ne jugea
entreprise , il vouloit prendre toutes ses ras à
A ' -1 propos
mesures si exactement, et amasser tant de se hâter.
d'argent, d'artillerie et de munitions, garnir si bien ses places frontières , donner si bon ordre au-dedans de son Etat , s'assurer de tant d'amis et alliés , lever de si puissantes armées , et enfin faire sa partie si forte , que le succès n'en fut nullement douteux, et qu'en choquant cette ambitieuse puissance , il fut assuré de la terrasser. Voilà pourquoi il ne jugea pas à propos de se tant hâter.
Cependant il ne négligeoit pas les autres
rend 1\ "biîre d différends d îa chrétienté.
if>o6.
Après la mort de C!é-
1605. moyens d'acquérir de la réputation , et ne tenoit pas moins glorieux de faire éclater son nom par la sagesse de ses conseils que par la force de ses armes. Par la dernière, il avoit été victorieux des rebelles et des ./j.'! Espagnols ; par l'autre, il se rendit l'arbitre des plus grands différends de la chrétienté , et s'acquit une supériorité d'autant plus noble , qu'on la lui déféroit sans contrainte*
Le pape Clément VIII étant mort sur la fin de l'année i6o5 , il voulut employer son vin, il crédit pour faire un pape de ses amis. Le LconXi6 cardinal de Joyeuse, son ambassadeur, et ^e^t ses autres agents y travaillèrent si bien, etlpauiv qu'ils firent tomber les suffrages sur Aiexancï;de?lc~ dre de Médicis , qu'on nommoit le cardinal de Florence. Il prit le nom de Léon XI; mais il mourut au bout de dix-sept jours , et ce fut à recommencer. Le roi ne voulut pas qu'on se mit davantage en peine d'en faire élire un autre, et déclara que la France n'y prenoit point d'autre intérêt , sinon qu'on choisit un homme de bien. Le conclave ensuite élut le cardinal Borghèse , qui fut nommé Paul V •
Dans les premières années de son ponti-
ficat , ii se ralluma un grand différend qui 1606, avoit commencé sous ses prédécesseurs , UnRrand
1 m différend
lequel eût mis le feu aux quatre coins s'allume
x •*• entre
de l'Italie, et peut-être à toute la chré- ^1 y
/ x etlesVé-
tienté , si Henri-le-Grand n'eut pris le niiiens. soin de l'éteindre. Je vous en vais dire le sujet.
La seigneurie de Venise avoit autrefois ***£■
° a publique
fait une ordonnance ou décret , qui défen- de Veni-
x se avoit
doit aux moines d'acquérir des terres dans autrefois
L fait des
son domaine au-dessus de la valeur de ordonnances vingt mille ducats , et enjoignoit à qui- q«» ^orconque en avoit acquis au-dessus de cette les. . ac-
x x quisi—
somme, de remettre le surplus à la sei- tiofns.des
. . religieux
gneurie , laquelle lui rembourseroit le prix et les améliorations qu'il y auroit faites. Suivant les traces de cet ancien décret , elle en fit un autre , qui défendoit de fonder ni bâtir de nouvelles églises , couvents et monastères, sans permission expresse de la seigneurie, à peine de bannissement, et de confiscation du fonds et des bâtiments. Il étoit véritablement de la fonction et charge des évêques d'empêcher cette grande multiplication de couvents ; mais par négligence, ou par trop de facilité, ils en donnoient tout autant de permissions qu'on
i$*6 leur en demandoit : de sorte que la répuf a?tIle cn blique , au défaut des prélats, se trouva
cura d'autres.
contrainte d'y mettre la main elle-même ;
autrement il fiit arrivé bientôt que toutes leurs villes n'eussent plus été que couvents et églises , et que tous leurs revenus , qui doivent porter les charges de l'Etat , et qui servent à la nourriture des gens mariés , lesquels fournissent des soldats , des marchands et des laboureurs , n'eussent plus servi qu'à l'entretien des religieux et des religieuses.
La seigneurie fit donc encore un autre décret , qui interdisoit toute acquisition de biens immeubles aux ecclésiastiques , si la permission du sénat n'y intervenoit. Et au même temps il arriva qu'un certain abbé et un chanoine , accusés de crimes atroces dans les terres de la seigneurie, furent emprisonnés de l'autorité de la justice se-* culière : ce qui passe pour un grand attentat delà les monts , parce que les ecclésiastiques y sont en possession de n'être point justiciables des séculiers.
Or Paul V, à son avènement au ponti** ficat, ne pouvant dissimuler, disoit-il , toutes ces entreprises de l'état séculier sur
les ecclésiastiques , dépêcha en même 1606. temps deux brefs à son nonce de Venise ; n e«~
1 voie des
l'un contenant la révocation des décrets *>«>&
pour les
faits par la seigneurie touchant Pacquisi- taire ré~
10 x voquer.
tion des biens temporels ; l'autre ordonnant le renvoi de Pabbé et du chanoine à la cour d'église. Le nonce signifia ces brefs à la seigneurie. Elle répondit vertement que l'autorité étoit née avec elle ; que personne qu'elle n'y avoit que voir ; et qu'elle sauroit bien s'y maintenir contre tous ceux quientreprendroient de la choquer. Les uns et les autres employèrent les meilleures plumes du temps pour défendre leurs droits , et ruiner les défenses de leur adversaire. On vit courir partout une quantité de manifestes et de traités pleins de raisons de droit, des passages de l'Ecriture sainte, d'autorités des pères et des conciles, et d'exemples tirés de l'histoire.
