‹ Histoire du RoussillonChapitre 114 sur 241 · CHAPITRE DOUZIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈMB

prince venait souvent à Perpignan : il s'y trouvait le 16 décembre 1351, date de l'ordre qu'il donna de remplacer rère des Augustes par celle de la Nativité , et d'abandonner la manière de compter des Romains par calendes, ides etnones, en indiquant, soit en latin, soit en romance, le quantième du mois. Cette ordonnance , motivée sur la conflision introduite dans la chronologie par les divers modes de dater les actes, fut adoptée par les Certes tenues dans cette même ville, le 14 mars suivant. Depuis cette époque, Tannée, au lieu du S5 mars, commença au 25 décembre.

Nous avons un grand nombre d'ordonnances de ce prince , soit concernant la ville de Perpignan , soit au sujet des affaires du pays. Nous nous contenterons de citer les deux suivantes, propres k faire connaître son caractère. Sur une fausse exposition , faite par les tisseurs de laine de Perpignan , il avait transporté au Puig de Saint-Jacques le marché de la laine , qui se tenait auparavant k la place dels Clergues (aujourd'hui place d'Armes). Une réclamation des Consuls fit révoquer cette ordonnance, qui fut ensuite renouvelée, k la demande des tisseurs, appuyée par un don de cinquante florins. Les Consuls étant revenus à la charge, le Roi abrogea de nouveau son ordonnance, s'excusant sur la fragilité humaine, qui ne permet pas à un homme chargé de tant d'affaires d^ se souvenir de tout. Comme il n'est plus question des cinquante florins, il est permis de croire qu'il oublia de les rendre. U n'était pas très délicat' sur les moyens de se procurer de l'argent, comme on pourra en juger par le fait suivant. Son fils Jean étant Gouverneur des Comtés, le Bailli de Perpignan , se fondant sur un ancien privilège , avait remis k un criminel la peine du bannissement, moyennant une composition de quarante sols. Le Chancelier du jeune prince ordonna au

244 HISTOIRB DU HOUSSILLON.

Bailli de bannir le coupable, en lui restituant les quarante sols. Le Roi écrivit Ik son fils, k la sollicitation, dit-il, .des Députés de Perpignan, jaloux de conserver ce priviléffe, lui ordonnant, toutefois, de maintenir la composition. Comme il en percevait le montant, il tenait bien plus que les Députés de la ville au maintien de cet absurde privilège. La paix de la France avec TAngleterre laissant les gens de guerre sans occupation, ils se formèrent en compagnies, sous la conduite de divers chefs , et pillèrent tous les pays où ils purent pénétrer. Une bande de ces Malandrins (c'est 4361. ainsi qu'on les appelait) entra dans la province ^en 1361, et prit le château du Réart ; mais repoussée par le Comte d'Ampurias , et craignant l'arrivée du Roi , elle se retira en brûlant le Mas-Deu , après n'avoir séjourné que huit jours dans le pays , et s'arrêta sur la frontière. Pour se prémunir contre une seconde visite, on plaça au château de Perpignan , où se trouvait l'Infant Dop Martin avec sa gouvernante , une garnison fixe , payée deux mois d'avance ; le Bolo fut occupé par Don Bernard d'Oms , el la grange de Pujol confiée k Don Huguet de Banyuls. Le premier signifia au Gouverneur du Roussillon , qu'k moins de grandes réparations k la place , et de six cents k mUle hommes de garnison, il ne pouvait la défendre comme son honneur et le service du Roi l'exigeraient. Le second s'engagea , avec la permission du Gouverneur, lorsqu'on n'aurait plus a craindre les compagnies, a rendre sa place k l'abbaye de Font -Froide, k laquelle elle appartenait. Ces détails nous sont conservés par des actes de notaires, étranges intermédiaires par lesquels avaient lieu alors les relations de l'autorité avec ses agents. Nous y voyons aussi qu'on ne craignait plus rien en octobre 1362, époque où le commandant d'Elne remit sa place au Goii- ' verneur du Roussillon.

Page 1