataillon? ; ce vide ne fut pas comblé, de sorte que les artilleurs de Sabri, la cavalerie et le bataillon formèrent un groupe qui combattit isolément à la droite de l’armée.

I était 1h. 30 de l’après-midi lorsque les premiers coups de canon furent tirés au centre et à la gauche de l’armée égyptienne), Les projectiles

M3 CE, Dve, op. cit., p. 375. M. de Suzzara fait un récit tout à fait différent : «Les masses abyssiniennes descendues des hauteurs, éerit-il, firent halte à environ 3 kilomètres de la ligne de bataille des Égyptiens. Ces masses n'étaient pas divisées en corps de troupes séparés, riais s’avançaient agglomérées en une seule immense colonne ; elles se composaient, au débnt de la bataille, d'au moins 40.000 combattants ; ce chiffre fut constaté plus tard, en caleulantla longueur et la profondeur du lerrain occupé par les Abyssins à ce moment précédant le commencement de l’action.»

CF, Dve, op, cit, p. 357, 358,

‘ Les heures citées par M, de Suzzara ne concordent pas avec celles de Dye, La phase d'engagement est décrite par lui de la façon suivante : « Vers 10 heures

ET

lancés éclatèrent sur la droite de l'ennemi ; les troupes du négus appur. rent alors sur leur gauche et se rapprochèrent de Kayakhor. On entendu à ce moment deux ou Érois coups de canon tirés du haut de cette passe. La batterie d'Ismaïl Sabri ouvrit le feu à son tour sur les colonnes vu marche. Bientôt l'engagement devint général sur tout le front. Les fuxie. joignaient leur effet à celui des canons ; l'infanterie tirait des salves sur lPennemi qui avançail toujours.

Au-dessus du plateau où se trouvait la batterie de Sabri, se dressait un point rocheux qui servait d’observatoire à Dye et qui masquait le ebay de tir des pièces su la droite. Le sous-chef d'état-major donna l'ordre d'y transporter deux des pièces de la batterie, L'ordre fut promptement ext. cuté et les deux canons ouvrirent aussitôt le feu sur l'ennemi qui se dirigeuit de ce côté. Quant au bataillon placé en soutien de l'artillerie, au niveau même de la batterie, ses'vues n'étaient pas non plus entièrement dégagées ; Dye décida en conséquence de Ini faire prendre position sur l'éperon qui commandait la brèche percée dans la chaîne de hauteur. éperon dont la possession devenait indispensable, tant pour assurer le flanc de l’armée que pour protéger l’artillerie.

« L’ennemi, rapporte Dye, avait déjà atteint la gorge et attaquait notre flanc. Arrivé près du bataillon, je le trouvai apparemment sans officiers ;

ef demie, le roi Jean facilement reconnaissable par les nombreux cavaliers qui l'ar. compagnaient, apparut au sommet des hauteurs s’élevant derrière l’armée ennemie. À ce moment partit le premier coup de canon du côté des Égyptiens, contre lesquels les masses abyssiniennes sc mirent simultanément en mouvement, ct cela avec unr telle rapidité que, dans peu de minutes, malgré le feu violent d'artillerie dirige contre eux, un certain nombre de guerriers ennemis émergèrent de la brousse à la distance d'à peine 1,000 pas du front de bataille.

« HA fut ouvert contre cette avant-garde un feu roulant de mousqueterie auquel les Abyssins ne répondirent que par des coups de feu isolés partis, comme on pu s'en convaincre, de fusils Remington, mais qui, dirigés trop haut, ne firent aucun

mal aux Égyptiens, Les projectiles de ceux-ci, au contraire, frappaient en plein dans les masses ennemies qui bien que masquées par les broussailles, se trabissaient par les nuages de poussière qu’elles soulevaient en avançant,

« Au bout d’un quart d'heure environ, le feu fut suspendu et, pendant Le moment de silencieuse et menaçante attente qui suivit, les Égyptiens aperçurent les ennemis parvenus déjà à 4oo pas de leur ligne ; ils continuaient à avancer lentement, mais la marche incertaine de leurs masses dénotait chez eux une hésitation manifeste.»

ie —— eu Lout cas, je ne rencontrai personne à qui donner des ordres pour faire porter les hommes sur la crête. Néanmoins, le flanc gauche du bataillon fut bientôt porté en avant et, après beaucoup d'efforts, j'obtins des hommes qu'ils avançassent un peu el s’étendissent sur la droite, dans une dhrection presque perpendiculaire à la ligne de bataille. Mais les pauvres diubles se comportaient éomme des agneaux allant à l'abattoir et s'arrétrent au pied de l’éperon. C’est en vain que je les suppliai de gravir la “huuteur, Ils se tenaient pclotonnés au centre, sur six ou huit rangs de profondeur, Je gravis alors la crêle et réussis à altirer les hommes derrière mut et à les poster derrière les rochers. Un parti d'Abyssins s'y était déjà rassemblé et attaquait la position. Cinq de nos hommes furent tués avant d'atteindre le sommet. Une partie du bataillon suivit; colonel en tête ; elle prit place sur la droite, prolongeant la ligne dans la direction de la crête de la chaîne principale. Descendu de l’éperon, je trouvai une compagnie «ns poste. Je la poussai en ligne à la gauche, avec des vues dégagées sur son front et sur son flanc. De la crête occupée par nos hommes, nous pou- ‘ions voir la large ouverture de la brèche à quelques centaines de mètres seulement et je sentais que là était la clé de notre position tout entière, Il fallait des troupes à la droite du bataillon, jusqu’à la crête de la chaîne, pour empêcher de tourner ce flanc. Je rendis compte, demandai des troupes : rien ne vint (1},» Cependant la première et la deuxième colonne

