‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 20 sur 29 · sat au · texte numérisé non relu

sat au

cela en échange du marquisat de Saluées , duc. que le roi lui délaissoit entièrement pour lui et pour les siens. Le traité portait aussi que toutes ies places que le roi avoit prises sur le duc de Savoie lui seroient rendues ; mais seroient réservés au roi tous les droits prétendus contre ledit duc , suivant qu'il étoit contenu aux traités de Gâteau en Cambresis et de Vervins. 1,s sa~

gnênt

Dans cet échange , l'un et l'autre ga- };u» e*

O ' O ] autre a

gnoient également. Le roi, pour un mar-

cet

échange.

ï6oi. quîsat de peu d'étendue, éloigné de ses terres, enclavé dans celles de Savoie, et lequel il ne pouvoit conserver que par de grosses garnisons qui consumoient deux fois plus que le revenu qu'il en tiroit , acquéroit un pa}^s de plus de vingt*- cinq lieues d'étendue, qui étoit continent aux siens , qui élargissoit sa frontière , auquel il y avoit huit cents gentilshommes , et qui étoit très-fertile et très-abondant, principalement en pacages pour nourrir des haras. Le duc , en s 'appropriant le marquisat, se tiroit une fâcheuse épine du pied , ou plutôt une épée qui lui traversoit le corps , et se mettoit en sûreté : car tandis que les François le tenoient, il n'osoit sortir de Turin qu'accompagné de trois ou quatre cents chevaux d'escorte, et il falloit qu'il entretînt de grosses garnisons au milieu de son pays.

A rhs Le traité étant signé , le roi partit de re*a ' *!■* Lyon en poste pour revenir à Paris , ou. la dour yi»à- re^ne Ie suivit à petites journées. Quelque rrine* le temPs apr^s qu'elle y fut arrivée, il la mena *"\\- , . voir ses bâtiments de Saint-Germain-en-

11 hu

mène Lave. C'étoit un de ses plaisirs , et certes

voir ses *> *■

mciiTs ^ort mnocent ? et quî sie(l Dien a un puissant

prince, quand il a payé ses plus grandes «gol. dettes, et qu'il a soulagé ses peuples du plus gros fardeau des impositions. Car, en élevant ces superbes édifices , il laisse de belles marques de sa grandeur et de ses richesses à la postérité ; il embellit son royaume , attire l'admiration des peuples , fait connoître aux étrangers que ses coffres regorgent d'argent , donne la vie et du pain à quantité de pauvres manœuvres , travaille utilement pour sa commodité et pour celle de ses successeurs , et enfin fait fleurir l'architecture , la sculpture et la peinture , lesquelles ont toujours été infiniment estimées de toutes les nations du monde les plus polies.

Le roi Henri-le-Grand ne prenoit ce di- n se vertissement que pour se délasser l'esprit soit aux de ses travaux, et non pas pour se l'occu- mèms,

• i -..A T mais ne

per; car il avoit rame trop grande et le s Voccu-

, . r, T ; . poit pas.

génie trop eleve pour se donner tout entier à des choses si médiocres, encore moins pour s'attacher à de vains amusements. Il Beife

,., ., A . vi i • v. réflexion

est vrai qi il batissoit , qu il chassoit, qu il et q.fun jouoit; mais c etoit sans se détourner trop s»uroit de ses affaires , et sans abandonner le timon fair^ de son Etat , lequel il tenoit aussi ferme et

aussi soigneusement durant le calme que durant la tempête.

D'ailleurs il n'avoit garde de s'endormir durant la bonace , qui est souvent trompeuse ; et outre qu'il n'y a pas moins à travailler pour un bon roi au dedans de l'Etat pendant la paix ) qu'au dehors pendant la guerre , il savoit que l'Espagnol et le Savoyard grondoient toujours, et qu'ils convoient dans le cœur quelque entreprise contre lui. Le comte de Fuentes, ayant levé une grande armée pour assister le Savoyard, se fâchoit que la paix lui avoit ôté l'occasion de l'employer. Quelques places qu'il avoit prises en Picardie , durant la guerre d'entre les deux couronnes , lui avoient douné de la vanité , et lui faisoient croire qu'il remporteroit toujours de l'avantage sur les François. Au même temps le roi d'Espagne avoit aussi mis en mer une armée navale , commandée par un Doria , laquelle avoit sans doute quelque dessein sur la Provence , si la paix ne se fïït faite; u de et même, quoiqu'elle le fût, Fuentes ne ~ei uhe ^a^SSOit Pas ^e vouloir tenter une entreprise le r ', !~ sur Marseille, pour faire rupture. Ceux u^aiï avec *lu* *' av°it intelligence pour cela of-

