‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 16 sur 29 · rendtou · texte numérisé non relu

rendtou

qui eût pu se fâcher de cet édit, le roi lui te sorte

x m x de res—

rend oit toute sorte de respects , et embras- pects au

. pape.

soit ses intérêts avec chaleur , comme il fit en l'affaire de Fer rare, dès l'an 1 597 et 1 59S.

avec pej

veut maintenir.

*599- Cette duché est un fief masculin du

Affaire saint Siège , duquel les papes avoient au-

ché fie trefois investi les seigneurs de la niaison

Ferrare. • o

d'Est, à la charge de reversion au défaut de mâles légitimes. Alphonse d'Est, second du nom , dernier duc 5 étoit mort l'année 1597, sans enfants, et avoit laissé de césar, grands trésors à César d'Est , bâtard d'Al-

batard <-> 7

de Fer- phonse Ier, son parent. Il avoit fait son

rare , s y A », * J,

possible auprès du pape pour obtenir l'investiture de la duché pour ce bâtard, lequel, ne l'ayant su impétrer , ne laissa pas de se mettre en possession après la mort d'Alîuifauia Pnonse H ? et ^e s Y vouloir maintenir à guerre. force d?armes. Clément VIII fut obligé de lui faire la guerre pour le déposséder. Les princes d'Italie se partagèrent dans cette querelle, et les ducs de Guise et de Nemours furent sur le point d'entreprendre la défense de César , dont ils étoient proches parents, étant issus d'Anne d'Est, fille d'Hercule II, duc de Ferrare , et de madame B.enée de France ; car cette Anne , en premières noces , avoit épousé François, duc de Guise, et en secondes, Jacques, duc de Nemours. Le roi d'Espagne aussi le favorisoit sous main , ne désirant pas que

le pape s'agrandît en Italie par la réunion l599de cette duché ; mais Henri-le-Grand ne Le roi

oft're sou

manqua pas de prendre cette occasion d'of- éPée au

, pape.

frir son épée et ses forces au saint Père. Les alliés de César l'ayant su , en furent extrêmement refroidis; et lui, contraint césay

7 k m quitte la

de capituler avec le pape , auquel il remit 4uché de toute la duché de Ferrare. Il ne lui resta que et de-

x meure

les villes de Modène et de Pteggio, que duc de

OD 7 P- Modène,

l'empereur maintint être fief de l'Empire , et dont il lui donna l'investiture. De là viennent les ducs de Modène d'aujourd'hui. Si la chaleur que le roi avoit témoignée en cette occasion pour les intérêts du saint Siège obligea sensiblement le pape, celle qu'il faisoit voir tous les jours pour ramener les huguenots au sein de l'Eglise ne plu lui étoit pas moins agréable. Il agissoit de gu^nots"" telle sorte pour cela, que d'heure à autre il s'en convertissoit plusieurs , même des plus savants et des plus notables. Mais ce qu'il y avoit de plus important , c'est qu'il avoit retiré le jeune prince de Condé d'entre les mains des huguenots , qui le gardoient soigneusement à Saint-Jean-d'Angely , depuis la mort de son père , arrivée l'an 1587 , et le nourrissoient dans leur

convertissent.

1599. fausse religion , avec grande espérance d'en i,e roi faire quelque jour leur chef et leur protecpducede teur. Le roi, considérant combien il seroit desmains préjudiciable au salut de ce jeune prince et guenols" à ses propres intérêts , de le laisser là plus éievera long-temps , sut si bien gagner les princireiigiou paux du parti , qu'ils souffrirent qu'on que l'amenât à la cour. Il lui donna pour gouverneur Jean de Vivonne, marquis de Pisani , seigneur d'un rare mérite et d'une sagesse sans reproche , lequel n'oublia rien pour le bien élever dans la religion catholique et dans les plus beaux sentiments de l'honneur et de la vertu. Il n'avoit encore que sept à huit ans : lorsqu'il en eut neuf, le roi lui donna le gouvernement de Guienne, l'aimant tendrement, et le nourrissant comme son successeur présomptif.

