r • , loit faite
ce corps voudroit avoir nécessairement une chef de tête, et qu'il n'en pouvoit choisir une autre pai que lui. Voilà pourquoi il s'étoit fait tant d'assemblées et de synodes particuliers et généraux de ceux de la religion , ou l'on n'entendoit que des plaintes et des murmures contre le roi, lequel ils fatiguoient sans cesse de nouvelles demandes et re- , Ses.
einissai—
quêtes. ™ 4-
* client de
Outre cela , on sut que ce duc avoit des fonuei
* un parti
émissaires et des serviteurs dans la Guienne, ci;i;ui('11-
lie y vapo
et particulièrement dans le Limousin et dans le Quercy , qui cabaloient parmi la noblesse, distribuoient de l'argent, prenoient le serment de ceux qui lui promettaient service, et avoient formé des entreprises sur dix ou douze villes catholiques.
Le roi , jugeant qu'il falloit couper la
racine du mal avant qu'il s'étendît plus au
loin, et ne sachant pas même jusqu'où il
s'étendoit, résolut d'y aller porter le re-
oi mède lui-même. Il partit de Fontainebleau
emrf- au mois de septembre , ayant envoyé de-
dessems. vaut Jean- Jacques de Mesme, seigneur de
Roissy, qui alla à Limoges pour faire le
procès aux coupables.
„ , Aussitôt toute cette conspiration s'en alla
Toute 1
celle . en fumée. Les plus avisés vinrent au de-
conspira- l
d°n 7 vant du roi , se jeter à ses pieds ; les autres s'enfuirent hors du royaume , ou se cachèrent. Cinq ou six malheureux ayant été pris, furent décapités à Limoges, leurs têtes plantées sur le haut des portes , et leurs corps réduits en cendres qui furent jetées au vent. Trois ou quatre autres souffrirent même supplice en Périgord. Il y en eut dix ou douze des plus considérables
Punition
de quel-; quesi'oupablcs.
condamnés par contumace et effigies , entre autres La Chapelle Biron, et Giversac, de la maison de Cugnac. Mais dans toutes ces procédures il ne se trouva aucune preuve par écrit , ni même aucune déposition bien formelle contre le duc de Bouillon , tant il avoit finement et adroitement conduit toute cette trame.
Avant ces exécutions , le roi ayant fait Le roi
T , T . , ~ * -n • retourne
son entrée a .Limoges, s en retourna a Paris, à Paris. Il souhaitoit avec passion qu'après cela le duc de Bouillon se reconnût et s'humiliât : car s'il demeuroit sans repentance , il étoit obligé de le pousser à bout ; et s'il entreprenoit de le pousser , il offensoit tout ee grand corps des protestants , qui étoient ses plus fidèles alliés. Il employa donc sous H ^c.he main tous les moyens dont il se put aviser, j1"^111^ pour le porter à avoir recours à sa clé- Bouillon,
•«• ■*■ mais inu-
mence plutôt qu'à l'intercession des étran~ ^«nent. gers , laquelle ne peut agréer à un souverain pour son officier et son sujet. Le duc désiroit encore plus que lui se tirer de cet embarras ; mais il croyoit ne pouvoir trouver de sûreté à la cour , parce que Rosny , qui n'étoit pas son ami , et qui avoit quelque jalousie de le voir plus autorisé que lui
3g8 HISTOIRE
,5o4. dans le parti huguenot, avoit beaucoup de
i\ se crédit auprès du roi. Tellement qu'après
dWé- diverses entremises et négociations , le roi
fan. Se~ se résolut de l'aller chercher à Sedan avec
une armée.