X*e coin-

DEHEIVRI-LE-GRAND. 02.5

frirent au roi d'attirer dans le piège six ou 1fj>r. sept cents hommes, et de les retenir prisonniers, ou de les tailler eu pièces. Mais le v«,i1 Tiroi ne jugea pas qu'un si petit avantage cm11"»»* valût la peine de donner su; et aux ennemis coût,!'-' de rompre la paix , et de rentrer dans une gencV^ guerre qui eût été fort dangereuse , parce roi' .,« qu'ils étoient puissamment armés. D'ail- eu pa" leurs il craignoit qu'il n'y eût encore au-dedans de son Etat du feu caché sous les cendres , et que , dans le bruit de la guerre , on n'attentât plus facilement sur sa personne ; car , pour dire le vrai , il avoit plus à craindre leurs couteaux et leurs poignards que leurs épées. Il dissimula donc sagement cette entreprise, et répondit aux Marseillois : Qu'il ne savoit poyit dérober la victoire ; que les embuscades ri étoient honnêtes que durant la guerre; et qu'il se faïlloit bien donner de garde de contribuer , en quelque façon que ce fut , à l'infraction que les ennemis avoient dessein défaire.

Enfin les Espagnols , ayant reconnu que d}£^ ce sage argus avoit trop d'yeux et de vigi- §"Jipt!"lance pour pouvoir être surpris , de quelque J£™ côté que ce fût, se résolurent d'employer ^J^"

1601. leurs armes à de pieuses et honorables entreprises. Une partie de leur armée de terre passa en Hongrie , qui étoit alors at-

Le duc taquée par les Turcs. Le duc de Mercœur

de Mer- , ,

cœur y étant aile chercher en ce pays-là une plus ae les juste gloire que dans les guerres civiles de

troupes 1 • 1 7

de rem- France , y commandoit les troupes de 1 emet y pereur. Il y fit connoître aux infidèles , par

meurt. 1 ** m

plusieurs beaux exploits, particulièrement par la mémorable retraite de Canise , que la valeur françoise est choisie de Dieu pour soutenir la religion chrétienne. Aussi ne fait-on point de doute qu'il ne les eût entièrement chassés de ce royaume-là, dont ils ont envahi plus de la moitié , s'il ne fût mort Tannée suivante d'une fièvre pourprée, qui le saisit à Nuremberg , comme il alloit faire ses dévotions à Notre -Dame de Lorette. Il arriva quelque temps après un accident , dans lequel le roi sut bien faire voir aux Espagnols qu'il n'étoit pas capable de Gentils- souffrir rien contre son honneur et contre

hommes

de l'am- \a dignité de son Etat. Rochepot éîoit son

bas sa— ° ■*■

deur de ambassadeur en Espagne : quelques gentil sen EsPa- hommes de sa suite, desauels étoit son Tue'fues neveLl> se baignant à la rivière, prirent que- Espa- relle contre des Espagnols , et en tuèrent

deux, puis se sauvèrent chez l'ambassa- 1601. deur. Les amis des morts émurent tellement le peuple , qu'il assiégea la maison , et étoit prêt d'y mettre le feu. Le magistrat, afin de prévenir les tragiques effets de cette sistrat fureur, fut contraint de faire une injustice , lasile ,le et de violer la franchise de l'hôtel de Tarn- le!> poui

les pren-

bassadeur ; car il s'y transporta avec main flr0, forte , et emmena les accusés en prison. Le roi d'Espagne, fâché de ce qu'il avoit violé le droit des gens , mais recevant ses excuses , l'envoya demander pardon à l'ambassadeur : toutefois ces François demeurèrent toujours prisonniers.

