‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 22 sur 29 · x dessein · texte numérisé non relu

x dessein

de faire communiquer les deux mers , l'O- àe ioincéan et la Méditerranée , en joignant en- de,ix

* ° mers.

semble la Garonne , qui va dans l'Océan ; et l'Aude, qui tombe dans la Méditerranée, au-dessous de Narbonne, par des canaux qu'on devoit tirer par de petites rivières qui sont entre ces deux grandes. Le pays de Languedoc offroit d'y contribuer ; mais il se trouva des difficultés qui empêchèrent cette entreprise.

La navigation s'étant rétablie par le bon ordre que le roi avoit donné de tenir ses côtes en sûreté, et de punir sévèrement les pirates quand on les attrapoit, nos vaisseaux ne se contentoient pas de trafiquer aux lieux ordinaires, mais entreprenoient aussi d'aller au Nouveau-Monde, dont ils avoient presque oublié la route depuis Ta-

mer des cas tor.

i6o3. mirai de Coligny. Un gentilhomme sain- Naviga- tongeois, nommé Du Gas, commença,

lion en .. . 5 7

Canada , avec commission du roi , les voyages de

et corn- ^ . 7 J O

ce Canada , où depuis fut établi le commerce des castors , qui sont des |>eaux d'un certain animal amphibie, presque semblable aux loutres de ce pays-ci.

Établis- Parmi tous ces établissements , il ne faut

sèment 7

de reii- pas oublier ceux de quantité de nouvelles

gieux et *■ J-

i eiigieu- compagnies religieuses , qui se firent dans Paris. On y vit pour la première fois des Récollets , qui est une branche de l'ordre de Saint-François, d'une nouvelle réforme; des Capucines et des Feuillantines ; des Carmélites , lesquelles y furent amenées d'Espagne ; des Carmes déchaussés , qui vinrent aussi du même pays ; des frères de la charité , vulgairement appelés frères ignorants, venus d'Italie; et tous eurent bientôt bâti leurs couvents des aumônes et charités des personnes dévotes.

Au milieu de ce grand calme dont le roi jouissoit, et durant toutes ces belles occupations , qui étoient si dignes de lui , il ne laissoit pas de sentir des chagrins et des ennuis qui le fàchoient fort. Il ny en avoit point de plus cuisant ni de plus

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continuel que celui qui lui venoit de la i6o3. part de sa femme et de ses maîtresses.

Nous avons vu comme mademoiselle Le roî d'Entragues l'avoit engagé. Il lui avoit Vemeuii donné la terre de Verneuil , près de Senlis ; moiseiie" et pour l'amour d'elle, l'avoit érigée en gae". ra" marquisat. Depuis qu'il avoit été marié, il ne laissoit pas d'avoir le même attachement pour elle, de la mener en ses voyages, et de la loger à Fontainebleau .

Ces désordres scandaleux offensoient ex- Eiiemétrêmement la reine ; et d'ailleurs la fierté offe°soit de la «marquise l'outrageoit furieusement ; car elle parloit toujours d'elle avec des termes ou injurieux , ou méprisants , jusqu'à dire quelquefois que si on lui faisoit justice , elle devroit tenir sa place.

La reine aussi , de son côté , s'empor- Qui de

,, 0 . son côlé

toit avec raison contre elle , et en taisoit ses se ren-

plaintes a tout le monde. Mais ce n etoit fâcheuse

i i i? - i * -î vers ^e

pas le moyen ae gagner 1 esprit du roi : il roi.

eût peut-être mieux valu qu'elle eût sagement dissimulé son déplaisir, et que, par ses caresses , elle se fût rendue maîtresse d'un cœur qui lui appartenoit légitimement. Le roi aimoit à être flatté ; il aimoi t le doux entretien et la complaisance ,

il se prenoit par la tendresse et par l'affection. Le filtre de l'amour est l'amour même ; c'est ce qu'elle devoit employer auprès de lui, non pas les gronderies , les dédains et le mauvais accueil , qui ne servent qu'à dégoûter davantage un mari , et à lui faire trouver plus de plaisir dans les appas d'une maîtresse, qui prend soin d'être toujours agréable et toujours complaisante. Au lieu de tenir cette route , elle étoit toujours en pique avec le roi ; elle l'aigrissoît à toute heure par des plaintes et par des reproches; et quand il pensoit trouver avec elle quelque douceur pour se délasser de ses grands travaux d'esprit , il n'y rencontroit que de l'amertume et du fiel.

