néreuses , il défendit qu'on ne procédât
11 <ié- point contre le secrétaire de l'ambassadeur,
qu'on ne auquel les juges alloient donner la ques-
conlrele tion.
secrétaire. Cependant 1 ambassadeur , pensant coulissa- vrir cette perfidie à force de crier bien haut,
deur fait x
beau- vient se plaindre à lui qu'on avoit violé le
coup de A j-
brun, et droit des gens et la dignité de l'ambassade,
menace <J °
du res- protestant que le roi son maître en auroit
senti- x x
ment de \e res sentiment que doit avoir un grand
son mai- x °
ire. prince offensé. Le roi, lui répondant avec une sage froideur , lui représenta ce que son secrétaire avoit fait avec Merargues. L'ambassadeur rie voulant pas avouer son homme , ni approuver son action , tourna l'affaire d'un autre biais , et se plaignit que le roi avoit le premier fait infraction au traité de Vervins , puisqu'il assistoit les Le roi Hollandois d'hommes et d'argent. Le roi
lui ré— o
froide'-1 répliqua °Lue ? pour les hommes , ils n'y
* alloient point par ses ordres , et qu'il y
Lire" av°iï ^es François au service de l'archiduc,
avoTré- auss* ^en qu'au service des Hollandois ;
8 «"avant ma*s ' Pour son argent ? ?u'il étoit en son
pouvoir d'en faire ce qu'il lui plairoit , et
de le prêter , ou de le donner , sans qu'on
y pût trouver à dire. L'ambassadeur s'eV
nient lui rend son crétai
DE HEïVRI- LE -GR AN D. /|0i>
chauffa fort, et il y eut des paroles bien hautes de part et d'autre. Enfin le roi lui lit rendre son secrétaire; comme il l'avoit résolu des auparavant qu'il lui en parlât.
Quant aux Luquisses, c'étoient deux Trahifrères , Génois d'extraction ? qui avoient Luqmsfait marché avec le gouverneur de Perpignan de lui livrer Narbonne et Leucate.
Il est certain qu'il n'étoit pas en leur pouvoir d'exécuter ce dessein , et qu'il y avoit plus de mauvaise volonté en eux que de danger que la chose réussît ; néanmoins ils furent pris et menés à Toulouse, où le parlement les envoya l'un et l'autre au gibet.
Il sembloit que non-seulement la malice ^a^n des hommes conspirât alors contre la sur la
1 personne
France, mais aussi la folie. Car le même du loijour que Merargues fut exécuté, un malheureux fou attenta sur la personne sacrée du roi, se jetant sur lui une dague à la main, comme il passoit à cheval sur ie Pont-Neuf en revenant de la chasse. Les valets de pied de Sa Majesté y ayant accouru , lui firent lâcher prise , et l'eussent assommé sur-lechamp, sans la défense du roi, qui le fit mener en prison au Fort-l?Evêque. Il s'ap-
i6o5. peloit Jean de l'Isle , natif de Vineux , près de Senlis. Il fut aussitôt interrogé par le président Jeannin, qui n'en put jamais tirer aucune réponse raisonnable; car il étoit tout-à-fait hors du sens. Il croyoit être roi de tout le monde , et disoit que Henri IV ayant usurpé la France sur lui , il le vouloit châtier de sa témérité. Sur cela, le roi , jugeant qu'il étoit assez puni par sa folie , commanda qu'on lui fît seulement garder la prison , où il mourut peu de temps après.
Ceuxijui Ceux qui désiroient la guerre neperdoient loient la point l'occasion d'irriter l'esprit du roi sur
guerre , . ■ ■
aigris- toutes ces conjurations et entreprises des ïort îvs- Espagnols. Ils lui remontroient qu'il n'en ur devoit point attendre d'autres de ses eu—
a ces - , , r . -
pira- nemis perpétuels ; qu ayant lait tous leurs efforts pour l'empêcher de parvenir à la royauté , ils les continuoient toujours pour attenter sur son repos et sur sa vie; que leurs embûches étoient plus à craindre dans la paix que dans la guerre ; qu'il falloit rompre avec eux, parce qu'ils auroient moins de moyens de lui malfaire, quand ils ne seroient plus dans les entrailles de son état; qu'il y avoit plus d'avantage d'agir avec
ro
tout; a ces
cou
tiens.
Ils lu
eux à force ouverte, que non pas de démêler toutes les menées et pratiques qu'ils tramoient sous le manteau de paix et d'amitié. Ils lui représentaient avec cela le mauvais état des affaires de l'Espagne , qui, s'étant toute épuisée d'argent dans les guerres des Pays-Bas , avoit été contrainte d'avoir recours à des moyens extraordinaires pour en recouvrer. Mais surtout ils do n'oublioient pas de lui mettre devant les J^Jmed yeux les grandes et avantageuses qualités p0é£p5,iqu'il avoit par-dessus Philippe III, son tS'E^ adversaire ; d'autant que l'on se porte bien pagne' plus facilement à attaquer un homme lorsqu'on le méprise et qu'on le croit le plus foible.
