REPLI DE RATER PACHA SUR BAARAZA
quelle il envoya au roi Jean des ambassadeurs et 500 cavaliers (), Vers inilieu de janvier 1896, parvint à Litché la lettre que le Khédive avait alressée en décembre 1875 au ras du Ghoa ©). Ménélik, rapporte Matturei, NE CYOYAIÉ pas que l'Égypte penserait à la revanche ; il ne savait pas prendre un conseil résolu et choisit l'expectative 5}; il ne tenta aucune diversion susceptible de détourner l'attention du roi Jean, qui put ainsi masser toutes ses forces contre Rateb pacha (, Dans le courant du mois d'avril 1876, Ménélik revint dans sa capitale de Litché. Son attitude à ste époque paraît avoir été influencée par les conseils du voyageur fransais Pierre Arnoux, et c’est, semble-t-il, à linstigation de ce dernier (5,
UC P, Marreucer, În Abissinia, p. 191. IL y a lieu de faire remarquer que Mattucri débarqua à Massawa le 14 décembre 1878 pour se rendre auprès du roi Jean, I ne fut donc pas un témoin oculaire des événements qu'il rapporte.
Cf. supra, p. 891.
"GE Marreucct, op. cit, p, 191.
‘! Une dépêche du 11 février 1876 d’Omar Azmi pacha, qui avait été chargé par le Khédive de conduire la négociation avec Ménélik, annonçait au Caire que : « d’après deux lettres de peu d'intérêt provenant des agents de Ménélik, celui-ci se trouserait non pas au Choa, mais à Gondars (A.A., Carton 53, pièce 12). L'information élait évidemment fausse.
% Dans un mémoire de Pierre Arnoux, intitulé La France en Éthiopie, qui se trouve dans les Archives du Ministère des Affaires étrangères à Paris (fonds Mémoires et Documents, Abyssinie, t. II, f° 384 et suiv.), Arnoux explique dans quelles condilions la lettre de Ménélik au Khédive fut rédigée : 41° juin 1876. Messieurs les missionnaires catholiques, Ato Dargué, l’azage Walda Tsadek sont réunis en conseil sus la présidence du roi. Nous avons examiné la politique de l'Égypte, les tentalives d’invasion, sur divers points à la fois, des armées égyptiennes marchant à ln conquête de l'Éthiopie, les guerres sanglantes au nord, ln prise de Zeyla, de Harrar, la tentative échouée sur l'Aoussa, les lettres du vice-roi d'Égypte au roi du Uhoa ete,
+ [1 fut décidé que lo roi Ménélik écrivait une Icttre motivée au Khédive, lui enverrait des présents selon l'usage du pays. Gette lettre officielle serait on quatre “emplaires, une que je devais remettre au Khédive, une au gouvernement français, ue au gouvernement italien ct la quatrième au gouvernement anglais. La minute resterait dans les archives du roi et une copie conforme dans mon dossier,
« Le roi désirant conserver des bonnes relations avec l'Égypte, ayant droit à l'ou- “erture d’une route sur la côto,"offrait au Khédivo de conelure avee son gouvernement un traité d'amitié par mon entremise, sur les bases de la neutralité du port de
qu'il adressa au vice-roi, le 16 juin 1876, la lettre suivante
« J'ai reçu, il y a trois ans ®}, par Ibrahim Aboubekr la réponse à ma lettre et les présents que Votre Altesse a bien voulu m'envoyer, à savoir : un sabre en argent et son ceinturon, une selle dorée, deux longue-vurs, un tapis de lable doré, un coupon de drap rouge doré, cinq foulards du. rés, quatre {apis et deux revolvers.
« J’ai répondu, le mois de mars écoulé, à la dernière lettre que j'ai reçue de Votre Altesse ®}, Aujourd’hui, M. Pierre Arnoux, négociant fran. çais, se prépare à retourner en Europe. Gomme il a toute ma conlianer, je l'ai chargé d’une mission diplomatique et commerciale très importante. Il doit également se rendre près de Votre Altesse afin. de l’assurer de mon désir sincère d'entretenir avec Elle les relations les plus amicales pour le bien des deux peuples. Que Votre Altesse veuille bien recevoir de se mains les quelques présents que je lui envoie comme témoignage de mon amitié.
« Je n’ai pas reçu la lettre et les présents que Votre Altesse m'annour avoir remis à ras Bourrou U), | «Je travaille en ce moment à-introduire dans mon pays la civilisation. l'industrie et le commerce ; je veux établir des relations suivies et amicales
T'adjoura et du libre passage par ce port de tous les produits, sans aucune exccptiun, d’imporlation comme d’exportation…
« Le roi avait reçu deux lettres du Khédive dont la dernière avait trait à la der. nière gucrre. Ces deux lettres me furent confiées par Le roi ;-elles devaient me seruir à appuyer les réclamations du roi de Choa près des divers gouvernements et de montrer la politique de l'Égypte, dont les faits étaient en contradiction flagrante avec les paroles, en cas de refus de la part du vice-roi à faire droit à la démarche du roi de Ghoa.»
(1 Il existe également dans les archives d’Abdine une lettre de Ménélik au Khcdive, en date du 1° Baouna 1868 (7 juin 1876), dans laquelle il accuse réception du cadeau envoyé par le Ilag Ibrahim et déclare envoyer à son tour cinq «{abakir au vice-roi (AA, dossier 5/2 Abdine, pièce 5).
® Une traduction arabe du texte abyssin, qui so trouve au palais d'Abdine, porte : «J'ai reçu l'an passé,» par Ibrahim Aboubekr etc...
Nous n'avons pas retrouvé cctle lettre de Ménélik dans les archives du palais d'Abdine.
