CHAPITRE XIV
DlXlfelI ÉPOQUI.
Le Comte de Foiz ^ pressé de pénétrer en Catalogne , avait négligé Perpignan et Collionre, dont les habitants étaient moins disses qae les Gouverneurs des ehàteaux à obéir à leur Roi. Les Perpignanais avaient creusé des fossés, élevé des retranchements, pour contenir la garni-* son du fort et Ty tenir bloquée. Mais le Duc de Nemours, détaché de Tannée, et renforcé par des troupes venues du Languedoc, prit ces retranchements de vive force : la 4463. ville se rendit le 8 janvier 1463, et le Duc s'empara en peu de temps de la majeure partie des deux Comtés. Maître de ces pays, unique objet de son expédition, Louis y établit, pour son Lieutenant, Jean de Foix, comte deCandale; le Seigneur de Montpeiroux , Yiguier du Roussillonetdu Yallespir, fut nommé Gouverneur de Bellegarde, qui résista jusqu'en octobre 1463. Les habitants de Perpignan , accusés de rébellion pour avoir voulu défendre cette ville contre le Duc de Nemours, furent traduits devant une commission, présidée par le premier Président de Toulouse. On confisqua les biens des uns; on condamna les autres au bannissement ou à des amendes.
GHAPITIIB QUATORZIÈME. 981
Dans la suite, on confisqua les biens de ceux qui étaient restés au service du Roi d'Aragon ; et chaque Gouverneur sut découvrir, dans son ressort, quelque rebelle dont il put se faire donner les biens, ou, k défaut de rebelles, il y levait des contributions. Collioure fut un peu moins maltraitée : le départ des plus riches avait fort diminué la population. Louis, craignant qu'elle ne diminuât encore, accorda k la ville une rémission entière du crime de rébellion, par un acte daté de Toulouse, le 7 juin 1465; et par un autre, du 14 du même mois, il dispensa la commune et les particuliers du paiement des pensions de rente dont ils étaient chargés.
Les Français, que nous avons laissés dans FUrgel, ayant pénétré en Aragon , Jean voulut s'en servir contre Jes rebelles , commandés par Jean d'Hyjar. Le maréchal d'Albret s'y refusa, ne voulant point agir contre les Castillans, leurs auxiliaires, et conclut avec eux une trêve, finissant au 51 mars 1465, dont le but était de faciliter, entre les Rois de France et de Castille, une entrevue, où Ton devait s'occuper de la pacification de la Catalogne. Quoique mécontent des Français, et surtout de leur Souverain, Jean ne voulant pas déplaire k celui-ci, au moment où il allait prononcer entre le Castillan et lui, prit le parti de dissimuler, et nomma, en janvier 1465, Louis, son lieutenant-général dans les deux Comtés, avec les mêmes pouvoirs qu'il avait eus lui-même, en exerçant cet emploi sous le règne de son frère Alphonse (Zurita, Bosch). L'un , en acceptant ce titre, n'avait d'autre but que de se faire obéir plus aisément par les Roussillonnais ; l'autre, toujours maître de révoquer cette nomination, lorsque les circonstances lui paraîtraient favorables, ne croyait pas hasarder grand'chose en légitimant momentanément un pouvoir, dont Louis jouissait déjà en réalité.
283 HlSTOmB DU ROCSBILLON.
Après la mort de l'Infant de Portugal, petit-flls du dernier Comte d'Urgel, dont ils avaient fkit leur Roi, les Catalans appelèrent à la couronne René d'Anjou, duc de Loiraine. Le Roi de France avait jusqu'alors joui tranquillement des deux Comtés , sans continuer à fournir k celui d'Aragon les secours convenus'. Tout-à-coup, il lève le masque, et, non content d'appuyer 4e ses troupes, 4466. en 1466 , le fils de René, Tenu en Catalogne pour se met* tre à la tète des rebelles, il se conduit, dans l'administration des Comtés, en véritable ennemi du Roi d'Aragon. Par une ordonnance du 16 septembre 1467, il confisque sur Jean Pages', vice-chancelier de ce Prince , la terre de Saint - Jean -Pla- de -Corts. Le Vicomte d'IUe et les autres Gentilshommes au service du Roi d'Aragon , ne furent pas mieux traités. Le 14 décembre de cette année, il donne plusieurs de ces confiscations au Comte de Caudale , de la Maison de Fois , lieutenant-général , dans ce pays (Bosch); et, ne gardant plus de mesure, il nomme son Lieutenant-Général dans les Comtés de Roussillon et de Cerdagne, le Duc de Calabre, ce fils du roi René, Général des Catalans révoltés contre le Roi d'Aragon : du moins, le Duc de Calabre prend-il ce titre, à la suite de plusieurs autres, dans un sauf-conduit donné, le 24 mars 1468, k quelques négociants de Collioure et de- Perpignan.
Le fils de René d'Anjou eut d'abord quelques succès , gr&ces aux secours français, et à une infirmité survenue au roi Jean. Ce Prince, aveugle depuis deux ans, recou-
1 Poor prouver que Louis continua à fournir des secours à Jean . on cite une lettre écrite de Sainte-Marie-la-Mer, en Roassillon , le 31 août 1464 , au Roi de France par Jean de Foix (Vaissette, tome 5); mats elle nous apprend seulement que les Français , à raison de leur petit nombre, jouaient en Anponrdan un rôle assez insigmflant. Leur jeune général s'en plaint , d'accord en cela avec les historiens espagnols qui ne parlent jamais des Français dans If récit des nombreux combats livrés dans ce pays durant les années 1461, 65 et 66/