‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 60 sur 176 · L'ODYSSÉE DE MOHAMED RIFAAT · texte numérisé non relu

L'ODYSSÉE DE MOHAMED RIFAAT

heu lors de notre arrivée, car j'y retrouvai quelques feuilles de papier portant mon cachet. À la tombée de la nuit, mon cavalier a pris le restant de mes effets et ne m'a laissé que mon pantalon, mon caleçon, mes chaus- “elles et mes chaussures. En fouillant dans mon pantalon, il découvrit la bague qu'il prit. Il-fit froid cetté nuit-là, Il me donna une serviette pour m'entourer le corps et m'apporla un morceau de pain. Malgré le froid, je dormis bien.»

Le cayalier qui avait capturé Mohamed Rifaat s "appelait Kouchou et appartenait à la provinee d'Enderta. Le mercredi matin, il conduisit son prisonnier à dedjaz Maro, à qui Rifaat déclara qu'il était le secrétaire du prince Hassan pacha. Voyant que l’armée égyptienne avait été battue et un grand nombre de ses soldats faits prisonniers, le secrétaire jugea qu'il etait préférable d'entamer des pourparlers de paix pour éviter de plus grosses pertes à l’armée, et il s’en ouvrit à dedjaz Maro. Ce dernier manda l'interprète du roi. Rifaat déclara à celui-ci: qu’il était secrétaire civil et non pas militaire ; que le combat qui venait d’avoir lieu avait été livré par l'avant-parde égyptienne seule et que derrière elle venait une armée de 31,000 hommes environ 4), que les Égyptiens se battaient pour venger \rendrup et qu'ils n'avaient pas l'intention d'occuper le territoire abysin. Le combat d'hier, ajouta-tl, a vengé Arendrup. Si un deuxième combat doit avoir lieu, de nouvelles troupes viendront du Caire. Dedjaz Maro, qui assistaif à l'entretien, dit alors : « Votre chef accepterait-il de conclure la paix au cas où on le lui demanderait ?» — « Qui», répondit Rifaat — 1 Quel serait l'intermédiaire ?» — « Mois — « Et si le roi refuse de faire . h paix?» — « Le roi doit se conformer à l’avis de la majorité des ras qui demandent la paix», et Rifaat ajouta que la paix était préférable pour les Égyptiens comme pour les Abyssins, — « Je suis de cet avis, dit Mao, Je sais voir le roi pour le mettre au courant, puis je te ferai mander auprès de lui 2,»

Le jeudi soir, un Abyssin vint dire à Rifaat qu'on discutait la question de le mettre à mort. Rifaat avertit son cavalier : «Non, répondit ce dernier, tous avez l'aman.» À partir de.ce moment-là, Kouchou ne le laissa jamais

(1 Rifaat grossit à dessein Le chiffre des effectifs, Cf. Monanen Riraar, op, cit, p. 44,

seul ; 1} se tenait à sa droite pendant la marche, un autre Abyssin marchant à sa gauche et un prêtre se tenait derrière lui; ces mesures rassuréren Rifnat. Vendredi, après le massacre des prisonniers, un Abyssin de l'En. derta vint le trouver pour le tranquilliser ; il répétait sans cesse : « Aman! Aman l» À côté de lui se tenait un soldat copte qui déclara à Rifaat qu'il devait la vie à cet Abyssin et au fait qu'il avait une croix tatouée sur là main. Un domestique de dedjaz Maro vint alors dire à Rifaat que le rm l'avait recommandé à ses troupes, ce qui acheva de le rassurer. Le mêmr jour, un des ras abyssins le fit appeler et le félicita d’être toujours en vie. « Que ferais-tu, lui dit-il, si le voi t’appelait et te demandait d’être l'inter. médiaire entre les troupes égyptiennes et lui pour conclure la paix ?» es « Je ferai ce que le bon Dieu me dictera de faire», répondit Rifaat. Le ras revint à la charge, mais Rifaat garda le silence ; il avait décidé de ne rien dire avant d’avoir vu le roi (},

Le samedi (11 mars), le cavalier Kouchou remit à Rifaat un morceau de pain. Un délégué du roi parut ensuite ; 1l était chargé de conduire Îe se. crétaire auprès de Sa Majesté. En arrivant près du camp, le cavalier s'azenouilla derrière une tenté. Rifaat crut que c'était la tente du roi, mais ce n’était que son église ; elle était en drap rouge, tandis.que la tente du roi est en drap blanc. Quelques instants après, le roi l’appela. Tous een. qui se trouvaient près de lui quittèrent la tente à l’exception de son one le ras Areya. Le roi reçut le secrétaire égyptien la tête couverte d’un morceau de toile qui dissimulait ses traits. Ce n’est qu'après plusieurs visites qu'il parla à Rifant dévoilé. De grande taille et le teint basané, Jean élail nu-tête et portait ses chevoux arrangés à la manière des femmes ; il avait une figure allongée, des yeux couleur du miel, un grand nez, des dents apparentes. Pieds nus et très proprement vêtu, il était assis sur un Hi, soutenu à droite et à gauche par des coussins. Sur une natte étendue à ses pieds, était assis l'oncle du roi. Comme Rifaat n'arrivait pas à se faire comprendre, le roi manda un interprète qui connaissait l'arabe, et le dialogue suivant s’engagea :

Le roi-— « Quel est le but de votre venue ici et que pensez-vous faire ?

Rifaat — «Notre intention est derétablir lesrelations commerciales entre

(9 Cf, Mouamen Riraar, op. cit, p. 63,

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