(CF, Dve, op. cit, p. 859, 860. Le général Loring raconte ce qui se passa à la droite de l’armée de la manière suivante i 6 Les Abyssins s’approchaient maintnant visiblement et, de mon poste d'observation, trouvant que la batterie de droite avait été laissée sans protection, je me hâtai d'aller trouver Rached pacha et lui vrdonnai de suite, au nom du général, d'envoyer immédiatement une force pour h soutenir. Pris d’une rage violente, il me déclara qu'elle avait été soutenue, mais que, sans sa connaissance ni sa permission, l’unité détachée à ect cffet avait été sustraite à son contrôle immédiat et qu’il venait tout justement d'envoyer un offi- -aer pour se plaindre de cette interférence. En ma présence, un autre commandement fut donné pour soutenir la batterie, Pou après, ayant appris du colonel Derrick que R balterie était toujours sans protection, je me rendis de nouveau à la droite et vis que la force qui y avait été envoyée en revenait et que Rached parlait d’un ton irrité à l'officier qui la commandait ; mon impression ost qu'il lui reprochait d'être rovenu, Tandis que j'étais iei, convaineu que ce bataillon était en danger, un grand effort fut fait pour faire passer sur la colline une force qui se porterait à son aide,

{tu du shene du Khdd. lemaïl, + TL. En

ennemies qui s'étaient d’abord dirigées vers les retranchements de Kay: khor, avaient maintenant changé de direction et, appuyant sur leur droit convergeaient sur la position occupée par les troupes qui entouraie: Dye. 4 Notre ligne était déjà sauvagement assaillie, rapporte le colonel ? quand ce renfort arriva. Aueun son n'arrivait des Krupp de Goura: ps un écho de Kayakhor. Que faire? Obtenir des pièces pour battre plus d terrain entre nous et Kayakhor, Le capitaine Irgens venant d’arriver à | batterie, je lui deinandai de se hâter de me les procurer. Rateb refusa.

« Deux cents mètres environ séparaient la batterie de la colonne en far d'elle. Canons, h sées, infanterie, cavalerie, tout le monde tivait. Les Aby: sins continuaient d'avancer, Les artilleurs durent se saisn' de leurs fusils Une fusée produisit un effet terrible sur la tête de Ja colonne et la dé: sur la gauche. ‘

« Les colonnes qui attaquaient notre centre et foie gauche, accueilli par un feu nourri, appuyèrent sur leur gauche, de notre’côté, laissar celte partie de la ligne relativement libre,

« Graignant de voir notre flanc tourné, je détachai successivement Test: ferrata et d’autres officiers au chef d'état-major et au commandant en che pour demander des renforts : ils ne vinrent pas. Je ne pouvais quitter le troupes un moment, car elles étaient non seulement isolées, mais hors & vue du reste de l’armée,

« L’ennemi grossissait toujours en nombre. Aux Hits de fantassin avaient succédé des dizaines de milliers d'hommes qui donnaient l'assit à notre position.

« Je gagnai la crête de la colline furieusement assaillie. Je vis le capitain Sormani dans l’enfoncement en contre-has, entre les éperons, et lui eri d'aller trouver Loring ou Rateb pour demander des renforts, mais il n parut pas me comprendre et s'éloigna, Officiers et interprètes étaient ki 1 partis, Les colonnes approchaient de la batterie ; j'y courus. Une des co lonnes se trouvait droit devant, une autre sur le flanc droit, montan

tâche à laquelle je m’appliquai de mon mieux. Nous réussimes à faire gravir la mot tagne à une partie de cette force ; à ce moment, trouvant que mes services étaien requis par le commandant en chef, je partis en laissant la troupe aux soins d'u officier d'état-major et de Rached,s (Cf. Lomne, op. cit, p. Aog, 410.)

1? Dont nous résumons jei Le récit.

ou ent "un

hravement là pente, tandis que des myriades de fantassins ennemis chargraient sur le plateau qui nous séparait de la plaine en contrebas, pour saisir la crête, |

« l'artillerie, bien servie, et la cavalerie produisaient des eflets considérables sur l'ennemi, mais il avançait toujours. Il arriva si près des pièces que le conwnandant saisit son revolver et quelques hommes leurs carabines. {u nouveau bond et les Abyssins étaient sur nous. On tira le dernier coup chargé et, le temps manquant pour recharger, on saisit les carabines. Un «ldat, appartenant aux deux pièces placées sur le monticule, prit son tnps, choisit son moment et, visant le chef de la colonne, l’abattit, L'était dedjaz Hegous, chef de cavalerie, du Ghiré.

« Les colonnes, décimées, oscillèrent et glissèrent sur notre flane. Elles inrent remplacées par d’autres. 15 à 20.000 hommes, infanterie, cavalene, assuillirent ainsi notre droite, toujours repoussés et rejetés en bas du plateau, dans l’ouverture de la gorge.

« La cavalerie ennemie, pénétrant par la brèche malgré le feu du bataillou, finit par tourner notre droite. J'avais en vain envoyé Thurneyssen, Johnson, Wilson, Porter, Irgens, Sormani, Testaferrata et quelques Arabes pur demander des renforts. Testaferrata fut tué, les autres ne revinrent pas.

« Enfin parut le lieutenant-colonel Derrick dans le renfoncement entre les deux éperons. Je l’appelai et lui dis de rendre compte au chef d'étattajor que notre droite était tournée et que je conseillais de tenir les hauteurs en arrière de notre droite. Je lui demandaï aussi de prendre d'abord les doux pièces de la batterie et de les placer juste à gauche de l’éperon et bi bataillon, en ligne avec celui-ci. Ge mouvement permit à l'artillerie de balayer le terrain sur le front du bataillon, où des milliers d'Abyssins “lient postés derrière les rochers et de battre le fond de la gorge.

4 Quand Derrick eut remis mon message à Loring, tous deux tournèrent À jauche à la recherche de Rateb qu'ils trouvèrent près du centre. À peine fut-l mis au courant de la situation que, sans donner aucun ordre, le sirar s'éloigna rapidement à cheval le long de la ligne, pour rejoindre le prince qui se trouvait à l'extrême gauche, où il était resté pendant toute h bataille. Là, Rateb lui conseilla de prendre sa garde du corps et de regagner le fort aussi vite que possible. Le prince suivit ce conseil et partit ; *! l'armée, naturellement, le suivit.

y32 HISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÏL.

