‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 21 sur 29 · livre. Mais ce ne fut que pour l'honneur · texte numérisé non relu

livre. Mais ce ne fut que pour l'honneur

de l'autorité royale ; car aussitôt ce prince,

le plus juste et le meilleur qui fut jamais ,

connoissant les vexations extrêmes qu'elle

causoit , la révoqua et l'abolit tout— a— fait.

Conspi- La seconde chose qui lui donnoit encore

ration du -, •.,. . , 1 , i i l

maréchal plus d inquiétude , et qui etoit capable de

deBiron.

* Il vendoit les terres de son patrimoine.

Il canne les séditions , et

roi.

bouleverser l'état, s'il n'y eut remédié, 1602. c'étoit la conspiration du maréchal de Biron. îl faut savoir que Laffin a voit été le principal instrument des intelligences d'entre ce maréchal et le duc de Savoie. Il avoit porté et rapporté toutes les lettres , et avoit eu quelques conférences avec le duc et avec le comte de Fuentes : de sorte qu'il savoit toute l'intrigue. Or , voyant qu'il nV avoit ^affinu

' *' x *> découvre

point d'assurance aux paroles du Savoyard, au et que Biron sembloit chanceler, il résolut de découvrir cette menée au roi ; soit qu'il eût peur que , traînant trop long— temps , elle fut éventée d'ailleurs ; soit qu'il espérât, par ce service , tirer quelque grande récompense , et se remettre bien auprès du roi , où il étoit fort mal.

Ayant ce dessein , il employa le vidame de Chartres , son neveu , pour obtenir du roi sa grâce et abolition du passé, à la charge de lui découvrir les complices de la conspiration, et de lui en fournir les preuves. Il avoit retenu plusieurs lettres qu'il gardoit ; mais elles n'en disoient pas assez , et ne parloient pas si clairement qu'elles pussent faire conviction. Pour l'avoir tout entière , voici ce qu'il fit .

i6oj. Biron avoit quelques mémoires écrits de Com- sa propre main, où la conspiration étoit

ment il x f . .

fit pour couchée par articles. Laffm lui remontra

avoir les \

inémoi- que c'étoit une imprudence de les carder

res écrits x . A ° f

de la et de les communiquer , parce que son ecn-

main de , . .

Birou. ture etoit trop connue; qu'il seroit plus sûr d'en faire une copie et de brûler l'original. Biron trouva cela bon et les lui bailla poulies transcrire. Il les transcrivit en effet , tandis que Biron étoit couché sur son lit , puis lui rendit la copie , et chiffonnant l'original , fit semblant de le jeter dans le feu ; mais, par une adresse préméditée, il y jeta quelques autres papiers , et retint ceuxlà. Une chose de cette conséquence meritoit bien que Biron les brûlât lui-même ; et ne l'ayant pas fait , parce que Dieu le permit ainsi , cette négligence lui coûta la vie, comme nous le verrons.

Après cela, Lamn , continuant ses intrigues pour essayer de tirer encore quelques secrets plus particuliers , fut à Milan , travesti, et conféra avec Fuentes : mais cet Espagnol habile et rusé sentit bien qu'il les vouloit trahir , et se montra plus retenu. On dit que Laffin , ayant reconnu cette défiance , eut peur qu'on ne se défit de lui , et

qu'il s'en revint par des chemins écartés. 1602. Le duc de Savoie , averti de cela par Fueu- Le âuc tes , retint prisonnier le secrétaire de Laf— voie r* —

,' . tient Ke-

fin, nommé R.enazé, de peur qu'il n'allât nazé, ?e^

x crétnire

servir de témoin contre Biron. deLaffin.

Dans leurs conférences , ils avoient prc— Les propositions posé de démembrer le royaume de France; faites enque le duc de Savoie auroit la Provence etron, le

~ , duo de

le Dauphine ; Biron la Bourgogne et la Savoie et

1 ' j b b le comte

Bresse , avec la troisième fille de ce duc en de Fueamariage , et cinquante mille écus de dot ; quelques autres seigneurs , d'autres provinces , avec la qualité de pairs ; que tous ces petits souverains releveroientduroi d'Espagne ; que, pour parvenir à ce dessein , les Espagnols jetteroient une puissance armée dans le royaume $ et le Savoyard une autre ; que l'on fer oit remuer les huguenots; qu'en même temps on réveilleroit plusieurs malcontents en divers endroits , et que l'on susciteroit et animeroit les peuples , qui étoient fort irrités par la pancarte.

Toutes ces propositions , ce disoit-on ? s'étoient faites du temps de la guerre de Savoie ; et le maréchal de Biron , outré du refus que le roi lui avoit fait de lui donner

35o HISTOIRE

160 2. la citadelle de Bourg , y a voit prêté l'oreille,

et s'étoit engagé bien avant en ces damna-

Eiron blés menées. Toutefois il sembloit s'en être

en avait . ., , . ,

demandé repenti ; car il les avoit avouées au roi , en au mi , se promenant avec lui dans le cloître des retombé. Cordeliers de Lyon , et lui en avoit demandé pardon ; mais il avoit négligé d'en prendre abolition , contre le conseiLque lui avoit donné le duc d'Epernon , qui étoit plus sage et plus avisé que lui.

11 par- Or , peu après , se repentant de s'être du toi , repenti , il étoit retourné à sa première

et se van-

toit ex- faute , et entretenoit encore quelque correspondance avec les étrangers. Avec cela , il parioit du roi avec peu de respect , abaissait la gloire de ses belles actions, élevoit la sienne , se vantoit de lui avoir mis la couronne sur la tête, et d'avoir sauvé la France; enfin tous ses discours n'étoient que bravoures, rodomontades et menaces.

On rapportoit tout cela au roi : on lui disoit qu'il déprimoit ses beaux faits ; qu'il vantoit la puissance du roi d'Espagne ; qu'il louoit la sagesse du conseil de ce prince , sa libéralité à récompenser les bons services^ et son zèle à défendre la vraie religion. Le roi disoit adroitement et prudemment

cessivement.

DE HE NRI -LE - GRAND. 35l

à ceux qui lui faisaient ces rapports : Qu'il 1602.

connoissoit le cœur de Biron , qu'il étoit fidèle et affectionné : qu'a la vérité sa

langue étoit intempérante; mais qu'il lui

pardonnoit ses mauvais discours en faveur des bonnes actions qu'il avoit faites.

