RETRAITE DU ROI JEAN
a ——Â L—Ù ns. broyés à coups de pierre ou de massue, hachés de coups d'épée et pers de coups de lance. Un coup de grâce, sous forme d’une balle, uit été communément donné, mais sans aulre résultat, le plus souvent, que d'ajouter aux souffrances des prisonniers au lieu d'y mettre fin. Pendant près de trois jours, ils avaient été gardés dans le camp ennemi, satièrement nus, transis jusqu’à la moelle pendant la nuit, brülés par les ryons du soleil pendant le jour, pieds et poings liés, les glandes tuméhs par la douleur, sans nourriture, sans eau ; et puis, en fin de compte massacrés de sang-froid, sans le moindre remords (M),
Lorsque Derrick et Irgens, de retour à Goura, eurent fait leur rapport, sn leur donna un parti de cavalerie et ils repartirent pour le camp abyssin, d'où ils ramenèrent une centaine de blessés qui avaient survécu à l'hornble massacre, Beaucoup d’entre eux moururent pendant le transport. Parmi les autres, un vieux major qui avait servi dans la cavalerie expira en arrivant au fort. On ne put rien savoir du'sort de Mohamed Aly bey, du docteur Johnson, du major Durholz et de Testaferrata. On estima qu'un millier d'Égyptiens avaient péri dans cette aflreuse boucherie.
La cavalerie ramena une pièce de canon appartenant aux Abyssiis, qui leur avait été offerte jadis par le général Napier ©), ainsi qu’une ou deux
CT, Dre, op, cit, p. 390, 391. Mohamed Rifaat bey, qui était parmi les prisonnicrs, écrit : « Le spectacle que j'ai vu, la façon dont les Abyssins ont traité nos prisonniers, m'ont rendu fou. Je n'ai vu que des morts à droite et à gauche, Des \hyssins conduisaient un prisonnier robuste, qu'ils avaient dépouillé de ses vêtuents, pour le tuer, D’autres poussaient des soldats soudanais en les frappant à Ha tôte de coups d'épée. J'ai appris aussi que les Abyssins ont-mis le fou à des cabanes pour brûler leurs prisonniers ; ils ont pu s'échapper et nous ont ralliés avee des brülures sur le corps. La barbarie des Abyssins est indeseriptible. Avant de quitter notre camp, j'ai vu l'ennemi émasculer trois de nos prisonniers, un Égyptien el dkux Soudanais. Le cas avait été fréquent à Gundet, Ici, ce fut rare ; il n’y eut que trois ou quatre soldats émasculés, Ge sont les Taltal qui s’adonnent à celte pratique ; de sont méprisés de tous les Abyssins. J'ai appris que le roi d’Abyssinie à donné des ordres très formes pour l'interdire et autorisé à tuer tout individu qui s'y hvrerait, Il a donné cet ordre à la suite des manifestes répandus par nous, où nous riliquions ce mauvais traitement.» (Cf, Monawen Riraar, op. cit, p. 50.)
«On trouva sur le champ de bataille du 7 mars,rapporte de son côtéM.deSuzzara, un petitobusier demontagneportantpourinseription Wovhwich 1 8 18 ,maisilfutimposble de constater avec certitude ce qu’il était advenu descanons prissurles Égyptiens. »
954 IHSTOIRE DE RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÎÏL.
pièces abandonnées par les troupes égyptiennes sur le champ de bataille Elle rapporta aussi le corps de Rached pacha. À l’examen dy cadavre, on s’aperçut que la mort avait été causée par une balle qui lui avait traverse la poitrine, ce qui parut étrange, car on l'avait vu tomber au moment où il ultait avec un Abyssin à l'arme blanche. Son corps n'élait ni rigide, m décomposé ; ainsi le décès remontait à quelques heures seulement, « Rached avait survécu à sa blessure pendant près de trois jours, exposé alternativement à l’ardeur du soleil et aux morsures du froid, sans nourriture, sans couverture, c£ il avait fini par mourir, après de longues souf. frances, à l'endroit même où il était tombé en combattant, donnant à l'armée égyptienne un rare exemple de sacrifice et de dévouement l. Après le départ de l'ennemi, on commença à respirer et l’on put compter les pertes. Des 5.200 hommes ®} que Rateb pacha avait menés au combat, environ 400, pour la plupart des cavaliers et des officiers, étaient retournés avec leurs armes au fort. Près de 1.600 blessés, entièrement dépouillés de leurs vêtements et de leurs armes revinrent par la suite à Goura, Un millier d’homunes périrent sur le champ de bataille le 7 mars. Le reste, soit 2,200 homunes environ furent faits prisontiiers et emmenés dans le camp ennemi ; un millier d’entre eux furent massacrés le 10 mars au matin et les autres emmenés par les Abyssins ©. Par la suite, 200 hommes moururent au camp de leurs blessures et 130 prisonniers furent restitués. Tout compte fait, sur les 5.200 hommes qui prirent part au combat, 3,970 furent tués ou moururent deleurs blessures ou disparurent, 1.400 furent blessés et 530 sortirent sains et saufs de la lutte (). Quant
O1 CE, Dve, op, cit., p. 3e.
&) Selon l'estimation du colonel Dye.
6) Un certain nombre de ces prisonniers réussirent à s'échapper par la suite, et pendant douze jours après le combat, il ne cessa d’en revenir au camp,
W) Ces chiffres sont ceux qui sont cités par Dye, op. cit., p. 393, 394. Les chiffres lournis pas Rateb pacha, dans une lettre du 31 mars 1876 adressée à Khairi pacha, sont sensiblement différents. Le sirdar fixe à 5.983 le nombre des soldats qui prirent part au combat du mardi 7 mars. Sur ce nombre, 671, dit-il, rentrèrent sains et saufs au fort, 1337 blessés rallièrent le camp par la suite, 183 prisonniers revinrent indemnes et 135 blessés ; le reste, soit 3,625 hommes (le calcul donne en réalité 3.657), représente le nombre des hommes tués pendant le combat, des blessés décédés des suites de leurs blessures, des prisonniers encore au pouvoir
ur Abyssins, ils eurent au cours des combats du 7 et du ÿ mars environ 3.000 hommes tués où blessés (1, Mais l’armée du négus s’aflaiblit en salité beaucoup plus que ne l'indiquent ces chiffres, Aux morts et aux blessés, il convient en effet d'ajouter les déserteurs, c’est-à-direles honnmes qu, après avoir pris sur le champ de bataille leur part de butin, s’empreswrvnt de regagner leurs foyers. Si l’armée du roi Jean comptait environ 50.000 combattants lorsqu'elle se porta le 7 mars à l’attaque, elle ne iélevait plus, trois jours plus tard, du fait des désertions et des pertes, qu'à la moitié environ de ce nombre. Cet affaiblissement fut sans doute une des causes de la retraite précipitée du négus P?.