Cependant le pape, extrêmement offensé n exdé cette réponse , fulmina une excommu- nïe ie"énication contre le duc et le sénat de Ve— "H nise, si dans vingt-quatre jours ils ne révoquoient leurs décrets, et ne consignoient les deux prisonniers entre les mains du nonce. La seigneurie ne s'en émut guère,
4 l6 HISTOIRE
i606. mais déclara hardiment le bref d'excom- Venise munication nul et abusif; et il ne se trouva
déclare ]a i ' • - ■%
semence aucun ecclésiastique dans toutes ses terres mujiica- qui voulut entreprendre de le publier , ni
lion ai) u- . A , ,,. , . . r .
sive et qui osât observer 1 interdit , ni taire cesser
nulle. -, ..... 7 .
le service divin. Il n y eut que les capucins et les jésuites qui se résolurent de sortir, et demandèrent congé à la seigneurie.
Elle l'accorda aux capucins, avec liberté d'y retourner quand ils voudroient , et aux jésuites avec défenses d'y rentrer jamais.
Les choses étoient donc brouillées au
dernier point entre ces deux puissances.
Les Esj>agnols avoient l'œil au guet pour faire leur profit de ces divisions , et Sous main jetoient de l'huile sur le feu, quoique . ouvertement ils fissent semblant de l'éteindre : car d'un côté ils échauffoient les Vénitiens , et leur mettoient le cœur au ventre pour soutenir leurs droits ; et de l'autre , ils ordonnoient à leurs gouverneurs de Naples et de Milan de servir le saint père . avec toutes leurs forces. Henri-le*-Grand ,
Le Di
3rerd~ Pms suickre et plus désintéressé, embrassa d'accom- cette occasion d'établir sa puissance en
moder ce -l
différend Ita]ie ? par une plus belle et plus juste ma»
nière. Il assura le pape que, comme vrai 1G07, fils aîné de l'Eglise , il soutiendroit toujours ses intérêts ; et qu'en cas de rupture , il iroit en personne à son secours avec une armée de quarante mille hommes; mais qu'il le supplioit , avant que d'en venir là, d'agréer qu'il tentât tous les moyens possibles d'accommodement.
Il répondit aussi à l'ambassadeur de Venise , qui lui demandoit assistance , qu'il 3a devoit au saint Père, au préjudice de tout autre ; partant qu'il exhortoit la seigneurie de lui donner contentement ; et qu'afin qu'elle le pût faire sans blesser son honneur et ses droits , il désiroit d'en être le médiateur.
Tous deux ayant accepté sa médiation , î{ en„ il dépêcha le cardinal de Joyeuse en Italie, ™^ ccl lequel , pour dire la chose en deux mots , cardinal conduisit cette négociation avec tant d'à- stf "JTK dresse, qu'enfin il mit les parties d'ac- mode-' cord. Le traité contenoit quatre principaux ™nnlcl articles : i° que la seigneurie consigner oit l1,"1^.-',1. les deux prisonniers entre les mains de aXSS. l'ambassadeur de France , pour les remettre à Sa Sainteté; 2° qu'elle révoqueroil le manifeste^ et la déclaration qu'elle avoit
4l8 HISTOIRE
16^. faite contre les censures apostoliques ; 3° qu'elle rétabliroit tous les ecclésiastiques dans leurs biens ; 4° que le pape lui donneroit l'absolution, et qu'en revanche elle Tenverroit remercier par une célèbre ambassade , et l'assurer de son obéissance filiale.
Le lendemain, le cardinal de Joyeuse
Le pape ' "
révoqua se trouvant au lieu assigné par le sénat , munies- mals les portes fermées , en présence du donna doge , de vingt-cinq sénateurs et de l'amtion à la bassadeur de France , révoqua l'excommu-
seigneu— ' A
rie- nication , et donna l'absolution à la seigneurie. Toutes ces choses se passèrent sans que les Espagnols en eussent participation , quoiqu'ils se tuassent de se faire de fête. Ainsi toutes les deux parties eurent quelque sorte de contentement par l'entremise de Henri-le-Grand .
il n'y II n'y eut que l'affaire des jésuites qui îeUtréui- retarda le traité de quelques mois, et qui mentdts pensa le rompre tout-à-fait , parce que le qirïi^vi pape? considérant qu'ils avoient été chassés putobie- p0ur sa cause, vouloir absolument que la seigneurie les rétablît en leurs maisons et en leurs biens; et elle s'opiniâtroit de tout risquer plutôt que d'y consentir .Enfin le pape,
persuadé par l'éloquence du cardinal Du 1607. Perron, qui étoi t pour lors à Rome, comprit qu'il valoit mieux se relâcher sur ce point , que de mettre toute la chrétienté au hasard de se brouiller ; de sorte qu'ils demeurèrent bannis des terres de la seigneurie. Le pape d'aujourd'hui Alexandre VII les y a rétablis par son intercession.