Mariages Dans le calme de la paix , on ne parloit fante m" que de réjouissances , de fêtes et de magne,Setde riages. Celui de l'infante d'Espagne Isabelle- Glaire-Eugénie , et de l'archiduc Albert , se solennisa dans les Pays-Bas ; et celui de madame Catherine, sœur du roi, avec Henri , duc de Bar , fils aîné de Charles II , duc de Lorraine , à Paris.

Catherine étoit âgée de quarante ans ,

ne , sœu du roi.

DE HENRI - LE -GRAND. 28 l

plus agréable que belle , ayant une jambe 1599. un peu courte. Elle étoit assez spirituelle , Qualités

• • i i n i • 1 deCathe-

aimoit les belles-lettres , et savent beaucoup Hne , et

, • • a pourquoi

pour une femme , mais etoit opiniâtrement le roi la

1 T • FI 1 • ? 11 ma"a aU

huguenote. Le roi apprehendoit qu elle duc de n'épousât quelque prince protestant, lequel , par ce moyen , fut devenu protecteur des huguenots , et comme un autre roi en France. A cause de cela, il la donna au duc de Bar , pensant d'ailleurs gagner plus de créance parmi les catholiques , en s'alliant avec la maison de Lorraine. Avant cela , il fit tout son possible pour la convertir, jusqu'à y employer les menaces; et n'en ayant pu venir à bout , il dit un jour au duc de Bar : Mon frère , c'est à vous a la dompter.

Il y eut de la difficulté pour le lieu et pour la cérémonie de la célébration de ce mariage. Le duc vouloit qu'il se fit à l'église, et la fiancée qu'il se fit au prêche. Le ma- Le roi trouva un milieu : il le fit faire dans riif danï son cabinet, où il amena sa sœur par la ne main, et ordonna à son frère naturel, qui r° étoit archevêque de Rouen il y avoit environ deux ans, de les marier. Ce nouvel archevêque en fit du commencement quel-

lu

x599. ques refus , alléguant les canons qui le dé-

fendoient; mais le roi lui représenta que

son cabinet étoit un lieu sacré, et que sa

présence suppléoit au défaut de toutes so»-

lennités ; après quoi le pauvre archevêque

n'eut pas la force de résister.

14 pape Ce mariage s'étant fait pour le bien de

codiie le la religion catholique, il semble que le

Bar, de pape en devoit être bien aise ; néanmoins ,

cema. ia- comme *j ne vou}0ft point souffrir un mal,

quelque bien qui en put arriver , il déclara que le duc de Bar avoit encouru excommunication, pour avoir, sans dispense de l'Eglise , contracté avec une hérétique, et tint ferme long-temps pour ne lui point donner l'absolution , quelque instance que le duc lui en put faire.

Outre les solennités de toutes ces noces, plusieurs autres choses entretenoient la cour. Deux changements notables, l'un du duc de Joyeuse, l'autre de la marquise deBelle-Isle, lui causèrent del'étonnement. Tie duc Le duc de Joyeuse avoit quitté l'habit se rentré °le capucin , il y avoit quatre ou cinq ans , capucins' avec dispense du pape, pour être chef de plreny la ligue en Languedoc. Un beau jour, sans en rien communiquer à personne , il alla se

l'habit.

rejeter dans son couvent de Paris , et reprit i599. l'habit. Peu de jours après, on fut bien étonné de voir, avec cet habit de pénitence, prêcher dans la chaire celui qu'on avoit vu la semaine précédente danser aubai , comme l'un des plus galants. On dit que les saintes exhortations de sa mère , qui de fois à autre le faisoît souvenir de son vœu , et certains mots ambigus que le roi lui jeta en quelques conversations, lui firent penser qu'il ne pouvoit plus être dans le monde avec sûreté de conscience, ni avec honneur.

