‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 13 sur 29 · deproli · texte numérisé non relu

deproli

douter que comme il avoit ses mis, ils terdudé-

* m bris de la

n'eussent aussi les leurs, et qu'ils ne pen-r- France,

l86 HISTOIRE

i59i. sassent à se dédommager des frais qu'ils faisoient pour la ligue , sur le royaume de France.

L'Espagnol avoit pour aide et second dans son dessein le nouveau pape Grégoire XIV, qui aîloit encore plus vite et avec plus de chaleur que lui; car, sans avoir égard ni aux lettres que M. de Luxembourg, depuis duc de Piney, lui écrivoit de la part des princes et seigneurs catholiques qui étoient dans le parti du roi , ni aux soumissions et très-humbles remontrances que lui faisoit le marquis de Pisani , qui étoit à Rome député de leur part , il embrassa fortement les intérêts de la ligue; il entretint correspondance avec les Seize , recevant des lettres d'eux , et leur en écrî-

Grxiv vant : et *IU* P^us est ' ^ déploya prodigaenvoie lement le trésor que Sixte V avoit amassé,

une ar- x

mée à la pour lever une armée de douze mille hom-

ligue. *

mes , qu'il envoya au secours de la ligue , Lulle et dont il donna le commandement au

d'excom-

munica- Comte Hercule Sfondrate son neveu , qu'il

tion con- n x

tre les fj^ exprès duc de Montemarcian , pour l'auqui sui- toriser davantage par ce nouveau titre. Il

voient le , .

roi ; eL accompagna cette armée d'un monitoire ou

de l'ai-- I o

gem aux bulle d'excommunication contre les pré-

DE HENITI- LE-GRAND. l&J

iats qui suivoient le roi, et l'envoya par i5o^ Marcellin Landriane son nonce , avec quantité d'argent pour distribuer aux Seize de, Paris, et aux chefs des cabales dans les grandes villes.

Le parlement de Tours , ayant eu avis de ce monitoire , le fit lacérer par la main du bourreau , et décerna prise de corps contre le nonce. Celui de Paris , au contraire, cassa cet arrêt , comme étant donné , disoil-il , par gens sans pouvoir, et ordonna qu'on obéît au saint Père et à son nonce.

Après tout , ces bulles ne produisirent .Tout

A ' 1 cela ne

pas grand effet d'abord , et le cardinal de fit Pf Bourbon se tourmenta en vain pour faire raaL soulever l'assemblée du clergé, qui se tenoit à Chartres, contre l'arrêt de Tours. L'armée du pape ne fit pas aussi de grands exploits , et se dissipa presque toute avant que .d'avoir rendu aucun service.

Il n'en arriva pas de même des troupes n n'en que le roi avoit fait lever en Allemagne par demême le vicomte de Turenne. Elles servirent beau- de notre coup aux affaires du roi, et lui donnèrent n fut de notables avantages. En récompense, il ment se* honora ce seigneur du bâton de mareciial vicomte de France, pour le rendre plus capable renne.

l88 HISTOIRE

i59i. d'épouser Charlotte de La Mark, duchesse de Bouillon et dame souveraine de Sedan , laquelle , quoique huguenote , avoit été puissamment recherchée d'amitié et de force par le duc de Lorraine , qui désiroit la marier à son fils aîné le marquis du Pont. Le roi fit ce mariage pour mettre un homme en tête au duc de Lorraine , qui aidoit à soutenir la ligue. De quoi le nouveau maréchal s'acquitta fort bien , ayant , entre autres beaux exploits , surpris Stenay la nuit précédente de ses noces.

Et par Le roi avoit un autre grand capitaine en Lesdi- Dauphiné ; c'étoit Lesdiguières , qui conteno it ce pays-là , ayant réduit la ville de Grenoble, et qui lui sauva la Provence, dont le duc de Savoie pensoit s'emparer , et démembrer cette pièce de la couronne. Ce duc étant gendre de Philippe II, roi d'Espagne, la puissance de son beau-përe élevoit son ambition et son courage, et lui faisoit oublier l'affection et l'attachement que ses prédécesseurs avoient presque toujours eus pour la France, jusqu'à se tenir fort honorés d'être pensionnaires de nos rois. Mais la conduite et la vaillance de Lesdiguières firent échouer tous ses hauts des-

DE HENRI - LE- GRAND. l8y

seins, spécialement par les batailles d'Es- i5jr. paron-de-Palières et de Pontcharra , où ce duc reçut autant de perte que de confusion.