Rosny travailloit avec beaucoup de cha- ■Rosnj leur aux préparatifs de cette expédition. Us pré- Le roi se confioit en lui, et, en l'honorant, nécelsS- désiroit témoigner aux huguenots que s'il ceîa.P°ur attaquoit le duc de Bouillon ce n'étoit point à leur religion qu'il en vouloit, mais à la rébellion. Pour ce sujet , il lui érigea Le roi la terre de Sully en duché et pairie ; ce qui suiiy en fera que nous l'appellerons désormais le duc de Sully. Son sentiment étoit que le roi poussât vivement le duc de Bouillon. Villeroy et les autres étoient d'un contraire avis ; ils ne vouloient point que incon- l'on hasardât le siège de Sedan , d'auqu"\enys tant que la longueur de cette entreprise dWé- eût peut-être réveillé diverses factions £. e~ aux autres coins du royaume , et eut donné le temps aux Espagnols d'attaquer la frontière de Picardie, au Savoyard malcontent , de se jeter , avec les forces du Milanois , sur la Provence désarmée ; et aux huguenots et aux
protestants d'Allemagne , d'accourir au î6°4secours de leur ami.
Le roi prévoyoit bien tous ces inconvé- ai^e ro1 nients ; c'est pourquoi s'étant avancé jus- ""cce^ir qu'à Donchery, durant l'absence de Sully, Tr^°/n qu'il avoit envoyé peut-être tout exprès quérir de l'artillerie , il traita avec le duc de Bouillon , et le reçut en grâce , moyennant qu'il s'humiliât devant sa majesté, a queiqu'il le reçût dans la ville de Sedan, et dirions, qu'il lui remît le château , pour le tenir avec telle garnison qu'il lui plaîroit, quatre ans durant.
C'étoient là les conditions publiques ; mais par les articles secrets , le roi promettoit de n'être que peu de jours dans Sedan, et de ne mettre que cinquante bornâmes dans le château , qui en sortir oient incontinent , à la très-humble supplication que le duc lui en fer oit. Toutes ces choses s'exécutèrent fidèlement et sans aucune dé<fiance de part et d'autre. Le duc vint trou- Le duc ver le roi à Donchery , oii il le supplia de pardon lui vouloir pardonner. Le roi le reçut aussi qui entre bien que s'il n'eût jamais failli, et cinq ou dan, 01 six jours après, il entra dedans Sedan, et vimt h
,. , . ' • Paris.
y en séjourna trois seulement, puis re-
v3ùi- tourna à Paris. Leduc l'accompagna jusqu'à Mouson, et ne passa pas plus outre : mais quelques jours après, lorsqu'il eut appris que le parlement avoit vérifié son abolition , dans laquelle ses amis , qui avoient été condamnés par défaut à Limoges, étoient aussi compris, il se rendit à la cour, où. il reçut plus d'honneurs et de caresses que jamais. C'étoit la manière de ce grand roi : il avoit un cœur de lion era^wf contre les orgueilleux et contre les rerosftédl belles ; mais il se plaisoit à relever, avec prince. une bonté sans pareille , ceux qu'il avoit terrassés , lorsque leurs soumissions les rendoient dignes de recevoir sa grâce. Aussi le duc de Bouillon , qui connoissoit parfaitement son naturel (car ils avoient vécu et fait la guerre fort longtemps ensemble ) , ne manqua pas de se conduire en cette conjoncture avec toute la prudence et toute la souplesse dont un habile homme comme lui étoit capable.
?un°tn° " Nonobstant cette grande générosité et xtgti e°st bonté du roi, son règne ne lais soit pas d'être défaille traversé par des infidélités et par des con~ iTonTa spirations incroyables. Telle fut îa trahison
de L/Oste ; l'entreprise sur la vilie de Mar- 1604. seille par Merargues , et une autre sur Narbonne et sur Leucate, par les Luquisses.
