‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 10 sur 29 · L.e roi le roi leva le siège , mais ce fut à dessein · texte numérisé non relu

L.e roi le roi leva le siège , mais ce fut à dessein

vient au- °

devant &e \e combattre , et se vint , pour cet effet ,

pour le J

combat- loger à Nonancourt , sur le passage de la rivière d'Eure.

Deux choses principalement le firent ré- Deux soudre à donner bataille : Tune , que man-

raisons 1 ,

l'y obii- quant d argent, il ne pouvoit pas tenir

gent. \ x *■'■-

plus long-temps ses troupes en corps d ar-

DE HENRI-LE-GRAND. l/{î

mée , et que s'il les menoit en Normandie , 1590, il leur feroit consumer inutilement tout le revenu de cette province , qui seule lui valoit plus que toutes les autres qu'il tenoit ; l'autre, qu'il voyoit une gaieté extraordinaire dans tous ses gens de guerre , qui ne faisoient que sauter de joie quand on leur disoit qu'ils alloient trouver l'ennemi , et montroient a leurs visages et à leur contenance qu'un jour de combat étoit un jour de fête pour eux.

Le duc de Mayenne n'étoit nullement d'avis d'exposer sa fortune et son honneur au hasard d'une journée , quand il considéroit la valeur des troupes du roi 9 au j>rix des siennes , la grande expérience et l'incomparable vertu de ce prince , et avec cela son heureuse fortune , qui avoit pris un entier ascendant sur la sienne ; de sorte qu'il necroyoit plus le pouvoir vaincre qu'en l'évitant. Mais les reproches des Parisiens 7 les instances du légat, que le pape avoit en- c^"elîea voyé pour appuyer les intérêts de la ligue , ^gè~le la cabale espagnole , qui , de quelque côté jjj.™ en^ que la chance tournât , se promettoit de j^Jj^ ba grands avantages de cette bataille, et la honte enfin d'avoir perdu plus de quarante

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1590. places en six mois , sans se mettre en devoir d'en secourir aucune , l'amenèrent comme par force au secours de Dreux ; et quand il fut si proche, le faux avis qu'il eut que le roi se retiroit vers la ville de Yerneuil-au-Perche , et les bravades du comte d'Egmont, qui se vantoit d'être capable 9 lui seul avec ses troupes , de défaire l'armée du roi , l'engagèrent à passer la rivière d'Eure , sur le pont d'Ivry , en grande diligence.

A dire le vrai , le roi et lui furent également surpris ; le roi , d'apprendre qu'il a voit passé sitôt; le duc , de voir que le roi , qu'il croyoit avoir pris la route de Verneuil , s'en venoit droit à lui. Mais quand ils eussent voulu , ils ne s'en pouvoient plus dédire ; il falloit en venir aux mains , ce qui arriva le 14 mars , auprès du bourg d'Ivry.

a'itry,6 On voit bien au long dans les histoires la mars, description du champ de bataille , l'ordonnance des deux armées , les charges que firent les escadrons et les bataillons de part et d'autre , et les fautes des chefs de la ligue. Ainsi nous n'en dirons que ce qui touche la personne de notre prince.

On y admira sa rare intelligence , son

merveilleux génie et son activité infatigable ^90.

dans le métier de la guerre : on y admira Merveii- •ii ii 7 Jeuse in-

connue il sut donner les ordres sans s era- teiiigen- -, « . ce de

barrasser, et avec aussi peu de confusion Hemiiv

que s'il eut été dans son cabinet : comme il sut parfaitement ranger ses troupes , et comme , ayant reconnu le dessein des ennemis j il changea toute l'ordonnance de son armée en un quart d'heure : comme ? dans le combat, il étoit partout, remarquoit toutes choses , et y donnoit ordre , de même que s'il eût eu cent yeux et autant de bras ; le bruit , l'embarras , la poussière et la fumée lui augmentant plutôt le jugement et la connoissance , que de le troubler.

Les armées étant en présence , prêtes de Se3 priè„ donner , il leva les yeux au ciel ? et joignant Bieît. les mains , appela Dieu à témoin de son intention , et invoqua son assistance , le priant de vouloir réduire les rebelles à reconnoître celui que l'ordre de la succession leur avoit donné pour légitime souverain. Mais, Seigneur , disoit-il , s'il t'a plu en disposer autrement, ou que tu voies que je dusse être du nombre de ces rois que tu donnes en ta colère , ôte-moi la vie avec la couronne ; agrée que je sois au-*

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1 $90, jourd'hui la victime de tes saintes volontés'^fais que ma mort délivre la France des calamités de la guerre , et que mon sang soit le dernier qui soit répandu en cette querelle.