(On sait que ras Bourrou, qui accompagnait Munzinger, mourut au cours de l'expédition d’Aonssa,
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nee mes voisins el avec les puissances amies d'Éurope, en ouvrant des routes de communication jusqu’à la côte.
s La politique de Votre Altesse semble vouloir mettre un obstacle séneux à mon entreprise. Je vois des armées égyptiennes qui sont venues alaquer mon voisin dans l’Abyssinie du nord ; le Tigré a été et est encore le théâtre de guerres sanglantes ; en même temps, d’autres armées sont venues prendre possession de la baie de Zeyla ; en très peu de temps, l'Aoussa, toute la vaste contrée des Adels, le lac de sel qui approvisionne le Choa et les Pays 8 galla, et la possession stratégique de Harrar sont tombés au pouvoir de vos armées (0 ; aujourd’hui, les Égyptiens sont sur mes frontières. Une troisième armée arrivant par le Nil Blanc à fait son apparition dans le pays galla ). Ge n'est un mystère pour personne dans mou pays qu'elle doit faire sa jonction avec l’armée qui est venue de Zeyla, qui est retranchée à Harrar, et qu’elles se sont données toutes les deux rendez-vous dans le Gouragué, dans mes possessions.
s Que faut-il conclure au sujet des déclarations amicales de Votre Altesse eu regard des dispositions hostiles indiquées plus haut? Cette situation est (rès prave et a mis la tristesse dans mon cœur. Cependant je n’ose croire que, pour le moment, Votre Altesse veuille venir faire la guerre jusque dans mes possessions, sans en avoir ni le droit, ni la raison, mais on doit prévoir que l'existence de l’Abyssinie entière est sérieusement menacée par l Égypte qui, possédant aujourd’hui tout le littoral de la mer Rouge sl de l’Océan Indien, ne laisse arriver de ses ports dans l’intérieur que quelques articles d'Europe de moindre importance. Les armes, la poudre rt les équipements militaires nécessaires à la garde et à la défense de tous ls pays sont rigoureusement interdits ; les armées égyptiennes entourent out le pays ; dans le nord, la lutte est engagée ; bientôt elles seront sur ls bords de L'Hawash, sur mes frontières ; dès lors mes craintes sont fondées et je dois les signaler.
1 Ces faits sont inexacts ; seuls Zeyla et T'adjoura avaiont été cédés au vice-roi et Harrar conquis par lui,
fe Nous ne savons à quelle expédition Ménélik fait ici allusion, mais on retrouve daus cette nouvelle l’écho des projets que le Khédive développa au général Stanton
+ novembre 1875 et dont ce dernier rendit compte à lord Derby dans sa dérêche du 11 novembre 1875 (ef, supra, chap. vu, p. 668).
« Pour les dissiper, } ’accrédite M. Arnoux par un mandat spécial jure de Votre Allesse, avec mission de fui exprimer mes bonnes dispositions envers l'Égypte et mon idée de conclure entre les deux pays un trint. d'amitié sur des bases durables. Mon principe est d'assurer la neutralte du port de Tadjoura et de la route pour le transit de toute sorte de mur. chandises et tous les produits sans aucune exception, soit d'importation. soit d'exportation. [l inporte que le transit ne subisse aucune ingérenre, ne soit soumis à aucun droit de fiscalité de douane dans Le port et pur l'armée égyptienne sur tout le parcours de la route dans l'intérieur. Je désire que mon entreprise de civilisation ne subisse aucune entrave. D'autres instructions feront aussi l’objet du mandat de M. Arnoux pre de Votre Altesse, à qui, j'ose l’espérer, vous réserverez un bon accueil {”.s
Des grands feudataires abyssins, Ménélik, le plus puissant, se trouvant ainsi hors de cause. Le concours des autres lui parut si douteux que, de deux projets présentés par le sirdar pour en imposer au roi Jean, le Khrdive ne retint que celui qui visait à occuper le Hamacène. Il autorisa Rateb pacha à occuper Asmara et mème Tsazéga, à condition qu'il put se défendre dans ses nouvelles positions avec Les troupes qu'il avait, « sans en demander d’ai tres». Puisque Kayakhor devait être abandonné, il couvenait, disait le vice-roi, de le faire au plus vite, en brûlant au besoin les tentes et le biscuit qu’on ne pourrait emporter. Le Khédive laissait au sirdar carte blanche sur la route à suivre pour entrer dans le Hamacètr et l'autorisait même à abandonner Baaraza pour se replier sur Massuwa et gagner de là Tsazéga en passant par Senhit @), En ce cas, il écrirait une
(Y AR., Mémoires et Documents, Abyssinie, t. IIT, £° 210 eë suivants. Un exemplaire en français de cette lettre, portant la date du 10 juin 1876, existe aussi dans ‘les archives d’Abdine, au Gaire, où cette lettre fut apportée par Pierre Arnoux rt remise par lui à Chérif pacha le 12 décembre 1876. Le document d’Abdine pré. sente avoc celui de Trance quelques variantes de peu d'importance. Il exisle également dans les archives égyptiennes une traduction arabe de la lettre en abyssin de Ménélik ; cette lettre est datée du 10 Baouna 1868, correspondant au 16 juin 1876 ; c’est la date que nous avons adoptée pour ce document,
@ Lo sirdar, à celle époque, envisageait d'envoyer ses troupes À Asmara par la route de Danba et Lamza, car celles d’Adiraso et de Baaraza étaient défoncées par les pluies. Une fois à Asmara, on pousserait sur Tsazéga ct on communiqueorait avec Massawa en passant par Ghinda, qui était relié par deux routes à la côte,