La marquise de Belle-Isle , sœur du duc La mar__ de Longue ville , et veuve du marquis de âeiie-iï Belle-Isle, fils aîné du maréchal de Retz, feniuSt* ayant eu quelque secret déplaisir, y renonça tme* aussi, et s'alla enfermer dans le couvent des Feuillantines à Toulouse , où elle prit le voile, et y acheva ses jours.

Il vint après cela des nouvelles à la cour, D ld que Philippin , bâtard du duc de Savoie , ^W avoit été tué en duel par le seigneur de P^lip/I- Créquy , duquel on peut dire sans flatterie *aard .*% qu'il étoit un des plus galants hommes et des plus braves de son temps. L'histoire de ce combat se trouve écrite en tant d'en*-

1599. droits, et est encore si fort dans le souvenir de tous ceux qui portent l'épée , qu'il seroit superflu d'en rapporter les particularités.

La chasse étoit alors le plus ordinaire divertissement du roi. On raconte que chassant dans la forêt de Fontainebleau, accompagné de plusieurs seigneurs , il entendit un grand bruit de cors , de veneurs et de chiens , qui sembloit être fort loin ; puis tout à l'instant s'approcha tout près

L>pa- d'eux. Quelques-uns de sa compagnie s'a-

ritiou du v -*- J o

grand ve- yancant vingt pas , virent un grand homme

neur au ° ° ->• °

roi qui noir, parmi des halliers , qui les effraya à routai- tellement qu'ils ne purent dire ce qu'il de-

nebleau. x * # \

vint, mais entendirent qu'il leur crioit d'une voix rauque et épouvantable : M'attendezvous, ou m'entendez-vous , ou amendez-vous. Les bûcherons et paysans d'a~ lentour de cette forêt dis oient que ce n'étoit point chose extraordinaire, et qu'ils voyoient quelquefois ce grand homme noir, qu'ils nommoient le grand veneur , avec une meute de chiens , qui chas s oit à beau Ce ne bruit , mais qui ne faisoit mal à personne. ce peut j] se fait une infinfté de contes dans tous

être que

to'meT" *es Pays ^U mor*de ? àe pareilles illusions

de ces chasseurs. S'il faut y ajouter quelque *%& foi, on j3eut croire que ce sont ou des jeux de sorciers, ou de quelques malins esprits , à qui Dieu donne cette permission pour convaincre les incrédules, et leur faire voir qu'il y a des substances séparées , et quelque être au-dessus de l'homme.

Or, si les prodiges sont les signes, comme l'on dit , de quelques grandes et funestes aventures , on peut croire que celui-là présagea la mort étrange de la duchesse de Beaufort, qui arriva quelques jours après. L'amour que le roi avoit pour elle , au lieu La belle

, , , • , , . • , , • Gabriel

de s éteindre par la jouissance , s etoit ac- le decru jusqu à tel point, qu elle avoit bien ose **/& lui demander qu'il reconnût sa faute , et vouse ei qu'il légitimât ses enfants par un mariage gnime subséquent ; et il n'avoit pas osé lui refuser fanis. absolument cette grâce , mais l'entretenoit rai!oitIal toujours d'espérances. opérer.

Ceux qui aiment la gloire de ce grand roi ont de la peine à croire qu'il eut jamais pu faire une telle action , qui sans doute l'eut jeté dans le mépris, et du mépris l'eût fait retomber dans la haine de son peuple. Toutefois il étoit à craindre que les appas de cette femme , qui avoit trouvé son foi-

i599, ble, avec la flatterie des courtisans, qu'elle avoit presque tous gagnés à force de présents et de caresses, n'engageassent ce pauvre prince dans le déshonneur : et sans mentir , il avoit l'âme trop tendre du côté des dames. Il étoit maître de toutes ses autres passions ; mais il étoit esclave de cellelà. On ne sauroit justifier sa mémoire de ce reproche; et s'il est admirable quasi en toutes les autres parties de sa vie , il ne doit pas être imité en ce point-là.