La nouvelle du combat du 7 mars fut annoncée à Massawa par deux bachi-bouzouks, postés aux environs de Sabaïgouma, qui entendirent la «anonnade ce jour-là depuis midi jusque vers le coucher du soleil. Elle fut coufirmée par deux soldats, dont l’un nommé Saïd Abd el-Kheir était le
de l'ennemi et des disparus. En transmettant cet état au Caire, le sirdar déclarait : ‘Quand Pennemi s’est éloigné de l’armée, nous avons immédiatement envoyé les oliviers et soldats pour inhumer nos martyrs, mais par suile du temps écoulé, ils client lous décomposés, ce qui ne nous à pas permis de distinguer les officiers des soldats, Nous avons pu reconnaître seulement les défunts Rached pacha, Mohamul bey Gabr, le binbachi Mohamed effendi Sadek, le docteur Ibrahim el-Kurdi, Ex dehors de ceux-ci, nous n'avons pu reconnaître personne. Nous avons appris tyalement que les personnes qui suivent sont en vie : Ahmed effendi Chaaban, le binbachi Moussa effendi Nour. Nous sommes sûrs que les suivants sont en vio : Mohamed Rifaat bey, Le kaïmakam Choukri bey, un médecin américain, un binbachi d'état-major et Je moawen Mahmoud effendi Saïd. Quant aux prisonniers, nous ne favons pas leur nombre exact» (A.A., Reg. 39, Arr. 4bd., pièce », le sirdar à Khairi pacha, 31 mars 1876.) Les états annexés à la dépêche du sirdar montrent que l'armée de Goura comprenait le 7 mars avant le combat : 1 lewa, 3 miralaï, a kaïmakam, #1 binbachi, 9 moawen, 58 youzbachi, 94 moulazim, 348 sous-ofliciers, 3.483 caporaux et soldats, 7 médecins. Sur ce nombre, périrent ou disparurent : 1lewa, 1 miralaï, 1 kaïmakam, 8 binbachi, 5 moawen, 34 youzbachi, 63 moulazim, 153 sous-ofliciers, 3.228 caporaux et soldats, 5 médecins, M CF, Dve, op. cit., p. 397.
"CE Dre, op. cit, P, 398.
domestique de Hussein eflendi Fakry, ex-moawen de l expédition du drup, et l’autre nommé Bekhit faisait partie des gens du naëb Mohamed Abd el-Rahim ; prisonniers tous deux des Abyssins, ils avaient réussi à échapper à leurs gardiens dans la confusion du combat et s'étaient dirigé, sur Massawa ; ils déclarèrent que l'ennemi avait subi de grosses pertes «t que les troupes égyptiennes avaient réintéÿré leur camp victorieuses 1. Solinan Niazi pacha, resté à Massawa, manda alors au moudir de Bu raza de lui faire passer toutes les nouvelles qui lui arriveraient de armée. Ge dernier transmit bientôt le rapport d’un Arabe Beni-Amer, méharistr, du service des transports, selon lequel l'ennemi occupait le terrain con pris entre Kayakhor et Goura, ce qui empéêchait le sirdar de faire passer des nouvelles ; le moudir ajoutait que l’armée n'avait des munitions qur pour deux jours de ecmbat, alors qu’il restait à Baaraza 2.000 caisses dr artouches pour l'infanterie et 265 caisses de munitions pour l'artillerie En apprenant ces nouvelles, Soliman pacha donna aussitôt à Zakaria her, arrivé depuis quelques jours à Massawa 6), l’ordre de partir pour le front avee 2 bataillons d'infanterie, 3 canons et 2 lance-fusées, et de prendrr au passage les munitions laissées à Baaraza ; 500 animaux de transport lui furent donnés à ect effet et il devait en trouver 200 autres à Baaraza *. Les nouvelles contradictoires transmises de Massawa arrivèrent aw Caire le 10 mars, en même temps qu'une dépêche envoyée de Senhil Jr Alaeddin bey 5) ; elles provoquèrent, de la part du Khédive, de pressantrs demandes d” Éiliaeetls 1), Outre les trois bataillons ‘expédiés aves-
{3 AA, Reg. 37, Arr, Abd., pièces 380, 392, Nacht bey à Khairi pacha, nu du g au 10 mars et 10 mars 1876.
(M AA., Rey. 37, Arr. Abd., pièce 394, Nachât bey à Khairi pacha, 1 o mars1876.
® Les 3 bataillons de Zakaria hey avaient quitté Suez le dernier jour de février sur le Mahroussa et le Rahmanieh, Lie Mahroussa arriva à Massawa le 3 mars après br coucher du soleil {A.A,, Reg. 37, Arr, Abd., pièce 849, Nachât bey à Khairi pacha. 3 mars 1876 ).
M AA, Reg. 87, Arr, Abd, pièce 395, Nachât bey à Khairi pacha, 1 0 marst 876.
1 A.A,, Rep. 37, 4rr, Abd, pièce 399, Alaeddin bey à Khairi pacha, 10 mars 1876. Alacddin rapportait simplement qu’on avait entendu le bruit du combat : i ajoutait que Senhit est à trois jours de marche rapide de l’armée.