Elle avoit auprès d'elle une femme de chambre florentine , fille de sa nourrice, nommée Léonora Galigai , créature extrêmement laide , mais fort spirituelle , et qui avoit su si adroitement s'insinuer dans son cœur et s'en emparer de sorte qu'elle la gouvernoit tout-à-fait. On dit, je ne sais ce qui en est , que cette femme , craignant que la reine sa maîtresse ne l'aimât moins , si elle aimoit parfaitement le roi son mari , l'éloignoit de lui tant qu'elle pouvoit, afin

de la posséder plus à son aise. Depuis , *6o3. aiin d'avoir un second dans ses desseins , Leonora

Il • ' T^l * 1 et C°n~*

elle se maria et épousa un r lorentm , do- chini son mestique de la reine , qui s'appeloit Con- l'entrete-

' . . noient

cnmi , un peu de meilleure extraction en ses

9 11 t m i? t» • ^ mauvai-

qu elle , étant petit-nls d un Baptiste Con- ses hu-

, . . . , , , . , „ , meurs.

chim, qui avoit ete secrétaire de Corne, duc de Florence.

L'opinion commune est que ces deux personnes travaillèrent conjointement, tant que le roi vécut , à entretenir des aigreurs dans l'esprit de la reine , et à la rendre toujours fâcheuse et de mauvaise humeur envers lui ; de sorte que sept ou huit ans durant, s'il y avoit un jour de calme et de plaisir dans ce ménage , il y en avoit deux de mécontentement et de fâcherie. En cela véritablement la faute du roi étoit la plus grande , pour ce qu'il donnoit sujet à ces troubles , et que le mari étant comme dit saint Paul , le chef de la femme , doit lui donner l'exemple , et avoir plus étroite union avec elle.

Nous avons remarqué cela une fois pour toutes ; mais on ne sauroit assez souvent faire cette réflexion : Que le péché est la cause du désordre ; et que, pour un petit

i6p3. plaisir y il cause mille ennuis et mille Les dé- maux, dès ce monde ici même. Le roi

hanches

fiuroiiuj n'étant âgé que de cinquante ans justement, rent la commença d'avoir cette année quelques légères atteintes de goutte , qui peut-être étoient les effets douloureux de son excessive volupté , aussi bien que de ses fatigues. Pour revenir à la marquise , il arriva un La reine jour que la reine étant fort offensée de ses ïae"mar- discours , la menaça qu'elle sauroit bien vTrneuii réprimer sa méchante langue. La marquise le Sielfê se mit à faire îa triste et la dolente , à fuir la pins le roi, et à lui faire entendre qu'elle le supplioit de ne lui plus parler, pour ce qu'elle avoit peur que ia continuation de ses faveurs ne lui fut trop préjudiciable, à elle et à ses enfants. Son dessein étoit d'enflammer plus fort sa passion, en se montrant plus difficile. Or, comme elle vit que son adresse n'avoit pas tout l'effet qu'elle espéroit, et que d'ailleurs la colère de la reine s'étoit accrue à tel point qu'il y avoit en effet quelque danger pour elle et Et son poUr les siens , elle s'avisa d'une autre

perc lui A

demande Cft0se. D'Entragnes son père demanda se retirer permission au roi de l'emmener hors du

avec elle I

hors de r0yaume , pour éviter la vengeance de la

DE HENRI -LB-Gfi AND. 38g

reine. Le roi lui accorda sa demande plus *6°4 facilement qu'elle, ne pensoit ; dont étant H*aM-

-*- l ieni avec

outrée au dernier point , son père et le l'ambas-

A * saujeur

comte d'Auvergne, son frère utérin, se d'EsPa-

° gue,pour

mirent à traiter secrètement avec l'ambas- s'y ieti-

rcr.

sadeur d'Espagne , pour avoir retraite sur les terres de son roi , et se jeter entièrement eux et les enfants entre ses bras.

