CHAPITRE QUINZIÈME
officia ; le Gouverneur s'abstint d'y paraître, et fit célébrer, de son coté , une messe dans l'église de Notre-Dame-dé-^ Grâce ( les Augustins). Le 3 mai, les Consuls commencérent une neuvaine, durant laquelle le premier Consul, en costume de deuil , recevait chez lui trois fois par jour, la visite des corps de métiers. Nous n'avons pas cru devoir omettre ces détails, à la vérité de peu d'importance, tirés d'un curieux manuscrit du notaire Pascal, parce qu'ils nous font connaître les usages du temps.
Peu après la mort de Philippe commencèrent, en Rous-^ sillon, des poursuites très actives contre un crime imaginaire. D'après l'opinion publique, la province était infectée de sorcières ; les Magistrats avaient demandé k l'Église des prières pour obtenir de Dieu la découverte de ces suppôts de Satan. Par malheur, dans cette disposition des esprits, un misérable est amené de Bésalu à Perpignan : ancien sorcier, il prétend connaître parfaitement des femmes de cette ville qui se mêlaient de sorcellerie; et, sur sa dénonciation , plusieurs sont arrêtées. Chacune d'elles croit ne pouvoir mieux se laver d'une pareille imputation, qu'en chargeant les autres. D'ailleurs, le dénonciateur assure que toutes les sorcières portent une marque, k laquelle on peut aisément les reconnaître, et dont la forme est k peu près celle de la patte d'un coq. On visite les femmes arrêtées , et malheur à celles sur lesquelles on trouve quelque chose dont la forme a le moindre rapport avec la patte fatale. Dénoncées par un confrère, diargées par les dépositions de leurs coaccusées et portant l'empreinte diabolique, comment échapper k une condamnation? Deux infortunées expient bientôt k la potence cet épouvantable crime, tenu pour avéré aux yeux d'un peuple prévenu. La réputation de l'imposteur s'accroît; de tous côtés, la Justice le requiert pour l'aider h
décoUYiir les sorcières : il en trouve partout. Le Tuneste résultai de ces absurdes et barbares investigations, fut ^1649. qu'au mois de mai 1619, on comptait encore garante prétendues sorcières dans les prison» de Perpignan, où dix à douze avaient été déjë pendues. Plu^ears autres eurent le même sort à La Roca, Sorède, Palaii, Banyuls, Millas, Itte, Neffiach. Le nombre des nctimes eût été sans doute (dus grand 9 si Tlnquisitien de Barcelone n'eAt réclamé le sorcier, pour l'examiner lui-même : son procès n'était pas terminé lorsque fut écrite, sur les registres de Saint»Jean j la note d'oà nous avons tiré le récit de cette déplorable et honteuse aflSsdfe. Toute grave qu'elle est, suflBt-elle pour dresser un acte particulier d'aceusation contre la superstition et l'ignorance de nos ancêtres an commencement du xvii® siècle? Non, puisque le procès de la Marédiale d'Ancre, en i6i7; cdui d'Urbain Grandier, en 1654, prouvent, qu'ailleurs, on n'était ni plus sage ni plus éclairé. Ces faits joints à mille autres , nous font voir quelles peuvent être les erreurs de la justice, séduite ou intimidée par les passions populaires.
La mort de Philippe III ne changea rien à la nature des relations qui existaient entre la France et l'Eqpagne. L'histoire du Rous^illon continue à nous offiir la même stérilité d'événements dignes d'êtres, cités.
L'ambition de Charles-Quint et de. Philippe II avait été Gaitale k l'Espagne, qui continua k s'affaiblir sous les règnes suivants. Aux causes générales de la décadence de ce Royaume, se joignaient, pour le RoussiUon et la Cerdagne, les malheurs éprouvés par ces provinces à la fin du XY« siècle et durant le xyi«. Aussi, virentp^lles diminuer leur popuhtion, disparaître leurs manufactures, languir leur agriculture et leur commerce, et, enMn, la misère parvenir à un tel degré que, vu l'excessive rareté de l'or