L'Oste étoit commis de Viileroy et son r£ra}]i"
«/ son de
filleul : l'emploi qu'il avoit auprès de lui ^'Oste. ëtoit de déchiffrer les dépêches. Ce malheureux faisoit savoir tout Je secret des affaires du roi à quelques gens du conseil d'Espagne , qui l'a voient corrompu moyennant douze cents écus de pension qu'on lui avoit promis pendant qu'il étoit en ce pays-là avec l'ambassadeur Hochepot. Sa méchanceté étant découverte , il s'enfuit ; et comme les prévôts des maréchaux le poursuivoient , il se noya dans la rivière de Marne , près le bac du Fay. On j>eut juger si Viileroy, dont la fidélité demeuroit par là exposée aux soupçons du roi et aux médisances de ses ennemis , en eut un sensible déplaisir. ïl eut eu sans doute beaucoup de peine à se laver de cette affaire , quelque innocent qu'il fut , si le roi , qui Je vit dans une affliction extraordinaire , n'eût eu la bonté de le visiter lui-même , de lui porter de la consolation , et de le justifier, par cet honneur , de toutes les
4o2 HISTOIRE
igo.i. calomnies que ses envieux semoient contre
lui. Trahi Merargues étoit un gentilhomme pro- Merair vençal de fort bonne maison, lequel, ayant assurance d'être viguier de Marseille Fannée suivante, avoit promis de livrer la ville aux Espagnols durant sa viguerie. Il fut si imprudent et si fou que de découvrir son dessein à un forçat des galères de Marseille , lequel en donna avis à la cour , afin peut-être d'obtenir sa liberté. Sur cet avis , on épia si soigneusement Merargues , On le qui étoit pour lors à Paris , qu'on le trouva coufé-1 conférant avec le secrétaire de l'ambassaie secré- deur d'Espagne, et parlant si haut, qu'on
faire de ... ... 1 .
i ambas- entendit presque tout ce qu ils disoient.
sadeur ^. , „ .., . __
d'Espa- On Je touilla , et on trouva sous les plis de sa jarretière un Mémoire contenant le plan
sa puni- de son entreprise. Il fut arrêté , et eut la tête tranchée , par arrêt du parlement de Paris du 19- de décembre. Son corps fut écartelé , les quartiers attachés à des poteaux devant les portes de la ville, et sa tête portée à Marseille , pour y être plantée au
„°aar:bout d'une pique, sur une tour d'une des
rete aussi *■ •*- 7
taireCde Prmcipa'es I^ortes. Le secrétaire de i'amranioas- bassadeur . fut arrêté aussi bien que lui, et
sadeur. * '
lion
DE HENRI-LE-G1UND. /\o3
eut couru grand risque , si ie roi y eut ^oS,
voulu aller aussi vite , comme lui conseil-
loient ceux qui désiroient la rupture avec
l'Espagne.
Cette rencontre donna sujet aux politi— ondisi * m touit cli-
ques de discourir diversement sur les droits verse-
1 ment sur
des ambassadeurs et de leurs gens. Mais 1,es droits
des am-
Henn-le-Grand décida lui-même la qûes- ^a-
i deurs.
tion de cette sorte. « Les ambassadeurs, IjS roi
' en décide
» disoit-il, sont sacrés par le droit des ïuîmême
. la ques-
» gens : or , ils ie violent les premiers tioa*
» quand ils trament quelque trahison contre
» l'Etat ou contre le prince auprès duquel
» leur maître les a envoyés ; par consé—
» quent ce droit ne les doit point mettre
» à couvert de la recherche et de la puni—
» tion. D'ailleurs , il n'est point à présu—
» mer qu'ils soient ambassadeurs , et qu'ils
» représentent le souverain qui les envoie,
» lorsqu'ils fout des lâchetés et des infidé-
» lités , lesquelles il ne voudroit pas faire
» ni avouer. Toutefois il y à plus de géné-
» rosité à n'user point en cela de la der-
» nière rigueur, mais de se réserver cet
» avantage de les pouvoir châtier sans le
» faire. » Ce fut là son sentiment; et comme
il suivoit toujours les maximes les plus ge~
4o4 HISTOIRE