« Ainsi aucune troupe ne » fut envoyée pour garnir les hauteurs à | droite

du bataillon (!,

« Lorsque l'ennemi, posté sur les hauteurs, vit l'armée égyptienne coin mencer sa retraite, 1] le signala à ceux d’en bas qui renouvelèrent leurs eflorts contre notre position. Jusqu'ici ils n'avaient pu saisir la balteris

ni déloger le bataillon. La vague déferla de nouveau, creva le centre du bataillon et le tourna par son flanc droit, 6ù personne ne leur disputait le passage.

« Quelques minutes après qu'ils eurent atteint nos derrières, le batail lon tout entier fut submergé. Il y eut un corps à corps qui ne dura qu'un instant. Nos hommes n'avaient pas mis la baïonnette au canon. Iis firent tout ce que des hommes PSone faire et moururent à leur poste, apris avoir défendu la position jusqu'au bout. É

« Vers la fin de cette tragédie, j'étais à la gauche “du bataillon, N'entendant plus tirer les deux pièces portées de ce côté, je descendis des rochers pour voir ce qu'il en était. Leurs servants avaient aussi succombé et on ne voyait plus personne. Je courus vers l’autre partie de la batterie, où deux ou trois servants essayaient de tourner une pièce vers l'ennemi qui les chargeait. Trop tard ! Le flot passa. Rien ne resta plus de la batterie ni du bataillon (.»

() Le général Loring s'exprime à ce sujet comme il suit : « J'ai expliqué Les grandi efforts qui furent faits pour renforcer la droite de l’armée. I est possible que si la batterie placée là avait été soutenue à fond par une très grande force, elle n'aurait pas, comme cela se produisit indubitablement à la fin, attiré l'attaque de l'ennemi... Aucun homme de bon sens ne peut penser un moment que cette batterie isolée, bien qu'elle ait pu être soutenue dans une certaine mesure par le petit bataillon de Aou hommes placé autour de Ia montagne et à une distance telle qu'il ne pouvait lui apporter une aide immédiate, que cette batterie isolée, dis-je, aurait pu repousser le roi Jean et ses 50,000 hommes.o (Cf, Lomne, op. cit., p. 414, A1o,) Malgré l'assertion de Loring, il est certain qu'aucun renfort ne parvint jamais à la droite de l’armée,

Cf, De, op. cit., p. 860 à 366. Dye ajoute ici que l’escadron de cavalerie s'é. tait sauvé bien avant. Ismaïl Sabri effendi, qui commandait la batterie, et le miralai Mohamed bey Gabr qui commandait le bataillon, tombèrent sur le champ de bataille. Gabr fut tué et Sabri, cruellement blessé, fut fait prisonnier (cf, Dve, op. ci.

Ainsi à aucun moment la droite n'avait été secourue, malgré les appels pressants du colonel Dye. Qu'avait donc fait Rateb pacha? Lorsque le colonel Derrick eut remis à Loring le message de Dye annonçant que 4 droite était tournée, le chef d'état-major se rendit avec lui auprès du général en chef, à qui Derrick répéta son rapport. « Le sirdar se crut atlaqué, rapporte Loring, ce qui était vrai ; à ce moment, la cavalerie placée à la droite avait pris la fuite et arrivait de l’arrière, mêlée à l'infanterie. Raleb, qui a le teint basané, en entendant ce rapport, devint couleur de œndre, alors que jusqu'ici il avait dissimulé toute émotion. Sans nous lisser le temps de dire un mot, il chevaucha rapidement vers la gauche, peut-être, pensâmes-nous, pour faire quelque chose en vue de sauver son armée. Mais il ne prit aucune mesure à cette fin. Effrayé au point de perdre toute trace de virilité, il s’enfuit délibérément et ne s'arrêta que lorsqu'il fut hors de tout danger. Après l'avoir regardé quelques instants . pour voir quelles étaient ses intentions, Je fis faire demi-tour à mon cheval t,ayant rassemblé quelques officiers d'état-major, je merendis rapidement à lu droite. La distance n’était pas grande ; nous fûmes bientôt près de la batterie et rencontrâmes l'infanterie et la cavalerie qui battaient en retraite dans une confusion chaotique. Il ne paraissait pas y avoir de cause immédiate à cette retraite, puisqu'il y avait peu ou point de fusillade dans aucune direction. Nous n'avions à ce moment, d'après les sources les plus süres d'information, que peu d'hommes tués, fait qu'une visite subséquente du champ de bataille, effectuée par des officiers d'état-major, cortubora. C'est alors que nous vimes bataillon après bataillon reprendre délibérément la route qu'ils avaient suivie à l’aller et s'éloigner, les offisivrs égyptiens donnant l'exemple (,» Il était environ 4 heures de l'après. sci,

"3 Cf, Lonne, op. cit., p. 413, 418. M. de Suzzara fait, de cet épisode le récit tusant : L’aile droite, composée de 3 bataillons, était, comme on Le sait, postée mu delà d’un profond ravin, sur une ligne obliquant fortement en arrière de sorte, que son extrémité ne pouvait être aporçue du centre. Vers midi et quart (soit 1 heure trois quarts après le premier eoup de canon selon les heures adoptées par M, de Suzara), on remarqua que ces troupes commençaient à se replier peu à peu vers la gauche ; un bataillon avait mûme commencé à passer Le ravin. Les officiers d'état-majet dépêchés immédiatement par Rateb pacha vers l'aile droite parvinrent jusqu'aux

