L'ODYSSÉE DE MOHAMED RIFAAT
À son départ de Fort-Goura, le mardi 7 mars, pour combatire le roi Jean, Rateb pacha avait laissé derrière lui son secrétaire pour la langue turque et la langue arabe Mohamed Rifaat bey. Ge dernier suivit l’action de loin avec des jumelles ; puis deux officiers étant venus dire que les troupes égyptiennes étaient victorieuses, il quitta le fort à pied, avee son fusil et des munitions, pour voir le combat de plus près. « Arrivé à 1,500 metres du fort, rapporte-il dans ses Mémoires (!), je trouvai à mes côtés le srerélaire Hassan effendi Ahmed qui me suivait à pied. J'ai vu aussi le docteur Mohamed Aly bey à cheval avec son ordonnance, ainsi que le domestique du miralaï Mohamed bey Gabr monté sur un âne chargé d'eau. Le docteur ordonna à ce dernier de me donner sa monture, Je pris l'âne + reinis au domestique mon fusil, décision qui s’avéra heureuse par la suite, Quelques instants après, j'entendis un grand vacarme et je vis deux ‘le nos soldats qui revenaient eflrayés. Les ayant interrogés, ils dirent que nos troupes avaient été battues. Je voulus retourner au fort, mais mon âne «y refusa et continua sa marche ; je l’abandonnai alors et partis à pied.
+ Je voulais rentrer, mais la distance était longue et je ne pouvais courir, le secrétaire m’abandonna à mi-chemin et j'aperçus le docteur Mohamed
MCE, Monamen Riraar, op. cit, p. 34 à 4o, Nous donnons de son récit une traduction libre, |
972 HISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÏL. : ° ÿ pp manne qu
Aly bey qui rentrait À cheval M, La cavalerie ennemie s'est alors portés à l'attaque du fort, nous à encerclés, et un cavalier abyssin m'a fail prison. nicr. Les deux soldats on! voulu me délivrer en frappant le cavalier : celui. ci leur à demandé l’aman. Puis il m'a pris de nouveau. Je réussis à me séparer de lui, bien que sans armes. H braqua alors son fusil sur moi, mais sans tirer, sans doute pour m'intimider, puis il me donna un Eoup d'épée derrière l'oreille gauche; le sang a coulé. I me lrappa ui deuxième fois au cou, en disant : « marche lo. Si j'avais eu mon arm, il m'aurait certainement lué.
« Notre cavalerie avant déclanché une contre-ollensive, mon eavalier m'a quitté ; il est revenu ensuite me reprendre et m'obligea à marcher. Entre temps, notre fort bombardait l'ennemi. Pour éviter d’être blesse, le cavalier descendit de cheval et me fit signe de le suivre. J'ai pu voir de loin nos soldats combattre les Abyssins et un grand nombre d'homme, tomber des deux côtés. Nous avons continué à marcher jusqu’à ce que nous ayons alteint une colline ; les obus passaient sur nos têtes... Quanl nous fûmes loin du danger, mon cavalier marcha lentement jusqu’à 6e que nous eussions gagné un point d'eau. Il me donna alors à boire, Puis il prit mes effets en commençant par la veste tachée de sang. Nous avons continué notre marche jusqu’à ce que nous ayons atteint une plaine. Il élait environ 1 1 heures de jour (. Je trouvai beauoup de monde en rt endroit, mais ne reconnus personne, tant j'étais effrayé ; je me rappelai toutefois avoir vu cette plaine. Nous y avons rencontré un certain nombre de nos soldats prisonniers. Mon cavalier leur a demandé si j'étais un dr leurs chefs, L'un d'eux lui répondit oui, bien qu'il ne me connût pas. Mon cavalier s’empara alors de ma montre et de sa chaîne, Je cachai nn bague dans la poche de mon pantalon, car elle était pour moi un vieux souvenir, Après avoir inis la montre et la chaîne à son cou, le cavalier commença à parader à cheval en disant des mots dont je ne compris pas le sens. Je crois qu'il devait se vanter de sa bravoure en disant qu'il avail fait un prisonnier, ,, Le soleil était près de se coucher, L'emplacement où nous étions est situé à l’est de Goura et nous y avions campé en premier
@) Le docteur fut fait prisonnier quelques instants après par la cavalerie ennemie. 1 Soit une heure environ avant le coucher du soleil.