On fit alors plusieurs discours et plu- j)jscoms sieurs écrits sur les droits et privilèges des f.YnrhUe ambassadeurs. Il est vrai , disoit-on , qu'un S des ambassadeur a seul droit de souveraine jus- ^u,ass.sa" tice dans son hôtel; mais les gens de sa suite sont sujets à la justice de l'Etat dans lequel ils sont , pour les fautes qu'ils commettent hors de son hôtel; et ainsi, s'ils sont pris hors de là , on leur peut faire leur procès. Et, bien qu'on sache que cette rigueur ne s'observe pas ordinairement, et que le respect qu'on porte à la personne de l'ambassadeur s'étend sur tous ceux qui le suivent,

'6oi. toutefois c'est une courtoisie et non pas un droit. Mais pour cela il n'est pas permis d'aller chercher le criminel dans l'hôtel d'un ambassadeur, qui est un lieu sacré, et comme un asile certain pour ses gens. Il ne doit pourtant pas en abuser , ni en faire une retraite de scélérats , ou y donner asile aux sujets du prince , contre les lois et la justice ; car en ce cas-là on s'en plaint à son maître, lequel est obligé aussitôt d'en faire raison.

Le roi Or le roi étant offensé , comme il de voit ,

otTense

rappelle Je l'injure faite à la France dans son am-

6O11 am- '

Wsa- bassadeur , et ne jugeant pas que la satisfaction que le magistrat lui en avoit faite fut suffisante, lui commanda de s'en revenir aussitôt ; ce qu'il fit sans prendre congé du roi d'Espagne. Il défendit aussi en même Et s'en temps tout commerce avec les Espagnols ;

licence à et comme il prévit que dans ces commen-

Calais -*■ *

visiter s» céments de rupture , ils pourroient entre—

frontière * Y .

prendre sur ses places de Picardie, il partit en diligence de Paris jDour visiter cette frontière, et se rendit à Calais.

Les peuples, qui commençoient à goûter le repos , et à labourer leurs terres en patience , fri sonnèrent de frayeur qu'une

DE HENRI- LE -GRAND. 32,g

nouvelle guerre ne les exposât une autre 1601. fois à la licence du soldat. Mais Dieu eut Le PaPe pitié de ces pauvres gens: le pape s'étant metd'acentremis de remédier au mal qui menaçoit T™m°7 la chrétienté , accommoda heureusement le etiefiït. différend. L'Espagnol lui remit le procès et les prisonniers , lesquels sa sainteté consigna, quelques jours après, entre les mains du comte de Béthune , ambassadeur de France à Rome ; et le roi ensuite renvoya un ambassadeur en Espagne , qui fut le comte de Barraut.

Comme le roi étoit à Calais , ainsi que i/archinous avons dit , l'archiduc étoit devant assiégeait Ostende, où il continu oit ce siège *, le envoie / plus fameux qui ait jamais été depuis le comPnsiége de Troie. Il appréhenda, avec sujet, roî.n que l'approche du roi ne retardât le progrès de son entreprise , oiiil avoit déjà tant perdu d'hommes, de temps , de coups de canon , d'argent et de munitions. Il lui envoya donc faire compliment, promettant que, du côté d'Espagne , on le satisferoit de la violence faite au logis de son ambas-

f O sjcgc dura trois ans , trois mois et trois semaines,

.IQ

1601. sadeur; mais qu'il le supplioit que les assiégea ne se prévalussent point de cette Le roi conjoncture. Le roi, qui ne se laissoit ja-

rend la . .

civiiitéà mais vaincre par courtoisie, non plus* que duc. par les armes , lui envoya le duc d'Aiguillon , fils aîné du duc de Mayenne, l'assurer qu'il désiroit maintenir la paix ; qu'il ne s'étoit avancé sur les frontières que pour dissiper quelques menées qui s'y brassoient, et qu'il espéroit de l'équité du roi d'Espagne qu'il lui feroit raison.

La reine Durant qu'il fut à Calais , la reine Elisatene§en- beth l'envoya aussi visiter par le milord

voieaussi

lui faire Edmond, son principal confident. Pour mem^êt répondre à cette civilité obligeante, il fit pond par passer le maréchal de Biron en Angleterre , chaiT^de accompagné du comte d'Auvergne , et de l'élite de tout ce qu'il y avoit de noblesse à la cour, pour lui représenter le regret que le roi avoit, se trouvant si près d'elle, de ne pouvoir pas jouir du bien de la voir.

