‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 14 sur 29 · i w s* * ■ 7 • réponse · texte numérisé non relu

i w s* * ■ 7 • réponse

en lieu eu. ou iljut contraint cle se retirer, duduede C'etoit tacitement lui dire qu'un prince et sûr l'ac-

r r -, -, • - t a tion du

un gênerai doivent mieux se ménager. Aussi r«,i. tous ses bons serviteurs vinrent dès le soir même le supplier de vouloir épargner sa personne , d'où, dépendoit le salut de la France ; et la reine d'Angleterre , sa plus fidèle amie , le pria par lettres de se vouloir conserver , et de demeurer au moins dans les termes d7an grand capitaine , qui ne doit aller aux coups que dans la dernière extrémité.

Après la levée du siège de Rouen ? la plus grande partie de l'armée du roi passa en Champagne , à la poursuite du duc de Parme , et mit le siège devant la ville d'Epernay , et la prit. Le maréchal de Biron y , B

Luron re fut

fut tué d'un coup de fauconneau , qui lui

A *■ . Kpernay

emporta la tête , en reconnaissant la place. Son fils aîné , qu'on nommoit le baron de Biron , aussi grand capitaine que le père , et fort chéri du roi , fut peu après honoré

rences i énonces

i59V. de la même charge de maréchal de France ; mais il perdit la tête , comme nous verrons , un peu moins glorieusement que son père. i593. Le duc de Mayenne et le duc de Parme s'étant séparés mal satisfaits l'un de l'autre,

Conré- il ne fut pas mal aisé de renouer les conférences entre le premier et les royalistes. Toutefois la chose n'étoit pas encore mûre. Il y fut seulement jeté des semences , qui porteront leurs fruits à quelque temps d'ici;

Le roi car le rof consentit qu'il se feroit instruire

promet x

âe se rajp dans six mois par des moyens qui ne fissent strnire point de tort à sa dignité et à sa conscience.

dans six i O

mois , et Jl permit aussi aux seigneurs catholiques

permet l o x

dedépa- de son parti de députer vers le pape , pour

le pape, lui faire entendre le devoir auquel il se

mettoit , et pour le supplier d'y apporter

son autorité , et que cependant on traite-

roit toujours la paix.

Le duc de Mayenne et les siens demandoient des conditions si avantageuses , qu'elles faisoient mal au cœur ; et à dire le vrai, bien des choses dans cette conjoncture faisoient de l'embarras à notre Henri. Celle qui lui causoit le plus de peine étoit que le duc de Mayenne , vivement pressé

par les instances du pape et du roi d'Es- *595. pagne , par les remontrances des grandes Lede^G villes qui suivoient son parti , et même par ^yei"ie la nécessité de ses affaires , avoit convoqué gj°ta le| les États-généraux à Paris , afin de procéder p*£? * à la nomination d'un roi. f^e un

Or cette nomination eût été la ruine in- i/éiec-

-n a 15 tion d'un

dubitable de la France, et peut-être 1 en- roi eût tiere expulsion de notre Henri : car il y a ruine de

1 i HenrilV

bien de l'apparence que tous les potentats et de la

t » i r • r France.

catholiques delà cnretiente eussent reconnu le roi que les Etats eussent élu ; que le clergé en eût fait autant , et que la noblesse et le peuple , qui ne suivoient Henri IV que parce qu'il avoit le titre de roi i n'eussent peut-être pas fait conscience de le quitter pour un autre ,. à qui les Etats l'eussent déféré.

Afin donc d'empêcher ce coup mortel , il ExPé-

1 ' Aient que

s'avisa sagement de faire proposer une con- trouve le

° . r°i p°ur

férence des seigneurs de son parti avec ces empëprétendus Etats. Le duc de Mayenne fut élection. très-aise de cet expédient, parce qu'il voy oit bien que le roi d'Espagne désiroit que celui qui seroit élu épousât sa fille Isabelle- Claire-Eugénie , et qu'ainsi cette élection ne le pouvoit regarder , puisqu'il étoit ma-

2o4 HISTOIRE

i593. rie et qu'il avoit des enfants. Mais aussi, de peur qu'on ne s'accoutumât à reconnoître îeroi Henri IV , il suscita sous main quelques docteurs à dire que cette conférence avec un hérétique étoit illicite ; et en vertu de cet avis , il fit en sorte que les Etats arrêtèrent qu'on ne conféreroit point avec lui ni directement, ni indirectement , touchant son établissement , ni touchant la doctrine de la foi ; mais que l'on pouvoit conférer avec les catholiques tenant son parti , pour le bien de la religion et le repos public.

Le légat, connoissant bien où cela aboutiroit , fit tout son pouvoir pour empêcher l'effet de cette délibération des Etats; mais à la fin il fut contraint d'y donner les

Coufé- mains . La conférence fut donc nouée, et

rence de

surenne. les députés de part et d'autre s^assemblè-

rentau bourg de Surenne , près Paris.

Etais de Les Etats étoient assemblés dès le mois issem-* °'e janvier de cette année 1098 , et se tep.frsisa noient dans la salle haute du Louvre. Il y avoit peu de noblesse , grand nombre de prélats , et assez bonne quantité de députés du tiers-état, mais la plupart créatures du duc de Mayenne , ou payés par le roi d'Espagne. Ce prince désirant , à quelque prix

DE HËNRÏ-LE-GR AN D. 2û5

que ce fût , avoir la couronne pour sa fille , iSçS. a voit destiné d'envoyer une puissante armée en France, qui hâtât la résolution des Etats ; mais , heureusement pour le roi , l'incomparable duc de Parme étoit mort , et l'Espagnol n'avoit point aux Pays-Bas de capitaines qui fussent capables de grandes choses. Le comte de Mansfeld avoit ordre d'amener ses troupes ; le duc de Mayenne Mans-

,i • t*t - advient

alla au-devant : elles reprirent IN oy on; mais avec Parce fut tout. Après cela , elles se débande- pagnoie,

i * r' 1 l ? prend

rent , et devinrent si roibles , que , n osant Noyou ,

, i puis son

passer plus outre , elles s en retournèrent armée se

. . . 1 dissipe.

en Flandre , ouïe prince Maurice de .Nassau leur donnoitbien de l'occupation.

Pendant le siège de Noyon , le jeune Bi- Biron ron , à qui le roi venoit de donner la charge siège de

-1 & Selles

d'amiral 7 cédée par le duc d'Epernon , en p°™ secourir échange du gouvernement de Provence , Noyon,

. ° „ , , ° . el n'ose

avoit assiège Selles en Berri, pour oteri'entre-

■ . . prendre.

cette épine du pied à la ville de Tours. Le roi , voyant que cette bicoque le retenoit trop long-temps , l'avoit rappelé pour aller au secours de Noyon, et pourtant il n'osa I l'entreprendre. Ces petites disgrâces en— cela enflèrent merveilleusement le cœur de ses cœu/des ennemis, refroidirent ses serviteurs et en- K»o?"

20b HISTOIRE

1595. hardirent les brouillons. Le tiers-parti, qui s'étoit tenu couvert , commença à se mouvoir; et même le bruit couroit qu'il y avoit

C6nspi- des catholiques qm avoient conspiré de se

ration . . x L

pour saisir de la personne du roi dans Mantes ,

l'enlever

sous couleur de l'arracher d'entre les bras des huguenots , et qu'ils dévoient le mener à la messe, malgré qu'il en eût. Il en fut si fort effrayé , ou feignit de l'être , qu'il sortit aux champs pour ramasser ses véritables amis , et fit venir les troupes angloises loger dans le faubourg de Limay.

Le « Au même temps , le duc de Feria , amde Fena foassadeur du roi d'Espagne vers les Etats

apporte 1 O

une let- généraux arriva à Paris. Il leur présenta

tre aux O 7 I

Etats de une }ettre fort civile de la part de son maî-

lapartdu 1

roi d'Es- tre et }eur f^t mie belle harangue , par lapagne. ' O 7 J

quelle il les exhortoit à nommer prompte— ment un roi , et leur offroit toute assistance d'hommes et d'argent. En effet, le roi d'Espagne souhaitoit passionnément qu'on en nommât un , parce , comme nous avons dit, qu'il lui vouloit donner en mariage sa fille Isabelle, qu'il aimoit uniquement. 11 étoit ^ étoit donc temps que notre Henri se temIJS . déterminât à dire hautement qu'il vouloit

cpieleroi •*■

svee J°n- persévérer dans sa religion, sans vaciller ;

auquel cas, il falloit se résoudre à une 1S92 guerre dont peut-être il n'eût jamais vu la fin; ou qu'il se réduisît au sein de l'église catholique.