Or deux choses achevèrent de le perdre, ,Deux

I 7 choses

et obligèrent le roi d'approfondir tout-à- J,^te^7e fait ses mauvais desseins. La première fut Peidre« le trop grand nombre d'amis , l'affection des gens de guerre , dont il faisoit parade , comme s'ils eussent été absolument dépens dants de ses commandements , et capables de faire tout ce qu'il eut voulu. La seconde, qu'il avoit amitié très— particulière avec le comte d'Auvergne , frère utérin de mademoiselle d'Entragues , qu'on nom— moit la marquise de Yemeuil. Car par l'une il donna de la jalousie à son roi, et se voulut faire craindre ; et par l'autre il se rendit odieux à la reine, qui s'imagina peut-être, non sans sujet, qu'il feroit un parti dans le royaume pour maintenir cette rivale et ses enfants , à son préjudice. Lalffin

7 l ) vient en

Or , le roi désirant de pénétrer le plus ^î^ et avant qu'il pourroit dans cette affaire , *^lt au

160 1. manda- Laffin , qui se rendit à Fontainebleau plus d'un mois avant que le roi partit pour le Poitou. Il eut premièrement des entretiens fort secrets avec lui , puis il en eut d'assez publics , et lui donna quantité de papiers , entre autres ce mémoire écrit de la main de Biron , dont nous avons parlé. Ce que Laffin révéla au roi lui jeta de grandes inquiétudes dans l'esprit; de sorte que, dans tout le voyage de Poitiers, on le vit extrêmement rêveur; et la -cour , à son exemple , étoit plongée dans un triste étonnement, sans que personne en pût deviner la cause.

Le roi A son retour de Poitiers à Fontainebleau,

mande a '

Biron de [\ manda au duc de Biron de le venir trou-

se rendre

en cour, ver m Biron hésite, et s'en excuse sur quelmais il m a s>n ex- qUes mauvaises raisons. Il ie presse; il lui

d'abord, envoie d'Escures , puis le président Jeannin , lui porter parole qu'il n'auroit point de mal. Cela se devoit entendre, pourvu qu'il se mît en état de recevoir grâce, et qn'il n'aggravât pas son crime par son orgueil et par son impénitence.

Biron savoit bien que Laffin avoit fait un voyage à la cour ; mais il se tenoit assuré de cet homme-là plus que de soi-même.

D'ailleurs le baron de Lux , son confident , 1602. qui s'y étoit trouvé alors , lui disoit que Laffin avoit eu bonne bouche, et qu'il n'ayoit rien révélé qui lui pût nuire. De Lux le croyoit ainsi, parce que le roi, après avoir entretenu Laffin , lui avoit dit avec un visage gai : Je suis bien aise d'avoir vu cet homme, il m'a été beaucoup de défiance et de soupçons de L'esprit.

Cependant les amis de Biron lui écrivoient qu'il ne fut pas si fou que d'apport ter sa tête à la cour ; qu'il étoit plus sûr de 6e justifier par procureur qu'en personne. Mais nonobstant cet avis , et malgré tes remords de sa conscience , après avoir délibéré quelque temps , il prend la poste et se rend à Fontainebleau , alors que le roi Enfin ne 1 attendoit plus , et qu'il se préparoit vient. pour l'aller quérir.

Les histoires de ce temps- là et diverses relations racontent exactement toutes les circonstances de l'emprisonnement , du procès et de la mort de ce maréchal. Je me contenterai d'en rapporter seulement le gros.

On ne peut assez admirer l'insolence et l'aveuglement de ce malheureux , ni au

iSc2. contraire assez louer la bonté' et la désinence du roi , qui tâchoit de vaincre son endurcissement. L'aveu de la faute est la te rri première marque de la repentance. Le roi , re°p oui le prenant en particulier, le conjura in— mièrSois stamment de lui vouloir déclarer ce qui re iaVé- étoit de ces intelligences , et des traités qu'il a voit faits avec le duc de Savoie , lui engageant sa foi qu'il enseveliroit tout cela dans un éternel oubli ; qu'il en sa voit assez toutes les particularités , mais qu'il désiroit les entendre de sa bouche, lui jurant que, quand sa faute seroit le plus grand de tous les crimes , sa confession seroit suiîiscm- vie d'une grâce entière. Biron, au lieu de

port, et S . ,'

se cai-re. reconnoitre , ou du moins de s excuser avec modestie, en parlant à son roi qui étoit offensé , lui répondit insolemment qu'il étoit innocent ; qu'il n'étoit pas venu pour se justifier , mais jDOur apprendre les noms de ses calomniateurs, pour en demander justice; autrement, qu'il se la feroit luimême. Encore que cette réponse trop altière aggravât beaucoup son offense , le roi ne laissa pas de lui dire bien doucement , qu'il y pensât mieux, et qu'il espéroit qu'il prendroit un meilleur conseil.

Le même jour , aprës souper , le comte 1602. de Soissons l'exhorta encore , de la part du Le roi

. r ■. r • ' t Prie le

roi , de lui confesser la vente , et conclut sa eomte de

1 Soissons

remontrance par cette sentence du sage : de i'ex-

__ T 7 7 horter x

Monsieur, sachez que Le courrouce du confesse

son cn-

roi est le messager de la mort Mais il lui me. répondit encore avec plus de fierté qu'il n'a- maire

, 1 . plus for t.

voit repondu au roi.

Le lendemain matin, le roi , se prome- i^e roi

. -, lul en re-

liant en ses allées , le conjura pour la se- parie

conde fois de lui avouer la conspiration : seconde

. ., , . 11 fois, mais

mais il n en put tirer autre chose que des inutile^

-,,. 1 ment.

protestations d innocence et des menaces contre ses accusateurs ?

Sur cela , le roi se sentit agité jusqu'au n a de fond de Famé de diverses pensées, ne sa- àa J^l chant ce qu'il devoit faire. D'un côté, l'af- IT qu'il fection qu'il lui avoit portée , et ses grands doitfaire services, retenoient son juste courroux; et d'autre part, son crime atroce , son orgueil et son endurcissement lâchoient la bride à sa justice, et l'incitoient à punir le criminel. Joint que le péril dont son Etat et sa personne étoient menacés, sembloit ne pouvoir être prévenu qu'en écrasant le chef d'une conspiration dont on ne voyoit pas bien le fond .