Aussitôt il se fit donner son habillement

de tête , sur la pointe duquel il y avoit un

panache de trois plumes blanches ; et l'ayant

pris , avant que de baisser la visière , il dit

Son ex- à son escadron : Mes compagnons , si vous

horlation # # 10

àsesgens courez aujourd'hui ma fortune , je cours aussi la vôtre : je veux vaincre ou mourir avec vous. Gardezbien vos rangs, je vous prie : si la chaleur du combat vous les fait quitter, pensez aussitôt au ralliement, <?est le gain de la bataille. Vous le ferez entre ces trois arbres que vous voyez la haut a main droite ( c'étoient trois poiriers ) ; et si vous perdez vos enseignes , cornettes et guidons , ne perdez point de vue mon panache blanc , vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire.

ïa ])a- La décision de la journée ayant été assez

^née Fr long-temps incertaine , lui fut enfin favorable. La principale gloire lui en étoit due , d'autant qu'il donna impétueusement dans

ce formidable gros du comte d'Egmont , et 190, que s'étant mêlé dans cette forêt de lances , l'épée à la main , il les rendit inutiles , et les contraignit d'en venir à de courtes armes , à quoi les siens avoient beaucoup d'avantage, parce que les François sont plus agiles et plus adroits que les Flamands. Tellement qu'en moins d'un quart d'heure , il le perça , le dissipa et le mit en déroute ; ce qui causa le gain entier delà bataille.

De seize mille hommes qu'avoit le duc , Grande

, . , . „ T1 1 perle «Les

a peine s en sauva-t-il quatre mille. Il de*- 1 meura plus de mille chevaux sur la place , avec îe comte d'Egmont , quatre cents prisonniers de marque et toute l'infanterie ; car les lansquenets furent tous taillés en pièces. On lui prit tout son bagage, canon, enseignes et cornettes : savoirj, vingt cornettes de cavalerie, la cornette blanche du duc , la colonelle de ses reistres , îe grand étendard du comte d'Egmont , et soixante enseignes de gens de pied.

Le duc de Mayenne s'y porta aussi vaillamment qu'il le devoit, et tâcha plusieurs fois à faire quelque ralliement; mais enfin, de peur d'être enveloppé , il se retira vers le pont d'Ivry ; et l'ayant passé , le lit

1590. rompre, pour arrêter ceux qui le poursui- Leducde voient, et se sauva à Mantes , de là à Saint-

Maycnue

scsauveà Denis , puis à Paris. Une partie des fuyards e\ de là à prit ce chemin avec lui , et l'autre prit celui de la plaine , et gagna la ville de Chartres.

Le mi Le roj s'étant mêlé durant la déroute

expose '

trop sa (Jans un escadron de Wallons , courut si

personne '

et Biron grand risque de sa personne, que son armée ^^ le crut mort durant quelque temps. Sur

librement.

quoi , le maréchal de Biron , accoutumé à parler librement , et quin'avoit point combattu , mais s'étoit tenu à quartier avec un gros de réserve , pour empêcher le ralliement des ennemis , ne put s'empêcher de lui dire : Ah ! S 'ire , cela n'est pas juste , vous avez fait aujourd'hui ce que Biron devoit faire , et il a fait ce que devait faire le roi.

Cette remontrance fut approuvée de tous ceux qui l'entendirent , et les principaux chefs prirent la liberté de supplier le roi de ne plus exposer ainsi sa personne , et de considérer que Dieu ne l'avoit pas destiné pour être carabin , mais pour être roi de France ; que tous les bras de ses sujets dévoient combattre pour lui , mais qu'ils de-

meure roient tous perclus, s'ils avoient perdu 1590. la tête qui les fais oit mouvoir.

Par-dessus tous les chefs , il emporta le sa dù-

-1 i mi • -, raence et

prix de la vaillance ; mais , outre cela , sa sa get.éclémence, sa générosité et sa courtoisie ajou* après' la tèrent un merveilleux éclat à ses belles actions; et la manière dont il usa de la victoire fut une preuve certaine qu'il la tenoit de sa conduite plutôt que de la fortune.

Il aima mieux recevoir les bataillons suisses à composition que de les tailîer en pièces , comme il le pouvoit : il leur rendit leurs enseignes , et les fit reconduire dans leur pays par des commissaires. Par là, il gagna l'affection des cinq petits cantons catholiques.