Enfin Cependant, Gabrielle se flattant toujours ^obligea de l'espoir d'être bientôt sa femme , sur les mander" espérances qu'il lui en avoit données , fit si xn?ss»i™I bien qu'elle l'obligea de demander au pape pot^fu- des commissaires pour juger du divorce fmiutéde d'entre lui et la reine Marguerite ; et le roi, riagema~ a&n de trouver faveur auprès du saint Père, et le rendre plus facile à ses intentions , lui faisoit dire sous main, par Siliery , son ambassadeur, qu'il épouseroit Marie de Médicis, dont on croit néanmoins qu'il n'a voit pour lors aucune envie.

Le pape Aussi le pape , soit qu'il se défiât de son

tiroit . . ..... A .

l'affaire intention, soit qu il vit que la reme Mar-

en Ion- , . .

gueur. guérite n y donnoit pas les mains , raisoit traîner l'affaire , et ne rendoit que des ré-

ponses ambiguës. On dit même que se i599, voyant un jour fort pressé par le cardinal d'Ossat et par Sillery , de donner contentement à leur maître , à faute de quoi , disoient-ils, il se pourroit faire qu'il passer oit outre , et qu'il épouseroit la duchesse , il fut si étonné de ce discours, qu*il remit aussitôt la conduite de cette affaire en la main de Dieu , ordonna un jeûne à toute la ville de Rome , et se mit en oraison lui^ même pour demander à Dieu qu'il lui inspirât ce qui seroit le mieux pour sa gloire et pour le bien de la France ; qu'au sortir de la prière, il s'écria , comme s'il fut revenu d'extase : Dieu y a pourvu; et que peu de jours après il arriva un courrier à Rome , qui apporta la nouvelle de la mort de cette duchesse.

Le roi cependant s'impatientoit fort de ses longueurs ; et quelques-uns craignoient que le dépit d'être méprisé ne le jetât dans les mêmes inconvénients où il avoit autrefois jeté Henri VIII, roi d'Angleterre; ou bien que , par le conseil de quelques flatteurs , forçant la bonté de son naturel , il ne se portât à se défaire de la reine Marguerite , de quelque manière que ce fut.

i599. Gabrielle alors étoit grosse de son qua- Le roi trième enfant. Connue la fête de Pâques

demeure ; x

à Fou- approchoit, le roi, désirant faire ses dévoijieau , tions éloigné de tout objet de scandale , la

pour fai- ° . '

re ses clé- renvoya à Paris, et la conduisit iusqu à

■votions J m ' L t

le jour mi-chemin. Elle eut grand peine à se seques , et parer de lui , et elle lui recommanda ses

envoie la -1 .

beïie Ga- enfants la larme à 1 œil , comme ayant un

hrielle à . , J . .

Paris, secret pressentiment qu elle ne le devoit jamais revoir.

Etant à Paris, logée dans la maison de Zamet , ce fameux financier , après avoir dîné chez lui , et ensuite avoir entendu ténèbres au petit Saint- Antoine (c'étoit le jeudi saint) ; comme elle étoit de retour au logis, et qu'elle se promenoit dans le jardin, elle se sentit frappée d'une apoplexie au cer»veau. Le premier accès étant passé , elle ne voulut plus demeurer en cette maison, mais se fit transporter chez madame de Sourdis , sa tante , près de Saint-Germain-l'Auxer- Eiie y rois ; et là, tout le reste du jour et le len-

d'une demain , elle eut de fois à autres des syn-

façonfort -, , • t ,..

étrange, copes et des convulsions dont elle mourut le samedi matin.