Après avoir quitté la batterie privée de tous ses servants, le colonel ne s'était dirigé vers Parmée qui battait en retraite. « Depuis le commen. cement du combat, écrit-il, deux points preéminents sur la crête de li chaine, en arrière de notre centre droit, avaient été occupés par quelques. uns de nos hommes, Ces soldats se battaient maintenant désespérément avec une colonne ennemie qui avait passé sous la crête et qui allaquint leur position. La queue de la colonne égyptienne se trouvait à quelque, centaines de mètres de là, marchant doucement derrière le prince. Les hommes de arrière commencèrent à ce moment, sans ordre de leur

deux bataillons forma” t l'extrémité de la ligne et constatèrent qu'ils suivaient aus le mouvement de concentration vers la gauche, ce qu’on s’expliquait d'autant moins que, jusqu'à ce moment, ces troupes n’avaient pas été engagées et n'avaient pas eu pour ainsi dire de b’essés, On sut plus tard ce qui avait provoqué ce mouvement : les Abyssins, cherchant d’instinct à se soustraire aux effets-meurtriers du feu dirige sur eux par le centre et l'aile gauche des Égyptiens, avaient profité du ravin courant parallèlement au front de ces derniers pour se porter peu à peu en masse vers l'ait droile qui, ébranlée à cetle vue, se déroba, au lieu de redoubler la vivacité de son fou.» (Suzzara, op. eit., p. 685.) Von Thurneyssen, de son côté, écrit : «Le chi d'état-major m'avait envoyé pour demander un renfort pour l'aile droite, J'y étais revenu et croyais déjà à un heureux résultat, voyant que l'ennemi ne gagnait pas de terrain, lorsque, à ma grande surprise et sans qu'aucun ordre eût été donné, je vis plusieurs compagnies de notre centre cesser le feu et faire demi-tour à gauche, mettre le fusil sur l'épaule et quitter tranquillement le champ de bataille en rétro. gradant sur leurs pas et prendre la direction de notre camp, que nous venions de quitter, Ge mouvement sembla devenir contagieux, car, immédiatement après; M autres bataillons commencèrent à suivre et rien ne put les empêcher de s'arrêter. . Galopant d'un groupe à l'autre, j’essayai d'arrêter les fuyards et jo vis plusieurs autres officiers (européens et égyptiens) essayer de faire la même chose ; nous auriom: peut-être réussi si notre cavalerie n’avait pas été prise tout d’un coup d’une panique épouvantable, passant et renversant tout sur san passage, hommes, animaux.» Hest clair que les différents auteurs que nous avons cités ne sont pas d'accord sur l'or: rine du mouvement de retraite, Dye l’attribue à la gauche, Loing à la droite, Thurneyssen au cenlre, Suzzara aux troupes qui se trouvaient placées immédiatement au delà du ravin. I n'est pas impossible que l'aile droite ait commencé à battre en retraite lorsque l’escadron de cavalerie posté de ce côté, eut donné le signal de h fuite ; et il se peut qu'en même temps l'aile gauche ait suivi le mouvement du prince Hassan que le sirdar pressait de se replier sur Fort-Goura. Ce qui est certain, c'est qu'à partir de ce moment l’armée égyptienne cessa véritablement d'être comman déc ot que le sirdar n’intervint plus dans ses destinées,

7 LE COMBAT DU 7 MARS 1876. 935 oo

ufitiers, un ti imeflicace contre l'ennemi qui passait à flanc de colline. G'etail un Liste spectacle que de voir les balles, passant bien au-dessus de l'ennemi, frapper nos propres hommes consternés et les chasser do leur forte position (1),

«Les Abyssins, procédant par bonds, eurent bientôt gagné le flanc jauche dela colonne en retraite qu'ils accablaient de leur feu. Sur l’autre ane, sortant de la gorge et descendant la plaine au galop, apparut à ce - moment la tête d’un parti de cavalerie ennemie. Les Abyssins, qui avaient urttoyé des éperons rocheux, étaient aussi sur nos talons. Nos troupes aient tellement désorganisées, et on trouvait si peu d’ofliciers, qu'il était unpossible de les arrêter ou de les former. Je réussis cependant à leur lire maintenir un feu constant sur l'ennemi, qui n’était plus qu’à quelques witres sur nos flancs et notre arrière. De temps en temps, j’obtenais de quelques hommes qu'ils fissent halte pour tirer et essayer d'arrêter l’ennemi. Grâce à ces salves accasionnelles, les.sauvages ne purent se précipiter sur la queue de la colonne et nous détruire en masse. Notre infanterie se

relirait lentement, sans panique, présentant l'aspect de la cohésion et

d'une force de résistance qu’elle ne possédait pas.

« Quand je dépassai l'arrière de la colonne, je trouvai le docteur Wilson qui marchait avec elle, Le seul officier de ligne que je pus apercevoir était lached pacha, Il était au pied de la chaîne, marchant à pied, et luttait courageusement, l’épée à la main, contre un Abyssin ; près de lui un sol- ‘lat d'ordonnance luttait contre un autre adversaire, Tous deux tombèrent Avant qu'on ait pu comprendre clairement la situation. Je ne rencontrai plus d’officier jusqu’à ce que j’arrivasse près du point où s'était établi la uche de notre ligne, au lit du torrent, abrupt et profond, que la route «til sur une certaine distance, LA les hommes s’arrêtèrent. Était-ce pour lire front et repousser l'ennemi? Nullement, La queue de la colonne S'engagca bientôt dans ce passage étroit et profond, où, dans une inex- tricable confusion, des centaines et des centaines d'hommes, officiers et soldats, état-major et troupes de ligne, chirurgiens et cheikhs, infanterie, savalerie,artillerie, chevaux sans cavaliers, animaux de transport, chameaux

Dye explique que le pied de la chaîne se trouvait à 75 ou 100 mètres de dislance ct la crête à 300 mètres environ, sur la gauche de la colonne en retraite,

ct mulets, lutlaient à inort, dans une poussière aveuglante, au pilieu des plus terribles imprécations, pour se dégager. Personne ne pouvuit plus les sauver ; l’ennemi était sur eux, l'arme haute, assoiflé de sang,

