‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 86 sur 176 · À) SÉCURITÉ DU SOUDAN · texte numérisé non relu

À) SÉCURITÉ DU SOUDAN

. La tâche ordinaire de l’armée au Soudan est double : d'une part, elle assure la sécurité des frontières et la soumission des peuples conquis, de l’autre elle participe aux travaux de l'administration en aidant à la perception des impôts: C’est ainsi qu'au début de chaque annéc financière U), on réunissait à Khartoum les houkkam et les ehcikhs de la moudirich afin de fixer avec eux les impôts à percevoir pour l’année nouvelle ; puis, lorsque les travaux de l'assemblée étaient achevés, les chefs des tribus et des territoires regagnalent leurs localités en emmenant avec eux un certain nombre de soldats pour aider le fisc dans sa tâche @), IL arrivait parfois que les soldats ainsi détachés dans les provinces fussent des irréguliers ; les habitants se plaignaient alors fréquemment de leurs excès. Le nombre de troupes réglées aflectées aux diverses moudiriehs dépendait de la position de chacune d'elles et de sa population. Si l’on conservait l'effectif d’un bataillon au Fleuve Blanc pour tenir en respect les Chillouk, par contre les moudiriehs de Dongola et de Berber, qui étaient tranquilles, pouvaient se contenter chacune de deux compagnies. Le Korfodan, entouré de tribus remuantes, possédait deux bataillons aux eflectifs d’ailleurs incomplets. À Khartoum, siège du gouvernement, on maintenaïit une garnison de deux bataillons. Le territoire de Gallabat, voisin de l'Éthiopie, était défendu par trois bataillons. Cette région était en effet fréquemment troublée par les incursions d'éléments étrangers, C'est ainsi qu’en décembre 1893, un parti d'Abyssins se porta sur Borteya, localité sise à trois jours de distance de Gallabat et habitée par un certain

(9 L'année financière commençait le.1* jour de l'an copte, c’est-à-dire le 10 ou le 1: septembre. On ht donnait le millésime de l’année musulmane dans laquelle tombait ce jour-là, Ainsi l’année financière commençant le 10 septembre 1878, portait le millésime 1290, l’année musulmane 1 290 s'étendant du 1° mars 1873 au 18 février 1874.

Ce mécanisme ressort clairement d'une lettre du vékil des travaux du pourernorat du Soudan à Khairi pacha en date du 3 octobre 1874 (A. A, Reg, 47, drr, Abd., pièce 506),

Hist, du vègne du Khéd, Jamaït, L, AT, 4 na

nombre de Takarir, d'individus évadés de la corvée, d'estlaves échappe: à leurs maîtres, ainsi que par quelques Abyssins. Borteya était ronsidere, comme faisant partie du markaz de Gallabat et le cheikh de ce marks employait ses habitants, dans la mesure où il le pouvait, à la corvée. lu parti d'Abyssins, fort de 300 à 4oo hommes, fantassins armés 1e lances el cavaliers, attaqua la localité pendant la nuit, tua 22 personnes dei deux sexes, fit 160 prisonniers et vola 115 moutons et vaches. Le kaïna. kam qui commandait à Gallabat lança aussitôt à ses trousses deux compagnies de soldats et 100 cavaliers. Mais ceux-ci ne réussirent pas à joindre les bandits, Gomme le marché de Gallabat était de nouveau ouvert et que les

transactions commerciales s’y poursuivaient normalement, le gouverneur |

général du Soudan preserivit au kaïmakam de se borner à protéger le souk et d'inviter les habitants qui s'étaient établis loin du marché à s'en rapprocher pour jouir de la protection des troupes ; par ailleurs, Ayoub pacha se proposait d'écrire au chef abyssin 0) pour lui demander la restitution des objets volés P), Le vice-roi approuva les mesures de prudence

édictées par le gouverneur général, mais il jugea inutile l'envoi de ha -

lettre projetée; les habitants qui voulaient étre protégés devraient, déelara-t-il, rentrer À l'intérieur des frontières du markaz de Gallahat ; quant à ceux qui ne se conformeraient pas à cet avertissement, ils auraient à supporter les conséquences de leur négligence (},