Cette reine s'efforça , par toutes sortes de

moyens , de faire connoître aux François sa

Auquel grandeur et sa puissance. Un jour, tenant

voir la Biron par la main, elle lui montra un

tête du -1 7

d'iT10 §ran^ nombre de têtes plantées sur la tour

DE HENR1-LE-GRAND. 33l

de Londres , lui dit que l'on punissoit ainsi 1601. les rebelles en Angleterre , et lui raconta les sujets qu'elle a voit eus dé faire mourir le comte d'Essex , qu'elle a voit autrefois si tendrement chéri. Ceux qui entendirent ce discours, s'en souvinrent bien depuis, lorsqu'ils virent le maréchal de Biron tombé dans le même malheur que le comte d'Essex , perdre la tête , après avoir perdu les bonnes grâces de son roi.

Il ne faut pas oublier qu'avant que le roi fît son voyage à Calais , il avoit mené la reine gagner le jubilé dans la ville d'Orléans , où Ltt roi le saintJPère avoit ordonné que commen- saë?en*

1 le jubilé

cassent les stations pour la France. Sa piété, :\ 0l qui étoit sincère et sans feintise, donna un bel exemple à ses peuples , qui le vojoient aller dévotement aux processions , et prier Dieu avec grande attention , et le cœur sur les lèvres. Il mit la {fremière pierre fondamentale à l'église de Sainte-Croix d'Orléans, que les huguenots avoient misérablement abattue il y avoit près de quarante ans , et donna une somme d'argent considérable pour la rebâtir.

Toute la France, dans ce saint jubilé , avoit instamment demandé au ciel qu'il lui

1601. plut lui donner un dauphin , pour la délivrer des malheurs où elle eût été plongée , si son roi fût venu à mourir sans enfants mâles. Ses vœux furent exaucés: la reine accoucha heureusement d'un fils à Fontai- La reine nebleau , le jour de Saint Corne, 27e de sepd'undau- tembre. On lui donna au baptême le nom est nom- de Louis , si doux et si cher à la France

mv Louis , , . 1 , . T

et depuis pour la mémoire du grand saint Louis et mé h du bon roi Louis XII , père du peuple. Depuis , on lui appropria le nom de Juste; et nous croyons aujourd'hui qu'avoir été père de Louis le sage et le Victorieux , n'est pas le moins beau de ses titres. Sa naissance fut précédée d'un grand tremblement de terre, qui arriva quelques jours auparavant. L'enfantement fut difficile , et l'enfant si travaillé , qu'il en étoit tout violet ; ce qui peut-être lui ruina au-dedans les principes de la santé et bonne constitution. , . Le roi invoquant sur lui la bénédiction du

Lie roi a

lui don- Cie] lui donna la sienne, et lui mit son

ne sa ne— ' '

€t épée à la main , priant Dieu qu'il lui fit la

°Jêi §rc*ce d'en user seulement pour sa gloire

dans la e£ pOUr [a défense de son peuple. Les

princes du sang , qui étoient avec lui dans

Ja chambre de la reine, saluèrent tous le

nédic tion , lui met son

dauphin l'un après l'autre. J'omets comme 1601. des courriers exprès portèrent cette nouvelle par toutes les provinces ; les réjouissances qui s'en firent par tout le royaume, particulièrement dans la grande ville de Paris , qui aimoit aussi fortement Henri-le- Grand qu'elle avoit haï son prédécesseur ; les compliments que le roi en reçut de la part de tous les potentats de l'Europe , et le présent accoutumé du saint Père en pareille occasion , savoir , les langes bénits , lesquels il lui envoya par le seigneur Bar— beriu , qui dej3uis a été cardinal et pape , nommé Urbain VIII.

Cinq jours auparavant, la reine d'Es- Naissanpagne étoit accouchée de son premier en- iwaneie fant , qui étoit une fille , qu'on nomma gn?^ Anne sur les fonts de baptême. Les Espa- ™enne , gnols ne s'en réjouirent pas moins que si l"x\s c'eut été un fils , parce qu'en ce pays-là les gJSJ* filles succèdent à la couronne. Ceux d'entre les François qui pénétroient le plus dans l'avenir, prenoient aussi part à cette joie, mais pour une autre raison. C'est que cette princesse étant de même âge que le dauphin, il sembloit que le ciel les eût fait naître l'un pour l'autre , et qu'elle dût

1601. quelque jour être son épouse; comme en effet , Louis XIII a eu ce bonheur , et la France le possède encore, admirant en toutes occasions la rare sagesse, la piété exemplaire , et la fermeté héroïque de cette grande princesse.

