‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 89 sur 176 · COMMERCE ET AGRICULTURE, A) COMMERCE DU FLEUVE BLANC · texte numérisé non relu

COMMERCE ET AGRICULTURE, A) COMMERCE DU FLEUVE BLANC

Le décret paru à Khartoum en avril 1874, par lequel le gouvernement: monopolisait le commerce de l’ivoire dans le but de mettre fin à la traite des esclaves, devait avoir des xé percussions profondes sur le commerre du Fleuve Blanc et du Bahr el-Ghazal, tel qu'il s'était pratiqué jusque-la. Tout d'abord, il entrinait la confiscation pure et simple des mechras et des zéribas qui contenaient des esclaves, la présence de ceux-ci constituant une contravention lormelle aux ordres donnés et fréquemment réitérés au sujet de la traite, Quant aux autres comptoirs, ils deviendraient également la propriété du gouvernement, sans toutefois qu’il y eût confiseation des objets et du matériel contenus dans ces dépôts. De la sorte, personne ne posséderait plus de mechra ni de zériba dans la région dos fleuves et nul ne serait autorisé à en établir d’autres à l’avemir. Le gouverneur général compléta ces mesures en ordonnant de saisir et de consigner au

OÙ A, A, Reg. 99, Dép. Abd, pièce 6ga, Ayoub pacha au vékil de la bokouudaria, 10 août 1876,

EU A, A,, Reg. 29, Dép. Abd, pièce 72%, Ayoub pacha au vékil de la hokoumdaria, 15 août 1876.

YA, AÀ,, Reg. 45, drr, Abd, pièce 5, Alaeddin bey à Khairi pacha, à janvier 1877: Reg, 3», Dép. Abd,, pièce q, Khairi pacha à Alaeddin bey, 7 janvier 1877.

M A, A, Reg, 31, Dép. Abd., pièces 15, 84, 127, Ayoub pacha au vékil de la hukoumdaria, 16, 25 août, 1° septembre 1876.

does de Khartoum livoire qui ariverait À bord des barques des eomniergants.

Lorsque Zobéir, moudir du Bah el-Ghazal, reçut du hokoumdar l’ordre de supprimer les mechras et de saisir l'ivoire qui s'y trouvait, il répondit que les difficultés qu'il rencontrait avee les habitants du Darfour ne lui laissaient pas le loisir de s'occuper de cetle question. Ismaïl Ayoub pacha l'autorisa alors à en différer le règlement, tout en l’engageant « à empêcher par tous les moyens le trafic des esclaves dans ces mechras et dans ds autres parties de sa moudirieh», D'autre part, comme l’ivoire expédié le la moudirieh du Bahr el-Ghazal et Shakka ne pouvait emprunter, pour senir à Khartoum, que deux routes : celle de Fachoda ou celle du Kordofau, il ordonna aux moudirs de ces régions de saisir les esclaves et l'ivotre qui passeraient par leur territoire. Ces moudirs, ainsi que celui de Khartoum, devraient de plus n'autoriser aucun envoi d'armes ou de munitions au Bahr el-Ghazal. De cette manière, les propriétaires des mechias ne pouvant recevoir les esclaves et l’ivoire qui leur parvenaient précédemment de ces régions, ni envoyer à leurs vékils les munitions et les armes nécessaires, se verraient dans l'impossibilité de continuer leur

commerce et quilleraient la région du Bahr el-Ghazal (0

À la suite de ces ordres, le moudir de Fachoda saisit deux barques appartenunt à Abou Séoud el-Agad, qui étaient chargées de 152 kantars d'ivoire, ainsi qu’une barque du cheikh Kenawi Amouri qui transportait 104 kantars ; toutes trois provenaient du Bahr el-Ghazal. L'ivoire conlisqué fut envoyé à Khartoum et déposé dans les chounas du gouvernement @}, Par la suite, deux autres bateaux transportant 100 kantars d'ivoire et appartenant à Mahgoub Biselli et à Mohamed Hassaballah furent saisis dans les mêmes conditions W), Les parties lésées s’employèrent aussitôt à faire lever ces confiscations. Non seulement elles sollicitèrent la remise de l’ivoire saisi, mais elles demandèrent l'octroi d’un délai de

OA. A, Reg. 1870, Dép, Maïa Sanieh, pièce 73, p. 115, la Maïa Sanich au Conseil privé, 8 septembre 1874.