602. Dans cette peine d'esprit, if se retire 11 de- dans son cabinet ; et , se mettant à genoux,

*»de

mande

conseil à prie Dieu de tout son cœur de lui vouloir

Dieu en * f . ,

le priant, inspirer une bonne resolution. 11 avoit accoutumé d'en user ainsi dans toutes ses grandes affaires : Dieu étoit son plus sûr conseiller , et sa plus fidèle assistance. Au sortir de sa prière , comme il l'a dit depuis , il se sentit entièrement délivré de 11 ré- l'agitation où il étoit , et se résolut de met-

sout de

le mettre tre .biron entre les mains de la justice , si

entre les . . 1 .

mains de son conseil trouvoit que les preuves qu on ce ; avoit par écrit fussent si fortes , qu'il n'y eût point de doute à sa condamnation. Il choisit pour cela quatre personnes de ceux qui le composoient , Bellièvre , Villeroy , Rosny et Sillery , et leur montra les preuves. Ils lui dirent tous d'une voix qu'elles étoient plus que suffisantes.

Mais Après cela , il voulut faire une troisième w^r la tentative sur ce cœur orgueilleux. Il emfois^de16 ploya, pour la dernière fois , les remontranr dée. ces, les prières, les conjurations et les assurances de pardon , pour l'obliger de lui a vouer son crime ; mais il répondit toujours de la même sorte, et ajouta que, s'ilconnoissoit ses calomniateurs 7 il leur rompi oit la tête,

lui la vérité.

Enfin le roi , ennuyé de ses rodomonta- 1602. des et de son opiniâtreté , le quitta là, lui II n>11

1 x ' peut rien

disant pour dernières paroles : Hé bien l lirer » el

x x le quitte

il faudra apprendre la vérité d'ailleurs. là- Adieu, baron de Biron. Ce mot fut comme un éclair, avant-coureur de la foudre qui l'alloit terrasser ; le roi , le dégradant par là de tant d'éminentes dignités dont il l'avoit honoré , montroit qu'il l'alloit abaisser beaucoup plus qu'il ne l'avoit élevé.

Au sortir de la chambre de la reine , où Çir(m

7 cl le corn-

il jouoit à la prime, Vitry , capitaine des le c^Au" gardes-du-eorps , lui demande son épée , s°n; arr et l'arrête prisonnier. Praslin, aussi capi- sounieïStaine des gardes , s'assure du comte d'Auvergne ; et le lendemain ils les mettent dans des bateaux sur la Seine , et les conduisent avec bonne escorte , par eau , à la Bastille.

Biron avoit un tr£s-grand nombre d'amis ; mais en cette occasion , où il étoit accusé d'avoir conspiré contre la personne du roi , tous demeurèrent muets et perclus. Ses Ses pa-

* , , , xcnls in-

parents , qui se trouvèrent a la cour , al- tercèlerent se jeter a genoux devant le roi, non pour lui. pour lui demander justice , mais pour implorer sa miséricorde. Le seigneur de La

1602. Force, qui depuis a été maréchal de France, portoit la parole pour tous. Si Biron eut parlé du commencement avec autant d'humilité et de soumission qu'ils firent, il eut sans doute obtenu sa grâce ; mais il étoit trop tard , la clémence n'avoit plus de lieu , elle avoit fait place à la justice.

Le par- Le roi commanda à son parlement de lui

lemenl „ . , , .

lai fait taire le procès , et envoya commission parsou pro— . ., . , . -, , .

ces. ticuiiere au premier président, au président Potier Blanc-Mesnil , et à deux conseillers , pour en dresser l'instruction , à la requête de son procureur-général.

11 se Les preuves étoient fortes, et la défense

Jai."1 de Biron très-foibïe. Il fit bien voir, dans une affaire où il s'agissoit de la vie , qu'il avoit moins de cervelle que de cœur ; car il reconnut d'abord son écriture, sur laquelle il eut pu chicaner , et gagner quelques jours qu'il eut fa|lu employer à la vérifier. Cette pièce avoit été écrite du temps de la guerre de Savoie, et il prétendoit que le roi , étant à Lyon , lui avoit

Lettre? *■ ' ' 7 7

du roi, pardonné toutes ses escapades. Le roi enquant le VOya des lettres du grand sceau à son par-

pardon J u x

qu'il lui lement , par lesquelles il révoquoit cette cordé à grâce. Mais on ne fit pas grande considé-

DE II E NRI- LE -GRAND. 35g

ration là-dessus ; car premièrement la grâce 1602. qu il lui avoit accordée n'étoit que verbale; el 2n second lieu, le parlement tient pour maxime qu'il y a des crimes que le roi ne peut pardonner , comme ceux de lèse-majesté divine et humaine, et ceux qui sont d'un horrible scandale , ou d'un grand préjudice au public. Quand on vint au réco- 1] ,ne

1 V reproche

lement et confrontation des témoins , et Poi^

L'alun.

qu'on présenta Laiïin à Biron , au lieu de le reprocher , comme c'étoit un homme que cent reproches rend oient incapable de porter témoignage , il le reconnut pour homme de bien et brave gentilhomme. Puis, lorsqu'il eut entendu lire sa déposition , il se mit à le charger d'injures, à l'appeler traître, magicien et méchant ; mais il n'étoit plus temps ; ses reproches n'étoient plus valables.

Il croyoit que Renazé fiit encore prison- Ren^è nier en Piémont; il s'étoit sauvé quelques devant

* J lui, dont

jours auparavant, et voilà qu'on le pré- »? e?t r?rt

' J ' -*■ L étonne.

sente devant lui, Il croit voir un fantôme, il demeure étonné et muet ; et sans lui faire aucun reproche , entend sa déposition , qui Dé o. étoit conforme à celle de Lamn. Ils dépo- Jion.s de

* I<atnn et

soient, outre ce que nous avons dit, qu'il J? Rena-

36o HISTOIRE

1602. avoit comploté avec le gouverneur du fort Sainte-Catherine , de faire tuer le roi lorsqu'il iroit reconnoître la place , oii Biron l'eût accompagné et eût marché un peu devant lui, vêtu d'une certaine façon , afin d'être connu. Ils disoient encore qu'il y avoit une autre entreprise pour enlever le roi lorsqu'il seroit a la chasse , ou ailleurs, mal accompagné, et le mener en Espagne.