Je dirai, à ce propos , que ce roi-là, Quej quoiqu'il eût l'esprit assez éclairé, et que p'.^ ce les soins du roi Philippe II son përe , trèsgrand politique , lui eussent donné toutes les connoissances nécessaires pour gouverner , néanmoins , par une certaine timidité et par une défiance de lui-même, trop ordinaire à beaucoup de grands , fuyant le travail et la peine, il s'étoit entièrement déchargé du gouvernement sur le marquis de Dénia, lequel il fit bientôt duc dcLerme •
4o8 HISTOIRE
i6o5. Il seroit malaisé d'exprimer combien celuici se rendit odieux, et combien l'autre fut peu estimé tandis que cela dura : car enfin Dieu fit la grâce à ce jeune prince de lui dessiller les yeux : il brisa ses chaînes ; et celui qui s'étoit rendu comme son maître crut ne pouvoir se mettre mieux à couvert de toutes les disgrâces qui lui pouvoient arriver , qu'en se faisant d'église et crdinal.
Belle et Peut-on , en passant , faire quelque réflexion!" flexion sur le pitoyable état où se met un souverain qui, pour ne se pas conduire comme il doit, tombe nécessairement dans le mépris et dans l'aversion de ses sujets ? Sans doute que le plus grand malheur qui lui puisse arriver est d'être regardé comme inférieur et sujet à un autre ; d'avoir les oreilles bouchées à toutes les voix de son peuple , qui lui crie de tous côtés , gouverriez-nous, et de s'en rapporter plutôt à cinq ou six lâches flatteurs qui lui font accroire qu'il est le maître , quoiqu'en effet il n'en fasse aucune fonction , que non pas à la vérité , et au sentiment de tout son royaume; que s'il désire savoir et eonnoître au vrai s'il es! le souverain ou non ,
il n'a qu'à regarder , sans se flatter , si c'est »6o5. îui qui donne les charges , les bénéfices , les pensions et les récompenses de son propre mouvement ; si c'est lui qui choisit les personnes ; si les officiers qu'il a autour de lui sont de sa main ; s'il se fait des créatures ; s'il a jamais dit une bonne fois , je veux , dans quelque affaire d'importance ; s'il se voit toujours suivi et accompagné des grands ; si ceux qui ont des affaires , qui cherchent des emplois , et qui ont besoin de faveur , sont dans son antichambre ; à qui enfin , dans son royaume , on rend plus de respect et plus d'assiduité; et alors il connoîtra clairement qui est celui qui règne. Mais ce n'est pas assez que de connoître ce qui en est, il faut, à l'exemple de Philippe ïlï , dont nous venons de parler, faire un effort pour se mettre en E»iq,l°*
1 J- consiste
possession de son autorité. C'est en cela crue Pri««pa-
1 A louent
consiste principalement le courage d'un lo cou-
k * m ... raged'oa
souverain; car en quoi sauroit-il mieux faire s,,!,v<-
x ram.
connoître sa fermeté et sa vigueur, qu'à prendre le rang et le pouvoir que Dieu lui a donné? N'est-ce pas le vrai point d'honneur pour un roi , que de maintenir en sa personne les droits de la royauté?
4lO HISTOIRE
i6u5. Sans mentir, il y a plus de lâcheté et plus de honte pour un souverain de se soumettre à celui qui devroit être soumis à ses volontés , que de fuir un jour de combat devant les ennemis ; car les plus braves quelquefois lâchent le pied ; et le courage d'un roi consiste beaucoup moins à combattre de sa main qu'à gouverner de sa tête. Que lui sert de vaincre ses ennemis , s'il se voit au-dessous de son sujet qui, sous prétexte de le servir, le réduit, lui et son Etat, dans les liens, et qui ose se revêtir de toute la gloire et de tout l'avantage du commandement en lui faisant croire que c'est pour le soulager du fardeau?
Notre Henri n'étoit pas de même: sa Quelle bonté étoit extrême , mais elle n'étoit point bonté de fainéante ni timide ; ses lumières et ses ie-Grand connoissances point inutiles , mais toujours laborieuses et agissantes. Rien n'étoit audessus de lui que Dieu même ; rien à côté de lui que la justice et la clémence, ses deux plus fidèles conseillères. Le plus hardi de ses ministres trembîoit quand il lui voyoit tant soit peu froncer le sourcil. Toutes familiarités cessoient , et chacun se
tenoit dans un grand respect quand il prenoit le ton de maître.
Or ce grand roi conservant ainsi l'éclat de sa majesté , il ne faut point s'étonner s'il s'estimoit au-dessus de Philippe IIÏ , qui pour lors se laissoit entièrement gouverner. Ainsi , parce qu'on savoit qu'il connoissoit son défaut, on croyoit qu'il seroit plus facilement persuadé de lui faire la guerre. En effet, il y étoit assez résolu; et après tant d'injures qu'il avoit reçues des . u ?&i
bienvnii-
vou-
Espagnols , son ressentiment n'avoit pas J» fair grand besoin d'y être poussé. Toutefois , aux Es-* avant que de s engager en une si grande ^91S *i