Si raccommodement du différend d'entre »6o3. le pape et les Vénitiens ajouta un grand éclat à la réputation de notre Henri , ressuscitant le crédit de la France au-delà des monts , où il sembloit être mort , et y ravalant de beaucoup celui des Espagnols , lesquels auparavant y étoient tout-puissants , le traité qu'il moyenna entre le roi Le roi d'Espagne et les Etats, ou Provinces-Unies, ^ta?^ne lui en acquit pas moins parmi les pro- c^lm\~s testants et les peuples du Septentrion. J'en dlf/avlo ferai l'histoire en peu de mots. ïfo£*~
Les Provinces-Unies , que l'on appelle vulgairement Hollande, du nom de la province la plus considérable des sept qui composent ce corps, avoient quelque sujet de se plaindre de ce que le roi avoit fait le traité de Vervins sans leur consentement, et qu'il s'y étoit obligé de ne les poin' as-
l6oS* sfster directement ni indirectement. Tou- 11 :\e~ tefois il n'avoit pas laissé de les secourir
cou roi t
d'hommes et d'argent
îeSUSHoin toujours d'argent , et de faire passer à leur landais service grand nombre de noblesse et de vo-
d nom- <3
lontaires , tellement qu'il y avoit plusieurs régiments françois tout entiers. Ainsi ce n'étoit pas sans quelque raison apparente que les Espagnols crioient qu'il enfreignoit visiblement le traité de Vervins : mais ces reproches n'étoient pas justes , parce qu'ils l'avoient rompu les premiers par cent attentats, dont nous en avons coté quelquesuns ci-ci evant.
jeamxin Cependant le roi , qui étoit bon ménager pi«>yé d'argent , s'ennuyoit d'en tant fournir aux
pour irai- . .
ter cetac Hollandois , et eut bien voulu les voir en dément, elat de ne lui être plus si fort à charge. Il n'y avoit qu'un seul moyen pour cela , qui étoit de leur procurer la paix avec les Espagnols. Il résolut donc d'y travailler , et il choisit le président Jeannin, homme de grand sens , pour ménager cette négociation.
Les deux parties consentirent d'abord â
Ils con- ■
viennent nne trêve de huit mois , pendant laquelle
d'abord . x
de inùt }es Etats , afin de pouvoir traiter avec plus
mois de . A f m%
névé, ^e réputation et plus de stirete , prièrent
le roi de leur accorder une ligue offensive iGos.et défensive. Il la leur accorda volontiers. Jin voici les principaux articles.
Il leur promettait de les assister et aider Le roi de bonne loi en ce qu il pourroit , pour ob~ offensive
.-. • i,t- i • eldéren-
tenir du roi d Espagne une bonne paix et siveavec
^ VI i - - , T\- 111 les Hol~
assurée. <J\ie s il plaisoit a Dieu de la leur îandois. faire obtenir , il la feroit observer de tout son pouvoir, et les défendroit contre tous ceux qui la voudroient enfreindre ; et pour cet effet, leur soudoieroit dix mille hommes de pied à ses frais , pour autant de temps qu'ils en auroient besoin. Réciproquement les Etats s'obligeoient , s'il étoit attaqué dans son royaume par qui que ce fut , de le secourir aussitôt de cinq mille hommes de pied à leurs dépens : et ils laissoient au choix du roi de prendre ce secours en soldats , ou en navires équipés et fournis de tout pour combattre sur mer.
Les Espagnols s'alarmèrent extrême- LesEs-
L ° m pagnols
ment de cette hVue. Don Pedro de Tolède, s'"i™^-
° ' rent de
l'un des plus grands seigneurs d'Espagne , passant par la France pour aller aux Pays- ?01V Bas , en fit de grandes plaintes au roi : et Tol^| néanmoins plusieurs s'imaginèrent que tout s'amîcs
1 «"...* plaintes
le bruit qu'il menoit ne tendoil qu'à l'obli- lu rm-
ue.
i6o8. ger à moyenner plutôt la paix avec les Hollaudois , parce que l'Espagne étoit lasse au dernier point de soutenir une guerre si longue , si ennuyeuse et si meurtrière, avec tant de dépense et si peu de progrès.
Ce don Pedro , selon l'humeur de la vraie noblesse espagnole , tenoit une morgue fière et grave , et étoit haut et magnifique en paroles, quand il s'agissoit de l'honneur et de la gloire de sa nation , et de la puissance de son roi; mais hors de là, fort civil et courtois, soumis et respectueux oii il le falloit être , galant , adroit et spirituel. Il se passa entre le roi et lui des choses assez remarquables , qu'il ne faut pas oublier.
