CHAPITRE- QUINZIÈME
et de l'argent, la monnaie de billon seule se montrait dams la cirealatîon. Inquiéta d'un état aussi déplorable, les citoyens édairés ta cherchaient les causes et les moyens d'y remédier. En 1627, l'avocat Louis Palau, assesseur de l'Hdtel-^-^Vflle de Perpignan , fit imprimer un mémoire sur cet objet. A la même époque, Louis Baldo, docteur ès-lois, bourgeois honoré, syndic et député de cette même ville, faisait imprimer, à Barcelone, une 8up|riique au Roi, pour lui demanda de former, des 4eui Comtés, une province à part. Dans ces écrits, on représente leur union a la Catalogne, comme la véritable cause de leur misère. Toutes les maisons opuleiites, y dit^n, attirées par les agréments d'une grande cité, résidence du Lieutenant^ Général, ou obligées de s'y rendre pour les soins k donner à leurs procès, qui finissaient toujours par aboutir au Conseil Royal de Barcelone, vont s'établir dans cette ville. D'ailleurs , toutes le» a&ires pouvant être évoquées à ce tribunal, en première instance, lorsque l'objet en litige vaut 300 livres catalanes, et en appel, lorsqu'il vaut 100 réaux, il est évident que tous les plaideurs doivent venir k Barcelone, et l'on évalue k 100.000 écus les sommes qui sortent tous les ans des Comtés pour ce seul objet. On s'y plaint, que les impôts levés par la Députation sur la province entière, ne sont employés que pour l^avantage particulier de la Principauté, tandis que les Comtés sont obligés de pourvoir, par leurs propres ressources, k l'entretien des fortifications, des armes et des munitions qui servent k la défense de tout le Royaume. Outre ces plaintes générales, ils citaient les faits suivants: l^ée 1351 k 1565, la Députation n'avait voulu recevoir dans les Comtés, pour le paiement de l'impôt, qu'k raison de 55 deniers, le réal qui en valait 40, et qu'elle même y donnait k ce taux; 2<> en 1590, elle avait soudoyé deux cents hommes d'ar-
360 HISTOIRE DU HOUSSILLON.
mes , aux dépens de toate la province , pour la délivrer des brigands dont eOe était infestée : on les chassa en effet de la Principauté, etils se réfugièrent dans les Comtés^ où on les laissa tranquilles, malgré les réclamaUons des habitants; 3° en 1S97, Perpignan, menacé par les Fran-* çais, manquant d'armes et de moyens d'en acheter, pria la Députation de lui prêter celles qu'elle avait à Barcelone, et dont elle ne faisait rien : die ne put les obtenir qu'en s'obligeant k les payer, et cette dette fiit exigée avec la dernière rigueur; La réponse à ces mémoires fut l'œuvre de Fontanella et Sala, assesseurs de Magarola, fiscal de la Députation. Sans nier les foits cités, sans infirmer la vérité des plaintes, ils se contentent de dire que la réu-* nion de ces pays à la Catalogne, ayant été comme sanc-^ tionnée par plusieurs constitutions des Certes, promul^ guées dans cette hypothèse, le Roi seul ne pouvait, ainsi que le prétendait la ville de Perpignan, prononcer la séparation qu'elle sollicitait. Il parait que le Souverain adopta cette opinion; car la séparation n'eut pas lieu, et les événements poliliques q/ai suivirent, ne firent qu'aggraver la situation du pays , et lui rendirent moins pénible le changement de domination.
4^28. Le 8 octobre 16S8, les fossés de la citadelle de Per-
pignan étant pleins d'eau, il s'y fit une rupture soudaine à la contrescarpe, derrière l'église de Saint-Matthieu : tout fut inondé, de la porte Saint-Martin au Marché-Neuf. Les rues, les églises, les rez-de-chaussée des maisons furent couverts d'eau; il y eut beaucoup de vin, d'huile, de meubles entraînés, de maisons renversées; des femmes, des enfants ftirent noyés. En 1651, une disette extrême se fit sentir en Roussillon; le prix des denrées devint exorbitant : le blé, mêlé d'un tiers d'oi^c, se vendait •i livres 2 sols la mesure (environ Ir double-décalitre);