Vers ce temps-là . notre Henri conçut " ™nr

■*■ ' a çoit de ia

de la passion pour Gabrielle d'Estrées , qui p^oni étoit parfaitement belle et d'une très-noble }eUeuG^

1 brielle.

maison ; et cette passion alla si fort en augmentant, que tandis qu'elle vécut, elle tint la principale place dans son cœur jusquelà qu'en ayant eu trois ou quatre enfants , il avoit quasi résolu de l'épouser , quoiqu'il ne l'eut su faire qu'avec de grands embarras et des difficultés fort dangereuses. Ayant pris la ville de Noyon, il en donna le gouvernement au comte d'Estrées , père de cette belle , et peu après encore la charge de grand-maître de l'artillerie, qui avoit déjà été tenue par Jean d'Estrées l'an i55o.

Comme il se reposoit un peu après le Le duc siège de Noyon, il apprit l'évasion du duc se sauve de Guise , qui , après plusieurs autres ten- 6 tatives , s'étoit sauvé en plein niidi du château de Tours , où ilçtoit en prison depuis la mort de son père. La nouvelle d'abord n'en toucha pas moins le roi qii'eile le surprit. Il redoutoitce grand nom de Guise, qui lui avoit tant fait de peine. Il avoit

. sou.

îyo HISTOIRE

1591. peur que ce jeune prince ne recueillît l'amour des peuples , que son père avoit possédé à un si haut point ; et il regrettait d'avoir perdu un gage qui lui pouvoit ser-

Raison- tïr à beaucoup de choses. Toutefois, après

nemcnt ,., K , ., , .

fcjen ju- qu il y eut un peu rêve , il diminua ses ap- &f Hea- préhensions , et dit a ceux qui étaient au— révMion tour de lui qu'il avoit plus de sujet de

du duc de , , , . .. ,

Cuise, s en re]ouir que de s en mettre en peine , parce qu'il arriveroit ou que le duc de Guise se rangeroit auprès de lui, auquel cas il le traiteroit comme son parent, ou qu'il se jetteroit dans la ligue, et qu'alors il seroit impossible que le duc de Mayenne et lui pussent demeurer long-temps ensemble sans se brouiller , et devenir ennemis.

Ce pronostic fut très-véritable. Le duc de Mayenne ayant vu les réjouissances que toute la ligue témoignoit de cette nouvelle, les feux de joie qu'en firent les grandes villes, les actions de grâces que le pape en avoit rendues à Dieu publiquement , et les espérances que les Seize concevoient de voir ressusciter en ce prince la protection

,„ de et les qualités de son père , dont ils avoient

Mayenne J- * 7

'.i,;vicnt1 été idolâtres; le duc de Mavenne, dis-je , son ne- VOyant tout cela , fut frappé d'une forte

jalousie; et quoiqu'il lui envoyât de Far- i%*ï gent, avec prières qu'ils pussent s'entrevoir, néanmoins il ne le comptoit pas comme un nouveau renfort , mais comme un nouveau sujet d'inquiétude et de fâcherie pour lui.

En effet, ce jeune prince noua aussitôt LesSeize

. s'ap—

une grande liaison avec les Seize, et leur pmentdu

. - . duc de

promit de prendre leur protection. Par ce Guise, et

1 x • ■ . veulent

moyen-là, et par 1 appui des Espagnols , perdre le ils s'enhardirent de telle sorte , qu'ils ré- Mayenne solurent de perdre le duc de Mayenne , ne cessant de décrier sa conduite parmi les peuples. On assure qu'il y en eut quelques- I( éc . uns d'entre eux qui écrivirent une lettre au ven* au

x roi d Es-

roi d'Espagne ? par laquelle ils se jetoient Pas,le-

entre ses bras, et le supplioient, s'il ne vouloit régner sur eux, de leur donner un roi de sa race , ou de choisir un gendre pour sa fille , qu'ils recevroient avec toute obéissance et fidélité. Ils s'avisèrent, outre cela, de dresser un nouveau formulaire de serment pour la ligue, qui excluoit les princes dusang, afin d'obliger tous les suspects, qui ne voudroient pas jurer une chose si contraire à leur sentiment, de sortir hors de la ville, et de leur abandonner leurs

IQ2 HISTOIRE

i5oi. biens. Par cet artifice, ils chassèrent pluils ebas- sieurs personnes , entre autres le cardinal cardinal de Gond y , évêque de Paris- qu'ils avoient

de Gon- . , . ? -, ,

ày et pris en haine , parce qu avec quelques cures LnresLde de la ville il travailloit adroitement à disposer les peuples en faveur du roi.