11 est L'instruction du procès ainsi faite dans par la »i- la Bastille par quatre commissaires, on le parie- conduisit au palais par la rivière , bordée u est ouï. du régiment des gardes. Il fut ouï en parlement , assis sur la sellette , toutes les chambres assemblées , mais les pairs n'y étant pas , quoiqu'ils y eussent été appelés; puis il fut reconduit à la Bastille.

Le lendemain, dernier de juillet , on alla

aux opinions , et de cent cinquante juges ,

il n'y en eut pas un qui ne conclût à la mort.

Son ar- Il fut déclaré atteint et convaincu du crime

rêt de . .

condam- de lese-majeste pour les conspirations mort, faites par lui sur la personne du roi , entreprise sur son Etat, proditions et traités avec ses ennemis , étant maréchal de V armée dudit seigneur roi. Pour répara-

don de ces crimes , privé de tous états'. 160^ honneurs et dignités , et condamné a avoir la tête tranchée en place de Grève ; ses biens , meubles et immeubles, acquis et confisqués au roi; sa terre de Biron pour jamais privée du titre de pairie; cette terre et toutes ses autres réunies au domaine de la couronne.

Le roi , sous prétexte de faire grâce à ses d^e „** parents, niais craignant en effet quelque i)hce ef

I ' O ± j. commué

tumulte , parce qu'il étoit fort aimé des jy^***" gens de guerre i et avoit grand nombre d'amis à la cour, commua ]e lieu de l'exécution , et voulut qu'elle se fît dans la Bastille. Le chancelier y étant allé avec le pre- On lui

r • -î i c » î i h prononce

mier président, le ht mener a la chapelle, son arrêt où, sur les dix heures du matin, on lui prononça son arrêt, qu'il entendit un genou en terre , avec assez de patience , hormis quand ce vint à ces paroles : Conspiration sur la personne du roi. Pour lors, il se leva et s'écria : Il n'en est rien , cela est faux ; ôiez cela. Ensuite le chancelier , selon les formes , lui redemanda le collier de l'ordre, sa couronne ducale, et le bâton de maréchal. Il n'avoit pas les deux derniers avec lui , mais seulement le

l6o<k premier, qu'il tira de sa poche et le rendit. Il seroit inutile de rapporter tous ses discours, ses reproches, ses emportements, ses plaintes , ses exclamations , et cent extravagances (car on les peut nommer ainsi ) auxquelles il s'emporta.

h a îa Sur les cinq heures du soir il fut mené chée sur l'e'chafaud , où il eut la tête tranchée. On remarqua qu'elle bondit par trois fois , poussée par l'impétuosité des esprits qui s'y étoient transportés, et qu'il en sortit il est plus de sang que du tronc du corps. Il fut saint- u porté en l'église de Saint-Paul , où l'on

Paul. f ° , , . .

1 inhuma sans aucune cérémonie, mais avec un merveilleux concours de peuple , qui avoient tous les larmes aux yeux, et plaignoient ce brave courage, qu'une détestable ambition et un orgueil trop emporté avoient amené à une fin si malheureuse. H étoit H est bon de savoir que ce maréchal étoit T7nt f fort ignorant , mais extrêmement curieux dateur des prédictions des astrologues , devins , sortes" (îe géomaiiciens et autres affronteurs. On tient fions, même que Laffin avoit gagné ses bonnes grâces , sur ce qu'il lui faisoit croire qu'il parloit au diable, et qu'il l'avoit assuré qu'il seroit souverain. On dit encore qu'é

tant jeune , il alla un jour déguisé voir un diseur de bonne aventure , qui lui prédit qu'il seroit fort grand seigneur , niais qu'il auroit la tête coujDée, dont il se fâcha et le battit outrageusement ; qu'un autre devin lui prédit qu'il seroit roi , si un coup d'épée par derrière ne l'en empêchoit ; et un autre , qu'il mourroit par l'épée d'un Bourguignon , et qu'il se trouva que le bourreau qui lui trancha la tête étoit natif de Bourgogne.

On en compte encore beaucoup d'autres; mais , à dire vrai, la plupart de ces prédictions se font d'ordinaire après coup; et quand elles auroient effectivement précédé l'événement, il faut croire que c'est par hasard, et non point par science, les pronostiqueurs disant tant de hâbleries, qu'il est impossible qu'il n'en arrive quelqu'une. C'est Ré. donc une grande sagesse de se désabuser l'es prit deces sottes curiosités; car outre qu'elles ™ n'ont aucun fondement dans la raison , on gl offense Dieu d'y croire , et on donne prise à se laisser infatuer et mener par le nez. Aussi les habiles gens n'y ajoutent jamais foi, mais quelquefois ils s'en servent pour persuader les simples.

flexions

li^s-né-

ssaires

IK

raiirîs.

1602. Laffin et Renazé eurent leur abolition. Laffinet Un nommé Hébert, secrétaire du mare—

Beiiaaé . .

obtien- chai de Biron , souffrit la question ordinaire

nent leur „

abolition et extraordinaire sans rien confesser; toutesfois il fut condamné à une prison perpétuelle. Peu de temps après , le roi le fit mettre en liberté; mais le ressentiment de ce qu'il avoit souffert étant plus fort sur lui que celui de la grâce, il passa en Espagne, où il acheva ses. jours.

Cotrme Le baron de Lux , confident de Biron , baron de vmi; en cour sur la parole du roi. Il lui lançon- ^it tout ce qu'il savoit , et peut-être entum&5e core davantage ; moyennant quoi il obtint ges.dar" son abolition en telle forme qu'il voulut, et fut confirmé en ses charges et aux gouvernements du château de Dijon et de la ville de Beaune. Le roi retint le gouvernement de Bourgogne pour monsieur le Dauphin, et donna la lieutenance à Bellegarde , lequel depuis en fut gouverneur en chef. Montra- Montbarot, seigneur breton, fut mis prison-" dans la Bastille 7 sur quelques indices qu'il mi/enH- y avoit contre lui ; mais s'étant trouvé in- Lerle" nocent, on lui ouvrit aussitôt les portes.

