CHAPITRE QUINZIÈME
partie de ce butin , et le poursuivit jusqu'à Leucate. Un autre petit détachement avait enlevé^ pendant la nuit, mille têtes de bétail réfugié dans les fossés de Rivesaltes; mais atteint par la garnison, il fut obligé d'abandonner sa prise. Pour se mettre k couvert de <3es incursions, on répara à ta hâte les fortifications de Salses, d'Élne, de Collioure. On construisit sur le grau un château de bois si fort et si bien placé qu'on ne pouvait l'attaquer qu'avec de l'artillerie ; on y mit, pour commandant, un écuyer de la compagnie de Bernard Francès, arec une garnison de dix arquebusiers et autant d'arbalétriers ; on y plaça trois ribaudequins V Pour plus de sûreté, on envoya dans l'Ampourdan tous les troupeaux de la Salanque. Non content de ces précautions. Don Henri fit, an mois de mars, une course jusqu'à Narbonne, et l'un de ses capitaines prit et rasa le château de Mpntfort. On acquit la certitude qu'un grand corps de troupes françaises' s'avançait vers la frontière. Pour que le Roussillon ne fût pas sans défense, on y envoya mille Aragonais, moitié hommes d'armes, moitié cavalerie légère, huit cent cinquante lances castillanes, douze cents chevau-légers de la même nation, et quatre mille hommes d'infanterie, composée à la manière de ce temps, de piquiers, d'arbalétriers et d'archers. Ces dispositions n'empêchèrent point un parti français de se glisser jusqu'aux environs de Saint-Laurent, village situé tout près du château de bois, pour enlever cent cinquante juments qui dépaissaient dans la campagne. Don Henri, averti à temps, fit sortir de Perpignan des troupes, qui, s'étant placées en embuscade, tombèrent à l'improviste sur les Français ; les battirent, et leur firent quelques prisonniers, parmi lesquels se trouva le gouverneur de Leucate.
1 Ancienne pièce d'artillerie, longue de 36 calibres, et lançant an bonlet de plomb pesant 1 1JTre 3/4 , chassé par une charge de mAme poids.
Depuis le 29 join 1496, jour où cette rencontre eut lieu, on resta tranquille de part et d'autre jusqu'au 28 octobre, où le maréchal de Saint-André, ayant rassemblé dix-huit mille hommes aux environs de Narbonne, sous prétexte * de les conduire en Italie, tomba de nuit et à l'improviste sur Salses; dressa ses batteries, et canonna le lendemain la place avec une telle furie , qu'il ouvrit le jour même 4496. une brèche praticable. L'assaut fut aussi vif que la défense molle; car, quoique la place fut mauvaise, comme elle avait sept cents hommes de garnison et vingt-neuf pièces de canon, elle aurait pu opposer une plus longue résistance. Mais les deux principaux officiers ayant été tués dès le commencement de l'action, le désordre se mit parmi les assiégés, qui abandonnèrent la brèche. Trois cents hommes seulement réussirent à se retirer dans le fort; on leur accorda, par capitulation, la vie sauve, condition qu'on ne tint pas exactement. D. Henri connaissait l'état de la place : assise sur une roche vive, sans fossés, n'ayant qu'un mur vieux et peu épais , elle devait être démolie aussitôt qu'on aurait construit une autre forteresse dans la plaine. Aussi, à la première nouvelle de l'entreprise des Français, raarcha-t-il, avec les troupes qu'il put rassembler, au secours de la place, dont il apprit la reddition à son arrivée à Rivesaltes. Il s'avanga, cependant, k la tête de deux mille chevaux et quatre mille hommes d'infiinterie, et campa k une petite lieue des ennemis, postés sur la montagne qui domine Salses. Dans cette position, on conclut une trêve de deux mois et demi. Les Français abandonnèrent leur récente conquête, et les Espagnols le château de Caladroy. Comme on s'attendait k une nouvelle attaque lors de l'expiration de la trêve, on se décida k fortifier Elne, Collioure et surtout Claira. Les habitants du Roussillon, soutenant que cette guerre n'avait pas pour