Le roi En reconnoissance de la grâce que Dieu vers ré" avoit faite au roi de lui donner un dauphin, i)oTren'ie qui étoit le comble de ses souhaits , il résistât! doubla son travail et ses soins pour se bien acquitter Je ce qu'il devoit à son Etat, et pour améliorer , ainsi qu'il dis oit , la succession de son fils. Nous rapporterons ici quelques établissements et ordonnances qu'il fit pour cela.

11 sup- La nécessité d'argent l'avoit obligé , dutrieT-îe3 rant Ie siège d'Amiens , de créer des offiïfôcîs'de ciers triennaux en ses finances. Quand elle finances. fut passée ? [\ connut qu'il n'étoit pas besoin d'avoir tant de gens qui fouillassent dans sa bourse , et qu'il ne se pouvoit qu'il n'en demeurât toujours un peu dans la main de chacun d'eux. C'est pourquoi il supprima ces nouveaux officiers , et ordonna que l'ancien et l'alternatif rembourseroient le triennal. De cette suppression furent exceptés les trésoriers de l'épargne, ceux

des parties casuelles , et quelques autres. 1601. Rosny avoit si bien bride les financiers et 11 6u-

les traitants , qu ils ne pouvoient plus de- chambre

, c ■ de>usWvorer de gros morceaux comme autrefois. te,punr

• 1 f -19' larecher-

Mais ce n etoit pas encore assez ; ils s e— cho des toient tellement remplis avant qu'il fut sur- ciers. intendant , que le roi ordonna , avec beaucoup de justice, un tribunal composé de certain nombre de juges choisis dans les cours souveraines (on le nomma la chambre royale), qu'il chargea de faire une exacte recherche des malversations de ceux qui a voient manié les deniers royaux. Cette chambre fit rendre gorge à plusieurs de ces gens-là; toutefois une grande partie trouvèrent moyen de se mettre à couvert, les uns par la considération de leurs alliances, les autres à force d'argent, gagnant ceux qui approchoient le roi , principalement ses maîtresses, ou corrompant les juges mêmes : tant il est vrai que l'or pénètre partout , et que rien n'est à l'épreuve de ce pernicieux métal. Il ne faut donc pas s'étonner si ces gens-là remplissent leurs coffres le plus qu'ils peuvent, puisque plus ils en ont, plus leur justification leur est facile.

Je l'ai déjà dit et je le dis encore (car on

iGoi. ne sauroit le marquer en trop d'endroits ,

ni trop fortement) , il n'y a point de remède

pour empêcher ce désordre , qui est le plus

que re- grand de tous les désordres de l'Etat , et

contre la cause de ious [es autres , que la vigilance

leur avi- . . ■ „ -

di!é,c'esi et 1 exactitude du roi. 11 taut qu il tienne mi voie lui-même les cordons de sa bourse , qu'il

sescomp- . .

tes. ait toujours 1 œil sur ses coures, qu il sache ponctuellement ce qui entre dedans , ce qui en sort, par quelles voies viennent ses deniers , à quels usages on les emploie, qui sont ceux qui les manient ; et surtout il faut qu'il leur fasse rendre si bon compte, comme faisoit Henri-le-Grand, que s'ils sont gens de bien, ils ne puissent se corrompre ; et s'ils sont méchants , qu'ils n'aient pas moyen d'exercer leurs méchancetés.

On lui avoit fait connoître qu'il y avoit deux autres désordres dans son royaume, qui l'appauvrissoient extrêmement , et en tiroient tout l'or et l'argent. L'un étoit le transport que l'on en faisoit aux pays étrangers , en Italie, en Allemagne et en Suisse , ou les petits potentats le billonnoient , et en faisoient de la monnoie à plus bas titre. L'autre étoit le luxe, qui en consumoit

aussi une grande quantité en broderies , en 1601. clinquants et passements sur les habits , et non moins encore en dorures de lambris, de cheminées et de divers meubles.