SA, A., Reg. 1875, drr. Maïa Sanieh, jièce 36, p. 101, le gouverneur du Soudan à la Maïa, 29 juin 1874,

“A, À., Reg, 1875, Arr. Maïa Sanieh, pièec 39, p.119, le vékil du gouvernoral du Souitan à à la Maïa, 27 août 5894.

nn | dix-huit mois pour faire abandon de leurs mechras, en faisant valoir qu le départ des bateaux de Khartoum pour le sud ne pouvait avoir lieu qu dans six mois el leur retour à Khartoum après une autre période de si mois à dater de l’arrivée des barques aux mechras {1},

Le moudir du Kordofan, de son côté, saisit 28 kantars d'ivoire OT tenant à des négociants de Souakin qui étaient venus à E-Obéid pou leur commerce. Ces derniers se plaignirent decette confiscation : ils de clarèrent que l’ivoire avait été achelé par eux au bandar même de la mon dirieh et ne provenail pas des régions du‘Fleuve Blanc. À son arrivée a Kordofan, Esmaïl Ayoub pacha examina la question ; 1l reconnut que er ivoire était formé de très petites pièces qui ne pouvaient Lrouver arqui reur au Gaire, et se rendit compte que sa saisie porterait nonseulemen préjudice au commerce de la moudirieh, mais inciterail: peut-être ke chasseurs d’éléphants, à qui leur industrie fournissait des moyens d'euis tence et permellait de payer l'impôt au gouvernement, à quitter Le Kor dofan pour porter leur ivoire dans des régions éloignées, où ils trous raient plus facilement à l'écouler ; de plus, la mesure entrainerail un arrét dans le commerce de l’ivoire provenant du Darfour et qui transitat par le Kordofa!. Pour ces diverses raisons, le hokoumdar prese rivit al moudir du Kordofan de lever la confiscation 81.

Ces incidents montraient que l'exercice du monopole n'allait pas san se heurter à des diflicultés ; 1l fallait agir avec discernement, n'atteindr autant que possible que l'ivoire provenant du Bahr el-Ghazal etévite d'apporter des entraves au commerce légitime. Aussi le Khédive, mis at courant des faits, décida-t-1 de saisir le Conseil privé de la question « Gomme les idées de Son Altesse ne portent que sur la suppression di trafie des esclaves, lit-on dans la note adressée au Conseil en septembr 1874, et qu'il est connu que le commerce entrepris dans ces mechras n se borne pas à l'esclavage seulement, mais à trait aussi à l'ivoire, ete, comme, d'autre part, ce monopole avail pour but d'empêcher la traite

PAS A, Reg, 1875, der, Maïa Sant, pièce 36, p, 101, le gouverneur 1h pa à la Maïa, 29 juin 1874.

A À., Reg. 1875, Arr. Maïa Sanieh, pièce 4, p. 110, le gouverneur du Sou ii à la Maïa, 25 juil 18943; Reg. 1870, Dép, Maïa Sanieh, pièce 73, P- 11 la Maïa au Conseil privé, 8 septembre 1874.

comme enfin le monopole du commeres de Pivoire et d'autres commerces lvites entraine le mécontentement des commerçants, porte préjudice au commerce et qu'il n'y a pas lieu d'empêcher le commerce de Pivoire et d'autres articles tant que le gouvernement perçoit son dà sur les opératons entreprises ; pour loules ces raisons, Son Alesse à décidé de faire “aniner.celle question par le Conseil privé, en-vue de décider les mesures appropriées à adopter en la matière et de les soumettre à Son Allesselt},» \insi le décret d'avril 1874, appliqué sans discernement par le gouvernour général du Soudan, avait dépassé le but et tué le conmerce légitime mu inême temps que l'illégitime ; Ismaïl Ayoub pacha, en la circonstance, n'avait pas eu le doigté de Gordon qui, pour atténuer la sévérité de ses clauses, avait accordé un délai de grâce de huit mois aux commerçants lin d'évacuer l'ivoire contenu dans leurs mechras.