« Voyant le passage bloqué, je pris de côté et me trouvai bientôt der. vière Loring et Môckeln. Je suivis le côté droit du torrent qui, tournant ici sur la droite, s’éloignait de l'arrière de la colonne vers la plaine dans la direction du corps de cavalerie abyssine. Bien que mon cheval glissät sur les berges abruptes du torrent, je réussis à le franchir et me trouva de l'autre côté. |

« Les Abyssins s'étaient précipités au carnage. Quelques minutes leur suffirent pour anéanti. la masse d'hommes qui s'avaient pu se dégager du lit du torrent P,»

Lorsqu'il eut passé le ravin, le général Loring fit une fois de plus sonner le clairon pour essayer de rallier une partie de la force, mais celle-ci n°ctait plus qu'une cohue résignée à son sort et Le chef d'état-major abandonna désormais ses eflorts ). Le docteur Johnson fut blessé et capturt, peu de temps après, dans les environs ; le major Durholz était descendu de cheval pour ajuster sa bride, quand la cavalerie ennemie tomba sur lui; il fut grièvement blessé et fait prisonnier ; peu de temps après, le docteur Wilson fut blessé à la jambe.

De son côté, le colonel Dye avait rejoint la queue de la colonne amputée des unités détruites dans le ravin. Là encore, on obtint de quelques hommes qu'ils tirassent de temps à autre sur l'ennemi, mais aucun ne: consentit à s'arrêter, Les hommes tiraient d’ailleurs sans regarder ni viser, l'arme tournée dans une direction quelconque, « Je remontai la queue de

(1 M, de Suzzara rapporte l'épisode dans les termes suivants : 6 La conversion vers la gauche, entreprise par l'aile droite, s’exécuta d’abord en assez bon ordre. Il n’en fut pas de même au passage du ravin, car il n'y avait pour Le traverser qu'un seul sentier escarpé et si étroit qu'à peine {rois personnes de front pouvaient y passer l'encombrement des hommes se poussant pour franchir ce ravin, augmenté par les chameaux ct les mulcts chargés do munitions se frayant un chemin au milieu des soldats, produisit une cffroyable confusion, dont les Abyssins profitèrent pour se jeter, le sabre et le javelot à la main, sur cette cohue désordonnée et la massacrer sans rencontrer presque de résistance, »

CP, Dre, op, cit., p, 368 à 370.

2 Cf, Lonne, p. 416,

PT TR ER AE RER EN RS à rofonne, rapporte Dye, ct rejoignis Rateb pacha sur le montieule où l'uu avait proposé, avant le combat, de placer une batterie, Le commandant en chef avait réussi à poster une vingtaine d’hommes parmi les ro- . chers pour tenir à distance Le petit corps de 200 à 300 cavaliers qui galopait dans la plaine et se rapprochait de nos colonnes. Je m'arrêtai pour l'aider. Les hommes tirèrent quelques coups de fusil et abandonnèrent leur poste ; les Abyssins se hâtèrent vers la tête de la colonne que le prince Hassan dirigeait.

4 Le prince, avec une bonne partié de sa suite et tous les officiers, sauf quelques officiers d'état-major qui se trouvaient à l'arrière ou disséminés parmi les l'oupes, avait maintenant dépassé le village de Goura et conduisait la colonne vers le fort. Mais l'apparition du petit corps de cavalerie “anemie dans la plaine, qui faisait mine de vouloir lui couper la retraite, plougea la tête de colonne dans {a consternation. Gelle-ei, avec le prince eu Lèle, changea alors de direction, comme pour s'échapper, et contourna par la gauche la colline qui se trouvait entre elle et Le port de refuge ().»

Eu apercevant ce faux mouvement, Loring se hâta d'envoyer le capiline frgens en avant pour changer la direction de marche de la colonne. Mais pour une raison inexplicable, celle-ci continua à suivre la même direclion. « Quoique le fort fût presque à un jet de pierre, rapporte Loring, la colonne persista à s’en détourner, bien qu'Irgens leur indiquät ln bonne direction et ordonnât à la colonne de s’y rendre .» Le prince Hassan et Rateb pacha, ainsi que les officiers qui les accompagnaient, finirenl cependant par s’en détacher et prirent la direction du fort, au commandant duquel l’ordre avait été envoyé à plusieurs reprises f) d'ouvrir le feu pour écarter la cavalerie ennemie. Derrick et Dye, qui chevauchaient à l'arrière, essayèrent également d'obtenir de quelques cavaliers qu'ils tirassent sur la cavalerie ennemie, mais ceux-ci, au lieu d'obtempérer à l'ordre, prirent la fuite avec le reste des hommes ; ce fut alors un

FCI, Dre, op. cit, p. 879.

Cf, Lonine, op. cit., p. 417.

“ Dye envoya en effet successivement Porter, Sormani, T'hurneyssen porter cet ordre au commandant du fort. Le major Thurneyssen confirme qu'il fut envoyé À Fort-Goura pour donner l’ordre «de faire tirer les grosses pièces sur les masses ‘huemies qui nous poursuivaient, » |

sauve-qui-peut général vers le fort. Le prince Hassan déclara que la plus grande partie de la-cavalerie s’enfuit honteusement en le devançant, alor, qu'elle aurait pu balayer complètement ce corps ennemi qui menaçait sa droite), Quant au fort, ilse borna à tirer quelques coups desanon ; après quoi, Rateb pacha, qui y avait pénétré, donna l’ordre de cesser le feu. I était environ 5 heures du soir lorsque le sirdar, Le prince, le chef d'état-major et la cavalerie se trouvèrent à l’abri des murs de Fort-Goura, Cependant la colonne d'infanterie égyptienne continuait imperturbabh ment sa marche vers les collines de Goura, dans une direction qui l’écntait de plus en plus du fort, Loring renouvela son escorte et, accompagne de quelques ofliciers, retourna sur ses pas pour la guider dans la bonue direction. « Nous nous en approchâmes aussi près que possible, éerit-il,

9 CL, Dve, op. eit., p. 373, 874. M. de Suzzara fait, de la’ tetraite, le récit suivant : « Rateb pacha, voyant que la journée était perdue, fit sonner la retraite ct donna au prince Hassan l'ordre le plus sévère de se retirer au camp de Goura sous l'escorte de 200 hommes de cavalerie d'élite. Déjà, cependant, des détachements de cavaliers abyssiniens s'étaient avancés jusque dans le voisinage du camp (Fort-Goura), mens. gant ainsi le flanc droit de la ligne de retraite des Égyptiens, tandis que d'autre: détachements, après avoir tourné leur aile droite, les harcelaient par derrière et sur leur flanc gauche ; en même temps, les bataillons à peine mis en marche se trouvaient enveloppés ct attaqués avec fureur à l’arme blanche par les masses innombrables de l’infanterie ennemie.