Il fit deux sévères édits qui défendoient Le roi

. défend ie

ces deux abus. Pour le premier , il renou- transport

, , . -, , d'or et

vela les anciennes ordonnances sur letrans- d'argent port de 1 or et de 1 argent , y ajoutant la royaume peine de la corde aux contrevenants , et commandant à tous gouverneurs de veiller à l'observation de ses défenses , et de ne donner aucun passeport au contraire ; autrement il les déclaroit participants de ces transports.

Pour le second, il défendit, sur peine de

' ., 2 . Défend

grosses amendes pour la première fois , et l'or et

j, . l / . 1 l'argent

a emprisonnement pour la seconde , de por- sur les

1 x . . , habits, et

ter or ni argent sur les habits , ni d en em- les dora-

n res*

ployer aux dorures. Cet édit fut rigoureusement observé , parce qu'il n'exceptoit personne, le roi lui-même s'étant soumis à la loi qu'il avoit faite , et ayant fait mauvais visage à un prince du sang qui n'obéis s oit pas à cette ré formation.

Il se dépensoit encore une prodigieuse quantité d'argent en soies , par l'achat desquelles tout notre argent étoit attiré chez

1601. les étrangers. Le roi , voyant cela , et consiïntro- dérant que l'usage de ces étoffes est fort

duit mai

ture de.

soies en France,

uuFaCa- commode, s'avisa qu'il en falloit introduire la manufacture en France , afin qu'elle fit gagner aux François ce que gagnoient les étrangers. Pour ce sujet, il donna ordre qu'on eût à planter quantité de mûriers blancs aux pays où ces arbres viennent le mieux, particulièrement en Touraine, pour nourrir des vers à soie , et qu'il y eût des gens qui apprissent à préparer les cocons , et à mettre en œuvre le travail de ces précieuses chenilles.

Si on eût eu soin, après sa mort, de maintenir cet ordre, et de l'étendre aux autres provinces , on eût épargné à la France plus de cinq millions tous les ans , qu'elle dépense au dehors pour faire venir des étoffes de soie. On eût fait gagner la vie à un million de personnes, qui sont inutiles à d'autres travaux , comme sont les vieilles gens , les filles et les enfants ; et on eût donné moyen à ce peuple de payer plus facilement les impôts et les tailles, par le profit qu'il eût tiré de son industrie.

Il y avoit un autre mal bien plus grand , qui, pour ainsi parler, desséchoit les en—

excessives en Fiance ;

DE HENRI-LE- GRAND. 33g

trailles du royaume : c'étoient les usures 1601. excessives. Les mauvais ménagers, c'est- Les 0*0 à-dire la plupart de la noblesse , emprun- etoie toient de l'argent au denier dix ou douze En cela , il y avoit deux grands inconvéments : le premier , que les intérêts les que les

, , , in.eilleu—

mmoient peu a peu , et, dans sept ou huit reS maisons se ans , sapoient les fondements des plus ri- ™i-

, - . . noient;

ches et des plus anciennes maisons , oui sont comme les étais et les arcs-boutants qui soutiennent l'Etat ; le second , que les marchands , trouvant cette commodité de Et que mettre leur argent à si grand profit , et sans ibaSûT" aucun risque , abandonnoient entièrement ^^ le commerce , dont les sources étant une [ai fois taries , il y eût eu bientôt disette d'or ™ et d'argent dans le royaume : car la France n'a point d'autres mines que le trafic et le débit de ses denrées.

Ces considérations obligèrent le roi non- Le roi seulement de défendre toutes usures, à fend , et peine de confiscation de la somme prêtée , rPîltes " et de grosses amendes (ensuite de quoi les que*°l parlements députèrent des conseillers par les provinces pour faire recherche des usuriers) , mais encore de réduire tous les intérêts ou rentes hypothèques au denier

noient toul-àt le miner-

dénier seize.