Les ligueurs espagnolisés appréliendoient surtout ce changement , qui leur eût été tout prétexte : les bons catholiques le souhaitoient ardemment ; ils avoient peur seulement que sa conversion ne fût feinte ; les huguenots rigides s'efforçoient de l'en détourner , jusqu'à le menacer des jugements de Dieu, s'il abandonnoit , d i soient-ils , le parti de la vérité évangélique. Mais tous les politiques de l'une et l'autre religion lui conseilloient de ne plus différer. Ils lui disoient que de tous les canons , le canon de la messe étoit le meilleur pour réduire les villes de son royaume ; ils le supplioient de s'en vouloir servir; et à leurs prières , ils ajoutaient des menaces de l'abandonner et de se retirer chez eux, pour ce qu'ils étoient ennuyés de se consumer à son service , pour le caprice et l'opiniâtreté de quelques ministres prédicants , qui Tempechoient d'embrasser la religion de ses prédécesseurs.

Outre ces motifs humains, Dieu, qui ne

1593. manque jamais à ceux qui le cherchent Enfin avec soumission, lui éclaira l'entendement louche, par ses saintes lumières , et le rendit capaveutcon- Me de recevoir les instructions salutaires des prélats catholiques. Cette résolution prise, il en donna incontinent avis aux députés de la ligue dans la conférence de Surenne. On peut penser quel fut leur étonnement, et combien le duc de Mayenne fut surpris, car ils ne s'attendoientpoint du tout à cette nouvelle.

Le; Es- Les Espagnols et le légat ayant eu le vent qu'il s'alloit convertir , pressèrent plus

pagnols el le lé

fent1 îeâ fort les Etats d'élire un roi; et voyant que d'élire les François n'en vouloient point qui ne fut de leur nation , ils proposèrent que leur roi nommeroit un prince franc ois, lequel régneroit solidairement et par indivis avec l'infante Isabelle.

, Quand le parlement eut appris cela , et

arrêt du que les Etats ne s'éloignoient pas de cette ment de proposition, ce grands corps, quoique pour ia captif et estropié , se souvenant de son an—

loi sali- ' . *

<iuc- cienne vigueur , ordonna que remontrances seroient faites au duc de Mayenne, à ce qu'il maintînt les lois fondamentales de l'Etat', et qu'il empêchât que la couronne ,

dont on lui avoit commis la lieutenance , ne l593fut transférée aux étrangers. De plus , il déclaroit nuls tous les traités faits et à faire qui seroient contraires à la loi de l'Etat.

On soupçonna que cet arrêt s'étoit donné gnag™01" par collusion avec le duc de Mayenne ; mais geUx de Villeroi, le plus grand homme d'état de en faveur ce règne-là, rend ce témoignage au parle- îernènt. ment , qu'il prit ce conseil de lui-même ; rtayant point d'autres motifs que ceux de l'honneur et du devoir , comme gens qui aimoient mieux perdre la vie que de manquer h Vun et à Vautre , en conni~ vantau renversement des lois du royaume , dont, par leur institution, ils sont protecteurs , et obligés de les maintenir par le serment qu'ils font a leur réception. Ces paroles sont tout-à-fait mémorables.

La vigueur de cet arrêt fit reprendre Le «»ï

■•'•>.-'". prend

cœur à ce qu'il y avoit de bons François à Dreux. Paris et dans les Etats , et au même temps la prise de Dreux , que l'armée du roi força, causa grand étonnement aux plus passionnés ligueurs. Néanmoins les Espagnols ne cessèrent point de poursuivre leur dessein. Leduc de Mayenne, pensant les arrêter, leur fit des demandes excessives, avant

1593. qu'on procédât à l'élection d'un roi. Mais afin de le faire venir à leur point , ils lui Les Es- accordèrent tout; et enfin ils déclarèrent proposé- que leur roi nommoit aux Etats le duc de Etatsdé- Guise , auquel il donneroit sa fille en maie duc de riage, et toutes les forces qu'il faudroit pour avedeûr lui assurer la couronne, s'ils trouvoientà propos de lui donner leurs suffrages et de l'élire. Leduc Jamais homme ne fut plus étonné que Mayenne le duc de Mayenne , quand il vit qu'il sege,eetrsI roit contraint d'obéir à son neveu, et que enT^e son autorité s'en alloit finir. Sa femme , p us* encore plus impatiente que lui , ne put s'empêcher de faire paroître son dépit et sa jalousie ; et plutôt que de souffrir qu'on déférât la couronne à ce jeune prince , elle conseilloit à son mari de faire la paix avec le roi ? à quelque prix que ce fut. Il étoit en effet résolu de tout faire, plutôt que d'élever son neveu au-dessus de lui. C'est pourquoi il employa toutes sortes de moyens 11 fait Pour l'empêcher ; et pour cet effet, il con— trêve c]u^ une tre\e avec le roi , nonobstant les

avec le '

ioi- oppositions du légat et des Espagnols. Le mi Ensuite de cette trêve , le roi vint à Saint-

vient à

Saint- Denis , oii se rendirent plusieurs prélats et

Denis, et 7 * *-

se fait in- docteurs , par le soin desquels il s'étoit fait

slruire. . ? T T.

instruire. Un historien rapporte que le roi i5g3. faisant faire devant lui une conférence entre des docteurs de l'une et l'autre église , et voyant qu'un ministre tomboit d'accord qu'on se pouvoit sauver dans la religion des catholiques, Sa Majesté prit la parole, et dit ^ ce ministre : Quoil tombez-vous Sonard 'accord qu'on puisse se sauver dans la très-sub-

... 7 . , , Q T . . til contre

religion de ces me s sieurs- la i JLe ministre les mi-

r i ,-t ? i '. nistres.

répondant qu il n en doutoit pas , pourvu qu'on y vécût bien , le roi repartit très-judicieusement : La prudence veut donc que je sois de leur religion , et non pas de la vôtre , parce qu'étant de la leur, je me sauve selon eux et selon vous ; et étant de la vôtre , je me sauve bien selon vous, mais non pas selon eux. Or la prudence veut que je suive le plus assuré. Ainsi , après de longues instructions , dans lesquelles il voulut amplement être éclairci de Ilabj tous ses doutes , il abjura son erreur, fit sr\ profession de la foi catholique , et reçut cathotfl'absolution dans l'église abbatiale de Saint- (lue* Denis, au mois de juillet, par le ministère de Renaud de Beaune , archevêque de Bourges.

Dès le jour même , on vit toute la cam-

ure son ereur ,

1593. pagne, depuis Paris jusqu'à Pontoise , éclairée de feux de joie ; et grand nombre de Parisiens , qui , étant accourus à Saïnt- Denis pour voir cette cérémonie , remportèrent à Paris une entière satisfaction , et remplirent toute la ville d'estime et d'affection pour le roi ; tellement qu'on ne l'y appela plus le Béarnois , comme auparavant , mais absolument le roi.

Le duc Les Etats de Paris ne subsistèrent pas Mayenne long-temps après cela. Le duc de Mayenne

congédie r . ^ r , . ,

les Etats, congédia les députes , qui s en retournèrent la plupart mal satisfaits dans leurs provinces , et ou ils ne servirent pas peu à les disposer à se réduire sous l'obéissance de leur légitime souverain.