(9 AA., Reg. a7, Dép. Abd., pièces 488, 4go, Ag2, Khaïri pacha au maamoi de Baaraza, à Nachât bey, à Soliman Niazi pacha, nuit du 10 au 11 mars 1876,
ENVOI DE RENTFORTS À MASSAWA, 957
fakaria bey, le vice-roi avait fait partir pour Massawa, dans les premiers purs de mars, deux autres bataillons commandés par Ismaïl pacha Kamel); à ces cinq unités, il décida de joindre un sixième bataillon qui purtirait sur le Mahroussa ; ihapprouva l'envoi de Zakaria bey avec deux bataillons à Kayakhor, prescrivit à Soliman Niazi pacha de pousser un troisième bataillon en renfort à Baaraza () et demanda si Osman Rifki pucha se trouvait à Kayakhor ou s'il avait poussé avec ses troupes jusqu'à toura 5), L'incertitude du vice-roi, sous ce rapport, fut levée par deux télégrammes qui lui transmit Osman pacha le 11 mars et qui furent reçus le jour même au Caire. Les télégrammes émanaient du sirdar. « Il nous reste deux bataillons et deux batteries, déclarait tout d’abord Rateb pacha; Uunan pacha se trouve à Kayakhor avec 6 bataillons et les convois, et 1l ue lui est pas possible de se joindre à nous. S.A. Hassän pacha se porte merveilleusement bien et se trouve avec nous. L'armée ennemie est composée de 200.000 hommes.» Ge télégramme alarmant était heureusement suivi d’une deuxième dépêche, dans laquelle je sirdar déclarait qu'au cours du combat livré le jeudi, un moawen de bataillon, 3 officiers et 15 nafar avaient été tués et que l'ennemi avait perdu 4.000 hommes, Osman pacha faisait savoir de son côté que les six bataillons, placés sous ordres à Aayakhor, étaient intacts, car ils n'avaient pas pris part à l’action, et il soutait : € Î nous est impossible d'aller jusqu’à l’armée, car l'ennemi se trouve sur la route et guette notre sortie des retranchements pour nous attaquer, comme il a précédemment attaqué les soldats de Goura le premier jeur du combat {),»
Hp Âc Reg. 27, Dép. Abd, pièce 466, le Khédive au sirdar, 8 mars 1876. Le vapeur Gharbieh, qui portait ces bataillons, arriva le 11 mars à Massawa,
"A A,, Rog, a7, Dép. Abd., pièce 494, Khaïri pacha à Soliman Niazi pacha, suit du 20 au 11 mars 1876, Khairi pacha manda ensuite à Soliman pacha que le vice-roi n'avait pas l'intention de prescrire, du Caire, les mouvements À faire *técuter aux troupes, « Le transfcrt des troupes d’une place à une autre, ou font autre mouvement militaire, ajouta le garde des sceaux, relève de S.E. le sirdar et de Üsman pacha Rifkis (AA, Reg. o7, Dép. Abd., pièce 497, Khairi pacha à Solimat -pacha Niazi, 11 mars 1876).
A A, Reg, 97, Dép. Abd., pièce 493, Khairi pacha à Nachât bey, nuit du 10 W 11 mars 1876.
AA, Reg. 37, 4rr. Abd. pièce 4 03, Osman pacha à Khaïri pacha, 1 1 mars1 876.
I résullait clairement de ces dépêches que Rateb pacha et le priws Hassan se trouvaient isolés à Fort-Goura, dont la garnison avait été dur. gereusement affublie à la suite des pertes subies dans le combat du 7 mari. Au cours de la nuit du 11 au 12 mars, le vice-roi expédia en conséquene à Nachât bey le télégramme suivant : « Veuillez nous informer d’urgenre el après vous être mis en relations avec S.E. Rateb pacha par signaux nn. litaires, de la situation du sirdar et nous faire connaître les munitions «1° les provisions qu’il possède à Goura et le temps pendant lequel il pourra résister à l'ennemi, cerné comme il est M,» Ce télégramme fut suivi, dans la même nuit, d’une deuxième dépêche adressée à Osman Rifki pacha. « Comme vous êtes en relations avec le sirdar par signaux militaires, lu manda le vice-roi, vous devez soumettre à S.E, le sirdar toutes les mesure que vous prenez. Vous devez aussi tenir compte des circonstances actuelles. Apprenez que le sort de l’armée égyptienne dépend actuellement de vous, De même que vous devez surveiller la situation de l’armée qui se trouvr à Goura, vous devez également surveiller avec beaucoup de prudence les dangers que pourrait courir l'armée placée sous vos ordres. Vous devez aussi vous occuper sérieusement de conserver vos communications aver Massawa. On vous enverra d'ici par le Mahroussa deux bataillons en venfort, outre les trois bataillons envoyés avec Ismaïl pacha Kamel. Une batterie de canons Krupp serà également expédiée en vue de renforcer l’armér sous vos ordres. Actuellement, il vous incombe d'encourager vos soldats. sans leur montrer aucun signe de désespoir. Si nous relisons l'histoire d’ Égypte, nous voyons que 10,000 Égyptiens ont souvent battu 100.00 soldats ennemis. Au lieu de regretter ce qui s’est passé, nous devons à tuellement prendre les mesures nécessaires. Transmettez nos salutations à tous vos soldats, Que Dieu vous accorde la victoire et vous aide É),»
Le lendemain 12 mars, le vice-roi interrogea de nouveau Osman Rif pacha : « Pouvez-vous, lui demanda-t-il, défendre dans les circonstances présentes le poste de Kayakhor que vous occupez actuellement, au cas où l'ennemi dirigerait sur vous ses forces ? Le terrain qui s'étend entre Kayakher
1) AA., Reg. 27, Dép. Abd., pièce 511, O.S. à Nachât bey, nuit du 11 au 11 mars 1896.