Foula- l

neiies Le baron de Fontanelles , gentilhomme

rompu

la

de très-bonne maison, n'eut pas le même

sort; car , pour avoir trempé dans la con- 1602. spiration, et outre cela avoir traité de son chef avec îes Espagnols , de leur livrer une petite île sur les côtes de Bretagne, il fut rompu sur la roue en Grève , par arrêt du grand conseil.- Le roi , en considération de sa maison, qui est fort illustre, accorda aux parents que dans l'arrêt il ne seroit point appelé de son nom propre ; mais l'histoire ne l'a pu taire.

Le duc de Bouillon , se trouvant aussi un i,e ma peu impliqué dans l'affaire de Biron, jugea Bouillon à propos de se retirer en sa vicomte de Tu- aThs la renne. Le roi , ayant avis qu'il y tramoit îi°0nSpi X encore quelque chose, lui manda qu'il le lro'1' vînt trouver pour se justifier. Au lieu d'y le mande

. . . ^ en cour :

venir , il lui écrivit une lettre fort élo- au lieu

devenir,

quente, par laquelle illuireprésenta qu'ayant il ,va se

. x x j présenter

appris que ses accusateurs étoient très-mé- * la

1 A x m m chamnre

chants et très-artificieux , il le suppiioit de (le Cas-

, , très.

le dispenser d aller à la cour, et de trouver bon que, pour satisfaire à Sa Majesté, à toute la France et à son honneur propre , son procès lui fut fait à la chambre de Castres , en vertu du privilège qu'il avoit accordé à tous ceux de la religion prétendue, et qu'on voulût y envoyer les accu-

1602. sateurs et les accusations. Aussitôt il se rendit à Castres, se présenta à la chambre , et prit acte de sa comparution. Le roi n'eut point cette réponse agréable : il blâma même le procédé des juges de Castres , qui lui en avoient donné acte , et lui manda qu'il n'étoit point encore question de le mettre en justice, et qu'il eût à venir au plus tôt.

Puis se Comme il fut averti, par les amis qu'il GenbW] avoit à la cour, de la résolution du roi, Heidef- lec[ueï lui avoit envoyé le président de cS ' le Commartin pour lui faire entendre sa vo- ISaïin, lonté, il partit de Castres, alla à Orange , rent.pa~ passa par Genève, puis se retira à Heidelberg, chez le prince Palatin, disant en sage politique, comme il étoit, qu'il ne falloit ni capituler avec son roi , ni s'approcher de lui tandis qu'il étoit en colère. Cette affaire couva quelques années ;*nous verrons en son lieu comme elle se termina.

v^îr fdë -N faut avouer que la faveur de Rosny SrvoTt serv°it en ce temps-là de prétexte presfe^aux °Lue â tous ^e s mécontentements et à toutes teite"" *es conspirations des grands. Le roi Favoit "andf." véritablement élevé par trois ou quatre

belles charges, parce qu'il croyoit ne pou- 1602. voir assez récompenser les services qu'il lui rendoit; en cela, ce prince ne mérite que louanges , d'autant qu'un bon maître ne peut faire trop de bien à un bon serviteur. Mais si les brouillons et les malcon- Le roi

• • î-i i • 1 • ne lui

tents se plaignoient ou il luidonnoittrop de donnoit

, 1, i • • pourtant

charges et d emplois , au moins ne pou— pas trop

• *i • i j-i 1 <■ t ' » pou—

voient-ils pas se plaindre qu il lui donnât voir; car

i - ,-, 3 . 1 a „ iHerete-

trop de pouvoir, et qu il 11 en donnât qu a noitpour

,. . . .. , . lui-même

lui seul ; car il est vrai de dire que Rosny n'avoit pas la liberté de faire la moindre grâce de son chef. 11 falloit pour toutes choses s'adresser directement au roi : il vouloit distribuer lui-même toutes les grâces et les récompenses à des gens qu'il en connut dignes , qui lui en eussent obligation , et qui n'eussent dépendance que de lui. Ce grand prince savoit bien que celui vérité

° x j lrès-im—

QUI DONNE TOUT, PEUTjTOUT; ET QUE CELUI QUI NE P«! lai1lc»

DONNE RIEN, N'EST RlENQUECE QU'lL PLAIT A CE- LUI qui donne TOUT.Ïlavoit trop de courage et trop de gloire pour souffrir qu'un autre fit la plus noble fonction de son autorité royale. Quelque faveur et quelque familiarité qu'on eût auprès de lui, si on eût manqué de lui garder un profond respect , de lui parler et

1C02. d'agir avec lui autrement qu'on ne le doit avec son maître et avec son roi , on fut tombé sans doute aussitôt en disgrâce ; et ce fut , comme nous avons remarqué , une des causes de la perte de Biron. Jugez donc si celui qui ne vouloit point qu'on fit en rien du monde le compagnon avec lui , eut enduré qu'on eut fait le souverain : jugez s'il se futcontenté que ses ministres eussent simplement pris son agrément sur une affaire, et qu'ils ne lui eussent parlé des choses que par manière d'acquit , après les avoir résolues d'eux-mêmes. Non sans doute ; il vouloit que les résolutions partissent de sa tête et de son mouvement ; que le choix fût de lui ; qu'il eut seul la puissance d'élever et d'abaisser , et que personne que lui ne fut arbitre de la fortune de ses sujets. Ce n'est pas qu'il ne considérât , comme il est juste , les recommandations des grands de son Etat et de ses ministres , dans la collation qu'il faisoit des bénéfices , des emplois et des charges : mais c'étoit toujours de telle façon , qu'il faisoit connoître à celui à qui il les donnoit , qu'il ne devoit les tenir que de lui. L'exemple suivant le montre bien. L'évêché de Poitiers étant venu à vaquer,

DE HENRI -LE -GRAND. 36g

Rosny le supplia instamment de considérer 160*. en cette occasion Pierre Fenouillet , réputé p]f X^"I savant homme et grand prédicateur. Le ™u°J^ï roi, nonobstant cette recommandation, le */,tde^ donna à l'abbé de La Rochepozay , qui en ^j-JI68 son particulier avoit beaucoup de bonnes Ues' qualités , et, outre cela , étoitfils d'un père qui avoit également bien servi de son épée pendant la guerre, et de son esprit dans les ambassades. A quelque temps de là , l'évêché de Montpellier vint à vaquer : le roi , de son propre mouvement , envoie chercher Fenouillet , et lui dit qu'il le lui donnoit, mais à condition qu'il n'en auroit obligation qu'«^ lui seul. On voit par là comme il considefroit en quelque sorte la recommandation de Rosny : mais on voit aussi comme étoit bornée la puissance de ce favori , qui donnoit de la jalousie à tout le monde. Je l'appelle favori, à cause qu'il avoit les emplois les plus éclatants ; quoiqu'à dire vrai , il n'avoit aucune prééminence sur les autres du conseil ; car Villeroy et Jannin étoient plus considérés que lui pour les négociations et pour les affaires étrangères; Bellièvre et Sillery,pour la justice, la police et le dedans du royaume.