Il ne restoit plus aucun prétexte à la ligue , sinon que le roi n'avoit pas l'absolution du saint Père , et qu'ainsi il n'étoit point encore dans le giron de l'Eglise, et qu'ils ne le pouvoient reconnoître qu'il n'y fut en- . tré par la grande porte. Il avoit envoyé le envoie le duc je Nevers à Rome , pour négocier cette Nevers à affaire auprès du pape , qui étoit fort en pour colère de ce que les prélats de France

avoir f x

Fabsoia- avoient entrepris de l'absoudre, quoiqu ils pape. ne l'eussent absous que par provision ,

DE HENRI - LE - GRAND. 2l3

ad cautelam , seulement : car il disoit que 1590. lui seul avoit droit de réhabiliter les relaps, comme ayant le souverain pouvoir de lier Le pape

, ,,. »r .,, . ., -| . . se moll-

et de délier. Voila pourquoi il se rendit si tra fort

i*/v» •<• a n'i* t vi difficile.

dimcile , et ne put être fléchi que lorsqu il vit que le parti de la ligue étoit tout-à-fait à bas.

Or, depuis que la vie et les actions du 1594. roi eurent fait voir que sa conversion étoit La ligue sans feinte, la ligue, n'ayant plus de valable par terre

t n , . -, . en moins

prétexte , rut sapée, pour ainsi dire , par a'im an. les fondements : si bien qu'avant la fin de l'année elle tomba par terre , et ne lui resta qu'un fort petit nombre de places dans les extrémités du royaume , les autres chefs n'ayant pas voulu courir jusqn'au bout la fortune du duc de Mayenne. Ce prince étoit fort irrésolu , et ne savoit ce qu'il devoit faire , tant à cause de sa lenteur naturelle , que pour le regret qu'il avoit de renoncer à l'autorité souveraine qu'il avoit entre les mains , et pour la crainte aussi de ne pouvoir trouver de sûreté auprès du roi. Cependant Vitry, désirant être le premier à rentrer sous l'obéissance , comme il avoit été le premier à s'en séparer , ramena la ville deMeaux ; et le comte de Garce», celle

2ï4 HISTOIR E

1^94. d'Aix en Provence. Lyon s'y remit de lui-

Meaux, même , dont le duc de Mayenne fut cause

Lyon, en partie , pour avoir voulu se rendre maî-

et Bour- tre de cette ville , et l'arracher au duc de

rendent INemours , son trere utérin, qui pensoit se

au roi. , A - . , , ,

bâtir une petite souveraineté en C2 pays-la. Afin de venir à bout de son dessein, il a voit, par de secrètes menées , fait soulever les bourgeois contre ce jeune prince ; tellement qu'ils s'étoient saisis de sa personne , et i'avoient mis prisonnier au château de Pierre-en-Cise. Mais il se trouva qu'il avoit en cela plus travaillé pour le roi que pour lui-même , parce que les bourgeois , qui a voient arrêté le duc de Nemours , craignant que les frères ne s'accordassent entre eux à leur préjudice , traitèrent secrètement avec le colonel Alfonse d'Ornane , lieutenant-général pour le roi dans le Dauphiné; et s'étant barricadés , prirent l'écharpe blanche , et crièrent vive le Roi ! La Châtre semblablement se remit dans le devoir avec Réduc- les villes d'Orléans et de Bourges. La ré— Pa"is. ° duction de Paris arriva le 22e de mars : le parlement , le prévôt des marchands et les échevins ayant disposé cette grande ville , y reçurent le roi , malgré les vains efforts

DE HE NKI -LE -GRAND. 2l5

de quelque reste de la faction des Seize. xs^t Le duc de Mayenne étoit allé en Picardie ; et Brissac , à qui il ayoit confié le gouvernement de Paris depuis quelques mois , l'ayant ôté au comte de Belin , lui manqua de foi , croyant qu'il la devoit plutôt au roi qu'à lui.

Le roi , un peu auparavant , s'étoit fait Le roi sacrer à Chartres , avec l'ampoule de Saint- à cïar- Martin de Tours. La ville de Reims étoit tres' encore entre les mains delà ligue , et il ne vouloit pas différer davantage son sacre , parce qu'il connoissoit que cette cérémonie étoit absolument nécessaire pour lui concilier l'affection et le respect des peuples.

Ce fut presque un miracle comment , y ce fut ayant quatre ou cinq miîîe Espagnols de 5n2L garnison dans Paris , et dix ou douze mille LeiTput factieux restants de la cabale des Seize, qui maître e tous haïssoient cruellement le roi, il put c néanmoins s'en rendre le maître sans coup férir et sans répandre de sang ; sinon de cinq ou six mutins, qui sortirent dans les rues pour crier aux armes. Ses troupes s'étant saisies , par intelligence , d^es portes , remparts et places publiques, il entra triomphant dans la ville parla porte neuve , par

2l6 HisTOIRE

i5g4t oii Henri IÏI s'étoit malheureusement enfui six ans auparavant , et alla droit à Notre- Dame entendre la messe , et faire chanter le Te Deum ; puis de là il revint au Louvre , ou il trouva ses officiers et son dîner prêt, comme s'il y eut toujours demeuré. L'après-dîner , il donna à la garnison espagnole un sauf-conduit et bonne escorte , pour la conduire jusqu'à l'arbre de Guise en toute siireté. Ceux qui l'a voient introduit dans la ville , l'avoient ainsi désiré. Cette garnison sortit sur les trois heures du même jour de son entrée , avec vingt ou trente des pins obstinés ligueurs , qui aimèrent mieux suivre les étrangers que d'obéir n voit à leur prince naturel. Il les voulut voir sor- Sarnisona ^r •> et les regarda passer d'une fenêtre d'aujfpa|"^7 dessus de la porte Saint-Denis. Ils le sa- ^u'ii Uu lll0ient tous le chapeau fort bas, et avec une profonde inclination : il rendit le salut à tous les chefs avec grande courtoisie , ajoutant ces paroles : Recommandez- moi bien a votre maître ; allez vous-en, a la bonne heure , mais n!y revenez plus.

Le même jour qu'il entra dans Paris , le cardinal de Pelle vé, archevêque de Sens , ligueur passionné , expira dans son hôtel

de Sens. Le cardinal de Plaisance , légat du i%4. pape , eut sauf-conduit pour se retirer , mais il mourut par les chemins. Brissac , pour récompense , eut le Là ton de maréchal et une place de conseiller honoraire au parlement , faveur qui étoit très-rare en ce temps-là, et qui le devroit toujours être. D'O fut remis dans le gouvernement de Paris , qu'il avoit eu sous Henri III ; mais il n'en jouit pas long-temps , étant mort peu après. La partie du parlement qui étoit à La par- Tours fut rappelée , celle qui étoit à Paris , parie-1* réhabilitée , car elle avoit été interdite , et TtTit^1 toutes deux réunies pour servir conjointe- est raP-

, . pelée à

ment le roi . paris.

Dès le midi du jour que notre Henri fut reçu à Paris la ville fut entièrement pai- La ville sible: les bourgeois se familiarisèrent dans joie, et

tout-à-

un moment avec les soldats ; les artisans fait i>aitravaillèrent dans leurs boutiques ; en un mot le calme fut si profond que rien ne l'interrompit que le carillon des cloches , les feux de joie et les danses qui se firent par toutes les rues jusqu'à minuit. Il est certain que ce qui causa cette joie et cette merveilleuse tranquillité fut la grande opinion que le peuple avoit conçue de la gêné-

Hï8 HISTOIRE

i594. reuse bonté de ce prince et les ordres qu'il donna pour contenir ses gens de guerre. On remarque deux actions qu'il fit le j our belles ac- même qu'il entra dans Paris , qui sont d'une

tions du -1 A

roiî bonté , d'une justice et d'une politique admirables.

L'une de ^a première est qu'il souffrit que le ba-

justice, gage de La Noue , l'un de ses principaux chefs j entrant dans Paris , fût arrêté par des sergents pour des dettes que son père avoit contractées pour son service; et quand La Noue alla se plaindre à* lui de cette insolence il lui répondit publiquement : La Noue ^ il faut payer ses dettes ; je paye bien les miennes. Mais après cela il le tira à part , et lui donna de ses pierreries pour engager aux créanciers , au lieu du bagage qu'ils lui avoient saisi. Fut-il jamais une plus merveilleuse bonté et une plus exacte justice !

L'autre La seconde est que , dès le soir même ,

de politi- m\ . îTi i -n/r

que. il joua aux cartes avec la duchesse de Montpensier , qui étoit de la maison de Guise , et la plus forte ligueuse qu'il y eut dans le" parti , Peut-on rien voir de plus politique ?