À la fin d'octobre 1874, le vékil des travaux à Khartoum signalait que

43 kanlars et fraction d'ivoire avaient été saisis sur les barques de Mohumed elAgad, EEHag Hassaballah, Mankarios Ghattas, Soliman Aly ÿ & }

ajjha, Mahgoub el-Biselli et Kenawi Amouri. En novembre 1854, une autre mention est faite de l’arrivée à Khartoum de 344 kantars el 51 rotls provenant du Bahr el-Ghazal et saisis sur les barques de Mankaris Ghaltas, Kenawi Amouri et Soliman Aly agha ®}, En présence de ces conliseations ruineuses, Kenawi Amouri adressa une pétition à la Maïa, “loire fidèle serviteur, éerivitil, a ouvert une maison de commerce depuis ving{ ans dans le Bar el-Ghazal. Tous les ans nos barques nadiguent pour l'achat et la vente de Pivoire avec un grand nombre de nos

ékils et employés salariés. Votre serviteur supporte Lous ces frais ; du

reste fa moudirieh de Khartoum autorise ces voyages en nous faisant payer un werko annuel distinct de celui qui est perçu sur nos biens et propriétés dans la moudirieh de Keneh, En 129 + 6, nos barques sont parties

AA, Roy, 1870, Dép, Matu Sanieh, pièce 7, pe 0465, la Maïa au Conseil privé, 8 seplembre 1874,

AS A, Rog, 28, Arr, Abd., pièce 268, le vékil des travaux de la hokoumdaria a Khairi pacha, aQ novembre 1874, Sur celle quantité, 12» kantars 74 rotls 3/4 provenaiont de Ghallas ; 66 kantars 48 rotls 1/4 de Kenawi Amouri; 153 kantars 48 rotls 1/3 de Soliman Aly.

Année musulmane s'étendant du 18 février 1874 au 6 février 1875,

avec le chargement habituel, munies. de L'autorisation de {a Moudiru Nous avons donné des ordres très fermes à nos vékils d'emoyer dupe, l'ivoire qui se trouve dans la zériba où il est accumulé depuis {rois au Nos vékils el notre personnel ont donné à Zobéir bey des renforts tt) po “venir en aide aux soldats du Khédive et nous avons déployé tout not zèle pour [assurer | la victoire, Nous avons été récompensé par a décor ton du Medjidich de 5° classe. Après le départ'des barques. le colon Gordon est arrivé et a annoncé [l'établissement] du monopole de Fer pour le compte ‘de l'État. Nous nous sommes rendu auprés de Dur l'avons mis au courant de la situation réelle. Il nous a accordé un del de huit mois pour relirer tout le matériel et l’ivoire qui se trouvent eñca au Bahr el-Djebel et au Bahr el-Zeraf ; il n’a pu nous donner l'autoris tion pour le Bah el-Ghazal, cette région dépendant de la hokoumda Quand les barques sont arrivées à Mechra, on à embarqué. dans Fu d'elles une partie de Pivoire et, à son arrivée dans la moudirieh de | choda, cet ivonre à été confisqué et envoyé au gouvernorat, conforménre à l'ordre reçu du hokommdar. À l’arrivée de l’ivoire à la hokoumdarin, a té pesé et déposé dans les magasins de l'État. Nous avons sois

eas à S, E. le hokoumdar et sollicité l'autorisation de faire venir to: le stock qui se trouve dans les zéribas. Tandis que nous atlendions : réponse, le hokoumdar a ordonné de vendre l’ivoire confisqué et « verser à la Caisse de l'État le montant de la vente. Nous avons alo adressé par dépêche une requête à Son Altesse le 23 septembre,

mellant au courant de la situation. Aucun ordre n’a paru jusqu'à jour et notre requête est restée sans réponse. La vente de l'ivoi continue aujourd’hui. L'esprit de justice de Son Allesse et sa rl mence envers tous ses serviteurs ne peuvent tolérer de pareils actes. Nous n'avons jamais apporté le moindre retard à donner toute aid au service de l'État. Deux autres barques portant le restant « l'ivoire sont arrivées et ont été confisquées comme la première, Not commerce est ainsi paralysé et nos aflaires dépérissent, N'ayant plus € {ravail..., nous ne pourrons faire face à nos engagements el payer mt detles.

UD CE, supra, p. 371.