Comme le roi croyoit qu'il lui apportoit
Choses
fort eu- jgg menaces de guerre 7 et qu'il savoit que qui Se |es Espagnols faisoient courir le bruit qu'il
passèrent l o
entre le roi et ce don Pé
étoit tout estropié des gouttes, et ne pouvoir plus monter à cheval , il lui voulut faire connoître que sa vigueur n'étoit point diminuée. Il le reçut dans la grande galerie de Fontainebleau , et lui fit faire vingt ou trente tours à si grands pas , qu'il le mit hors d'haleine; puis illuidit: Vousvoyez, Monsieur , comme je me porte bien.
iJiE HENRI-LE- GRAND. ^2.3
A cette première audience , don Pedro »6o8. port oit son chapelet à la main. Il représenta au roi l'intérêt général qu'avoient tous les princes catholiques à la ruine ou à la conversion des hérétiques , et les grandes guerres que son maître avoit faites à ce dessein. Puis changeant de propos, il lui Cuu"dit que le roi catholique souhaitoit de s 'al- uens' lier plus étroitement avec lui , et de faire des mariages entre leurs enfants, pourvu que le roi quittât l'alliance et la protection des Pays-Bas. Le roi lui répondit franchement que ses enfants étoient d'assez bonne maison pour trouver parti; qu'il ne désiroit point des amitiés contraintes et conditionnées ; qu'il nepouvoit abandonner ses amis ; et que ceux qui n'en voudroient pas être, se repentiroient d'avoir été ses ennemis.
Don Pedro là-dessus exalta la grandeur .et la puissance d'Espagne. Le roi, sans s'émouvoir, lui fit connoître que c'étoit la statue de INabuchodonosor , composée de diverses sortes de juatières, et qui avoit les pieds d'argiie. Don Pedro en vint aux raproches et aux menaces. Le roi lui rendît bientôt son change , et lui dit que si le roi
1608. d'Espagne continuoit ses attentats , il portèrent le feu jusque dans FEscurial ; et que s'il montoit une fois à cheval , on le verroit bientôt à Madrid. L'Espagnol lui répondit Kepar- arrogamment : Le roi François y fut vives de bien, — C'est pour cela, repartit le roi , ïïùire! que j'y veux aller venger son injure, celle de la France et les miennes.
Après quelques paroles un peu hautes , le roi , abaissant le ton de la voix , lui dit : Monsieur P ambassadeur , vous êtes Espagnol, et moi Gascon , ne nous échauffons point. Ils reprirent donc les termes de douceur et de civilité.
Une autre fois le roi lui montrant ses bâtiments de Fontainebleau , et lui demandant: « Que vous ensemble? » Il répondit qu'il lui sembloit qu'il avoit logé Dieubien à l'étroit. Il n'y avoit encore pour lors que les deux chapelles qui sont dans la cour en ovale , et qui sont véritablement assez petites. Le roi ne put pas souffrir qu'il accusât sa piété, et lui répondit un peu vertement : Vous messieurs les Espagnols , ne savez donner à Dieu que des temples matériels; nous autres François ne le logeons pas seulement dans des pierres,
nous le logeons dans nos cœurs ; mais 1608. quand il seroit logé dans les vôtres , fai peurqidil ne seroit que dans des pierres.
De Fontainebleau ils vinrent à Paris , où le roi lui montrant un jour sa galerie du Louvre , et lui en demandant son avis : L'Escurial est toute autre chose , dit don Pedro. Je le crois , repartit le roi ; mais y a-t-il un Paris au bout , comme à mes galerie si
Un jour don Pedro voyant au Louvre Fépée du roi entre les mains d'un portemanteau , s'avança , mit un genou en terre et la baisa, rendant cet honneur, disoit- ?011
7 7 Pedro
il, a la plus glorieuse épée de la chré- ,b^isf t
. lepéedu
denté. roi-
Durant la trêve de huit mois dont nous avons parlé j le président Jeannin travailla sans cesse au traité. Il y eut deux grandes Deux difficultés : Tune , que le roi d'Espagne ne au trait! vouloit point traiter avec les Provinces- îandoia 7 Unies, que comme avec ses sujets , et elles t!""arh vouloient qu'il les reconnût pour pays li- ° bres et indépendants ; l'autre , que le prince d'Orange , dont la puissance et l'autorité s'affoiblis soient extrêmement par la paix , s'y opposoit par mille artifices , étant sou-
1608. tenu par la province de Zélande , qui veut toujours la guerre , et par quelques villes de sa faction.
On surmonta enfin ces deux obstacles :
l'Espagnol se relâcha sur le premier , et avoua qu'il tenoit les Etats pour pays , provinces et états libres ; et sur le second , le roi parla si haut au prince d'Orange , qu'il Ce traité n'osa plus arrêter le cours du traité. Il
abou'if à t
uneti ève n aboutit pourtant pas a une paix , comme
de douze ..,,.
ans. il eloit a désirer, mais seulement à une trêve de douze ans , qui étoit marchande , et assuroit le commerce de part et d'autre. Le bruit de cet accommodement porta la gloire du roi par toute l'Europe. Le doge de Venise dit à notre ambassadeur Grande <îans le sénat : Que la seigneurie entroit
louange v m **
que ia en nouvelle admiration de la sage con-
îépubh- y
q"e . de duile du roi, lequel ne se tromp oit jamais dbnne à en S€s mesures > et ne je toit jamais son Henri, coup en vain ; qu'il étoit le vrai appui du repos et du bonheur de la chrétienté , et qu'il n'y avoit rien à désirer pour la félicité de son règne, sinon qu'il fût perpétuel. Eloge d'autant plus beau et plus glorieux , qu'on peut dire avec vérité que Venise a toujours été le siège de la sagesse
politique, et que les éloges qui partent de 1608, ce sénat sont comme autant d'oracles.