Depuis cette réduction de Paris les au-

très villes et leurs gouverneurs se hâtèrent iS^aussi de conclure leurs traités. Villars fit Réduc-

-, tion d«

le sien pour Rouen , moyennant le gouver- Rouen ,

t* *n .n. d'Abbé—

nenient en chef de cette ville et bailliage , viUe, de et de celui du pays de Caux avec la charge doSeus', d'amiral , qu'il fallut tirer des mains de Biron pour celle de maréchal de France , 1,200,000 liv d'argent , et 60,000 liv. de pension. Au même temps , ou peu après , Montreuil et Àbbe ville en Picardie, Troyes en Champagne, Sens, Riom en Auvergne, Réduc- Agen , Marmande et Villeneuve d'Age- d'Agen,

. . , „ , ,. , D de Mar-

nois , se mirent dans 1 obéissance , et leurs mande ; gouverneurs eurent du roi , sans contestation, tout ce qu'ils lui demandèrent. La DePoiville de Poitiers , et le pays d'alentour , du mai-

, -, . qui s

traita aussi par le moyen de ses principaux d/Eibeuf magistrats; et le marquis d'Elbeuf , qui en étoit gouverneur pour la ligue , voyant qu'il ne pouvoit pas empêcher cette révolution , s'y laissa entraîner, et composa avec le roi , qui lui laissa le gouvernement de la province.

Cependant le comte de Mansfeld entra dans la Picardie pour essayer de soutenir pdieprî! la ligue , qui s'abaissoit fort , et prit la al ] Capelle. Le roi, en revanche , mit le siège

dans— fcld.

i5g4. devant Laon,et le prit par capitulation, Laoti nonobstant tous les efforts que fit le duc de

f« "oi en Mayenne pour le secourir.

temps. Balagny , avec sa ville de Cambrai , re-

Balagny . , , ,.

se remet nonça aussi a la ligue , et promit service au

dans je . T1 . .. .

parti du roi. 11 se disoit souverain de cette ville, et

roi avec 1 . 1 . , .

la ville la tenoit en propre depuis que le duc d Atrai. lençon , frère du roi Henri III, l'avoit usurpée sur le baron d'Inchi , lequel, dans le grand soulèvement des Pays-Bas , avoit quitté l'obéissance d'Espagne pour embrasser son parti. Pareillement les villes de iion Ïa^ Beauvais et de Péronne se détachèrent de Beauvais ^a Kgue , comme aussi fit celle d'Amiens , etPéron- secouan{; le joug du duc d'Aumale ; et il ne resta à ce parti , dans toute la Picardie , que Le duC Soissons , La Fère et Ham. Bien plus, le fait son duc de Guise se détacha aussi du duc de avec le Mayenne , et remit les villes de Reims , Vitry et Mézières dans l'obéissance du roi, qui , en récompense de cela , lui donna le gouvernement de Provence , dont il étoit obligé de retirer le duc d'Epernon , à cause que le peuple , le parlement et la noblesse y étoient soulevés contre lui.

Comme Le duc de Lorraine , qui négocioit aussi duc de sa parx par l'entremise de Bassompierre ,

liorraine l l l

la conclut le 26 novembre. Mais l'exemple 1534. de ce duc , chef de la maison de Lorraine , ni la révolution générale qui étoit dans ce parti-là ne purent encore obliger le duc de Mayenne à se retirer du péril oii il étoit près d'être submergé. Il ne pouvoit abandonner ce beau titre de lieutenant-général de la couronne ? et se flattoit toujours de l'espérance que les secours d'Espagne le remettroient au-dessus de ses affaiies. Il Le 4nc s'etoit retire en son gouvernement de Bour- Mayenne

■ . . demeure

gogne j parce que c'etoit ce qui lui restoit seul, et de plus entier , quoique , pour se conserver en B<>ur- Dijon , il fallut que, par une cruauté fort odieuse , il fît couper la tête au maire et à un autre , qui travailloient pour la réduire au service du roi.

Or, comme c'étoient les Espagnols qui i^roi le maintenoient dans son opiniâtreté , et ù gnéïU

. n • • . * - aux. Es—

qui laisoient la guerre au roi sous son nom, pagnois. il fut proposé et arrêté dans le conseil qu'il falloit les attaquer eux-mêmes par une guerre ouverte , afin qu'étant occupés dans leur maison , ils perdissent l'envie et le loisir de venir inquiéter le roi dans îa sienne; car ils ne l'attaquaient pas seulement par la force des armes et par des pratiques qui

222 HISTOIKE

ibQb. entretenoient les peuples dans la rébellion ; mais de plus , ils en vouloient à sa vie, et tâchoient de le faire périr par des moyens lâches et exécrables. Ils tramèrent ou favorisèrent plusieurs conspirations contre sa personne sacrée , qui furent bien avé—

Ve*x rées. Les deux qui éclatèrent le plus furent

attenlats hit

sur sa celle d un Pierre .Barrière , et celle de Jean

personne

Châtel.

DePier- ^e premier étoitun soldat âgé de vingtlïhrf ar~ sel3t ans ' lec[uel ayant été découvert à Melun en l'an 1593 , comme il cherchoit à exécuter son détestable coup, fut condamné à avoir le poing droit brûlé , tenant le couteau dont il avoit du frapper le roi , puis à être tenaillé avec des tenailles ardentes , et rompu tout vif.

Et de Le second étoit un îeune écolier âgé de

JeanCbâ- . J °

ieh dix-huit ans , fils d'un marchand drapier de Paris , demeurant devant le Palais. Ce malheureux, sur la fin de Tannée i5g4> s'étant coulé avec les courtisans dans la chambre de Gabrielle d'Estrées, où étoit le roi , le voulut fraj3per d'un coup de couteau dans le ventre ; mais de bonne fortune le roi s'étant baissé en ce moment pour saluer quelqu'un 7 il ne l'atteignit qu'au vi-

sage, lui perça la lèvre d'en haut, et lui 1595. rompit une dent.

On ne savoit d'abord qui l'a voit frappé ; mais le comte deSoissons, voyant ce jeune homme effaré , l'arrêta par le bras. Il confessa effrontément qu'il aypit fait le coup , et soutint qu'il l'avoit dû faire» Le parlement le condamna à avoir le poing droit brûlé , et à être tenaillé , puis tiré à quatre chevaux. Ce détestable parricide ne montra aucun signe de douleur , tant on lui avoit fortement imprimé dans l'esprit qu'il feroit un sacrifice agréable à Dieu d'ôter du monde un prince relaps et excommunié. Le père de ce misérable fut banni , sa maison de devant le Palais démolie , et une pyramide érigée en la place.

Les jésuites, sous lesquels ce méchant Jésuites

' m mx exilés du

avoit étudié , furent aussitôt accusés de l'a- royaume voir imbu de cette pernicieuse doctrine ; et comme ils avoient beaucoup d'ennemis , le parlement bannit toute la société du royaume par le même arrêt de leur écolier. Ces pères ne manquèrent pas , nonobstant que le temps leur fût contraire , de travailler à soutenir leur honneur, et firent plusieurs écrits pour se justifier des choses

i5g5. dont on les chargeoit ; et véritablement ceux qui n'ét oient pas leurs ennemis ne croyoient point que la société en fut coupable ; de sorte qu'à quelques années de là le roi révoqua l'arrêt du parlement , et les rappela, comme nous le dirons tantôt • Les succès de la guerre déclarée à l'Espagne furent bien différents de ceux que le roi eut contre la ligue , et firent bien voir que c'est autre chose d'attaquer un étranger égal en puissance , sur lequel il n'y a rien à gagner que par la force des armes , que d'avoir affaire à ses sujets rebelles, et dans son propre pays , où les intrigues et les intelligences font plus de la moitié des entreprises.

Cette année les villes de Beaune , d'Autun

Redite- '

tion de et d'Auxonne se réduisirent sous l'obéis-

JSeaune ,

Auxerre sance du roi ; celles de Mâcon et d'Auxerre

Dijon ,

cîc- y étoient revenues dès l'année précédente. La ville de Dijon suivit leur exemple , et se barricada contre le château, que Biron alla assiéger. Mais cependant le connétable de Castille descendit avec une grande armée du Milanois en Bourgogne par la Franche- Comté , et passa la Saône à Gray avec le duc de Mayenne.