« Li conliscation de Pivoire est sans motif: sa vente lorcée déprécie «a jaleur. Geri est certainement contraire au désir de Son Altesse, et nous ollicitons qu'elle donne l’ordre supérieur de nous remettre en possession le l'ivoire confisqué en deux fois et de nous autoriser à faire venir tout le dock d'ivoire qui se trouve au Bahr el-Ghazal, aver les enfants et les domestiques, dans un délai de dix-huit mois, étant donnée la grande dislance, Geei nous permellrait de subvenir à nos besoins et d’acquitter notre dû. Ou bien, alors, l'État procédera à l'achat de tout notre matériel

et du sLock qui se trouvent sur place et nous versera le prix de la vente.

à moins que Son Altesse ne veuille bien nous laisser libre dans ce commerce D,» Malgré cet appel, 1 ne semble pas que l'ivoire ait été rendu à ses propriétaires, car un ordre du Khédive prescrivit au vékil des travaux de la hokoumdaria d'envoyer au Gaire livoire confisqué P},

Un autre commerçant du Fleuve Blanc, Soliman Koutchouk Aly agha,

ht valoir que la confiscation de son ivoire ne lui permettait pas de faire ” fave aux nombreuses dettes qu'il avait contractées envers des commerçants

“uropéens et locaux, soit en numéraire, soit en achat de marchandises destinées à être revendues au Bahr el-Ghazal et au Bahr el-Zeraf, et que ss créanciérs le pressuraient ®). Ces derniers risquaient en eflet d’être entraînés dans la ruine de leurs débiteurs. Trois d’entre eux : Habib hhoury, Guirguis Salib et Abd el-Messih Guirguis présentèrent une requête À la Maïa Sanieh disant que les commerçants du Nil Blanc leur devaient 11.000 livres, en vertu des ellets sauscrits par eux, et deman-

lant à prélever leur dû sur la vente de l’ivoire appartenant à leurs débi-

teurs (0), La requête ne fut pas honorée d’une réponse (9. Dans une autre rex P

A, A, Rog. 28, drr, Abd., pièce 159, Kenawi Amouri, à Khartoum, à Khairi pichu, 20 novembre 1874.

M) A, A., Reg. 21, Dép. Abd., pièce 100, le cabinet du Khédive au vékil des travaux du Soudan, 1° décembre 1874.

FI A, A., Reg. 28, Arr, Abd,, pièce 174, Soliman Aly agha à Fa Maïa Sanieh, ++ novembre 1874.

A, A, Reg. 99, Arr, Abd., pièce 595, Mabib Khoury, Guirguis Salib et Abd dMessih Guirguis, commerçants À Khartoum, à la Maïa Sanich, 15 février 1895.

% Le 8 mars 1875, les rois co-signataires se plaignivent en effet au Cabinet du Khédive de n’avoir pas reçu de réponse à leur requète (A. A, Reg, 30, dr,

Hd, pièce 9). |

requête, Habih Khoury et Guirguis Salib firent valoir qu'ils étaient cn anciers de Mina Saad, Luteur des enfants mineurs de Ghattas, comme. cant du Nil Blane, pour la somme de-10.000 livres, el que s'ils n'était pas payés, leurs maisons de commerce seraient ruinées ( : : l'appel resta également sans réponse. Que faisait pendant ce. emps le Conseil prue, chargé par le Khédive, en septembre 1874, d'étudier lés Mestres à prendre pour mitiger les rigueurs d’ application du décret d'avril io: Soit qu'il jugedt la question trop épineuse pour fa résoudre ends soit qu'il attendit qu'on lui indiquât dans quel sens Il convenait de ch cher une solution, le Conseil ne fit rien, L’aflaire ne vint en délibération qu'au mois de mai 1875, en présence du Ministre des Finances, qui déclara alors que le gouverneur du Soudan avait adopté certaines mesures pour remédier à la situation. L'examen de la question devenait dés lors sans objet et le Conseil s’empressa de la classer @, Ce que furent be mesures prises par Ayoub pacha, nous l’ignorons M), de sorte qu'en dt. nitive, nous ne porwons dire st, et dans quelle mesure, les commercant du Fleuve Blanc furent indemnisés pour l'ivoire et les mechras qu'on leur avait confisqués.

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