Il ne leur restoit qu'à se défaire du parlement, qui les veilloit jour et nuit, et qui arrêtoit leurs entreprises. Ils avoient poursuivi la condamnation d'un nommé Bri— gard, parce qu'il avoit correspondance avec les royalistes; le parlement l'ayant absous, ils en furent si irrités , que les plus passionnés d'entre eux, le complot fait, et de leur autorité privée , ayant fait prendre les armes à ceux de leur faction, allèrent se saisir des personnes du président Brisson , Par un de Larcher et de Tardif, conseillers. Ils attentat , les menèrent prisonniers au Châtelet, où ,

ils font x '. '

pendre le après quelques formalités, l'un d'eux leur

président J- x x

Brisson, prononça la sentence de mort, en exécu—

et deux A, °

conseil- tion de laquelle ils les firent pendre tous trois à la fenêtre de la chambre , puis le lendemain porter à la Grève, afin d'émouvoir le peuple en leur faveur. Mais la plupart eurent horreur d'un si damnabîe attentat , et les plus zélés mêmes de ce parti-là demeu-

DE HENRI-LE-CRAND. Î(j3

rèrent muets , ne sachant s'ils dévoient lyap- i59t. prouver ou le blâmer.

Il se trouva quelques-uns de ces Seize Qndassez déterminés pour vouloir passer plus w^ avant. Us disoient qu'il falloit achever la iïï2* tragédie , et se défaire du duc de Mayenne, ?«£ s'il approchoit de Paris (il étoit pour lors ™7Zl à Laon) ; qu'après cela , ils pourroîent s'as- ^u"œnr siirer de la ville, élire un chef qui dépendît ^^l d'eux , rétablir le conseil des quarante aboli par ce duc, et demander l'union des grandes villes. Et certes , il y a apparence qu'ayant la Bastille , dont Bussi étoit gouverneur , le menu peuple et la garnison espagnole pour eux , ils eussent pu se rendre maîtres de Paris , et après cela traiter tout à leur aise , ou avec le roi, ou avec le duc de Guise, ou avec les Espagnols ; mais ils manqué^ rent de résolution. Cependant le duc de Mayenne ayant hésité deux jours s'il Sur ce viendroit à Paris, parce qu'il craignoit ^Ef c" qu'ils ne lui en fermassent les portes , s'y fjr|/ et rendit avec quelques gens de guerre ; et pend?\ voyant que le parlement n'osoit entrepren- Xï*'

■t j p • , I aDat en—

dre de fane le procès à ces gens- là , il ^«~i. se résolut à les châtier lui-même , quel- Sf^1., que chose qui en pût arriver : ainsi , sans '*

ig4 histoire

1591. forme de procès , dans son cabinet , il en condamna neuf à mort. On n'en put attraper que quatre , qu'il fit pendre dans le Louvre ; les cinq autres se sauvèrent en Flandre. Le plus remarquable de ces cinq étoitBnssi Le Clerc, qui avoit été contraint de rendre la Bastille aux gens du duc. On Fa vu traîner sa misère dans la ville de Bruxelles, et conserver toujours sa haine contre les François jusqu'au dernier soupir de sa vie , qui finit peu avant la dernière déclaration de la guerre entre les deux couronnes .