DE IIENR l -LE- G RAND. 225

Le roi , qui étoit allé en ce pays-là , eut 1595. l'assurance de s'avancer jusqu'à Fontaine- Le roi

. ., ? . va en

Françoise. Ce rut la qu avec quinze cents Bomgohommes seulement il tint tête à cette grande tre l'ararmee , et rit un exploit ûe guerre qui n est pagnoie. pas imaginable, Villars-Oudan et Sanson , Journée deux des principaux chefs de l'armée eime- taine-

-, , , Françoi-

mie , donnèrent impétueusement sur ses se, troupes ; Villars chargea un gros commandé par le maréchal de Biron, et Sanson un autre qui étoit à coté. Ils les enfoncèrent tous deux , et leur firent passer carrière jusqu'à la vue de celui du roi. On dit que Villars, ayant su qu'il étoit là, tant le nom de roi est puissant , n'osa l'attaquer , et se retira sur la gauche ; mais Sanson ne fut pas si heureux ; car le roi n'ayant avec lui que cent chevaux , mais véritablement tous gens d'élite ou de marque , et montés à l'a van- j?*le r™ tage , donna à lui l'épée à la main , se mêla ro^™r sil tout au travers , et le tailla en pièces. maisdà^ Sanson , essayant de rallier ses gens , per- ser de sa dit la vie en acquérant beaucoup d'honneur.

Le péril fut si grand pour le roi dans ce combat qu'il disoit que dans les autres occasions où il s'étoit trouvé il

i5o4. avoit combattu pour la victoire ; mais qu'en celle-ci il avoit combattu pour la vie.

L^rmée Avant donc fait voir au connétable , en

uspaguo— *> *

le se re- cette occasion, de quelle sorte il savoit agir,

il lui glaça tellement le courage qu'il n'osa

plus rien entreprendre , et peu après se re-

de l tira. Le duc de Mayenne, aussi désespéré

uésLpé- de tant de mauvais succès , et ne sachant

veut re- plus où donner de la tête , avoit résolu de

Savoie! se retirer à Sommerive , en Savoie, d'où il

vouloit envoyer demander sûreté en Espa-

. gne , pour aller rendre compte de ses ac~

en a pi- tions au roi Philippe II ; mais la bonté du

tié,et lui ... 7

offre un roi prit soin de le détourner de ce précipice, mode- et de le remettre dans les voies d'accom-

raent et

un lieu modement ; il envoya pour cet effet quérir

de reirai- a .

te. Lignerac son confident , l'entretint de la

bonne volonté qu'il avoit toujours eue pour ce duc , lui témoigna qu'il avoit pitié de lui, l'assura qu'il étoit toujours disposé à le recevoir en ses bonnes grâces , et lui permit de se retirer en toute sûreté à Châlonssur-Saône tandis qu'on acheveroit de traiter son accord.

Le duc accepta cette faveur; et ayant appris que le pape se disposoit à recevoir ]e

roi dans l'Eglise J il demanda une trêve 1595. générale pour le reste de son parti.

La plupart des gens du conseil du roi , k»i *<> qui consideroient les longueurs et les arti- trêve. fîces dont il avoit usé depuis six ans, ayant commencé cinquante traités sans jamais conclure , étoient d'avis de ne lui plus accorder de surséance , et de le pousser à bout ; mais la prudence et la bonté du roi ne s'accordoient pas à ce sentiment , parce qu'il n'ignoroit pas deux maximes qui sont très-vraies ; l'une que les rois peuvent toujours, quand ils veulent, remettre les plus rebelles dans leur devoir ; l'autre , qu'il est très-dangereux de désespérer de braves gens , et surtout des gens de la qualité du duc de Mayenne* Voilà pourquoi, de son propre mouvement , et contre l'avis de son conseil , il lui accorda une trêve. Ce qui suivit peu après montra bien comme ce sage prince avoit eu plus de lumières que tous ses ministres, et combien il eut été préjudiciable à ses intérêts de faire le contraire.

Cependant de trois villes que nous LaF^e avons dit qui restoient à ia ligue en Picar- livvéea die, La Fère , Hamet Soissons, le gou- Jagnoisf

15&5. yerneur de la première , nommé Colas , l'avoit livrée aux Espagnols ; et d'Orvilliers Sonl avoit fait la même chose de Ham. Après ^^ e ^ cela toutefois cette dernière place ne leur HH^niiè- demeura pas ; Humières , l'un des plus lui! esl braves gentilshommes de ce temps-là, les y vint attaquer à l'heure même si chaudement qu'après une longue et meurtrière défense ils furent tous hachés en pièces ; mais Humières y fut tué, et plus de deux cents braves hommes avec lui.

Pin- Cette perte excita tellement l'indignation

sieurs li- l

gueuis des bons François contre les ligueurs , que

désespe- * . & \^r

rés se la plupart de ceux-ci , étant désespérés , entre les s'enfuirent aux Pays-Bas et en Espagne,

bras des J .

EsPa- où ils trouvèrent d'abord un accueil très-

gnols,en-

tre jju- favorable et de bons appointements , pour ne , qui lesquels ils firent de très-grands maux à la

faxt pren- x °

dreDour- France ; entre autres , un vaillant capitaine nommé Rosne , qui , s'irnaginant qu'on alloit traiter à la dernière rigueur tous ceux qui n'avoient point de places pour faire leur paix , se résolut de faire si bien la guerre que les Espagnols eussent sujet de le récompenser, ou le roi de le racheter.

Ce fut lui qui inspira au comte de Fuentes le dessein d'assiéger Cambrai , après

qu'il eut forcé le Catelet, et qui lui per- i5g5. suada , pour faciliter cette grande entreprise , de prendre Dourlens auparavant , afin que les François n'y pussent mener de secours en corps d'armée. Ce fut aussi par son conseil que Fuentes alla au-devant du duc de Nevers , du maréchal de Bouillon et de l'amiral de Villars , qui venoient au secours de Dourlens : qu'il les combattit et Jour.

deD,

les défit avec grand carnage de la noblesse Uns , où françoise , et fit tuer Yillars de sang froid, est tué. l'un des plus braves hommes de ce tempslà : puis, étant revenu devant Cambrai, il le CamW

n • ' i r -n • • -r» i pris par

prit par famine , et dépouilla ainsi Balagny les ESpade sa prétendue principauté , tandis que ' le roi étoit occupé du côté de la Bourgogne.

Une nouvelle très-importante et longtemps attendue consola le roi de ces deux grandes pertes de Dourlens et de Cambrai ; c'est qu'on lui manda qu'enfin le saint Père, Le rap»

1 t /v i ' donne

passant par-dessus toutes les dimcultes et l'absolu les oppositions que formaient les Espa- ■ gnols, lui avoit donné l'absolution le 16 de septembre, parla négociation et les poursuites de d'Ossat et du Perron, ses procureurs en cour de Rome , qui depuis fu-

lion * roi.

23o HISTOIRE

1 5g5. rent honorés tous deux du chapeau de cardinal à sa recommandation.

Après cela le duc de Mayenne , n'ayant de plus d'excuses , ni plus d'espérance de pou-

Mayenne * ' x l

feit enfin voir subsister , se résolut de traiter. Il étoit

son traité

avec le J^en tard , et il ne pouvoit attendre qu'une dernière rigueur si la générosité du roi n'eut été plus grande que son obstination. Il est vrai aussi que la belle Gabrielle, fort officieuse à tous ceux qui réclamoient sa faveur, et d'ailleurs songeant à se faire des amis et du support pour parvenir au mariage du roi, ou elle aspiroit, n'aida pas peu à lui obtenir un accommodement très-favorable. Certes, les termes de l'édit que le roi A.des lui accorda et les conditions sont si hono-

oondi-

tionst avant; geuses,

rès- rables que jamais sujet n'en a eu de plus avantageuses du roi de France. Mais elles l'eussent été davantage si , avant que son parti fut défilé , il eût traité pour, les grandes villes qu'il tenoit encore comme leur chef, et que , par ce moyen, il les eut toujours tenues attachées à ses intérêts.