On parla diversement des causes de sa mort ; mais , après tout , ce fut un bon-

heur pour la France , en ce qu'elle ôta au 1s99 roi un objet pour lequel il s'alîoit perdre l«

ie roi en con—

lui et son Etat. Sa douleur fut aussi grande soi. quel'avoitétéson amour. Toutefois, comme dantconil n'étoit pas de ces âmes foibles , qui se toujours

-1 • , f -, une ex—

plaisent a perpétuer leurs regrets et à se t.éme

f . > 1 \ 1 -, , lendre.-

baigner dans leurs larmes , il n en reçut se pour pas seulement les consolations , il les cher- font*, cha; mais il conserva toujours, à l'endroit des enfants , particulièrement du duc de Vendôme, l'affection qu'il avoit eue pour la mère.

Les bons François désiroient avec passion qu'un si bon roi put laisser des enfants légitimes. Ils n'avoient pas osé le trop presser de prendre une femme capable de lui en donner , tandis que Gabrielle vivoit, de peur qu'il ne l'épousât ; et dans la même crainte , la reine Marguerite n'avoit point ^l™™ voulu aussi prêter son consentement à dis- sentePrtl soudre son mariage. Mais lorsque Gabrielle î^fp^ futmorte, elle y donna volontiers les mains, ^afstouet adressa une requête au saint Père, pour ^eliaSvCl? demander elle-même cette dissolution , se fondant principalement sur deux causes de nullité. La première étoit le défaut de consentement ; car elle alléguoit qu'elle

2QO HISTOIRE

1699 avoit été forcée de l'épouser par le roi Charles IX son frère. La seconde étoit la proximité de parenté qui se trouvoit entre eux au troisième degré, dont elle disoit qu'il n'y avoit point eu de dispense valable. Les <=ei- Semblablement les seigneurs du royaume fèpaiL- et le parlement supplièrent Sa Majesté , supplient par de solennelles députations , de vouloir Pendre6 songer à prendre femme, lui représentant les inconvénients et le danger où la France se trouvoit s'il venoit à mourir sans enfants. Ces députa tions-là ne sembleront pas étranges à ceux qui savent notre ancienne histoire : car on y voit que les rois ne se marioient , ni eux , ni leurs enfants , que de l'avis de leurs barons ; et cela passoit presque en ce temps-là pour une loi fondamentale de l'Etat.

11 pré- Le roi , touché des justes supplications requête " de ses sujets j adressa sa requête au pape c"nîmee ' contenant les mêmes raisons que celles de Sr°rein« ^a reine Marguerite , et chargea le cardinal rit^§,U~ d'Ossat, etSillery, son ambassadeur extraordinaire, qu'il avoit envoyé à Rome pour suivre le jugement du pape sur la restitution du marquisat de Saluées , de solliciter instamment cette affaire.

DE HENRI- LE-GR AND. agi

La cause rapportée au consistoire, le 1599. pape donna commission à des prélats de Le pape

• ï- 7 11-t accorde

la juger sur les lieux , selon les droits de des com-

xy» . missai —

cette couronne , qui ne sounrent point que res , qui l'on traduise les François pour pareille na- cent la

"1 ? /Y» * 11*1 ' *l 1 dissolu —

ture d affaires de-la les monts, ou il leur tion du seroit presque impossible de faire aller les témoins et les preuves nécessaires. Ces prélats furent le cardinal de Joyeuse, le nonce du pape et l'archevêque d'Arles ; lesquels ayant interrogé les deux parties , vu les preuves produites de part et d'autre, et la réquisition des trois Etats du royaume, déclarèrent ce mariage nul , et leur permirent de se marier ou bon leur sembleroit