T\ a 1 • i> • • 1 ^e tons
De tous cotes on recherchoit 1 amitié ou côtés on
i i 1 • r~\ désiroit
la protection de ce grand roi. Un se re— son ami-
, , . tié et sa
mettoit de tout a son arbitrage ; on implo- protecroit son assistance ; et comme il étoit également puissant et sage , aimé et redouté , il n'y avoit personne qui réclamât contre ses jugements, ou qui osât attaquer ceux qu'il protégeoit. Mais il étoit si juste, n ne qu'il n'entreprenoit point sur les droits p^t
t, ^ . . protéger
d autrui , et qu'il ne vouloit point entrete- *e3 sujets
. . contre
mr les rébellions des sujets contre leur leur souverain.
prince naturel. Il en donna une belle preuve
dans l'affaire des Morisques.
Nous avons vu autrefois comme les Maures ou Sarrasins avoient envahi toutes les Espagnes vers l'an 725. Les chrétiens , avec l'aide des François , les avoient regagnées sur eux pied à pied ; si bien qu'il ne leur restoit plus que le royaume de Grenade, qui étoit petit en étendue , mais fort riche et extrêmement peuplé , parce que tous les restes de cette nation infidèle s'étoient retirés en ce petit espace. Ferdinand, roi Qui d'Aragon , et Isabelle , reine de Castille , îea Moachevèrent de conquérir ce royaume-là l'an usqucs
ï6o8 1492, et ainsi mirent fin à la domination des Maures et à la religion mahométane en Espagne, contraignant ces infidèles de prendre le baptême ou de se retirer en Aff ri que.
Or comme ceux qui avoient ainsi professé la religion chrétienne Tavoient fait par force , ils étoient pour la plupart demeurés mahométans dans le cœur ou juifs ( car iljy avoit plusieurs juifs parmi eux) , et nourriss oient secrètement leurs enfants dans leur incrédulité ; à quoi la rigueur des Espagnols contribuoit encore beaucoup, mettant grande distinction entre ces nouveaux chrétiens et les vieux : car ils ne recevoient point les nouveaux aux charges Les Es- ni aux ordres sacrés : ils ne s'allioient point Ferrai- avec eux ; et qui pis est , ils leur faisoient a* mille avanies, et les opprimoient à force d'impôts. De sorte que ces malheureux se voyant ainsi accablés , et étant trop foibles d'eux-mêmes pour s'affranchir de ce joug, ils avoient pensé qu'il falloît s'adresser à une puissance étrangère , mais qui fut chrétienne , pour ce que celle du roi de Maroc ou des autres princes d'Afrique eût été trop odieuse. Pour cet effet, ils eurent recours ,
par des déuptés secrets, à notre Henri, 1608. lorsqu'il n'étoit encore que roi de Navarre; ils depuis, en l'an i5g5, quand ils virent qu'il assisianavoit mis la ligue à bout, et qu'il étoit au- rf-ie-en~ dessus de ses affaires, ils implorèrent encore sa protection. Il écouta favorablement leurs propositions , envoya des agents inconnus en Espagne, pour voir l'état de leurs affaires , et leur fit espérer qu'il les assisteroit : et véritablement il le pouvoit faire , puisqu 'alors il étoit en guerre avec le roi d'Espagne , et que l'on peut se défendre avec toutes sortes d'armes contre ses ennemis. Or, étant revenus en cette année 1608, pour le solliciter instamment d'accepter leurs propositions et leurs offres, et pour savoir la réponse de sa bouche même, il nia leur
A m ici u.c.
leur fit entendre nettement que la qualité de roi très-chrétien qu'il portoit ne lui permettoit pas de prendre leur défense, tandis que la paix de Vervins subsisteront ; mais que si l'Espagnol venoit le premier à l'enfreindre ouvertement, il auroit juste sujet de les recevoir sous sa protection ..