« Bientôt la retraite se changea en une déroute complète ct, au lieu d’un eemlul d'armée contre armée, il n°y eut plus que des luttes individuelles, corps à corps. et des luyards égorgés sans défense. |

e Ge fut en vain que Ratcb pacha etle prince Hassan qui s'était refusé à rentrer seul à Goura, firent à plusieurs reprises des efforts désespérés pour rallier les troupe: et leur faire prendre une nouvelle position à mi-chemin du camp ; l'ennemi était Lrop supérieur en nombre et serrait de trop près les soldats fuyant en désordre pour qu'il fûL possible d'arrêter le déroute.

«Le prince Hassan se {it jour bravement à travers les ennemis, le sabre ct le re. volver au poing, comme les autres officiers de l'élal-major ; une balle frappa l'arçon de sa selle et une autre laboura le cou de son cheval... Il rentra sain et sauf au camp vers 5 heures du soir,»

Il y a lieu de noter que M, de Suzzara a composé son récit d’après les renseignements recueillis au Caire auprès de ceux qui participèrent à la bataille ; il parall avoir exposé, plus particulièrement, les actes de Rateb pacha et du prince Hassan. Son récit n’est pas Loujours corroboré par ceux de Loring et de Dye,

+ dans une position où nous pouvions êlre vus distinctement, presque à portée de voix, tandis que nous échangions des coups de feu avecles Abys- ‘ins qui nous séparaient de la colonne. Nous essayâmes par tous Les moyens d'attirer l'attention des Égyptiens pour qu’ils se tournassent contre le pelit corps de cavalerie qui était sur leur flanc droït et immédiatement sur uotre front. Il est impossible de dire la sensation d'horreur qui nous pénétra lorsque nous vimes ce terrible spectacle : non seulement les Égyptiens se laissèrent tuer par une poignée de sauvages, mais ils continuèrent a se détourner lentement du fort et marchèrent dans les grifles de l'ennemi, conduile qui, sans doute aucun, devait aboutir à leur massacre général (1), »

Ayant été rejoint par Osman bey Naguib qui fut le dernier officier “yypüen à quitter les troupes, Loring l’envoya au commandant en chef pour lui expliquer la situation et l’inciter à prélever, sur les troupes fraiches qui étaient restées au ‘fort, un détachement qui se porterait au weours de la colonne en retraite afin de la ramener au camp. J ajouta qu'il resterait sur le terrain jusqu’à l’arrivée du secours, ou jusqu’à ce que le dernier soldat disparût dans les collines. « Le message fut répété: au bey, ajoute Loring, pour lui faire bien comprendre l’ensemble de la situation. Je ne doute pas qu’il ne l'ait répété correctement, et ainsi llteh laissa passer l’occasion de faire le dernier eflort qui pouvait encore fre tenté. Il est bon d'observer que Rateb pacha pouvait voir tout ce qui se passait du parapet du fort. Tout homme courageux aurait agi âvec promplitude comme il lui était conseillé de le faire, D’autres messages de même nature furent envoyés, mais aucune réponse ne vint jamais, tandis que la petite force que j'avais avec moi s’éclaircissait peu à peu.

Cf, Loue, op. eit., p. 419. M. de Suzzara donne de ect incident le récit suivant: {ln bataillon de troupes arabes, posté à l'extrême aile droite et commandé par le imajor Mohamed Aly, tout en se retirant en assez bon ordre ct en combattant, dévia, pour de raisons inconnues, mais probablement sous la pression de l'ennemi, de la - ligue directe de retraite, et se trouva à la fin totalement enveloppé par des masses ifiniment supérieures en nombre, et coupé du reste de l'armée, Ge corps isolé prit position sur une colline à l’est du camp égyptien, et les hommes qui le composaient, après avoir brûlé leur dernière cartouche, furent éerasés par le nombre des ennemis et périrent jusqu'au dernier, Ge succès dut cependant coûter cher aux Abyssins, car l'on ne trouva nulle part leurs tombes aussi nombreuses que précisément en cet endroit, »

Les Égyptiens continuaient à marcher lentement, d’un pas mesuré et sans faire aucune résistance ; nous les vimes jeter leurs armes, :{andi, que d’autres se laissaient tuer à coups de lance ouse rendaient en massel,

Rateb pacha ne dissimula pas au Caire l'étendue de sa défaite, mais il s’en excusa en attribuant à ses collaborateurs européens, « Lorsque, écrivit-il dans son apport, les nouvelles. annoncèrent le lundi 6 mars, que l'ennemi était en marche, se dirigeant vers Kayakhor, le général Loring pacha et le colonel Dye déclarèrent : « Sortons de nos retranche- «ments pour faire face à l'ennemi et le combattre en lui opposant une «partie des 9 bataillons cantonnés à Goura».,. Je leur ai répondu qu'en quittant nos retranchements.et en livrant bataille, nous dérogions aux règles de la stratégie et leur ai expliqué qu’en agissant selon leur point de vue, nous laiss'ans à l'ennemi l'occasion de couper ños moyens de communication. Mais ils insistèrent et répondirent sür un ton tyrannique : « Une grande partie de nos troupes est arrivée à Kayakhor». Et malgré toute mon éloquence pour leur démontrer que la force militaire dont ils disposaient était faible, je n’ai pas pu les dissuader... Faute de temps, et pour me conformer à l'ordre supérieur me commandant de m'entendre avec Le général Loring pour tout acte se rapportant à mon commandement, j'ai dû, le lendemain, marcher à la tête de 7 bataillons d'infanterie et de deux escadrons de cavalerie. J'avais avec moi aussi 19 canons (de montagne et autres) et tout ce dont je disposais en fusées de guerre. Je me suis dirigé vers le point Est de la ligne reliant Kayakhor