11 fait Ce terrible coup ayant mis bas entièrequatre ment la faction des Seize , le duc fit quatre

prési— , - -, , , ., ,

dents au présidents au parlement , ou il n y en avoit SentT plus ; car Brisson étoit resté seul , les autres étant allés à Tours. Mais il montra bien qu'il entendoit mal ses intérêts ; car , à mon avis , il est impossible que le parlement et la noblesse demeurent long-tenrps séparés d'avec le roi; et la force d'un parti contraire à la royauté ne peut consister qu'en deux choses?, on au peuple , ou aux gens <Jc guerre.

r Lorsque le roi eut reçu le secours d'An-

gleterre et celui des protestants d'AUema-

DE HENR I - LE- G 15 À ND. ïip

gne , il assiégea la ville de Rouen. Ce fut un 1592. des plus mémorables sièges de ce temps-là. Le roi Villars , gentilhomme provençal , qui en r0u«i ,

f r -, ., où Vil-

etoit gouverneur, y lit des actions merveil- larsétoit leuses. Le duc de Parme venoit à son se- neur. cours, et avoit joint pour cela le duc de Mayenne ; mais Yillars , qui craignoit qu'ils ne vinssent pas à temps , et même que le duc de Mayenne ne lui ôtât son gouvernement , s'il entroit le plus fort dans sa place , fit un effort pour se secourir luimême ; et par une sortie, qu'on pouvoit Graa:\e quasi nommer une bataille , écarta les as- yaL^mo" siégeants bien loin de sé*s murailles. Les ducs S0lUe* voyant cela, et qu'il n'étoit plus pressé, se retirèrent, et Parme logea ses troupes aux environs de Rue en Ponthieu. Mais deux mois après , les vivres manquant à Villars , et le courage des bourgeois s'affoiblissant , i! fut contraint de leur écrire qu'ils se hâtassent de le venir délivrer. Les ducs , sur La vin* un avis si chaud, rassemblèrent leurs trou- feducde pes en un jour , repassèrent la Somme, et vient au marchant sans bagage , firent plus de trente lieues en quatre jours , quoiqu'il y eût sur leur chemin quatre rivières à passer.

Etant arrivés à une lieue de Rouen , ils

1599. se mirent en bataille dans une vallée à coté

Le roi de Deraetal. Le roi, quiétoit allé à Dieppe,

siège/ ci trouvant à son retour son armée trop affoi-

se relire -, T • -, , , , . , ,

au Poni- mie et découragée pour résister a ceux de che. dedans et de dehors , leva le siège à son grand regret , et les attendit à une lieue de là, douze heures durant en bataille , puis se retira avi Pont-de-P Arche. On tient que s'ils l'eussent poursuivi , il eût eu bien de la peine d'éviter la bataille et de la perdre. Mais le duc de Mayenne , par jalousie qu'il avoit du duc de Parme , ou autrement, opiniàtra qu'il failoit prendre Caudebec , pour déboucher la Semé, et avoir des vivres pour Rouen. Il fallut que le duc de Parme Leduc se rendit à son avis. Ils prirent Caudebec prindme er> vingt - quatre heures ; mais Parme y Scf^ëst fLlt blessé au bras d'une mousquetade , et Kduc'de quelques jours après le duc de Mayenne y1 u,mi"e tomba malade ; de sorte que les deux ^éné' makde. raux Soient tout à la fois sur la litière. L'armée Cependant , dans cinq ou six jours, l'argros ii,' mee du roi se grossit de trois mille chevaux s'iiHes et de six mille fantassins , accourus à son duef. secours des provinces circonvoisines ; en sorte qu'il étoit plus fort que les ennemis d'environ cinq mille hommes. Alors la

chance tourna. Il se met à les chercher ; il 1D9K les enferme près d'Yvetot , et leur coupe les vivres ; si bien qu'ils sont contraints de déloger de nuit , et de se venir poster près de Caudebec. Les deux généraux étant encore au lit , et leurs troupes fort consternées , le maréchal de Biron leur enleva un ^f1™" quartier , et ensuite défit leur cavalerie lé- l^*rXi™ gère. L'infanterie du roi se préparoit au ^ ™ même temps de donner sur l'infanterie wal- \l[re ^~ lonne , qui sans doute , dans la frayeur oii ^eernet7 elle étoit , eût demandé quartier ; mais Biron la rappela , de peur , disoit-il, qu'elle ne s'engageât entre deux quartiers des ennemis. On crut qu'il le faisoit ainsi pour ne pas achever une guerre où il avoit le principal commandement. En voici une preuve assez grande. Une autre fois le baron de Biron , son fils , qui depuis fut aussi maréchal, lui ayant demandé cinq cents chevaux et autant d'arquebusiers, en croupe , pour aller investir le duc de Mayenne , qui étoit en beau début ; comme le père eut vu en effet que cette entreprise étoit infaillible , il le regarda d'un œil de colère , et lui dit en jurant: Quoi donc, maraud, nous f.,^™"!

veux-lu envoyer piauler des choux à t^xt^4

l59J. Bironl On peut connoître par là d'où vient que les guerres durent si long-temps ; c'est que les chefs ont intérêt de les prolonger , parce qu'ils y trouvent leur avantage , tout de même que les gens de pratique trouvent le leur à prolonger les procès.