PP AA, Reg, a7, Dép. Abd, pièce 51 a, Khairi pacha à Nacht bey, transmettant un OS, à l'adresse de Osman Rifky pacha, nuit du 11 au 12 mars 1876.
churaza peut-il être défendu et occupé, afin que l'ennemi ne puisse . puuétrer? Vous devez nous communiquer ces renseignements au plus ute el nous rendre compte des mesures que vous avez prises en vue de parer à l’attaque ennemie, de défendre la place, de protéger les voies . dr eommunication. Vous nous mettrez également au courant de la situaun du sirdar au fur et à mesure. Vos mouvements doivent Loujours être tits conformément à ses instructions. Si les communications sont rompues satre vous et lui, vous agirez seul. Bien qu'on ait télégraphié hier pour sous prescrire de veiller avec beaucoup de prudence aux dangers que peuvent courir vos troupes, vous demeurez toujours seul maître des déciaons que vous jugerez opportun de prendre, car il se peut qu'on craigne d'entreprendre une chose, alors qu'en fait il n’en découlera aucun danger. Vous connaissez mieux que quiconque les mesures à prendre tant en ce qui concerne le poste de Goura que celui de Kayakhor. On vous a envoyé ec Zakaria bey et Ismaïl Kamel pacha 5 bataillons. À leur arrivée, vos troupes s’élèveront à 11 bataillons. Faites-nous savoir d'urgence si vous airs besoin d’autres renforts{il,» Sur ce dernier point, le vice-voi précisa a pensée dans un deuxième télégramme du même jour : « Pouvez-vous percer les rangs de l'ennemi et arriver au poste de Goura ? demanda-t-il à Oman pacha.-Si c’est possible, quelle serait la force nécessaire ? Faitesuvus-le savoir d'urgence P),»
Lorsqu'il eut reçu la lettre que Île sirdar avait envoyée au Caire avec le thillre de Soliman Niazi pacha F) le lendemain du combat de Goura, le Khéfe s'empressa de rassurer Rateb pacha, « Nous regrettons vivement l'erreur qu’a commise le chef d'état-major, lui manda-t-il. Malgré cela, il se produit quelquefois, au cours des guerres, des combats plus violents. \luellement vous devez prendre les dispositions nécessaires, appropriées su circonstances présentes. C’est vous qui en déciderez. Nous avons rhvoyé les renforts nécessaires en soldats et canons. Nous en envoyons d'autres, Nous avons confiance en votre courage et en votre dévouement
AA, Reg. 27, Dép. Abd., pièce 513, Khairi pacha à Nachät bey, transmeltant sa Ü.S, pour Osman Rifki pacha, 12 mars 1876.
M AA., Reg. a7, Dép, Abd. pièce 614, Khairi pacha à Soliman Niazi pacha, 10 mars 1876.
"Cf supra, p, 941 note 4.
É Le
el nous sommes sûr que vous encouragerez les soldats. Les renforts partent Loujours pour rejoindre Osman Rifki pacha, qui à actuellement avec lu 11 bataillons d'infanterie (M, Dans quelques jours, on complètera chiffre à 14 bataillons. Vous êtes relié à lui par signaux militaires. Vous pouvez, grâce à eux, faire ce qui vous sera possible, eu égard aux crconstances présentes. Efforcez-vous de défendre la place de Goura. Incha AL. lah } vous recevrez des renforts suffisants. Transmettez nos salutations à notre fils et à tous les soldats (),»
Comme il l'avait annoncé, le vice-roi donna l’ordre de faire partir sur le Mahroussa à bataïllons ct des pièces de canon, et il prescrivit à Nacht bey de garder en permanence un bataillon à Massawa pour assurer ba defense de la place ®, Osman pacha ayant télégraphié qu'aucun événement militaire n'avait eu lieu à Kayakhor le vendredi 10 mars et qu'il espérait rejoindre prochainement l’armée à Goura W, le Khédive le mit en gard» contre toute décision précipitée et lui renouvela l’injonction de n’agir que sur l’ordre du sirdar ). Ce n’est qu’à l'arrivée du rapport de Rate pacha, écrit après le combat du 9 mars, que le vice-roi se rendit compte que le péril était provisoirement écarté. « Les opérations militaires qui se sont déroulées jusqu'à jeudi et qui ont abouti à la déroute de l'ennemi, nous ont vivement réjouir, manda-t-il au sirdar. Nous les approuvon toutes et nous sommes sûr que dorénavant vous prendrez toutes le mesures sages et fermes pour compléter la défaite de F’ennemi (,»
Glissant rapidement sur les pertes subies dans la journée du 7 murs, le vice-roi s’empressa de prévenir les agents étrangers du succès remporte
(TE est visible que le vice-roi anticipe ici sur les événements,
M AA, Reg. a7, Dép. Abd., pièce 515, Khairi pacha à Soliman Niazi pachs, 19 mars 1876. |
1 AA, Reg. 27, Dép. Abd, pièce 599, Khairi pacha à Nachât bey, 13 mars
® AA, Reg. 37, Arr, Abd., pièce 427, Osman pacha Rifki à Khairi pacha, 11 mars 1876,
W A,A., Reg. 27, Dép. Abd., pièce 5a5, O.$, à Rifki pacha, nuit du 12 au 13 mars 1876. :
(AA, Reg, 27, Dép. Abd, pièce 518, le Khédive à Rateb pacha, nuit du + au 13 mars 1876. Le vicc-roi informait Le sirdar que outre les 10 ou 141 bataillons présents à Kayakhor, il lui envoyait d'Égypte 5 bataillons et à batteries d'artillerie.
ENVOI DE RENFONTS À MASSAWA. y61
A Ra Li do.