Leurs députés ayant perdu toute espérance de ce côté-là, s'adressèrent au roi d'Angleterre, qu'ils trouvèrent encore
son royaume
43o HiSTOIRE
iQoS. moins disposé que lui à leur prêter assistance. Cependant le vent de leurs menées étant parvenu à la cour d'Espagne , y causa de l'étonnement et de la peur; car ils faisoientprès d'unmillion d'âmes , et tenoient presque tout le commerce , particulièrement celui des huiles , qui est fort grand en ce pays-là.
d'È? ™l Le roi Philippe III ne trouva point d'aub"nnitS *re Suret^ pour empêcher le dangereux fait* à"de e^et ^e ^eurs conspirations , que de les bannir entièrement de ses terres. Ce qu'il fit par un édit du 10e de janvier de Fan 1610, qui fut exécuté avec beaucoup de chaleur, d'inhumanité et de mauvaise foi; j ils sont car en transportant ces malheureux en
horrible- 1
ment Afrique , comme ils l'avoient demandé , on
maltrai— -*■ '
tés des en noya une partie dans la mer , et on dég*101*5 * pouiïla les autres : si bien que ceux qui restoient à sortir s'étant aperçus du mauvais traitement qu'on faisoit à leurs compagnons , se jetèrent du côté de France , les uns par terre à Saint-Jean-de-Luz , au nombre de plus de cent cinquante mille ; les autres, dans les vaisseaux françois , qui les amenèrent en divers ports de ce royaume . Mais , à dire le vrai , ceux qui vinrent par
terre ne furent guère mieux traités par les 1608. François que les autres l'avoient été par Et des
1 t-»° i i t François
les espagnols ; car , en traversant les Lan- aussi. des , ils furent presque tous dévalisés , et leurs femmes et leurs filles violées ; de sorte que trouvant si peu de sûreté dans un pays où ils croy oient trouver du refuge , ils s'embarquèrent, par la permission du roi - aux ports de Languedoc, et traversé- h« sont
x . . . menés en
rent en Afrique , où ils sont devenus im- Afrique ,
A # mais il
placables et très-cruels ennemis de tous les en dp-
, . . meure
chrétiens. Il en resta quelques familles q»el-
* A ques-uns
dans les villes maritimes du royaume , ^n comme à Bordeaux et à Rouen, ou Ton soupçonne qu'il y a encore aujourd'hui de leurs enfants qui suivent en cachette l'obstination de leurs pères.
Bien loin de vouloir prendre la protection de ces infidèles , le roi avoit de fort grands *?*****
7 n de Hen-
desseins pour la gloire et pour l'étendue de rionIV la religion chrétienne du côté du Levant : glolre, et
o 1 cîleudue
mais il ne vouloit point se déclarer que *e.la re~ lorsqu'il auroit si bien ordonné les affaires J^lSïT de la chrétienté , qu'il n'y eût plus d'appré- Levanlhension d'aucun trouble ni d'aucune division, et qu'elle pût lutter de toutes ses forces contre un si puissant ennemi , qui
1608. est le Grand-Seigneur. Dans cette pensée , 11 y en- il avoit envoyé trois ou quatre gentils-
g^ns re- hommes au Levant , qui , sous prétexte de
iepays. voyager et de visiter les saints lieux , reconnoissoient le pays , la disposition des peuples , l'état des forces , des places et du gouvernement du Turc. Ce qu'ayant bien considéré , il se promettait que , lorsqu'il auroit réglé les intérêts et procuré l'union des princes chrétiens, il ruineroit cette puissance estimée si redoutable , dans trois ans ou dans quatre tout au plus , et cela , avec une armée de trente-cinq mille hommes de pied et de douze mille chevaux seulement ; Alex and re-le-Gr and n'ayant pas eu davantage de forces pour détruire l'empire des Perses , qui sans doute étoit plus grand et plus puissant que n'est celui des Turcs .
Je dirai quel étoit son grand dessein
pour la réunion de la chrétienté , lorsque
j'aurai remarqué en gros quelques choses
11 cher- importantes qui se passèrent dans les trois
r^venl5 ou ({uatre dernières années de sa vie.
d'avoir Comme il travailloît soigneusement à
de 1 ar- o
foulée"8 amasser de l'argent, qui est le nerf de la «le peu guerre? il écou toit toujours les propositions
qu'on lui faisoit pour en recouvrer , d'au- 1G08. tant plus volontiers que son dessein étoit d'abolir les tailles et d'ôter la gabelle. Le premier ne se pouvoit faire sans diminuer de beaucoup son revenu; ainsi il failoit trouver quelque autre fonds en la place. Or ce fonds éloit le domaine de la couronne, ^ vent lequel il vouloit entièrement dégager, et ~soen8agde0r l'accroître par quantité de nouveaux droits, mameentre autres par celui des greffes , lesquels eussent été entièrement retirés dans cinq ou six ans , et lui eussent rapporté , disoiton , quinze millions par an. Mais quand il fut mort, la reine Marie de Médicis les rengagea plus avant qu'ils n'étoient auparavant.
Il seroit , certes , à souhaiter que Ton pût retirer ce sacré patrimoine de la couronne , et que l'on travaillât à rassembler cette masse que la loi du royaume et les soins de tant de sages têtes ont faite et composée durant l'espace de tant de siècles; ce revenu, qui a entretenu si long-temps nos rois , et pourroit encore les entretenir avec éclat et magnificence , sans être à charge à leur royaume , sinon dans les grandes et urgentes nécessités.