Le calme une fois rétabli dans la région, le hokoumdar proposa de pré- : lever un bataillon sur la garnison de Gallabat pour l’envoyer à Zobéir bes,

au Bahr el-Ghazal. L’ordi du sersawari Mohamed agha Orfali ff} qui stationnait à Guedaref, où il était chargé de la perception des impôts par la tribu des Choukrié, pourrait d’ailleurs, en cas de besoin, se porter à Gallabat et concerter ses mouvements avec ceux du kaïmakam 5). Bien

{ Auquel les documents égyptiens donnent le nom de Destabrou,

(9 À, À., Reg. sa, Arr, Abd, pièce 834, Ayoub pacha à Khairi pacha, 21 décembre 1873,

FA, À., Reg. 16, Dép. Abd,, pièce 540, Khairi pacha à Ayoub pacha, ag décembre 1873.

Sur ce personnage, cf. L, IT, a° partie, p. 563, 564.

(9 À, A., Reg, ao, Arr. Abd., pièce 235, Ayoub pacha à Khairi pacha, 1 dé cembre 18738.

“qu'intègre et doué d’un bon caractère, l'officier commandant à Gallabat “tait avancé en âge et illettré, aussi Ayoub pacha -proposa-t-1l de le remplacer par un binbachi ture de l’armée régulière nommé Mohamed Azra- Kanli, qui se trouvait en garnison à Assiout, Ce dernier avait fait partie «des troupes victorieuses de Syrie» et reçu une excellente formation milituire ; il était énergique, brave et avait une tenue parfaite ft}, Le Khédive consentit à la proposition et promut Mohamed Azrakanli au grade de kaïmakam P, Mais lorsque ce dernier arriva à Khartoum, Ayoub pacha demanda à l'y garder pour commander les deux bataillons de la moudi-

sich y'il laisserait alors à Gallabat, où il n'aurait plus d’ailleurs que deux batatlons à commander, le kaïmakam qui s’y trouvait et qui était habitué au climat de la région et initié à son administration @), .

Lobéir bey, de son côté, ayant besoin de troupes au Bahr el-Ghazal,

lesa deux compagnies de bachi-bouzouks, fortes respectivement de 4oo dt de 300 cavaliers, à la tête desquelles furent placés Les sersawaris Taha agha Mohamed et Milli Mohamed agha, qui reçurent chacun un traitement de 2.500 piastres par mois. Enfin, à Berber, il existait une compagnie de bachi-bouzouks, forte de 242 fantassins et méhanistes, à la tête de laquelle on'nomma le sersawari Youssef agha Arnaout, avec un traitement d 2000 piastres par mois (), Plus tard, l'effectif de ‘cet ordi fut porté a oo hommes, dont 200 partirent au Darfour avec leur chef et 200 restèrent à Berber; le traitement de Youssef agha Arnaout fut alors porté à 4ooo piastres (9, Mohamed bey Azrakanli quitta Khartoum en

(A, A., Reg. a9, Arr. Abd., pièce 355, Ayoub pacha à Khairi pacha, roçu le 5 janvier 1874.

“A, À., Reg. 27, Dép. Abd., pièce 39, Khairi pacha à Ayoub pacha, 1 6 janvier 1874,

dl À, A, Reg. 28, Arr. 4bd., pièce 455, Ayoub pacha à Khairi pacha, 1" avril 1874; Reg. 17, Dép. Abd., Khairi pacha à Ayoub pacha, 17, 24 avril 1874; Rep. a4, Arr, Abd,, pièce 130, Ayoub pacha à Khairi pacha, 1° mai 1874,

A A. Reg, 1875, Arr. Maïa Sanieh, pièce 24, p. 88, Ayoub pacha à la Maïa, 20 avril 1874, Reg. 1948, Ordres supérieurs, pièce àa5, p. 73, O,S, à Ayoub picha, à juin 1874.

# À, À., Reg. 17, Arr. Maïa Santeh, pièce 5 Mourour, p. 35, Ayoub pacha à la Maïa, 19 décembre 1895; Reg. 10, Ordres supérieurs, pièce 6, p. 70, 0.8. à Ayoub pacha, 3 mars 1876.

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