par l’armée égyptienne dans la journée du g (). I] reçut les félicitations des membres de la famille royale sur la belle conduite de son fils . Le publie, avide de nouvelles, n’apprit toutefois ce qui s'était passé que par un court entrefilet paru sau Moniteur épyptien du 12 - 13 mars 1876, et l'on remarqua que les communiqués envoyés à la presse arabe étaient aussi sobres de détails que confus }. « Nous n'avons pas publié ici les cvénements qui ont eu lieu au cours du combat de mardi, manda Khairi pucha à Nachât bey, ni la perte et l'extermination de nos sept bataillons. Nous avons dit que l'ennemi a subi de très grosses pertes dans le combat de ce jour-là, et nous aussi ; que le combat a duré huit heures et que nos soldats sont rentrés dans les fortifications au coucher du soleil. Nous n'avons mentionné le nom d'aucun de nos héros, Sur ce, vous devez ac- «order Loute votre attention à ce qu'aucun détail de ce combat ne soit déwilé, et à ce qu’on ne mentionne pas à Massawa, parmi les habitants, les noms des tués. Si un Européen vous demande des renseignements, vous tes lui donnerez de la façon sus-indiquée, c'est-à-dire d'une façon génémle et sans précision. Vous devez veiller à ce que les officiers et leurs “rdonnances, qui rentrent du combat, ne dévoilent quoi que ce soit à Massawa. Vous écrirez à S.E. le sirdar pour lui dire de recommander + toute personne qui partira de chez lui de ne donner aucun renseignement sur ce qui s’est passé au cours du combat de ce jour-là, et ce jusqu’à la fin des hostilités et Le retour de l’armée. Vous ne devez autoriser quisonque à venir ici, tant les officiers que leurs ordonnances ou tout autre personne, et ce jusqu’à la fin des hostilités)» Nachât bey reçut l’ordre de sutraliser toutes les lettres, françaises ou arabes, officielles ou personnlles, adressées au. Caire, à Suez ou à tout autre lieu, et de les envoyer at Ministère de la Guerre au Caire dans un sac cacheté à la cire ronge (9,
1 ,0.78- 2501, Stanton à lord Derby, 13 mars 1876.—A.E, Corresp. polir, Eyypte 57, Outrey au Ministre des Affaires étrangères, lo Gaire 13 mars 18706.
AA. Carton 158, Abdine, divers, la princesse Zeinab et son mari Youssef kamel pacha au Khédive, 17 mars 1876,
* Vienne, Archives d'État, rapport du conseiller de légation de Mayr, a5 mars
“AA, Reg. 28, Dép. Abd. pièce 1 5, Khairi pacha à Nachât bey, 16 mars 1876.
AA, Reg, 28, Dép. Abd., pièce 8, Khairi pacha à Nachât bey, 15 mars 1896,
it, du règne du Khéd, Jsmail, 1 ÜL, (EN
Les documents ou la poste provenant du sirdar el adressés au Ministe ve de la Guerre ou ailleurs, seraient aussi envoyés directement ! à Ja Mais Sanieh en sac cacheté {1}, Toute personne venant d’Abyssinie serait plarée en surveillance à Massawa @), Le vapeur anglais Medina de la British India,
qui venait d’Aden et de Hodeïda, étant arrivé à Massawa le 18 mars, avec deux passagers grecs et Lrois syriens, ceux-ci furent'isolés au Lazare et Nachât bey se réserva d'examiner leur cas à l'expiration de la quarantaine #}, Ces diverses mesures avaient pour but de celer la vérité. Un soue du même genre intervint dans la rédaction du communiqué officiel sur le. opérations d’Abyssinie que le Khédive adressa à Khartoum et à Senhit ce document mentionnait de tels succès qu'Alaeddin bey demanda au Caire l'autorisation de tirer le canon pour annoncer à tous la victoire des troupes égyptiennes : ur les armées abyssines 5 ; à quoi Khairi pacha rrpondit qu'il était préférable d'attendre la fin de la. guerre (®, Enfin le vice-roi fit savoir à Rateb pacha que les émissaires envoyés de Goura aux nouvelles devraient à leur retour lui dire, en présence des Européens, que les pertes ennemies s’élevaient à 35.000 hommes et même davantage : lr
sirdar fevait alors dresser des rapports en ce sens, en français et en arabe, et les enverrait en double exemplaire au Gaire 0),
Après la retraite des Abyssins le vendredi 10 mars, la route se trouva dégagée entre Fort-Goura et Kayakhor, Rateb pacha en profita pour ap peler à lui les trois bataillons d’Osman Ghaleb bey et les deux escadrons de cavalerie qui se trouvaient à Kayakhor. Le mouvement eut lieu dans la nuit du 10 au 11. Le sirdar prescrivit alors aux autorités de Massawa d'envoyer trois bataillons au front dans le plus bref délai pour remplacer la force tirée de Kayakhor #}, et fit entreprendre à Goura des travaux en
(1 AA., Reg. 28, Dép. Abd., pièce 49, Khairi pacha à Nachât bey, 20 mars 1876.
M AA, Reg. 27, Dép. Abd., pièce 502, Khaïri pacha à Nachât bey, 11 mars 1876,
WA A., Reg, 38, Arr, Abd., pièce 39, Nachât bey à Khairi pacha, 1 8 mars 1870.
3 AA., Reg. àa8, Dép. Abd., pèse 4, O.S. à Alaeddin bey et au hokoumdar du Soudan, 15 mars 1876,
6 AA, Reg. 38, Arr. Abd., pièce 8, Alaeddin bey à Khairi pacha, 15 mars 1876.
# AA, Reg. a8, Dép. Abd., pièce 26, Khairi pacha à Alaeddin bey, 16 mars 1870.
®) A.A., Reg. a7, Dép. Abd., pièce 358, OS. au sirdar, 14 mars 1876.
(AA. Carton 160, Abdine, le sirdar à Khairi pacha, 11 mars 1876,
ENVOI DE RENTORTS À MASSAWA, 963
mu d'agrandir le fort qui devait maintenant contenir une garnison de > bataillons. À mesure que l’ennemi s’éloignait, Rateb pacha sentait reualtre en lui la confiance, Ïl remercia le vice-roi des félicitations qu’il avait adressées aux troupes. « Les soldats sont tous prêts aux combats, manda- © talau Gaire ; avec l’aide de Dieu et l'appui de notre Bienfaiteur, nous disperserons sous peu l'ennemi U),» Dans une autre dépêche, 1l ne parlait de nen de moins que de l’exterminer ©}, Alarmé de cette ardeur guerrière, le khédive crut nécessaire de lui recommander la prudence et lui enjoignit de ne pas quitter la position de Goura « pour se rendre à Adoua», sans en noir demandé au préalable l'autorisation au aire 6),
À Massawa, Soliman Niazi pacha avait fait diligence pour envoyer les troupes au front. Zakaria bey partit le 11 mars avec deux bataillons ; le lendemain son troisième bataillon fut mis en route pour Kayakhor (, Lx Gharbieh étant arrivé sur ces entrefaites avec deux bataillons commandés par Ismaïl Kamel pacha 5), l’un de ceux-ci partit dans la nuit du 12 au 13 unes avec le lewa et le kaïmakam du 4° régiment (}, tandis que l’autre restait en garnison à Massawa. Zakaria bey eut un voyage sans incident et sjoignit Osman pacha Rifki à Kayakhor le lundi 13 mars dans la matinie fl; les deux autres bataillons eurent un voyage plus mouvementé. lunaïl Kamel pacha qui conduisait au front, avec son bataillon, un grand “onvoi de vivres et de munitions, rencontra le colonel Lockett Æ! au pas-
% AA, Carton 160, Abdine, le sirdar à Khairi pacha, 13 mars 1876. * AAA., Carton 160, Abdine, le sirdar à Khairi pacha, 13 mars 1876. : AA, Reg. 27, Dép. Abd., pièce 531, Khairi pacha à Rateb pacha ; pièce 537, US, à -Rateb pacha, 14 mars 1876.