L'ambassadeur crut que cette affaire seroit fort avantageuse à son maître , et qu'en temps et lieu il se pourroit servir de cette promesse de mariage que le roi avoit donnée à la marquise. Ainsi , il leur accorda facilement tout ce qu'ils demandèrent, et y ajouta toutes les belles promesses dont les esprits foibles et légers se peuvent enivrer.

Le roi leur avoit accordé permission de se retirer hors de France, sans emmener pourtant les enfants , dans la croyance qu'il avoit qu'ils iroient en Angleterre , devers le duc de Lenox et le comte d'Aubigny , de la maison de Stuart , qui étoient leurs proches parents : mais lorsqu'il eut appris qu'ils méditoient leur retraite eu Espagne, r il résolut de les en empêcher , et premiè- j**onl (1° rement, d'y employer les voies de doit— 0jllp5'" ceur. îl manda donc le comte d'Auvergne,

JQO HISTOIRE

i6oi. qui étoit lors à Clermont, assez aimé dans pour cet la province, pour croire qu'il y pouvoit mande le demeurer en sûreté. Il refusa de venir ,

c^mte , „

d'Auver- qu auparavant il n eut son abolition scellée est ' à en bonne forme , de tout ce qu'il pouri oit mont, et avoir fait. C'étoit une sorte de nouveau

qui refu- . .

se de ve- crime de capituler avec son roi ; toutefois il la lui envoya , mais avec cette clause , qiCil se rtndroit aussitôt auprès de lui.

Sa défiance {ne lui permit pas d'obéir à cette condition; il demeura dans la province , oii il se tenoit sur ses gardes avec toutes les précautions imaginables. Néanmoins il ne put être si fin que le roi ne le fît attraper , et par un artifice assez grossier. Il étoit colonel de la cavalerie française ; on le pria d'aller voir faire montre à une compagnie du duc de Vendôme. Il y aHa. bien monté, se tenant assez éloigné pour n'être pas enveloppé ; néanmoins d'Eurre , lieutenant de cette compagnie , et Nerestan , l'abordant pour le saluer , montés sur des bidets , de peur de lui don-*

ner du soupçon , mais avec trois soldats 11 est •

anêté déguisés en laquais , le jetèrent à bas de

prison- ° x 9m

nier et son cheval et le firent prisonnier. On l'a-? à ia Bas- mena aussitôt à la Bastille, où il fut saisi

tille. *

DE HENRI- LE - GRAND. 3CjI

d'une extrême frayeur , quand il se vit logé 1604. en la même chambre oii a voit été le maréchal de Biron , son grand ami.

Incontinent après , le roi fit aussi arrêter ojEnd'Entragues , qui fut mené à la Concier- la margerie, et la marquise, qui fut laissée dans âfctausson logis, sous la garde du chevalier du tes. Guet. Puis , désirant faire connoître , par des preuves bien publiques , la mauvaise intention de l'Espagnol , qui séduisoit ses sujets , et qui excitoit et fomentoit à tout propos des conspirations dans son Etat, il remit les prisonniers entre les mains du parlement; lequel les ayant convaincus d'avoir comploté avec l'Espagnol , déclara , Arrêt par un arrêt du Ier de février, le comte kmenT" d'Auvergne , Entragues , et un Anglois ! nommé Morgan , qui a voit été l'entremetteur de cette belle négociation, criminels de lèse-majesté , et comme tels , les condamna à avoir la tête tranchée ; lÉ* marquise, à être conduite sous bonne garde en l'abbaye des religieuses de Beaumont , près de Tours, pour y être recluse ; et que cependant il seroit plus amplement informé contre elle , à la requête du procureur général,

contre eux.

ibok La reine n'a voit point épargné ses sollicitations pour faire donner cet arrêt , croyant que l'exécution satisferoit son ressentiment ; mais la bonté du roi se trouva plus grande que sa passion. L'amour qu'il . avoit pour la marquise n'étoit pas si fort éteint , qu'il put se résoudre à sacrifier Le mi celle qu'il avoit si puissamment aimée. Il donnent ne voulut pas qu'on leur prononçât l'arrêt ; tifîer^îa et à deux mois et demi de là, savoir, le marquise jg d?a.vril , il commua , par des lettres du grand sceau , la peine de mort du comte d'Auvergne et du seigneur d'Entragues , en une prison perpétuelle ; et celle de Morgan en un bannissement perpétuel. Quelque temps après , il changea encore la prison d'Entragues au séjour de sa maison de Malesherbes en Beauce. Il permit aussi à la marquise de se retirer à Verneuil; et sept mois s'étant passés sans que le procureujygénéraï eût trouvé aucune preuve XT . . contre elle , il la fit déclarer entièrement