1608. Quant à la gabelle, notre Henri-le- Et ôter Grand avoit envie d'acheter des particuliers engache~ tous les marais salants de Poitou et de Bremarais es tagne ; et puis, quand il les eût eus en sa main eut fait vendre son sel sur les lieux , à tel prix qu'il eût voulu, à des marchands qui l'eussent revendu par tout le royaume , comme on y vend le bled , sans aucune contrainte et sans aucune imposition. De cette sorte ■'; il n'eût point fallu tant d'officiers , de grenetiers , de contrôleurs , de commis , d'archers, et de cent autres gens qui, sans mentir, sont au nombre de près de vingt mille, tous nourris et payés aux dépens du roi et du public , et contre lesquels il y a souvent de très-grandes plaintes. On n'eût point accablé les pauvres paysans que Ton impose au sel , les contraignant d'en prendre certaine quantité par an , veuillent ou non ; et il est certain que le peuple l'eût eu à quatre fois meilleur marché qu'il ne l'a, et que le roi en eût tiré beaucoup davantage d'argent qu'il ne fait , sans frais , sans peine et sans vexations de ses sujets.
Or , le roi cherchant des moyens pour remplir ses coffres, et pour remplacer le fonds des tailles , il faut avouer qu'il fit
quelques impots, et même quelques créations d'officiers , et qu'il remua beaucoup de choses , qui donnèrent sujet de plainte à plusieurs personnes ; et avec cela , pour s'acquitter de ses anciennes dettes , et pour payer les récompenses et les pensions de ceux qui l'avoient servi dans ses guerres de la ligue , il étoit contraint de passer à leur n «*i c<*n
O 7 ... traail ,
profit les avis de plusieurs partis qu'ils lui pom-s'ac-
-1 . qiultet; ,
proposoient ; de sorte qu'il se chargeoit de de ,fai^ l'envie et des reproches , qui dévoient plus impôts et
a A * créa1iori3
justement tomber sur ces gens-là que sur lui-même. Mais. ceux qui connoissoient bien ses intentions n'avoient garde de le blâmer, comme ils faisoient les autres ; et ils appeloient bon ménage et sage économie ce que quelques-uns appeloient avarice et soif insatiable.
Au reste , quoique la volonté de ce prince fût très-bonne pour le soulagement de son peuple et pour la grandeur de son Etat , n ne se
t .5., . sert pas
néanmoins on ne peut mer qu il ne se soit toujours trompé quelquefois au choix des moyens , moyens
--•./* . ■■ inno—
et que tous ceux qu on lui fournit pour cela cents. n'étoient pas toujours aussi innocents que ses intentions. ïl y en eut deux particulièrement, dont l'un fit bien du bruit, et ne
1608. réussit pas; l'autre a été de très-dangereuse conséquence.
iieeker- Le premier fut la recherche des rentes rentes de de l'Hô tel-de-Ville , par laquelle on préson-de- tendoit les faire perdre à ceux qui les avoient faii bien mal acquises , et cela en soi étoit fort juste. l 'Mais comme la plupart de ces rentes avoieut changé de main, ou avoient été partagées , et qu'il eût fallu troubler une infinité de familles , tout Paris s'en émut, et les rentiers eurent recours à leur prévôt des marchands. C'étoit Miron, qui étoit aussi lieutenant civil , fort zélé pour le service du roi , comme il Ta voit bien montré en plusieurs rencontres ; mais avec cela trèshomme de bien , et que nul intérêt du Miron , monde ne pouvoit détacher de l'intérêt du SeT^at- peuple , dont il étoit le magistrat. En effet souvent' il le soutint fortement ; il parla dans les dullpêu- assemblées de l'Hôtel- de- Ville ; il agit auprès du surintendant avec pareille vigueur, et fit des remontrances au roi. Mais, dans ces remontrances , véritablement la chaleur l'emporta à faire quelques comparaisons odieuses , non pas de la personne du roi, mais de certaines gens de son conseil. Le Louvre en frémit : les gens de cour
s'écrièrent qu'il avoit blasphémé ; ceux 1608. qu'il avoit notés par sa harangue , et les in- on veut
. , -, , il! irriter le
teresses en ce traite de la recherche des roi conrentes , firent tous leurs efforts pour mettre le feu aux oreilles du roi , et pour lui persuader de punir rigoureusement cette audace. D'autre côté, le peuple ayant appris Le qu'on menaçoit son magistrat , prend feu s>éJ^ut plus vite qu'on n'eut jamais cru; les hour- défendre! geois viennent en troupes à l'entour de sa maison pour le défendre. Miron les prie instamment de se retirer, de ne le point rendre criminel : il leur remontre qu'il n'y a rien à craindre ; qu'ils ont affaire à un roi qui étoit aussi grand et aussi sage que doux et équitable, et qui ne se laissoit point emporter aux mouvements des mauvais conseillers.