La reine Marguerite, qui depuis plu- Après sieurs années avoit quitté ie roi , et après reine diverses aventures s'étoit enfermée volon- rite vient tairement au fort château d'Usson en Auvergne, eut permission de venir à Paris , de l'argent pour payer ses de î tes , de grandes pensions, la jouissance de la duché de Valois et de quelques autres terres , et droit de porter toujours le titre de reine. Elle vécut encore plus de quinze ans , et bâtit un palais près du Pré-aux-Clercs , qui depuis a été vendu pour payer ses dettes ,

lion

ï'599» et démoli pour bâtir d'autres maisons. cUnal"" ^^e aima fort les bons musiciens , parce qu'elle avoit l'oreille très-délicate; et les hommes savants et éloquents , parce qu'elle avoit l'esprit beau et l'en Ire tien fort agréable. Au reste, elle étoit libérale jusqu'à la prodigalité , pompeuse et magnifique ; mais elle ne savoit ce que c'étoit que de payer ses dettes : ce qui est sans doute le plus grand de tous les défauts dans un prince , parce qu'il n'y a rien qui soit si fort contre la justice , dont il doit être le protecteur et le modèle.

Ce mariage étant dissous, Bellièvre et Villeroy , appréhendant que le roi ne s'engageât en de nouvelles amours , et ne se prît à quelqu'un des filets que les plus belles de la cour lui tendoient, le portèrent, par plusieurs grandes raisons d'Etat, à se fixer en la recherche de Marie de Médicis. Elle étoit fille de François , grand-duc de Toscane, qui étoit mort dès l'an 1088, et n'ayant que des filles , avoit eu pour successeur son frère Ferdinand , qui par conséquent étoit oncle de Marie , et tenoit pour lors la duché.

Le cardinal d'Ossat et Sillery firent en-^

DE HENRI- LE -GRAND. 2g3

tendre son intention au grand-duc Ferdi- *6o°*

; . On de—

nand son oncle; et Alincour? fils de Villeroy, n^nde

Marie de

au'il avoit envoyé pour remercier le saint Médias

1 J i ^ pour

Père de sa bonne et briève justice, touchant Henriiv la dissolution susdite de son mariage , eut ordre de lui témoigner que le roi ayant jeté les yeux sur toutes les filles des maisons souveraines de la chrétienté ', n'avoit point trouvé de princesse plus agréable. L'affaire fut maniée avec tant d'adresse et de vigilance, par les soins de ceux qui l'avoient entreprise j que le roi s'y trouva tout-à-fait engagé. Le contrat de mariage Leçon-

b , {rat de

fut signé à Florence par ses ambassadeurs, mariage

. . /-» . est passé

le Ae du mois d'avril de l'an 1000 ; et Àlin- à Florence, et cour, dans sept jours, lui en apporta les les noces

nouvelles à Fontainebleau. Il assistoit pour par vv< lors à la fameuse conférence ou dispute d'entre Jacques-David Du Perron , évêque d'Evreux , depuis cardinal , et Philippe Du Plessis-Mornay , dans laquelle la vérité triompha hautement du mensonge.

Il y a des relations particulières des solennités qui se firent à Florence, des magnificences du grand-duc, des cérémonies des fiançailles et des noces de cette reine , de son embarquement et de sa conduite par

cureur.

1600. les galères de Malte et de Florence , et de sa réception à Marseille , à Avignon et à Lyon ; et ainsi je n'en dirai rien.

Le roi Tandis que ce mariage de Florence se

tombe .... °

dans les traitoit, le roi ayant un cœur qui ne pou-

filets Ue . J i-i /f

made- voit long-temps conserver sa liberté , s at-

moisclls , .

d'Entra- tacha à un nouvel objet.

gués, de

puismar II faut savoir que Marie Touchet, qui Vemeuii avoit été maîtresse du roi Charles IX , d'où étoit issu le comte d'Auvergne, avoit été mariée au seigneur d'Entragues , et en avoit eu plusieurs enfants , entre autres une fort belle fille , nommée Henriette , qui par conséquent étoit sœur utérine du comte d'Auvergne. Ce comte étoit âgé pour lors de quelque trente ans , et elle de quelque dix-huit.