1602, Et ii ne faut pas s'imaginer que ces gens-là dépendissent en aucune façon de lui : il n'y avoit qu'un chef dans l'Etat, qui étoit le roi , lequel faisoit mouvoir tous les membres , et duquel seul ils recevoient les esprits et la vigueur.

Sur la fin de cette année , le duc de Sa-

En! re-

prise du <!uc d Savoie

e voie, pensant se venger et se dédommager

s„r Ge- °^e hi perte de son marquisat de Saluées sur Mwie!le ^a v*^e ^e Genève, essaya de la surprendre par escalade. L'entreprise avoit été formée par les conseils du seigneur d'Albigny , et le duc avoit passé les monts , la croyant infaillible. D'Albigny conduisit deux mille hommes destinés pour cela , jusqu'à demilieue de la ville : mais s'étant chargé de la conduite de cette action, il ne jugea pas à propos de s'engager dans la place , et en laissa l'exécution à d'autres. Le commencement en fut assez heureux. Plus de deux cents hommes montèrent par des échelles , gagnèrent les remparts , et coururent par toute la ville sans être aperçus. Cependant les bourgeois furent éveillés par les cris des fuyards d'un corps-de-garde , qui découvrit les entrepreneurs , et qui aussitôt se vit chargé par eux; et le pétardier qui de-

voit rompre une porte par-dedans , pour 1602. faire entrer ceux de dehors , vint malheureusement à être tué. Après quoi ils furent accablés de tous côtés ; la plupart essayèrent de regagner leurs échelles ; mais le canon de la courtine les ayant brisées i ils furent presque tous tués , ou se rompirent

le cou en sautant dans le fossé. Il en fut pris . Tr«*e

1 des entreize en vie , presque tous gentilshom- trepré*.

1 x ° nciu's

mes , entre autres Attignac , qui avoit Peiid"sservi de second à don Philippin, bâtard de Savoie. Ils se rendirent sur l'assurance qu'on leur donna de les traiter en prisonniers de guerre ; mais les cris furieux de la populace , qui représentoit le danger où leur ville avoit été des massacres , des vio~ lemenfs, d'un incendie universel et d'une servitude perpétuelle , forcèrent le conseil de cette petite république à les condamner à la mort infâme de la potence , comme des voleurs. On attacha leurs têîes , avec cinquante-quatre autres de celles des tués, sur les fourches patibulaires , et on jeta les corps dans le Rhône.

Le duc de Savoie , tout confus d'un si mauvais succès , et encore plus des reproches que toute la chrétienté lui foi soit d'à-

Le

duc

de Sa-

voie

s'ex-

eu se

en-

vers

les

Suis

es.

1602. voir tente une telle entreprise en pleine paix, repassa les monts en poste, laissant ses troupes près de Genève , et tâcha de s'excuser envers les Suisses de ce qu'il avoit voulu surprendre cette ville , qui éfcoit sous leur protection , aussi bien que sous celle de France , disant qu'il ne Pavoit pas fait pour troubler le repos des ligues , mais pour empêcher que Lesdiguières ne s'en emparât pour la remettre au roi.

pe qui Les ducs de Savoie ont depuis long*-

relevé la 10

riiie de temps prétendu que cette ville est de leur souveraineté, et que les évéques , qui en ont porté le titre de comte , et en ont été seigneurs durant quelque temps , rele voient d'eux. C'est pourtant ce que les évéques n'ont jamais avoué, ayant toujours maintenu qu'ils dépendoient immédiatement de l'Empire. La ville , de son côté , soutient qu'elle est ville libre , qui n'est point sujette, pour le temporel, ni à ses évéques, lesquels elle chassa entièrement l'an i533 , lorsqu'elle renonça malheureusement à la religion catholique, ni au duc de Savoie, mais seulement à l'Empire, dont elle a toujours les aigles arborées sur ses portes. Il n'est pas besoin de rapporter ici les

titres des uns ni des autres ; mais pour lors i6oa. la ville de Genève étoit en possession de sa pleine liberté il y avoit plus de soixante ans, et s'étoit alliée avec les cantons des Suisses. Or les Suisses étoient compris dans Eiieétoit le traité de Vervins , comme alliés de la suisTe/* France ; par conséquent la ville de Genève protêt a y étoit aussi , et le roi l'avoit assez déclaré FrLce.6 au duc de Savoie. Il ne laissa pas pourtant de tenter l'entreprise que nous venons de dire, espérant que, si elle réussissoit, le roi d'Espagne et le pape le soutiendroient , et que le roi , pour si peu de chose , ne voudroit pas rompre la paix.

Les Genevois , furieusement animés , Les Gé-

, •. , . « . , nevois

commencèrent de lui taire la guerre ; et en- font la

, . guerre au

trant courageusement sur ses terres , lui duc <ie prirent quelques petites bicoques. Ils pensoient que le roi et les Suisses seconderoientles mouvements de leur ressentiment, et que tous les potentats d'Allemagne ac— courroient pour les assister. Mais le roi désiroit observer la paix , et étoit trop prudent pour souffrir qu'il s'allumât une guerre dans laquelle il n'eût pas pu accorder ensemble la religion et la politique, et ajuster l'honneur et les intérêts de la France, obli-

3y4 HISTOIRE

1602. gée à protéger ses alliés , avec les bonnes

grâces du pape, porté par son devoir à la

Mais ie ruine des huguenots. Il leur envoya donc

roi les n r . 1

oîjiige à De Vie les assurer de sa protection , mais paix. avec ordre de leur faire connoître que la paix leur étoit si nécessaire , et la guerre si ruineuse , qu'ils dévoient se porter à embrasser l'une et fuir l'autre. Comme ils avoient peu de force pour tant de colère, et qu'ils ne pouvoient rien sans son assistance , ils furent contraints de se relâcher , et d'entrer dans un traité avec le Savoyard, par lequel il fut dit qu'ils étoient compris dans le traité de Vervins , et que le duc ne pourroit bâtir aucune forteresse à quatre lieues de leur ville.