34o HISTOIRE

160) . seize . Elles étoient avant cela au denier dix ou douze, comme nous avons dit. La raison étoit que , lorsqu'elles avoient été constituées , l'argent étoit bien plus rare. Or , puisqu'il s'étoit multiplié extrêmement depuis la découverte des Indes, il étoit juste de rabaisser les intérêts ; et c'est pour cette raison encore que depuis on les a réduits au denier dix-huit , et que peut-être on les mettra quelque jour au denier vingt. Dans ce même dessein d'enrichir ses peuples et de mettre l'abondance dans son royaume, le roi recevoit de toutes parts des mémoires de ce qui pouvoit servir à faire le commerce meilleur et plus facile , à apporter de la commodité à ses sujets , à cultiver et fertiliser les lieux les plus in-

ses fructueux. Il vouloit rendre, tout autant

grands ..'.,.

soins qu'il lui étoit possible , les rivières naviga-

richir blés ; il faisoit rebâtir les ponts et les chaus-

son t •

royaume sees , et paver les grands chemins ; sachant

bien que, si on n'a soin de les entretenir, ils se gâtent si fort , que les voitures ne se font que très-difficilement , et que le commerce en est interrompu. D'où il arrive les mêmes désordres dans l'économie de l'Etat qui arrivent dans celle du corps humain ,

quand il y a des obstructions, et que le ».«*»• passage du sang et des esprits n'est pas libre.

Quand il alloit par pays, il regardoit curieusement toutes choses , s'instraisoit des nécessités et des désordres , et y renié— dioit tout aussitôt avec grand soin. Sous sa .n fty;0-

o rise leta-

faveur et sa protection , il s'établit en plu- ^snste ^es sieurs endroits du royaume des manufac- m;inufactures de toiles, de tapisseries, de draperies, de dentelles , de quincailleries , et de plusieurs autres choses.

A son exemple, les bourgeois réparoient a son

-, . -, . . t exemple,

leurs maisons que la guerre avoit ruinées, tout ie Les gentilshommes , ayant pendules armes travaiiau croc , et n'ayant qu'une houssine à la re valoir main , s'adonnoient à ménager leur bien et augmenter leurs revenus. Tout le peuple étoit attentif au travail , et c'étoit une merveille de voir ce royaume qui , cinq ou six ans auparavant, étoit pour ainsi dire une tanière de serpents et de bêtes venimeuses , étant rempli de voleurs , de larrons , de vauriens , de gens de sac et de corde , avoir été si bien purgé de tous ces maux par ce grand roi , et comme changé en une ruche d'abeilles innocentes , qui s'efibrçoient à

1601. l'envi de donner des preuves de leur industrie, et d'amasser de la cire et du miel. L'oisiveté y étoit honteuse , et une espèce de crime : aussi est-elle , comme dit le proverbe , la mère de tous vices. Un esprit qui ne prend pas la peine de s'occuper sérieusement à quelque chose , est inutile à

L'oisi- soi-même et pernicieux au public. Voilà nie. r " pourquoi , de ce temps-là , les prévôts re~ cherchoient les fainéants , les vagabonds et gens sans aveu , et les envoyoient servir le roi en ses galères , afin de les obliger à travailler malgré, eux.

i.6°2- . Il n'est point de bonheur si stable et si

Lie roi 1

àCmdtuX assur^ •> q11* ne puisse être facilement trouchoses , j^lé. j| arriva cette année deux choses qui étolent eussent bouleversé toute la France , si le roi

capables

deboaie- n>y eût obvié de bonne heure.

verser la J

France. L'assemblée des notables de Rouen , qui s'étoit tenue l'an 1 596 , pour trouver un fonds au roi , afin de continuer la guerre et acquitter ses dettes , lui avoit octroyé , comme nous avons déjà dit , l'imposition du sou pour livre sur toutes les denrées des villes closes . « L'Etat (ce dit Tacite , le plus » grand politique d'entre les historiens) ne » se peut entretenir sans troupes , ni les

» troupes sans payement , ni le payement T °2 '