Kéfle- On ne sait que trop qu'il n'y a que les portante flatteurs et les lâches complaisants qui gâflattears. tent tout dans la cour des grands, et qui corrompent même leurs personnes. Ce sont eux qui sucrent le poison , qui enhardissent le prince à mal faire , en lui ôtant la honte du mal , qui le familiarisent avec le vice , qui lui en recherchent et facilitent les occasions, et qui font, pour ainsi dire, le métier de Satan et de tentateur. Il est iin-

DE HENRI-LE-GFiAND. 295

possible de purger la cour de ces pestes ; 1600. elles s'insinuent malgré qu'on en ait dans les palais des grands , se rendent agréables par de nouveaux divertissements , gagnent l'oreille par des louanges flatteuses , par de bons contes , par des hâbleries plaisantes; puis , quand elles tiennent les entrées , elles font glisser subtilement le venin dans le cœur, et empoisonnent les «âmes les plus innocentes.

Notre Henri , tout grand prince qu'il étoit, avoit de ces gens-là auprès de lui 9 lesquels ayant reconnu son foible pour les femmes , au lieu de le fortifier et de le retenir , comme véritables amis , n'oublioient rien pour le pousser plus fort dans le penchant, et faisoient leur fortune de son défaut. Ce furent eux qui louèrent tellement les beautés, les gentillesses, l'esprit, l'entretien divertissant et enjoué de mademoiselle d'Entragues, qu'ils lui firent venir l'envie de la voir et de l'aimer. Ils ne pourvoient jamais rendre de plus mauvais office à leur maître que celui-là. Elle avoit certainement beaucoup de charmes; mais elle n'avoit pas moins d'esprit et d'adresse. Ses refus et sa modestie irritèrent plus fort

2 Cj6 HISTOIRE

1600. la passion du roi. Bien qu'il ne fut point Le roi prodigue , il lui fît porter cent mille écus

donne 1 & ' I

cent mil- (0ut en un coup. Elle ne les refusa pas , et

le écns ;i l A

made- témoigna réciproquement beaucoup d'a-< a Entra- mour et d'impatience pour un si grand roi ; mais elle fit adroitement intervenir son père et sa mère à la traverse , pour l'observer de si près , qu'elle ne pût pas lui donner la commodité entière de lui parler.

Son Sur cela,. elle lui fit entendre qu'elle étoit

adresse , , . . .

pour le au désespoir de ne lui pouvoir tenir parole;

mener

au point qu il talloit avoir le consentement de ses vouioit. père et mère , et qu elle y travailleroit de son côté. Puis, après plusieurs longueurs et remises , elle lui dit qu'ils ne pouvoient être amenés à un point si délicat, si ce n'é» toit que , pour mettre leur conscience à couvert envers Dieu , et leur honneur en~ vers le monde, Sa Majesté voulût lui faire une promesse de mariage ; qu'elle n'a voit nulle envie de se servir de cet écrit; et que quand elle voudroit s'en servir, elle savoit bien qu'il n'y avoit point d'official qui osât faire citer un homme qui avoit cinquante mille hommes de guerre à son commandement : mais que ces bonnes gens le dési-

roient ainsi , et qu'il ne devoit point faire 1600. de difficulté de guérir leur fantaisie , puisqu'il ne s 'agis soit que de lui donner un petit morceau de papier en échange de la chose la plus précieuse qu'elle eût au monde. Enfin elle sut si bien tourner son esprit , Elle tire

■*■ une pro-

qu'il lui fit une promesse de sa main , par messe de

1 , mariage

laquelle il s'obligeoit de l'épouser dans un de lui an, pourvu que dans ce temps-là elle lui fit un enfant mâle.

Toute cette intrigue se voit dans les Mémoires de Sully, où il dit que le roi l'ayant mené seul dans la première galerie de Fontainebleau, lui montra cette promesse écrite de sa main, et lui en demanda son avis ; qu'au lieu de répondre formellement sur Suiiy

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