Quelques jours après , le duc de Parme s'étant levé J repassa dans son esprit toutes les inventions et tous les stratagèmes qu'il avoit appris par un long usage et par une profonde méditation , pour se tirer d'un si mauvais pas. Il ne trouva point d'autre issue que de passer la rivière , et de se retirer vers Paris en diligence. Il fit bâtir pour cet effet deux forts vis-à-vis l'un de l'autre sur les deux bords de la Seine, avec des redoutes qui commandoient sur l'eau , et de grands dehors qui s'avançoient vers l'ar- Mer- mée du roi. A la faveur de ces forts , il

veilleuse

retraite passa , durant une nuit obscure,* bagage ,

duducde x .

Parme, cavalerie , infanterie et artillerie , sur des

sans que

le roi la pontons et sur des bateaux couverts de

puisse ■*■

empê- planches , qu'il fit descendre de Rouen, sans

cher. -Il ' L

que le roi , qui en effet s'en aperçut trop tard , put l'en empêcher. Lorsqu'il eut passé , il prit sa marche par les plaines de Neuf bourg , et fit telle diligence , qu'il ar-

riva au pont de Charenton en quatre jours , 1692 n'ayant su dormir de bon somme , ainsi qu'il l'avoua depuis , qu'il ne fût dans la Brie.

Après cela, il ramena ses troupes aux Pays-Bas , étant tout couvert de gloire , d'avoir , pour la seconde fois , fait lever le siège à un grand roi , lorsqu'il y avoit le moins d'apparence ; et d'avoir à sa vue , trompant sa vigilance et ses soins , passé une grande rivière , ou plutôt un bras de mer , sans qu'on le put attaquer.

Cette action étoit si belle , que le roi ne Le pouvoit s'empêcher de l'admirer, et l'esti- cette moit plus glorieuse que le gain de deux batailles , reconnoissant que le chef-d'œuvre d'un grand capitaine n'est pas tant de com«* battre et de vaincre, comme de faire ce qu'il a entrepris , sans hasarder le combat.

Il ne faut pas oublier que la première fois que le duc de Parme s'avança pour le secours de Rouen, le roi alla au-devant de lui avec une partie de son armée jusqu'à Aumale , tant pour l'empêcher de passer le petit ruisseau qui y est , que pour le reconnoître ; et qu'avec quatre ou cinq cents carabins seulement , iî arrêta long-lcmps sur

roi admirait

action.

i bç)i. cul toute l'armée ennemie par deux ou trois charges très-vigoureuses . Le duc de Parme ne croyoit point que le roi y fut , ne jugeant pas qu'il dût hasarder sa personne dans un si dangereux poste , et avec si peu de troupes. Mais lorsqu'il sut qu'il y étoit lui-même , il lit donner par tous ses carabins, soutenus de sa cavalerie légère. Le

Belle et roi voyant les siens si pressés qu'ils ne

périlleu- . J , . * . x

se action pouvoient plus résister, ht deux vigoureuses Aumaie, charges , pendant lesquelles on tira la plus ve son grande partie du bagage hors du bourg. garde. Mais tout le gros de la cavalerie du duc survenant , le roi y perdit beaucoup de son monde , et lui-même courut grand risque d'y être tué ou fait prisonnier. Dieu permit qu'il n'y fût que blessé d'un coup de pistolet dans les reins , lequel eût été mortel , si îa balle eût eu plus de force : mais elle ne perça que les habits et la chemise , et effleura seulement la peau. Sa valeur et sa bonne fortune contribuèrent toutes deux également à le tirer d'un si mauvais pas, et à mettre, ensuite de cet échec, sa personne et ce qui lui restoit de troupes en sûreté. Le duc de Parme admira cette action , mais loua davantage le courage que notre

Henri y avoit témoigné , que sa prudence : 159-2. car comme il lui eut envoyé demander ce qu'il lui sembloit de cette retraite , il répondit qu'en effet elle é toit fort belle; mais que pour lui , Une se m etloit jamais Grave

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