Il n'eut rien plus à cœur que de faire connoître à ses sujets qu'il désiroit épargner leur sang , et qu'ils avoient affaire à un roi clément et miséricordieux , non pas à un cruel et impitoyable ennemi. Il fit crier dans la déroute : Sauvez les François , et main basse sur l'étranger* Il prit à merci tous ceux qui demandoient quartier , et en arracha tant qu'il put des mains des soldats acharnés à la tuerie. Il traita les prison- Sa re~

1 connois—

niers , particulièrement les gentilshommes, *™£ce ct

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i59o. non-seulement avec humanité , mais encore avec courtoisie ; et il combla (Thon-* neurs, de louanges et de remercîments toute la noblesse qui avoit combattu pour lui, partageant avec eux la gloire de la journée , et leur donnant des caresses pour arrhes des récompenses qu'ils dévoient espérer de lui , lorsqu'il en auroit le pouvoir.

Belle se Je ne puis oublier une action qu'il fit de t^mqa'i niervef}}euse bonté , et qui fut aussi de grande efficace pour lui concilier les cœurs des officiers et des gentilshommes. Le co-? lonel Thische , ou Théodoric de Schomberg, commandant quelques compagnies de reistres , avoit été forcé , la veille de la bataille , par les crieries de ces mercenaires , de lui demander les montres qui leur étoient dues , et de lui représenter qu'à moins de cela ils ne vouloient point combattre. Les Suisses et les Allemands de ce temps -là en usoient ainsi ; l'histoire nous en fournit cent exemples. Le roi , tout en colère d'une telle demande , lui répondit : Comment , colonel Thische , est-ce le fait d'un homme d'honneur de demander de l'argent quand il faut prendre les ordres pour combattre? Le colonel se retira tout

confus , sans rien repartir. Le lendemain, i59o. comme le roi eut arrangé ses troupes , il se souvint qu'il Ta voit maltraité , et sur cela , poussé d'un remords , qui ne peut tomber que dans une âme généreuse, il alla le trouver , et lui dit : Colonel , nous voici dans

V occasion ; il se peut faire que j'y demeurerai ; il n'est pas juste que j'emporte

V honneur cP un brave gentilhomme comme vous : je déclare donc que je vous reconnois pour homme de bien , et incapable de

faire une lâcheté.

Cela dit , il l'embrassa cordialement , et alors le colonel, ayant de tendresse la larme à l'œil , lui répondit : Ah ! Sire , me rendant V honneur que vous m'aviez ôlé, vous m'ôtez la vie ; car j'en serois indigne , si je ne la mettois aujourd'hui pour votre service. Si j'en avois mille , je les voudrois toutes répandre a vos pieds. De fait, il fut tué en cette occasion , comme plusieurs autres braves gentilshommes .

Je rapporterai encore une autre fort belle Amie

. ' . . . belle ae-

action, qui fait voir admirablement comme ti ce prince n'épargnoit ni les civilités ni les caresses envers les gentilshommes qui le servoient bien. Le soir, comme il soupoit

ion.

î5o HISTOIRE

i590. au château de Rosny , ayant été averti que ]e maréchal d'Aumont venoit lui rendre compte de ce qu'il avoitfait , il se leva pour aller au-devant de lui ; et l'ayant étroitement embrassé , il le convia à souper , et le nt asseoir à sa table , avec ces obligeantes, paroles : Qu'il étoit bien raisonnable qiûil fûtdufestin , puisqu'il Vavoit si bien servi a ses noces.

Qu'est- La terreur fut si grande dans Paris, après empêcha la perte de cette bataille , que si le roi y fut

le 10i 11 r , . r • - 1 1

d'aller à aile tout droit, on ne rait point de doute qu'il n'y eut été reçu sans beaucoup de difficulté. Quelques-uns disoient que c'é~ toit le maréchal de Biron qui l'en détour*noit , pour ce qu'il craignoît qu'après cela , n'ayant plus tant de besoin de lui , il ne le considérât moins. D'autres pensoient que c'étoient ses ministres et capitaines huguenots qui l'en dissuadoient , parce qu'ils avoient peur qu'il ne s'accommodât avec les Parisiens pour la religion , et ainsi ils lui conseilloient d'avoir plutôt cette grande Conseil ville par famine : ce que le marquis d'O , pour lors surintendant , appuyoit aussi fortement , afin que le roi, la prenant par ce moyen, pût la traiter comme une ville de

diaboli

DE HENRI-LE- GRAND. l5l

copquête, en tirer de grands trésors, et i59o. supprimer les rentes de l'Hôtel-de- Ville , faisant banqueroute aux bourgeois de toutes les dettes du roi , qui étoient fort grandes.

La veuve de Montpensier , l'un des prin*- i^veuvc

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