Sur cela , ceux qui lui voul oient mal em- 9n con-
x seille au
ploy oient toutes leurs persuasions pour en- ™} de le gager le roi à l'enlever par force, et à faire Ievervaloir son autorité suprême. Mais il ré- Sage ré
1 tîo nse di
pnn
e du
pondoit sagement à ces gens-là que Pau— ™i, et torité ne consistoit pas toujours à pousser d'und les choses avec la dernière hauteur ; qu'il p°lili,iue falloit regarder et le temps , et les personnes, et le sujet; qu'ayant été dix ans, à
1608. éteindre le feu de la guerre civile, il en craignoit jusqu'aux moindres étincelles ; que Paris lui avoit trop coûté pour se mettre en danger de le perdre : ce qui lui sembloit infaillible , s'il suivoit leur conseil , parce qu'il seroit obligé de faire de terribles exemples , qui lui ôteroient en peu de jours la gloire de sa clémence et l'amour de ses peuples , lequel il prisoit autant et plus que sa couronne ; qu'il avoit éprouvé en cent autres occasions la fidélité et la probité de Miron , qui n'avoit point de mauvaise intention, mais sans doute croyoit être obligé, par le devoir de sa charge, de faire ce qu'il faisoit; que s'il lui étoit échappé quelques paroles inconsidérées , il les vouloit bien pardonner à ses services passés ; qu'après tout, si cet homme affectoit d'être le martyr du public , il ne vouloit pas lui donner cette gloire , ni s'attirer le nom de persécuteur et de tyran; et qu'enfin ce n'étoit pas dans des occasions si avantageuses qu'il falloit pousser un hom-
11 ne me quand on le vouloit perdre.
veut pas x m A
qu'on Ainsi ce sage roi sut dissimuler prudem-
poursui— " x
ve cette ment une petite escapade , et ne voulut pas des r€n- même savoir ce qui se passoit, de peur
DE IlENRI-tE-GKAND. 439
d'être obligé à quelque coup d'autorité, *6o8. qui peut-être eut eu de dangereuses suites. Il reçut donc fort humainement les excuses et les très-humbles soumissions de Miron, et, au reste, défendit qu'on poursuivît cette recherche des rentes, qui avoit causé tant de bruit.
La second moyen dont il se servit pour Etablis-
^ l sèment
avoir de l'argent , et qui a été de très-dan- de la
h, * , paulète.
gereuse conséquence, c'est la paulète, ou droit annuel. Pour bien entendre ceci, il faut reprendre la chose de plus haut.
Les offices de iudicature, de police et de ka jusfinances etoient autrefois exerces en France, trefois
adminis-
sous les première et seconde races de nos *&* en
x < Finance
rois, par des gentilshommes; car la no-p«»\ les blesse étoit obligée d'étudier et d'apprendre Sommes, les lois du royaume. On les clioïsissoit pour la maturité de leur âge et de leur jugement : on les changeoit de temps en temps d'un siège à un autre , et ils ne prenoient aucun salaire des parties , niais seulement des gages fort modiques , que le public leur payoit , plutôt par honneur que pour récompense. Depuis, dans la fin de la seconde race , et au commencement de la troisième, la noblesse étant devenue iguo-
iguB. rante et fainéante tout ensemble , les jfo- Com- turiers et bourgeois qui apprirent la juris-
nielle
inenlelîe -• ' 'l * jl « 1
est tom- prudence s élevèrent peu a peu dans ces leTmains charges , tant de judicatureque de finances, turiers , et commencèrent à les mieux faire valoir, mieux n parce qu'ils tir oient tout leur honneur et loir à ™ toute leur dignité de là, n'en ayant point
leur pro- j ? -i-i 1 • -,
fit. d ailleurs par leur naissance, comme avoient
les gentilshommes. Ils n'avoient pourtant
guère d'emploi pour les affaires de ju-*
dicature , d'autant que les ecclésiastiques
possédoient quasi toute la juridiction , et
avoient leurs officiers qui rendoient la
justice.
Le par- Cependant le parlement , qui auparavant
deFrau- étoit comme le conseil d'état du royaume,
larMsTr et un abrégé des états généraux , étant
ros a i?es venu à s'embarrasser de la connoissance
Tiers?^ des différends d'entre les particuliers , au
est rendu -, . ? ., . j
séden- lieu qu auparavant il ne traitoit que des Paris. a grandes affaires politiques, Philippe-le-Bel, ou , selon quelques autres , Louis Hutin son fils, le rendit sédentaire à Paris. Or, comme cette compagnie de juges étoit trèsillustre , parce que le roi y prenoit souvent séance , que les ducs et pairs et les prélats du royaume en faisoient partie , et qu'on
DE HENRI -LE-CBAN D. 44 x
choisissent ce qu'il y avoit de plus habiles i&>8.
gens pour la judicature, afin de remplir
ces places-là, elle mit dans sa dépendance
tonte la force des autres iu^es royaux ; sa- Rend , . <ous le3
voir : des baillis et sénéchaux, qui, ayant antresju-
7 m J 7 J ges -ses
été auparavant juges souverains , devin- subaiierrent leurs subalternes.
Long-temps après , nos autres rois ont encore créé à diverses fois plusieurs autres parlements ; mais par la seule intention de faire mieux rendre la justice, et sans aucun intérêt pécuniaire; tant s'en faut, ils chargèrent leurs coffres des nouveaux gages qu'il falloit payer à ces nouveaux officiers.
En ce temps-là , le nombre des officiers Le nom-