Quelque temps après il vint à Monà Mon- ceaux saluer le roi , lequel , le voyant venir

ceaux le x ^

saluer. dans une allée où il se promenoit, s'avança vers lui de quelques pas avec toute la gaieté

et le bon accueil possibles , l'embrassa étroi- iSg& tement par trois fois , l'assura qu'il l'estimoit si fort homme d'honneur qu'il ne doutoit point de sa parole, et le traita avec autant de franchise que s'il eut toujours été attaché à son service. Le duc, comblé de ses bontés , dit au sortir de là « que c'étoit » alors seulement que le roi avoit achevé » de le vaincre ». Aussi demeura-t-il toujours dans le devoir d'an très-fidèle sujet , comme le roi se montra très-bon prince et exact observateur de sa parole.

Au même temps que ce duc avoit conclu son traité , et obtenu un édit du roi qui le confirmoit, le nouveau duc de Nemours , T ,

7 "Le d

son frère utérin, et qui s'étoit appelé mar- de N

7 1 II mours

quis de Saint-Sorlin du vivant du brave duc !:éco1 de Nemours son aîné, se réconcilia aussi, par le moyen de sa mère , avec le roi , et ramena à l'obéissance quelques petites places qu'il tenoit encore dans le Lyonnois et dans le Forez.

Son frère aîné , l'un des plus nobles et Sonfr-

" I rc aîné

des plus généreux courages que l'on eut ja- étoiL mais vus , étoit mort l'année précédente l}[una

' l étrange

d'une étrange maladie , qui de temps en maladictemps lui fit verser par la bouche et par

mours se nci— ussi.

232 UrSTOlRE

1595. tous les pores jusqu'à la dernière goutte de son sang , soit que ce mal lui fut venu de l'extrême douleur qu'il eut , après s'être sauve du château de Pierre-en-Cise , d'apprendre la reddition de Vienne , qui étoit sa plus sûre retraite , soit qu'il fût causé par un poison acre et caustique qu'on disoit lui avoir été donné par ceux qui redoutoieut son ressentiment. Il mourut sans avoir été marié , et son frère puîné , dont nous parlons , étoit père de messieurs de Nemours , que nous avons vus mourir ces années dernières.

1696. Le duc de Joyeuse , qui , après la mort /i,; (luc de son ieune frère , tué en la bataille de Yil-

cleJoyeu-. > '

se fait lemur , près de Montauban , avoit quitté avec le pna]}it de capucin pour se faire chef de la ligue en Languedoc , et avoit maintenu la ville de Toulouse et les contrées voisines dans ce parti , prit aussi ce temps de faire son accommodement , et obtint des conditions très-fuvorables par le moyen du cardinal de Joyeuse son autre frère : il eut entre autres choses le bâton de maréchal de France. Le seigneur de Bois-Dauphin eut

Le sei- r ° • vi a 1

?neur de pareille recompense , quoiqu il ne tint plus Dauphin que deux petites villes dans les pays du

Maine et d'Anjou, savoir, Sablé et Château- 1596, Gontier, le roi lui faisant ce bon traitement plutôt en considération de sa personne que de ses places.

Il n'y a voit plus à réduire que le duc de Réduc-

J r * lion de

Mercceur et Marseille. Cette ville étoit do- Marscii-

• , lc-

mmee par Charles de Casaux, consul, et

par Louis d'Aix, viguier, qui y avoient

usurpé toute l'autorité. Comme ces deux

hommes étoient sur le point de la livrer

aux Espagnols , un bourgeois nommé Li-

bertat , avec une bande de ses amis , lit

soulever les habitants contre eux, et ,

ayant tué Casaux et chassé Louis d'Aix,

la mit en pleine liberté sous l'obéissance

du roi.

Quant au duc de Mercceur , le roi lui 1^ roi

v accorde

accorda la promulgation de la trêve ; car ***▼« au il n'étoit pas en pouvoir d'aller sitôt le Mercœur déposséder du reste de la Bretagne , étant fort empêché au siège de La Fère , où il étoit en personne, et auquel il n'avoit guère avancé en trois ou quatre mois. D'ailleurs calais

*i ■ i ?-i '. 1 - pris par

il arriva , lorsqu il y pensoit le moins , que farchfl'archiduc Albert, qui commandoit l'ar- î,er!. mée espagnole , incité par les conseils de ce Rosne dont nous venons de parler, vint

2j4 histoire

1596. fondre sur Calais , et que Rosne , qui éloit grand capitaine , ayant pris d'abord les forts du Risban et de Nieulé, les Esj>agnols forcèrent la place le 24 avril , et y passèrent tout au fil de l'épée. Peu après le roi Prise de Pr** La Fère , qui se rendit faute de vivres.

La Fère

par

Hen- ^es Espagnols, ayant fait le traité, ne vou- L IV* lurent pas d'otages de lui , disant qu'ils sa- Bciiere- voient quil étoit prince généreux et de mai que. })0nnej0i . témoignage d'autant plus glorieux pour lui qu'il sortoit de la bouche de ses ennemis, li'archi- La douleur qu'il avoit de la perte de prend en- Calais fut redoublée par celle des villes de nesetAr- Guines et d'Ardres , qui furent encore prises par l'industrie et la valeur de Rosne , lequel en eut bien fait d'autres .si quelques mois après il n'eût pas été tué , heureusement pour la France , au siège de Hulst ? près de Gand.

Or le bruit de ces quatre ou cinq grandes pertes reçues coup sur coup jetoit de la terreur dans les cœurs des peuples ; et les émissaires d'Espagne , par leurs suppositions et artifices, excitoient autant qu'ils pouvoient de nouvelles semences de division dans les esprits , se servant pour cela

de toutes sortes de prétextes , et surtout de 1596. celui de l'oppression des peuples. Véritablement elle étoit grande ; mais elle provenoit des pillages de la guerre et de la nécessité des affaires , non pas de la faute du roi, qui n'avoit point de plus ardent désir que de procurer au plus tôt le soulagement de ses sujets, ainsi que nous le verrons.

Cela le jeta dans l'affliction et dans l'embarras , pour ce qu'il n'avoit point de fonds pour continuer la guerre , et qu'il prévoyoit bien, aux murmures qu'on avoit déjà excités , que s'il fouloit davantage les peuples , il s'éleveroit contre lui une nouvelle tempête. Dans cette peine il eut recours au grand remède qu'on a accoutumé de pratiquer quand la France est en danger ; Le roi,

pour

de

c est la convocation des JtLtats généraux , l'argent, très-utile quand elle est libre, et qu'elle que Pas-

r ^ . -r. i , . f semblée

est sans faction. Jci.t parce que la nécessite desnoiapressante ne lui donnoit pas le temps fle les Rouen. assembler en corps , il convoqua seulement les notables d'entre les grands de son Etat, des prélats , de la noblesse et des officiers de judicature et de finances.

Il désira que l'assemblée se tînt à Rouen,

i596. dans la grande salle de l'abbaye de Saint-

Ouen, au milieu de laquelle il étoit assis

Ordre dans une chaise élevée en forme de trône ,

de la . A , , . t

séance, sous un dais : a ses cotes etoient les prélats et seigneurs; derrière, les quatre secrétaires d'état ; au-dessous de lui , les premiers présidents des cours souveraines, et les députés des officiers de judicature et de finances. Il en fît l'ouverture par une harangue digne d'un véritable roi, lequel, doit croire que sa grandeur et son autorité ne consistent pas seulement en une puissance absolue , mais au bien de son Etat et au salut de son peuple,

Si je faisais gloire , leur dit-il , de pas-

une belle ser pour excellent orateur, j'aurois ap-

harangue '

porté ici plus de belles paroles que de bonnes volontés; mais mon ambition tend à quelque chose de plus haut que de bien parler , f aspire aux glorieux titres de libérateur et de restaurateur de la France* Déjà , par la faveur du ciel ? par les conseils de mes fidèles serviteurs et par Vépée de ma brave et généreuse noblesse ( de laquelle je ne distingue point mes princes, la qualité de gentilhomme étant le plus beau titre que