à la station de Goura. Et pendant que je réfléchissais pour trouver là un .

emplacement qui convienne, que je me préparais au combat et commençais déjà à exécuter mon plan, voilà que ma façon de voir n'eut pas Fheur de leur plaire. [ls conseillèrent de faire poster les troupes plus en avant, dans un endroit inopportun. Et voilà que l’ennemi apparail à trois heures de la journée, représenté par une armée de 250.000 conrbattants environ ll, entre cavaliers et fantassins. Il se dirigea d’abord vers le poste de Kayakhor, mais, nous apercevant en dehors de nos retranchements, il ne tarda pas à changer de direction et à diriger ses forces vers nous. Les troupes de sept bataillons d'infanterie, aidés de

(CE, Lomme, op.ait,,p.419,4ao,— ® Ce nombre paraît grandement exagéré.

- LE COMBAT DU 7 MARS 1876. 941 PR de nt = | lues canons, s’empressèrent alors d'ouvrir, sur les forces de l’ennemi, un feu intense qui causa de grandes pertes dans leurs rangs et les mit en déroute à quatre reprises, L’ennemi recula, déçu et impuissant, devant nus projectiles qui le fauchaient. Mais, finalement, grâce à son grand nombre, l'ennemi nous assiégea de toutes parts et il s'ensuivit un corps à corps terrible où épées’ et lances furent employées. Gomme nous nous devions de sauver le prince Hassan pacha, nous ayons foncé avec un “esradron de cavalerie, sur un des côtés de l'ennemi. Une fusillade intense et un corps à corps terrible à l’arme blanche nous permirent enfin de rumener avec beaucoup de peine $. À. Hassan pacha à nos retranchements. Sont morts, de sa suite, le médecin ( et Le saïs, Hassan pacha a lué de sa propre main quelques soldats ennemis, Quant à votre serviteur, ses pertes au champ de bataille furent les suivantes : deux katib, un trompette, deux saïs et un cheval... Nous avons perdu également dans cette bataille nos 19 canons ©} ainsi que les sept bataillons précités. Nous avons perdu aussi les officiers supérieurs de ces bataillons dont ls noms sont mentionnés au commencement de cette dépêche f#}, ainsi que d’autres officiers subalternes, Tous sont tombés entre les mains de l'ennemi, soit morts, soit blessés, Vers le coucher du soleil, nous nous sommes retirés dans nos retranchements,. .

+ Ayant exposé les événements tels qu'ils ont eu lieu, je déclare que les seuls responsables du sort qui nous fut réservé sont le général Loring el son état-major ().»

OT Le médecin du prince nommé [Tassan Badr effendi ne fut en réalité que blessé et revint à Fort-Goura le g mars au matin, La dépêche de Rateb fut donc écrite want son retour au camp.

1 D'après Suzzara, les Égyptiens ramenèrent au camp les batteries de fusées ot 1 pièces de canon ; on en retrouva trois autres les jours suivants,

‘ Les officiers supérieurs signalés comme morts ou disparus par Rateb pachasont : lelewa Rached Rakeb pacha, le médecin en chef Mohamed Aly bey, le miralaï Mohamed Kabr boy, le kaïmakam Mohamed Choukri bey, a binbachis d'état-major, 6 médecins dont deux du grade de binbachi et quatre du grade de youbachi, 6 binbachis d'infauterio,

AA, Carton 160 Abdine, pièce sans numéro. Le sirdar ayant perdu sos secrélires au cours de la bataille, cette dépêche fut chiffrée par Soliman Niazi pacha et envoyée par lui au Ministre de la Guerre le 10 mars 1876,

RE

Les pertes essuyées par l'armée égyptienne étaient considérables, « D toutes les forces avec lesquelles nous étions sortis, écrit le major von Thurneyssen, il ne restait plus que quelques centaines d'hommes d'in. fanterie ; les escadrons de cavalerie étaient presque intacts, grâce à leur fuite précipitée #}, Nous avions perdu 7 bataillons entiers et avions laissr tous nos canons sur le champ de bataille, ,

«N'ayant plus assez de monde pour tenir le camp retranché qui était d'une grande étendue, nous nous retirâmes dans le fort où il y avuit déjècles deux bataillons que nous y avions laissés ; cela, joint aux quelques hommes qui nous éfaient restés, formait un elfectil d’un peu plus de 2.000 hommes. .

« La nuit qui suivit, du 7 au 8 mars, fut ble. De 1200 à 1500 blessés arrivèrent per dant la nuit tous horriblement mutilés P), couverts de coups de lance et de sabre et coniplètement nus (les Abyssins les ayant dépouillés de tous leurs vêtements). Nous n'avions plus que tros médecins vivants, en ayant Dei dix ou onze dans cette désastr euse journée.

« L'espace dans le fort était très restreint; nous étions tous pêlemêle les uns avec les autres ; les blessés mouraient faute de soins li: nous manquions d’eau, car les Abyssins nous cernant de tous côtés, nous empêchaient d'arriver à la rivière, d’où nous devions prendre l'eau.

« La nuit s'est passée dans une alarme constante ; nos soldats tiraient des coups de fusil des remparts sans aucun but.»