AA, Reg. 37, Arr, Abd., pièce 413, Nachât bey à Khairi pacha, 11 mars ‘a 16.
* Le navire arriva le 11 mars (A.A., Rey. 37, Arr, Abd,, pièce 416, Nachât bey à Kairi pacha, 11 mars 1876).
“ AA., Reg. 37, Arr, Abd., pièces 429, 446, Nachât bey à Khairi pacha, 18, 1 3 mars 1876.
# A À., Reg. 88, Arr. Abd., pièce 3, Osman pie Rifki à Khairi pacha, 18 mars DD “ Le 7 mars, jour du combat de Goura, Lockett entendit la canonnade d’Ambakan où il se trouvait en train de procéder à la topographie du pays compris entre assawa et Goura, Le 8, le colonel se porta à Baaraza, Des nouvelles fort confuses {ut arrivaient du front, Lockett conclut que la ligne de communication avec l’armée
964 HISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÏL: “ sage du mont Bamba et l'invita À se joindre à lui. À Adiraso, la troupe se renforça du 3° bataillon de Zakaria bey. Le pacha ayant reçu l’ordre d, gagner Kayakhor à marches forcées, se mit en route avec se8 forces le 15 mars à 2 heures du matin. Un peloton formait l'avant-garde, derrinr . laquelle marchaient le pacha et son état-major ainsi que Lockett et le “ofliciers de la mission topographique ; puis venaient les deux bataillons en colonne par quatre, suivis du train long d'un mille environ ; un pelu. | ton formait l’arrière-garde, Au lever du jour, la longue colonne descendu vers la plaine de Haala. À ce moment, l'alarme fut donnée à l'arrion. garde et un oflicier se précipita à l'avant de la colonne pour annonrer qu'un fort parti ennemi approchait du convoi sur la gauche et n’en état distant que de 5oa mètres. « Gela, rapporte Lockett, correspondait 4 bien avec la position tue nous avions vu occupée par des bergers et leur bétail et par un grand troupeau de singes de forte taille, que nous sup. posimes de suite qu’une erreur avait été commise. Ün officier fut envoyr à l'arrière qui confirma cette hypothèse. La colonne reprit sa marche et fit halte sur la pente douce qui forme le commencement de la plaine de Haala, À ce moment l'alarme fut sonnée de nouveau à l’arrière-garde » répétée cette fois avec tant de persistance, que le pacha ordonna de former le carré et jeta son convoi dans l'intérieur. Après enquête, on découvrit, que la même méprise était la cause de l’alarme donnée par l'arrierrgarde, Après une heure de repos, la colonne se remit en marche à travers la plaine de Haala, Elle en avait parcouru un tiers environ, lorsque nou rencontrâmes un escadron de cavalerie envoyé à notre rencontre, pour nou servir d'avant-garde... De fait, il se plaça devant nous et se mil va
était coupée par l'ennemi. Il s'employa aussitôt à mettre la place en état de défens: Il y avait à Baaraza un demi-bataillon commandé par un binbachi, un convoi qu venait d'y arriver avec 200 hommes d’escorte, et un détachement de 1 20 homme. sous les ordres de Aly bey Jialiani, qui travaillait à la pose de la ligne télégraphique Chacun travaillait à part et les efforts étaient décousus. Lockett engagez | major égyptien à prendre le commandement de l’ensemble des forces et l'aida d’ ses conseils pour améliorer les défenses de la place, que l'ennemi pouvait mena: en venant de Ghinda ou de Bamba, et dont la redoute, assez bien construite, étas dominée par les hauteurs environnantes (A.A., Lockett à Stone, g mars 1876
Sur le plan des défenses de Baaraza que nous publions, les lignes pointillées ind quent les positions à occuper, en cas d'attaque, par les tirailleurs égyptiens,
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Croquis & vue de fe frosition de Paaraia dussce ga (A Cofonel L,ochett Commandant une expédition spéciale de Ê'Etat-Mojre 6* Ce 10 Mons 1356.