DE HENRI- LE -GRAND, là*]

nous possédions ) , je Vai tirée de la ser- lD3fa* vit u de et de la ruine. Je désire maintenant la remettre en sa première force et en son ancienne splendeur. Participez , mes sujets , à cette seconde gloire comme vous avez participé a la première. Je ne vous ai point ici appelés , comme faisoient mes prédécesseurs , pour vous obliger d'approuver aveuglément mes volontés ; je vous ai fait assembler pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre; en un mot pour me mettre en tutelle entre vos mains. C'est une enùe qui ne prend guère aux rois , aux barbes grises et aux victorieux comme moi ; mais l'amour que je porte à mes sujtts et V extrême désir que j'ai de conserver mon Etat me font trouver tout facle et tout honorable.

l'assemblée, émue jusqu'au fond du ou lui cœir par de si tendres paroles , travailla UnXmis ave< affection à trouver de quoi pouvoir

pour faire la

coninuer la guerre ; et pour cet effet elle ' ordcma qu'on reculeroit d'une année le paieient des gages des officiers , et que , pourleux ans seulement , il seroit impose un so pour livre sur toutes les marchait-

l5g6. dises qui entretient dans les villes closes , excepté sur le blé , qui est la nourriture des pauvres. Ce dernier moyen causa beaucoup de bruit dans les provinces d'au-delà la Loire ; mais Rosni , que le roi avoit depuis quelques mois fait surintendant , non moins habile que fidèle , ainsi que nous le dirons ailleurs , joignit à ce fonds une grande somme de deniers que les financiers avoient détournés , et qu'il fit revenir dans les coffres du roi.

Cependant le roi d'Espagne , sentant dil5j7' minuer les forces de son corps et de son esprit par une langueur qui dégénéra en une horrible maladie , craignoit que sa faiblesse ne causât des révoltes dans ses pays si éloignés les uns des autres. D'ailleurs il avoit épuisé ses finances , et il souhatoit avec passion de donner les Pays-Bas i sa ^ roi très-chère fille Isabelle. Voilà pourquoi il ÏXsT- avoit fait connoître au saint Père qu'il te'si- \re roit la paix : et sa sainteté avoit envo'é le général des cordeliers vers lui poir 1 y disposer plus particulièrement.

Lorsqu'elle étoit bien acheminée i sur vint un incident qui la retarda de plu d'un an. Hernand Teillo, gouverneur pou l'Es-

re faire la paix

pagnol vie Dourlens, averti du mauvais ^97. ordre que les bourgeois d'Amiens tenoient Surprise

1 ° d'Amiens

à la garde de leur ville , la surprend un par ies

° J r Espa-

matin sur les neuf heures , comme on etoit g^is , ce au sermon, c etoit en carême, ayant tait tarde la

paix.

embarrasser une porte par une charrette chargée de noix, dont un sac se délia exprès, afin d'amuser les soldats qui étoient au corps~de-garde. Une si fâcheuse nouvelle étonna d'autant plus le roi qu'il étoit alors en réjouissance et se divertissoit à Paris. Il vouloit que ses paquets importants vinssent droit à lui , et non point à d'autres , et que l'on les lui apportât à quelque heure que ce fût ; tellement que, comme il étoit dans un profond sommeil après avoir fait danser un ballet , un courrier le vint réveiller pour lui dire cet accident.

Aussitôt il saute hors du lit , et mande deux ou trois de ses plus confidents pour s'en entretenir avec eux. Ils jugeoient tous que cela arrivoit dans une méchante conjoncture, parce que le duc de Mercœur étoit puissant en Bretagne; que les restes des factions étoient encore cachés sous les cendres ; que les huguenots faisoient des cabales , et qu'enfin la consternation étoit

2/jO HISTOIRE

1597. extraordinaire dans Paris, qui se voyoit i,e roi par là devenu frontière. Mais ce courage

résout y \ , .. % , . , .

malgré héroïque , que tant de périls n avoient su

son con-

seii, d'aï- épouvanter , ne tut point ébranle par celuiger" là ; au contraire , il résolut de l'affronter

Amiens. - , i ? n

d abord , et d aller promptement investir Amiens avant que les Espagnols s'y fussent plus affermis.

Ses plus grands capitaines n'étoient point de cet avis ; mais nonobstant cela , lui qui avoit de plus grandes lumières et plus de fermeté qu'eux tous , l'entreprit courageusement , non pas tant , disoit-ii , sur les moyens humains que sur la confiance qu'il avoit en Dieu , qui lui avoit toujours fait la grâce de l'assister.

Dieu Et véritablement on peut dire qu'il l'as-

î 'assis Le . * x

visible- sis ta encore plus visiblement en cette ocn àè- casion qu il n avoit jamais fait , car il

couvre . . .

plusieurs découvrit plusieurs conspirations sur sa

conspi- x A .

rations, personne, entre autres d un religieux qu un agent du roi d'Espagne , à ce qu'on disoit 7 avoit voulu porter à le tuer , et de trèsdangereuses cabales que l'argent de ce même roi entretenoit à Paris , lesquelles obser voient toutes ses démarches , et dévoient un jour le faire enlever de son

château de Saint- Germain - en - Laye. l597-

D'ailleurs ses peuples, répondant comme ils dévoient à son affection paternelle , ne ^esve»-

t ' pies con-

lui dénièrent rien de tout ce qu'il leur tri|ÎUent

J- volon—

demanda pour hâter ce siège. Puis le duc î^%'i el de Mayenne et tous les ligueurs , désirant fe\e"™Je lui témoigner leurs ressentiments pour tou- foïitInen» tes ses bontés , le servirent si fidèlement et si chaudement en cette occasion , tandis que les autres chanceloient et se tenoient à quartier, qu'il fut obligé de dire qu'il connoissoit bien que la plupart de ces gens-là n'a voient jamais été ennemis de sa personne , mais seulement de la religion huguenote.

Le siège fut long , difficile et douteux ; et si le roi d'Espagne y eût voulu employer toutes ses forces , jamais le roi n'en fût venu à bout. Mais il étoit devenu fort chagrin ; il ne désiroit que le repos , et ne se soucioit plus de conquêtes ; si bien qu'il ne donna aucune des assistances que l'archiduc lui demandoit. L'archiduc ne laissa pas pourtant de faire le plus grand effort qu'il put pour faire lever le siège. Il vint se présenter parcH-

* o x duc vient

au quartier de Long-Pré , un jour qu'on ne au ;;es'y attendoit pas 7 avec de très-grandes foiv lJ'^-

1597. ces ; cela mît ]e désordre et l'épouvante Sou ar- parmi nos François , en telle sorte que s'il

rivée et A ^ ' i.

ses atta- eut su se servir de l'occasion - et ne

quesmet- '

ten} l'*£- pas perdre le temps à consulter , il roi en eut sans doute ieté les trois mille hom-

désordre *

mes dans la place, qu'il avoit destinés pour cela.

Le roi, revenant de la chasse , où il étoit allé , trouva un effroi général dans son armée , et quelques-uns même des principaux

Le roi chefs tout éperdus. Dans un si grand danla rassu— x °

re. ger le cœur ni la tête ne lui manquèrent

pas : il dissimula sa crainte, donna les ordres sans s'émouvoir , et se fit voir partout avec un visage aussi gai et des discours aussi fermes qu'après une victoire. Il fait promptemerit marcher ses troupes au champ de bataille, qu'il avoit choisi trois jours devant , à huit cents pas de là les lignes. De cet endroit ayant considéré le bel ordre de l'armée d'Espagne , le peu d'assurance de la sienne et la foiblesse de son poste , où il n'a voit pas eu le loisir de se fortifier , il fut un peu ému , et douta du succès de la journée. Alors , appuyé sur l'arçon de la selle, ayant le chapeau à la main et les yeux levés au ciel, il dit à haute voix : Âh7

DE HENRI -LE-GRAND. 2/f3

Seigneur! si c'est aujourd'hui que tu me 1597, veux punir comme mes péchés le méri- Paroles

sy> 4 \ • y r dignes

tent , j'offre ma tête a ta justice ; n e- d'un

J %AJ . . chrétien

pargne pas le coupable ; mais , ôez-et d'un

. , . 7 -, bon ioi.

gneur, par ta sainte miséricorde , prends pitié de ce pauvre royaume, et ne frappe pas le troupeau pour la faute du berger.

On ne peut exprimer de quelle efficace furent ces paroles ; elles furent portées en un moment dans toutes ses troupes , et il sembla qu'une vertu du ciel eût rendu le courage à tous les François .