On entendait dans le lointain les cris sauvages des Abyssins qui sr réjouissaient de leur victoire (‘),

{1 L'effectif des escadrons s'élevait à 35a hommes, d’après Suzzara,

8 «Pendant les 24 heures qui suivirent le combat, écrit de son côté M. de Suz- Zara, environ 1,100 hommes plus ou moins grièvement blessés rentrèrent pareillement au camp.»

«Les principaux chirurgiens, écrit Dye, manquaient ou étaient hors d'état de servir, et ce n’est que le troisième jour que les blessés purent recevoir les premiers soins, De 1.600 blessés, 200 environ sucombèrent à leurs blessures. » (CF. Dir. op. cit., p. 379.)

@ Cf, Lomno, op. cit, p, Ao, ha4, « La retraite des Abyssins, écrit M. de Sur. zara, commencée vers 4 bsbtée de l'après-midi, se prolongea pendant toute le

Cette nuit-Jà, Rateb pacha envoya un ordre secret à Osman Rifki pacha pour lui prescrire d'abandonner la position de Kayakhor et de venir wes ses trois bataillons à Fort-Goura, afin d'assurer la sécurité du prinee (1), Peu après minuit, on apprit à Goura que la force du colonel Fild était arrivée à Kayakhor. Touché le 6 mars à 3 heures du matin por l'ordre qui lui disait de quitter Baaraza immédiatement, Field s'était mis en route à midi et était arrivé À Adiraso à 10 heures du soir. Il y email les majors Dennison et Loshe qui avaient accompagné le convoi prédent, Ce dernier était d'ailleurs déjà reparti, sur Fordre d'Osman be, pour Kayakhor, où il arriva avant la bataille, N’était la décision prise l'avant-veille par Rached Kamal bey de faire rétrograder le convoi de oo bêtes de somme sur Baaraza, Field n'aurait pas été retardé et wrait arrivé lui-même, avec sa force à Kayakhor, avant le combat 1, ‘man pacha, qui y commandait, aurait bénéficié de ses avis et de son assistance, ainsi que de l’aide de Dennison et de Loshe. Îl aurait rte conseillé au cours de la bataille et invité à y prendre une part wtive, En fait le pacha s’abstint de combattre ; il ne tira pas un coup de fusil, alors qu'il possédait avec lui près de 5.000 hommes fl, N pitees (l'artillerie, 2 fusées, et que l’armée du négus resta pendant pres de trois heures à portée de canon, et pendant un temps appré- ‘able À portée de fusil. Quand Field arriva, Osman pacha ne se #adait pas compte encore de son énorme faute, et il se félicitait de u'avoir pas engagé l'ennemi, car, disait-il, « nous aurions eu le même sort ft),

mirée, et l'on voyait encore vers minuit leurs bagäges franchir la montagne audrssus du village de Goura. Leur camp était distant de 3 kilomètres en droite ligne de celui des Égyptiens, mais une chaîne de hauteurs escarpées l'en séparait, Il y tyna pendant toute la nuit un vacarme tel qu'on l’entendait jusque dans le camp rit plen.»

Cf. Lomne, op. cit., p. 4ao. Loring ajoute, en parlant du prince : e Co brave jeune homme se mit à rire, parce qu'il savait di se préoccupait seulement de son propre salut.»

" {ne parvint à Kayakhor qu'entre 8 et g st du soir le 7 mars.

“En comptant les troupes amenées par Rached Kamal bey et le bataillon d’eseurle du convoi avancé de Field,

CP Dve, op. cit,, p. 380, 381,

ES

Après l’arrivée de Field à Kayakhor, Loring diseuta la situation ave son sous-chef d'état-major. « Sachant, comme nous le savions, d'apportr Dye, que Le corps ennemi principal se trouvait près de l’eau dans la plains, à l’est du village de Goura, exalté par son succès, nous pensimes qu'un effort devait être tenté pour rétablir notre situation. Je sugpérai de fair venir le convoi qui se trouvait à Kayakhor, par le côté ouest de la plains. jusqu'à Fort-Goura, sous la protection des troupes de Kayakhor, forte. maintenant de 7.000 hommes et pourvues de 12 pièces de canon, d'effer. tuer au jour la jonction de ces troupes avec la force disponible au fort «1 d'attaquer le roi par l’ouest ou le sud-ouest, dans son camp (5 Loriny alla trouver Rateb pour lui faire part de cette suggestion, mais le sirdur lui répondit qu'il ne croyait pas qu'il fût possible d'exécuter ce mowve. ment @), Osman pa:ha, de son côté, malgré l’ordre qu'il avait reçu de Rateb d'envoyer trois bataillons à Fort-Goura, n'avait pas bougé. Aprés l'arrivée de Field et bien que ce dernier le pressât d'exécuter l'ordre reçu, Osman pacha évita de prendre une décision, si bien que Field resta en selle toute la nuit, attendant vainement le signal de se mettre en marche.

Le 8 mars, de bon matin, des tirailleurs abyssins entourèrent le fort et, se dissimulant derrière les retranchements évacués, la pile d'approvisionnements laissés hors du fort et les monticules de terre, ouvrirent un feu très gênant pour les Égyptiens, qui dura toute la journée. On leur vé- . pondit du fort par de volées d'artillerie et de mousqueterie, Les Égyptiens, note Dye, se battaient mollement. On avait toutes les peines du monde à les amener au parapet ; le nègre, au contraire, faisait un metlleur soldat, plus discipliné au feu et tirant mieux (. Les Abyssins firent . des démonstrations analogues du côté des retranchements d’Osman pacha, tandis qu'un certain nombre d’entre eux s’occupaient à rassembler le butin fait au cours du combat de la veille, à enlever les morts et à les enterrer, Des maraudeurs s'enhardirent au point de venir jusqu’à l'inté-

M Cf. Dre, op. cit, p. 881, 389. — 4 Cf, Lomme, op. cit, p. 42a, — © (. Lonne, op, cit, p. 4ao. — (} Cf, Dve, op. cit, p. 382,

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ATTAQUE DE FrorT GOURAH Du JEUDI IS MARS /8#6. D'APRES LE PLAN

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