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marche bravement, mais en une longue colonne formée sur deux rangs. Nous avions à peine marché une demi-heure dans cet ordre, quand la eamberie fit volle-face, partit à fond de train sur nous comme un tourbillon et bouseula le pacha et son état-majot en hurlant à toute voix : «Les Abysuns, es Abyssins, Allah ! Allah ! Formez le carré !» Nous étions entourés de broussailles qui masquaient la vue, Autant que nous pouvions voir, il n'y avait aucun signe de l’ennemi, mais le pacha et son état-major suiurent au galop la cavalerie. Quand nous aperçümes l'infanterie, nous sonstatèmes que le bataillon de tête courait vers l'arrière dans ce qui me parut ètre une terrible confusion, mais le bataillon de queue avait fait halte et s'était formé sur deux côtés ; celui de tête compléta bientôt le carré, nes toute la cavalerie à l’intérieur... Le pacha, le major Dulier et moi, nous restâmes hors du carré, face à la direction supposée de l'ennemi. Je proposai au pacha de me laisser faire une reconnaissance, avec le major Dulier, sur l'avant. À ce moment même, un soldat énervé déchargea son sil et aussitôt le carré tout entier ouvrit un feu épouvantable. Nous fimes demi-Lour et chevauchâmes vers le carré, criant du plus fort de nos voix : « Usbar ! Usbar !» Les clairons sonnèrent « Cessez le feu», mais les volées “ontinuèrent pendant trois à cinq minutes. Pendant ce temps, nous nous trouvions tous trois devant le front d'un demi-bataillon, allant de droite à auche et de gauche à droite, pour essayer de rétablir l’ordre. Aucun le nous ne fut blessé. Le convoi, au même moment, entrait dans le carré par l'arrière ; la face arrière du carré tirait comme le reste, mais pas un homme où un animal ne fut touché. Les soldats déchargeaient leurs fusils placés à la hanche, sans épauler ni viser, et avec un angle tel que les balles passaient au-dessus de la tête d’un homme placé à quelques mètres de la une de feu. Finalement le feu cessa.» Lockett et Dulier se portèrent alors “havant et, à l'endroit où la cavalerie avait fait demi-tour, tls trouvèrent
eur guide, un Ghoho, qui, avec deux autres Ghoho, était assis tranquil-
einent sur le hord de la route. Ils avaient pris de l'avance sur la colonne et ‘étant, suppose-t-on, arrêtés pour se reposer, avaient été la cause de aule celte panique. Lockett et Dulier revinrent près du pacha et rendirent ‘inple ; ils obtinrent de lui un détachement de cavalerie, dont ils fornérent quatre piquets pour explorer les environs, On ne trouva pas trace l'ennemis. La cavalerie fut alors déployée à travers la plaine ; les troupes
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se reformèrent en colonne et reprirent leur marche, et l’on parvint TT pied de l’akaba de Kayakhor, sans autre incident, vers 3 heures de l’après-midi (1),
Les troupes amenées par Ismaïl pacha Kamel arrivèrent à Kayakhor {+ mercredi 15 mars ). Le lendemain Ismaïl pacha se rendit à Goura aupre, du sirdar. Le 17 mars, Ratch pacha et le prince Hassan ordonnèrent au colonel Lockett de construire un fort puissant à Kayakhor, près des rr. tranchements légers élevés à Ja hâte par Osman pacha Rifki la veille du combat du 7 mars. Ce fort, destiné à recevoir une garnison de 3 batallons et entre 6 et 12 pièces d'artillerie, devait être placé de manière à commander l’akaba de Kayakhor et avoir de l’eau à proximité, son relief être tel que le fort ne püût être emporté par un assaut direct ; l'ouvrage, enfin, devait pouvoir âtre construit dans un délai de vingt à trente jours. L'endroit choisi par le colonel comprit les deux plus hauts points voisins de lakaba. S'il offrait l'inconvénient d’être commandé au nord par un plateau distant de Goo à 800 mètres, au sud par la chaîne de montagnes éloignée de 1.000 à 1.200 mètres, et d’être éloigné de 500 mètres du point d’eau, il avait par contre l'avantage d'offrir à l’artillerie un champ de tir étendu sur la plaine de Goura d’une part, sur l’akaba et la vallée de Kayakhor de l’autre #. Les travaux furent entrepris le 20 mars par br bataillon du génie dirigé par le major Aly effendi Samah. Le lendemain, 500 hommes de troupes commandés par Rached bey se joignirent am sapeurs. Le 22 mars, 1.200 soldats étaient au travail sous les ordres de Rached bey et de Zakaria bey. L'abondance de la main-d'œuvre permit de pousser les travaux activement. Le 24 mars, l'ouvrage, qu’on appekil le fort:de Kayakhor, du nom du village situé à deux milles de distance el
1} Lockett, rapport de mission adressé au général Stone, #7 juillet 1876. À son arrivée à Kayakhor, Ismaïl pacha Kamel déclara à Rateb pacha que les Abyssins, at nombre de fo à 5o, s’élant montrés à la localité de Haala, il avait fait former le carré à ses troupes et tirer quelques balles «qui n'’atteignirent pas leur buts: ensuite de quoi, l'ennemi se retira (A.A., Carton 160, Abdine, dépêche de Rateb pacha, 16 mars 1876),
® À.A., Reg, 38, Arr, Abd., pièce 81, Osman pacha Rifki à Khaïri pacha, 15 mars 1876,
M A.A,, Lockett à Loring, 17 mars 1876,
ENVOI DE RENTORTS À MASSAWA. 967
11.000 où 1.500 pieds plus bas, reçut, avec l'autorisation du prince, be nom de Fort-Hassan pacha. Le 30 mars, les travaux extérieurs se trouvérent assez avancés pour recevoir les trois bataillons et les deux batteries de montagne destinés à y tenir garnison. Îls furent achevés dans les prenuers Jours d'avril et l’on poussa dès lors Les travaux intérieurs, Le 5 avril, le prince Hassan et Rateb pacha visitèrent le fort et exprimèrent leur “satisfaction (,
Gependant le Khédive n’avait cessé d'activer l’envoi des renforts d'Épypte. Le Koufit quitta Suez le 13 mars avec une batterie Krupp et des munitions, ainsi que 115.400 cartouches pour fusil Remington ®). « Dans deux jours, manda le vice-roi à Alaeddin bey dans la nuit du 13 mars, on PRYELTA d'Égypte à Massawa des soldats par le vapeur HMahroussa et les autres navires qui se trouvent ici. De votre côté, vous devez, par l’intermédiaire d’émissaires à même de fréquenter les habitants des pays enneunis, faire courir le bruit qu’on recevra d'Égypte des troupes en nombre égal à celles qui se trouvent à Massawa et au Hamacène, et que dans trois jours se concentreront à Massawa des troupes deux fois supérieures à celles qui s'y trouvent actuellement, ceci pour détruire complètement les furces du roi Jean ,5 En même temps, le Khédive faisait demander au vékil du Soudan oriental s’il ne serait pas possible de trouver de 15.000 à 20,000 Arabes, Chaïghié ou Beni-Amer, pour les joindre à l’armée 1, La réponse d'Alaeddin bey ne fut pas encourageante ; il n'avait que 95 Chaïghié au Taka, employés comme bachi-bouzouks ; quant aux Beni- Aimer, il avait discuté la question avec Mohamed, fils du défunt Hamed bey Lué à Gundet. Les Arabes répugnaient à se joindre à l’armée ; ils faiaient valoir la longueur de la distance, le manque de chevaux, enfin la crainte de subir le même sort que les cavaliers qui avaient pris part à l'expédition Arendrup. « Nous pouvons les obliger par la force à aider le
® Rapport de Lockett au général Slone, 27 juillet 1876.
