CHAPITRE DOUZIÈME
L'Infant de Majorque était gardé dans le Château-Neuf âe Barcelone avec tant dé soin et de rigueur ; que sea geôliers ne le quittaient qu'en l'enfermant dans une eage de fer. Malgré ces précautions; le l<^f mai 1562, ses amis s'introduisirent dans sa prison, au moyen de fausses dei», que leur procura Jacques de Saint-Clément, grand-chantre de la cathédrale; ils égorgèrent Nicolas Rovira, chargé de le garder ce jouMk, et firent évader, k minuit, et partir pour Naples le prince prisonnier. Il s'y maria avec la reine Jeanne, veuve depuis peu. Cette évasion inspira de grandes inquiétudes au Roi d'Aragon, qui, ayant déjà sur les bras les Rois'de Gastille et de Navarre, chercha partout des alliés. Aussi , le voit-^on conclure, à Perpignan, le 25 septembre 1362 , un traité avec Ayméri , vicomte de Narbonne , d'après lequel . il lui assure une pension de mille sols barcelonais, assignée sur les revenus du Yallespir : ils y conviennent de se secourir mutuellement, le Roi avec cent chevaliers entretenus à ses frais, le Vicomte avec vingt-cdnq glaives en Roussillon et en Cerdagne, et avec cent partout ailleurs. Le Roi devait payer ce secours, k raison de vingt florins par mois et par glaive. Le 12 juillet précédent, la Reine d'Aragon avait mis au monde, k Per- 436%. pignan, un enfant, qui reçut le nom d'Alphonse et mourut en bas-âge.
Peu de princes ont été aussi occupés que Pierre IV k comprimer les révoltes de ses sujets, k exciter des troubles chez ses voisins, pu k négocier avec eux. Le détail de ces intrigues est étranger k notre objet; mais nous ne pouvons nous empêcher de dire un mot d'un Roussillonnais , que ses grands talents firent employer pendant vingt ans dans toutes ces négociations. François de Périllos, vicomte de Roda, était fils de Raymond, dont nous avons parlé sous le règne de Sancho. Il passait k la fois pour un marin habile
et pour un intrépide chevalier. Pierre se l'attacha , ch le Qonunant son Chambellan : il l'employa, de 15S6 k 1575, à traiter avec* les Rois de France, de Castille et d'Angle* terre. Revenant en 1375 de cette dernière mission , qui avait pour but de négocier un traité d'alliance avec le Duc de Lancastre, prétendant k la Couronne de CastiUe, il fut arrêté sur les cétes de Grenade , où le Roi le retint , en r^résailles de ce qu'un de ses vaisseaux avait été capturé par les Aragonais sur la cAte d'Afrique, il avait recouvré sa liberté en 1375, puisque, se trouvant alors à Rarcelone, il accusa devant toute la Cour D. Juan,Ramirésde AreUano, seigneur castillan, d'avoir excité Jacques de Majorque à faire la guerre au Roi d'Aragon, et offrit de soutenir son assertion les armes à la main. Le défi fot accepté; le Roi fixa le jour du combat, qui n'eut cependant pas lieu, parce que Pierre, se rendant, quoiqu'à regret, k l'avis de ses conseillers, intimidés par les menaces du Roi de Castille, ne le permit pas, et reconnut Areliano incapable d'une pareille action. Périllos, indigné d'avoir été ainsi abandonné par le Roi, renonça probablement k son service, du moins on ne le voit plus employé ; et dans les Certes de Tortose, en 1385, il figure parmi les Seigneurs refusant le subside demandé pour la guerre de Sardaigne, désapprouvée par les Catalans. II fut un de ceux qu'on expulsa de l'assemblée, où cette violence excita de grands troubles (ZuRrrA, Ferreras).
Parmi les nombreux traités conclus par Pierre IV , un 4363. seul, celui du 6 octobre 1565, par lequel il se lie avec Henri de Transtamarre contre Pierre -le -Cruel, roi de Castille, a quelque rapport avec l'histoire du Roussillon. Il y fut convenu que ces princes se donneraient réciproquement des otages; que ceux du Roi seraient gardés dans le château d'OpoI par un officier du Comte , et ceux