Affaire H arriva presque au même temps crue la

deMelz, 1

où les ba- ville de Metz se souleva contre le gouver—

Citants se a ~ °

Larrica- neur de la citadelle. Il s appeloit S obole ,

dent con-

tre So- lequel y avant été mis lieutenant par le duc gouver- d'Epernon , à qui Henri III avoit donne ce

rieur. *■ *■

gouvernement en chef, s 'étoit depuis détaché de ce duc , je ne sais point par quelle considération , et avoit pris des provisions du roi. Il avoit un frère qui le secondoit dans les soins de ce gouvernement.

Durant la dernière guerre contre l'Es-

neur.

pagne, ces deux frères avoient accusé les ,602. principaux habitants de Metz d'avoir conjuré de livrer la ville aux Espagnols. Il y en eut plusieurs d'emprisonnés , quelquesuns de mis à la question ; mais pas un ne fut trouvé coupable : de sorte que tous les bourgeois, croyant avec sujet que ce fut une calomnie , prirent les Sobole en haine, et dressèrent des cahiers de plaintes contre eux , les accusant de quantité d'exactions et de cruautés. Le duc d'Epernon , qui Leduc

- . - * -v v 1 d'JEper-

sans doute soutenoit ces bourgeois a la non aiiu-

- , . me le feu

cour, y rut envoyé par le roi pour accom— piusfoa. moder ce différend. Les Sobole, qui l'a— voient offensé , ne se fi oient point en lui : ils ne voulurent point le laisser entrer dans la citadelle le plus fort , ni faire sortir la garnison au-devant de lui ; tellement qu'étant justement animé, il enflamma la plaie au lieu de la guérir, et échauffa de sorte les habitants, qu'ils se barricadèrent contre eux. Le roi, qui savoit que les moindres " r . binettes étoient capables de causer un grand y Vi embrasement , ne se contenta pas d'y envoyer La Varenne, mais s'y achemina luimême , étant d'ailleurs bien aise de visiter cette frontière. Sobole lui remit la place

même.

ro

i pour

tr ré—

)lisse-

snt.

1602. entre les mains; et il la donna à Arquien, iaiS°rend lieutenant-colonel du régiment des gari* PiîCk &es > avec ^a quaufcé de lieutenant de roi , "es mains Pour y commander en l'absence du duc qufenT d'Epernon , gouverneur , lequel n'y eut pas grand pouvoir tant que le roi vécut.

ï6°3; Le roi passa* les fêtes de Pâques à Metz, snites Tandis qu'il y fut, il écouta la requête que ûnt re- les jésuites lui firent pour leur rétablisse—

quêle au , ~ . .

ment. Il remit a leur taire justice, quand il seroit de retour à Paris , et permit au père Ignace Armand et au père Coton de s'y rendre , pour solliciter leur cause. Ils n'y manquèrent pas; et le père Coton, qui étoit d'un entretien extrêmement doux et accord , et fort célèbre prédicateur , gagna aussitôt les bonnes grâces de toute la cour, et plut si fort au roi , qu'il obtint de Sa Majesté le rappel de la société en France , malgré même les avis de quelques-uns de l<? roi son conseil. Il les rétablit donc par un édit but bien qu'il fit vérifier en parlement , et fit abattre

glorieu— . . 1 ..,,-, ,

sèment, ensuite cette pyramide qui avoitete dressée devant le palais , en la place de la maison , de Jean Châtel , sur laquelle il y a voit plusieurs écrits en vers et en prose très-sanglants contre ces pères. Ainsi leur bannisse-

ment fut glorieusement réparé , surtout le «6 2. roi ayant retenu auprès de lui le père Coton , en qualité de son prédicateur ordinaire , et de confesseur et directeur de sa conscience. Cela ne s'accomplit qu'en l'an

Dans ces deux années de 1602 et i6o3, 1602

et

nous avons encore à remarquer trois ou 1605. quatre choses importantes. La première , nvisite que le roi , au sortir de Metz , alla à Nancy ^NaS! visiter sa sœur, la duchesse de Bar, laquelle mourut l'année suivante sans enfants. La seconde, qu'il renouvela l'alliance 11 re-

i o • < 1 -in nonvelle

avec les ouïsses , et a quelques mois de la alliance avec les Grisons , nonobstant les obstacles suisses

et les

que tâcha d'y apporter le comte de Fuen- Grisons.

tes , gouverneur du Milanois. La troisième, 11 ap-

que, s en retournant a Paris , il reçut la mort

nouvelle de la mort d'Elisabeth, reine d'An- teth, reine d'Angleterre, l'une des plus illustres et des plus giet(

héroïques princesses qui aient jamais régné, et laquelle régit son Etat avec plus de conduite et plus de vigueur qu'aucun roi de ses prédécesseurs n'avoit jamais fait.

Elle étoit fille du roi Henri VIII, et de cette Anne de Boulen, pour l'amour de laquelle il a voit quitté Catherine d'Ara-

eterre.

i€<>5. gon , tante de l'empereur Charles-Quint , av^]tle sa première femme. Il ne manqua presque reiigioaIa r^en au bonheur de son règne que la reliqued'Aii- g*011 catholique qu'elle bannit d'Angleftefaite' terre ; et on eût pu lui donner le nom de Marie1" bonne aussi bien que celui de grande , si saUacî>u- e^e n'eût pas traité si inhumainement , sine* comme elle fit , sa cousine germaine Marie Stuart, reine d'Ecosse, qu'elle tint dixhuit ans prisonnière , et puis lui fit couper la tête, à cause de quelques conspirations que les serviteurs et amis de cette pau~ vre princesse avoient faites contre sa personne.