AA. Rep, 37, Arr. Abd., pièce 454, l'agent de la Khédivieh à Suez à Khairi pache, reçu le 14 mars 1876.
“ A,A., Reg, 27, Dép. Abd., pièce 535, Khairi pacha à Alaeddin bey, nuit du 13 au 14 mars 1876.
M A.A., Rog. 27, Dép. Abd., pièce 532, Khairi pacha à Aladdin bey, nuit du 19 au 14 mars 1876,
gouvernement, poursuivit le vékil, mais celte-mesure ne résoudra pas ke
problème, car nous ne pourrons en trouver un grand nombre, Ce mêmes que nous prendrions s’échapperaient en cours de route el n'at. teindraient pas même le camp de l'armée. Ceci sans parler du méconten. lement que provoquerait cette manière de faire. Les Arabes ne sont pus habitués à porter des armes à feu et ne désirent Be en avoir, car ils ne savent comment s’en servir.» Alaeddin concluait qu’en dehors de 120 Arabes volontaires non montés et de 44 cavaliers déjà employés conne, gallirs et payés par | "État, il était impossible de lever aucune troupe au aka (N,
Le Mahroussa partit le Suez avec deux Le le 14 mars. Dès qu'il fut en vue de Massawa, le 17 mars, le bataillon qui tenait garnison dans cette ville fut envoyé à Mkoullo, afin de préparer son départ pour l'armée le lendemain, Un des vataillons amenés par le Mahroussa fut gardé à Massawa pour défendre la place, tandis que l’autre devait partir pour le front © Le Rahmameh, parti de Suez le 15 mars, avec un bataillon et deux canons de montagne f}, arriva à Massawa le 19%. Le 17 mars, le vapeur Aessir quitta Suez avec un chargement d'animaux et de divers ; le lendemain ce
UM AA. Reg. 88, Arr. Abd, pièce 15, Alaeddin bey à Khairi pacha, 15 mars 1876. Des offres de service vinrent d” is: Au début d'avril 1876, l’ex-cheikh des Bicharin à Berber sollicita du Khédive l'octroi du grade de sersawari et la permission de lever un contingent de 4oo hommes, pris parmi ses parents ct congénères, pour aller combattre en Abyssinie, Pour armer sa troupe, il demandait l'envoi dr
400 fusils à deux coups ; il possédait 2 00 chevaux et so procurerait des dromadaires
pour monLer le reste de ses hommes (A.A., Reg. 39, Arr. Abd., pièces 120, 140, 277, l'ex-cheikh des Bichariu à Berber à Khairi pacha, 8, 19 et 28 avril; Reg. 8, Dép. Abd., pièce 2438, Khairi pacha au cheikh des Bicharin, 1 1 avril 1876). En mai 1876, Emara agha Nimr, ancien nazir du kism de Rabatab, à Berber, proposa éyalement de lever 400 cavaliers et méharistes pour servir en Abyssinie, contre livratson d'armes et remise de fonds pour acheter des montures (A.A., Reg. 4o, drr. Abd., pièce 81, Emara agha Nimr à Khairi pacha, 25 mai 1876). Aucune suite ne fut, semble-L-il, donnée à ces deux propositions,
AA, Reg. 38, Arr, Abd,, pièces 21, 33, Nacht bey à Khairi pacha, 17 mars 18976,
BY A.A., Reg. 38, Arr, Abd., pièce 1, l'agent de la Khédivich à Suez à Khairi pacha, 16 mars 1876,
(AA. Reg, 38, Arr, Abd., pièce 51, Nacht bey à Khairi pacha, 19 mars 1876.
ENVOI DÉ RENFORIS À MASSAWA. 969
EPS D Mr A EE SE PIS en RER fut fe tour du Fanbo, avec des canons, des chevaux et des mulets 0, Le Koufit, qui avait amené du matériel à Massawa, en repartil pour Souakin à l'ellet de charger 53 chameaux achetés par le gouverneur de cette place ®) ; dramena, outre ces animaux, 2.000 gourdes, 1.000 cordes et go bâts 9. Le vapeur Hodeida quitta Suez! le à 7 mars avee 200 animaux ct 800 kanar, de biscuit 0, et Le Gharbieh repartit pour Massawa le 3 1. Au total, -vn dehors des 12 bataillons d'infanterie qui composaient primitivement le eurps expéditionnaire, le Khédive envoya successivement d'Égypte à Hateh pacha 19 autres bataillons en renfort, Le soin qu'il prit de fairo grossir par la rumeur publique l’importance des renforts dirigés sur Maswa, dans la seconde quinzaine du mois de mars, montre d’ailleurs qu’il ‘sait moins à parer à un péril immédiat qu'à intimider le roi Jean afin de le pousser dans la voie des négociations.
LA. Reg. 38, Arr. Abd, pièces 23, 36, l’âgent de la Khédivich à Suez à Ahairi pacha, reçus les 17 et 18 mars 1876.
AA, Reg. 37, Arr, Abd., pièce 418, Nachât bey à Khairi pacha, 11 mars 1976; Reg. 97, Dép. Abd., pièce 509, Khaïri pacha à Nachât bey, 12 mars 1876 ; di 1. 38, Arr, Abd., pièce 64, Nachât bey à Khairi pacha, 20 mars 1876,
!A,A., Reg. 38, Arr. Abd, pièce 119, le gouvernorat de Souakin à la Maïa, 'iuurs 1890; ice 135, Nachât bey à Khairi pacha, 25 mars 1876.
AA,, Reg. 38, Arr, Abd., pièce 184, l’agent de la Khédivich à Suez à Khairi
parha, 27 mars 1876,