Mais le "

comte innocente du crime dont elle avoit été ac-

d Auvergne de- cusée.

meure à

tiiie Baet ^ n'y eut Q1^ ^e comte d'Auvergne qui , Touin/" étant Ie Pms a craindre , fut le plus malde sa traité ; car , non-seulement le roi le retint

comte.

DE HENRI- LE-GRAND. 3o,3

prisonnier à la Bastille , où il croupit douze 16.0.4. ans durant , mais encore lui fit ôter la propriété de la comté d'Auvergne. Il en portoit le titre , et en jouissoit en vertu de la donation que le roi Henri lïï lui en avoit faite.

La reine Marguerite, nouvellement revenue à la cour , soutint que cette donation ne pouvoit être valable , pour ce que le contrat de mariage de Catherine de Médicis leur mère, à laquelle cette comté appartenoit, portoit substitution de ses biens , et cette substitution, disoit-elle, s'étendoit aux filles au défaut des mâles ; partant , cette comté lui revenoit après la mort du roi Henri III, et il n'avoit pu la donner à son préjudice.

Le parlement ayant écouté ses raisons et Laqvej. vu ses preuves , cassa la donation faite par jagée à

la reine

Henri ÏII , et lui adjugea la comté. En ré- Marguecompense de cette obligation et de beau- donneses coup d'autres qu'elle avoit au roi, elle fit dauphin, une donation entre-vifs de tous ses biens à monsieur le Dauphin, s'en réservant seulement l'usufruit sa vie durant.

Le comte d'Auvergne, ainsi dépouillé, demeura dans la Bastille jusqu'en 161G,

t6o4. . que la reine Marie de Médicis , ayant besoin de lui durant quelques brouilleries , le délivra de là , et le fit justifier. Elle voulut même qu'on tirât des registres du parlement et du greffe l'arrêt et les informations qui eussent conservé la mémoire de son crime. Voilà comme le temps amène toutes choses , et comme il change les plus grandes haines en grandes affections, de même qu'il change les plus fortes affections en des haines mortelles.

On aé- En approfondissant le complot que le

couvre , , . ' .

les me- père de la marquise avoit tait avec les iisj)ainaiéefcai gnols , pour leur livrer sa fille et ses en-

tleBouil- r 1 , . . 1 'i

ion. iants , on découvrit aussi les menées du

duc de Bouillon, qui désormais étoit le

seul qui pouvoit faire de la peine au roi

Leroi dans son royaume. Il est constant que ce

fe*^1 grand prince lui avoit fait des biens très-

llensd3et considérables, lui ayant donné le bâton

il avoit je maréchal de France , et procuré le ma-

aus.n > 1

service riage de l'héritière de Sedan. Aussi ce seirui* gneur l'avoit très-bien servi dans ses plus grandes nécessités ; mais depuis qu'il le vit converti à la foi catholique, il diminua beaucoup de son affection ; et étant mu en partie de zèle pour sa fausse religion , en

DE HENRI-LE-GRAN D. 3g5

partie d'ambition, il conçut de vastes des- i6o4. seins de se faire chef et protecteur du parti huguenot, et, sous ce prétexte, de se rendre maître des provinces de delà la Loire. On disoit que pour cela il a voit fort aidé à échauffer l'esprit du maréchal de Biron , et qu'il avoit fait un traité avec l'Espagnol, qui lui devoit fournir de l'argent à souhait, mais non pas des troupes , de peur de ie rendre odieux aux protestants.

Il n'étoit que trop visible que , depuis la Mais conversion du roi , il avoit travaillé sans convercesse à entretenir des défiances e'c des me- roT, iiu contentements dans les esprits des hugue- îe?1 hunots , et à les unir et rallier tous ensemble , contre afin qu'ils fissent corps ; se persuadant que s7 ™u-

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