Jacques Le f\\s fte cette Marie, nommé Jac-

VI , roi 7

f.Eco^» ques VI, roi d'Ecosse, étant le plus proche Marie , <JU sang d'Angleterre , comme petit-fils de auroyau- de Marguerite d'Angleterre , fille du roi gieterre. Henri VII , et sœur du roi Henri VIII ,

II n'etoit 7

queJac mariée à Jacques IV, roi d'Ecosse, suc-.

ques 1er *■ 7

du nom céda à Elisabeth, qui avoit fait mourir sa

entre les x-

™* , mère. II voulut s'appeler roi de la Grande-*

d'Angle- l *

terre. Bretagne, pour unir sous un même titre les deux couronnes d'Angleterre et d'Ecosse , qui en effet ne sont qu'une même île ? jadis appelée par les Romains Magna Britannia.

DEHENRI-LE-GRAND. 3jg

L'alliance d'un si puissant roi pouvoit 1603. faire pencher la balance du côté qu'il se fut tourne' , ou de France , ou d'Espagne ; Ambas-

? • i? ,, , sadeurs

c est pourquoi 1 une et 1 autre 1 envoyèrent de Frauaussitôt saluer par de magnifiques ambas- d'Espasades, chacun tachant de 1 attirer a soi. Le avoir son fut Rosny qui y passa de la part de Henrile-Grand. Il obtint toutes les audiences qu'il voulut fort favorables ; et après quelques difficultés , la confirmation des anciens traités d'entre la France et l'Angleterre. L'ambassadeur d'Espagne ne trouva pas tant de facilité en sa négociation ; les Anglois tinrent ferme. Il fallut que le lieu du traité fût pris en Angleterre , que les Espagnols leur accordassent îe commerce par toutes leurs terres , même aux Indes , et qu'ils leur donnassent liberté de conscience en Espagne ; en sorte qu'ils ne se— La iélé roient point sujets à l'inquisition, ni obli- f^térêt. gés de saluer le Saint-Sacrement par les rues , mais seulement de se détourner.

La France étant dans une profonde paix , tant au dehors , par le renouvellement de ses alliances avec les Suisses et avec l'Angleterre , qu'au dedans , par la découverte des conspirations qui avoient été entière-

38o HISTOIRE

i6o5. ment dissipées , le roi jouissoit d'un repos

digne de ses travaux , et ses peines passées

^e roi rendoient ses plaisirs plus doux. Il n'étoit

travaille f . . •

âentrete- pas néanmoins oiseux : on le voyoït tou-

râx la A . ?

paix. jours dans l'occupation , et il s einployoït avec autant de soin à conserver la paix , cette divine fille du ciel, qu'il avoit apporté de courage et d'ardeur à faire la guerre .

On lui a souvent ouï dire que quand il

paroles , eut pU rendre la maison de France aussi

et bien A

dignes puissante en Europe , qu'est celle des Otto-

grandroi mails en Asie, et conquérir en un moment

tous les Etats de ses voisins , il ne l'auroit

pas voulu faire au déshonneur de sa parole,

obligée à l'entretien de la paix.

Ses di- ^es P^us orQ,inaires divertissements pen-

vertisse- dant ce temps-là étoient la chasse et les

ments. A

bâtiments. Il avoit des manœuvres en même temps à Sainte-Croix d'Orléans, à Saint-Germain-en-Laye , au Louvre et à la place Royale.

Occu- La noblesse françoise ayant la paix , ne la nobles- pouvoit aussi demeurer sans rien faire ï les çoise. uns passoient le temps à la chasse , les autres auprès des dames; quelques-uns à apprendre les belles-lettres et les mathé-

matiques , d'autres à voyager dans les pays i6o3. étrangers, et d'autres à continuer l'exercice de la guerre , sous îe prince Maurice en Hollande. Mais plusieurs à qui les mains démangeoient, et qui cherchoient à signaler leur valeur sans partir de leurs maisons , devenoient pointilleux, et pour le moindre mot , ou pour un regard de travers , met— toient l'epée à la main. Ainsi la manie Dtiel

J m . trop fn

des duels entra bien avant dans les esprits queuts. des gentilshommes ; et ces combats étoient si fréquents, que la noblesse versoit presque autant de sang sur le pré par ses propres mains , que les ennemis lui en avoient fait perdre dans les batailles.

Le roi pour cela fit un second édit fort fjJ(i T sévère , qui défendoit les duels, et confis- fai quoit le corps et les biens de ceux qui se portoient sur le pré. D'abord cette défense refroidit un peu l'ardeur des plus échauffés : mais parce qu'il donnoit souvent grâce de ce crime , sa bonté ne pouvant la refuser à des gens qui l'avoient fidèlement servi dans son besoin , il arriva que dans peu de * temps le mal reprit son cours presque aussi fort comme auparavant

Comme il recevoit de tous cotés des avis

Ire relie manie.

i6o3. pour accommoder et enrichir son royaume,

il fait il apprit qu'il y avoit, en divers endroits

donnan- de la France , d'assez bonnes mines d'or

ces pour -, , ... i i i

travailler et d argent, de cuivre et de plomb , et que nés d'or, si on y faisoit travailler , on n'auroit pas etdecni- besoin d'en acheter des étrangers ; que même , quand il n'y auroit pas grand profit à les fouiller , on en tireroit toujours cet avantage, que l'on y emploieroit quantité de fainéants, et aussi ceux des criminels qui ne méritoient pas la mort, lesquels eussent pu y être condamnés pour quelques années. Il fit donc un édit qui renouveloit les anciennes ordonnances touchant les officiers , directeurs et ouvriers des mines ; et l'on commença d'y travailler dans les Pyrénées , ou il est certain qu'il yen avoit autrefois d'or et d'argent , et qu'il y en a encore : de sorte que, si on eut voulu continuer ce travail , il y a bien de l'apparence qu'on en eût tiré de notables avantages : mais , ou la négligence des directeurs , ou leur peu d'intelligence , et d'ailleurs l'impatience des François , qui se rebutent aussitôt si une chose ne leur réussit pas avec facilité, le firent discontinuer.

On en entrepri t un autre de fort grande

commodité pour Paris. C'étoit de joindre i&>3. la rivière de Loire à la Seine , par le canal On en-

r . .,, treprend

de Briare. Rosny y iaisoit travailler avec de faire beaucoup de dépense , et y employa près '* i*»i« de trois cent mille écus ; mais l'ouvrage fut seine. interrompu, je ne sais pourquoi. On Ta repris sous le règne de Louis XIII, et amené à sa perfection.

On en proposa encore un autre , qui étoit Autre

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