L'archiduc les ayant donc trouvés résolus et en bonne contenance , n'osa passer outre. Sandre? Quelques autres tentatives qu'il fit ensuite ne lui réussirent pas , et il se retira la nuit dans le pays d'Artois , où il licencia ses troupes. Enfin , Hernand Teillo ayant été tué d'un coup de mousquet , les assiégés capitulèrent, et le roi établit gouverneur iie mi dans la ville le seigneur de Vie , homme de Amiens. grand ordre et d'exacte discipline, qui, par son commandement, commença d'y n va

. ° jus—

bâtir une citadelle. qu'aux

portes

Au partir d Amiens le roi mena son ar- d'Air»»,

, . et. délie

mee jusqu'aux portes d'Arras pour visiter les Es-

A ■*■ *■ pagnols,

L'arcliidac se

i59^ l'archiduc. Il y demeura trois jours en bataille, et salua la ville de quelques volées de canon ; puis , voyant que rien ne paroissoit , il se retira du côté de France , mal satisfait , disoit-il galamment , de la courtoisie des Espagnols , qui n'avoient pas voulu s'avancer d'un pas pour le recevoir, et a voient refusé de mauvaise grâce l'honneur qu'il leur fais oit.

Le maréchal de Biron servit admirablement bien à ce siège. Aussi le roi , lorsqu'il fut de retour à Paris , et que ceux de la ville lui eurent fait une réception véritablement royale , leur dit en leur montrant ce maréchal : Messieurs , voilà le maréchal de Biron , que je présente volontiers a mes amis et a mes ennemis.

Il n'y avoit plus aucun reste apparent de la ligue en France , que le duc de Mercœur, encore cantonné dans la Bretagne. Le roi lui avoit souvent accordé des trêves , et offert de grandes conditions pinais il étoit si entêté de l'ambition de se faire duc de

Le duc

deMetf- ce pays-là qu'il prenoit toujours de nou-

cui« ton- veaux délais pour conclure , se figurant que

conclure ]e temps lui amëneroit quelque révolution

favorable, et se flattant de je ne sais quelles

prophéties qui l'assuroient que le roi mour- ^98roit dans deux ans.

Enfin le roi , ennuyé de tant de remises , vaLeei;01 tourna la tête de ee côté-là, résolu de châ- résohfte tier son opiniâtreté comme elle le méritoit. tier. Il étoit perdu sans ressource s'il ne se fut avisé ? pour se sauver, d'offrir sa fille unique au fils aîné de Gabrielle, duchesse de Beaufort. C'est monsieur le duc de Vendôme d'aujourd'hui.

Ses députés n'avoient pu d'abord obtenir autre chose , sinon qu'il sortiroit tout à l'heure de la Bretagne, et qu'il remettroit toutes les places qu'il y tenoit , moyennant quoi sa majesté lui accorderoit un oubli du passé , et le recevroit en ses bonnes grâces. Mais le roi, ayant l'âme tendre, et désirant II à°m™

J f sahlle au

avancer son fils naturel par un si riche et si m,s na,ta-

A rel du

noble mariage , se laissa aussitôt fléchir, et ' lui accorda un édit fort avantageux ? qui fut ] vérifié au parlement, comme l'avoient été ^^7 ceux de tous les autres chefs de la ligue. mcut' Cet accommodement se fit à Angers ; le contrat de mariage fut passé au château , et les fiançailles célébrées avec la même magnificence que si c'eut été d'un fils de

roi , par

i5^S. France légitime. Il n'avoit que quatre ans?

et la fille six.

par ce Le roi lui fit don de la duché de Ven- E roi* fait dôme aux mêmes droits que la tenoient

don à son , -. , , ,

fiis de la les autres ducs , ce que le parlement ne ve-*

duché de .« , -, ,

Ve.uiô- rina qu avec grande répugnance , et avec cette condition , que c'étoit sans conséquence pour les autres biens du patrimoine du roi , lesquels , par la loi du royaume , étoient censés réunis à -la couronne du moment qu'il y étoit venu, n va à D'Angers le roi voulut descendre en Breet^Ren- tagne- ^ séjourna quelque temps à Nantes ; nes- de là il fut à Rennes, ou les Etats se tenoient. Il passa environ deux mois en ces deux villes parmi les festins ,* les jeux et les divertissements ; mais ne laissant pas de s'employer sérieusement à hâter l'expédition de plusieurs affaires ; car il est à remarquer que ce grand prince s'occupoit toutes les matinées aux choses sérieuses , et donnoit le reste du temps à ses divertissements , non pas pourtant de telle sorte qu'il ne quittât promptement ses plus grands plaisirs quand il s'agissoit de quelque chose un peu impor-r tante ; et il y avoit ordre exprès de ne point différer à l'en avertir.

Il cassa en| ce pays-là beaucoup de gar- 1598, ni sons superflues , supprima quantité d'im~ n met pots que la tyrannie des particuliers y avoit bon orintroduits durant les guerres , écarta les cetteprotroupes pillardes qui désoloientleplat pays; vmcu mit les prévôts en campagne contre les voleurs , qui étoient en grand nombre ; rendit l'autorité à la justice ? que la licence avoit affoiblie , et recueillit près de quatre millions y dont les Etats de la province lui octroyèrent volontairement huit cent mille écus. Ainsi il travailla utilement pour les deux fins à quoi il tendoit le plus ; savoir , le soulagement de ses peuples et l'amas des finances , deux choses qui sont incompatibles quand le prince n'est pas juste et ménager , ou qu'il laisse manier son argent à d'autres sans prendre "garde soigneusement à ses comptes.

Le calme fut ainsi rendu à la France pour le dedans, après dix ans de guerres civiles , par une grâce particulière de Dieu sur ce royaume , par les soins laborieux , par la bonté et par la valeur du meilleur roi qui v2ïerîi fut jamais. On travailloit cependant sérieu- ]%néf^ sèment à la paix entre les deux couronnes f les .

1 deux rois

de France et d'Espagne. Les deux rois la j^J™"

1598. désiroient également ; notre Henri , parce qu'il souhaitoit avec passion soulager la France , et lui faire reprendre ses forces après tant de saignées et de violentes agitations ; et Philippe , parce qu'il sentoit bien qu'il arrivoit à la fin de ses jours , et que son fils Philippe III n'étoit point capable de soutenir le faix de la guerre contre un si grand roi.

Les dé- Les députés de part et d'autre étoientass'aslem- semblés pour cela depuis trois mois dans la Veivins. petite ville de Vervins avec le nonce du pape. Ceux de France étoient Pomponne de Bellièvre et Nicolas Bruslard de Sillery, tous deux conseillers d'Etat , et le dernier encore président au parlement , lesquels , agissant de concert et sans jalousie , vidèrent les articles les plus difficiles en fort peu de temps , et , sur l'ordre qu'ils en reçurent du roi , signèrent la paix le 2e jour de mai. Le 12® du même mois elle fut publiée à Vervins. Sutsian- Il seroit trop long de rapporter ici tous traité Ude les articles du traité ; je dirai seulement qu'ils portoient en gros que les Espagnols rendroient toutes les places qu'ils avoient prises en Picardie , et Blavet , qu'ils te-

DE II ENK I- LE- GRAND. l/\Ç)

noient encore en Bretagne ; que le duc de i5g8. Savoie seroit compris en ce traité , pourvu qu'il rendît au roi la ville de Berre , qu'il tenoit en Provence. Et pour le marquisat de Saluces , que ce duc avoit envahi sur la France vers la fin du règne de Henri III , qu'il seroit remis au jugement du saint- Père , qui décideront cette question dans un an.

La publication de la paix se fit en un r

* \ La paix

même jour par toutes les villes de France et °8*, i>udes Pays-Bas avec des réjouissances dont le bruit éclata jusqu'aux deux bouts de la chrétienté : mais personne rien ressentit tant de véritable joie que notre Henri , lequel avoit accoutumé de dire qu'étant une chose barbare et contre les lois de la nature et du christianisme de faire la guerre pour l'amour de la guerre , un prince chrétien ne devoit jamais refuser la paix si elle ne lui étoit tout-à-fait désavantageuse,

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