» se trouver sans impositions. Par consé-

» quent, elles sont nécessaires, et il est

» juste que chacun contribue pour les dé-

» penses d'un Etat dont il fait partie , et

» des commodités et protection duquel il

» jouit. Mais il faut que ces impositions

» soient modérées; qu'elles soient propor-

» tionnées aux forces de chacun ; que tout

» le monde en porte sa part; avec cela

» qu'elles soient faciles à percevoir ; qu'el-

» les ne ruinent point le commerce et îa

» liberté ; que les frais qu'on fait à les lever

» n'excèdent point le principal ; qu'elles se

» prennent sur des choses qui ne soient pas

3) odieuses , comme sont les denrées qui

» nourrissent les pauvres ; qu'enfin ce soit

» du sang qu'on tire des veines, non pas

» de la moelle qu'on arrache des os. » Or, imposi-

1v •,' T v » *v f tion du

imposition du sou pour livre n etoit pas sou Pom

de cette nature. Elle étoit fort fâcheuse ; cheusef" car à chaque ville on fouilloit les marchands , on déballoit les marchandises , on voyoit ce que chacun portoit ; ainsi il n'y avoit plus de liberté dans le royaume pour les marchands ni pour les voyageurs. D'ailleurs , elle étoit excessive ; car telles mar-

1602. chandises qu'il y a, se vendant dix ou douze fois , il se trouvoit qu'elles pay oient presque autant d'impôt qu'elles val oient. Et de plus , il y avoit de fort grands frais à la lever; car ilfalloit y employer tant de commis , qu'on eût pu en composer une armée ; lesquels voulant tous faire les opulents, aussi bien que leurs maîtres, commettoient une infinité de vexations sur les marchands , qui en étoient comme désespérés. Et, ce qui est bien étrange, il y avoit dans le conseil du roi des gens qui , étant pensionnaires de ces fermiers , ou intéressés avec eux, les supportoient dans leurs violences , et rejetoient bien loin toutes les plaintes qu'on faisoit de leurs malversations.

Cause Les peuples sont dans cette erreur cri— ?ionsém° mmelle, de croire que, quand on leur dé— dans les n"e ja ;ustice {\s ont droit de se la faire,

provin— 3 ' >

cea- et d'avoir recours à la force, quand leurs supplications ne servent de rien. C'est là presque la cause de toutes les séditions ; et c'est ce qui fit que tous ceux de delà la Loire s'étoient si fort échauffés sur cette imposition nouvelle , qu'ils avoient donné la chasse aux commis, et, qui pis est, en

avoient tué quelques-uns. Il y eut même 1602. des villes , avec leurs magistrats, qui prirent les armes. Les fermiers , d'autre côté , aigrissoient le mal par de furieuses menaces qu'ils faisoient, qu'on démanteleroit les villes rebelles, qu'on y bâtiroit des citadelles pour les tenir en bride ; et je crois qu'ils l'eussent bien désiré de la sorte , non pas tant peut-être pour l'amour de l'autorité du roi, que ces gens ont toujours à la bouche, que pour leur propre vengeance et pour leur avantage particulier.

Le roi , ayant avis de ces émotions , Le roi »

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craignit qu'elles ne fussent suscitées parles apaiser, émissaires de la faction du duc de Bi— liersron, laquelle il venoit de découvrir. C'est pourquoi, un peu après Pâques, il partit de Fontainebleau, se rendit à Blois, et de là à Poitiers. Là il écouta favorablement les plaintes de ses peuples, remontra aux députés des villes de Guîenne : Que les im- fSase et

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pots qu'il levoit n'éloient point pour en- 1)le ré~

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richir ses ministres et ses favoris , comme i»'*1 £**

aux dé-

avoit fait son prédécesseur , mais pourvu tîo

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supporter les charges nécessaires de l'état; que si son domaine eût été suffisant pour cela , il ri eut rien voulu prcn-

1602. dre dans la bourse de ses sujets ; mais puisqu'il y employoit le sien tout le premier * , qu'il étoit bien juste qiCils y contribuassent du leur; quil désiroit avec passion le soulagement de son peuple , et que jamais aucun de ses prédécesseurs n'avoit tant souhaité leurs prières envers Dieu que lui, pour bénir les années de son règne; que les alarmes qiCon leur vouloit donner, qiCil avoit dessein de bdtir des citadelles dans les villes y étoient fausses et séditieuses ; et qiCil n'en désiroit point avoir d'autres que dans le cœur de ses sujets.

Par ces douces remontrances , il calma

toutes les séditions , sans qu'il fût besoin

ïe s°que d'aucun châtiment , sinon que l'on déposa

pour ii- ]es consuls (Je Limoges , et que la pancarte

fut établie : on appeioit ainsi le sou pour

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