CHAPITRE QUINZIÈME
le vin, 10 sols le carton (4 litres); l'huile, 5Uv. 14 sols le doarg (environ 16 litr. Vé)- L^ Consuls, pour soulager la classe pauvre, firent vendre du blé à 1 livre 6 sols la mesure. Il faut observer que tous ces prix sont donnés en monnaie de Perpignan , qui yalàit, à la même époque, le double de celle de France ^ Cette excessive cherté des vivres ayant occasionné des maladies contagieuses, la peste se déclara dans la ville, le 12 août 1631. Elle s'y maintint jusqu'au mois de juillet de Tannée suivante , et enleva plus de six mille personnes, quoique les habitants les plus riches eussent pris la fuite. A peine ce fléau venait-il de cesser, que Ton vit arriver, le 15 novembre 1652, une armée de dix mille hommes. Le prix des denrées, descendu à son taux ordinaire, tripla sur le champ. Ces troupes avaient été probablement envoyées , quoique un peu tard, pour soutenir la révolte du Languedoc en faveur du Duc d'Orléans; mais le Duc de Montmorency, gouverneur de la province, et auteur du soulèvement, ayant été pris au combat de Casteinaudary, le i^ septembre, l'apparition des Espagnols en Roussillon, n'empêcha point Louis XIII de réduire entièrement les rebelles, privés de leur chef.
Depuis long-temps ta France et l'Espagne se faisaient une guerre déguisée, en attaquant leurs alliés, et donnant des secours à leurs ennemis respectife, ce qui ne pouvait manquer de déterminer une rupture entre ces deux puissances. Enfin , les Espagnols ayant surpris Trêves le 26 janvier 1655, et fait prisonnier l'Électeur, allié de la i635. France, un traité fut conclu, dès le 8 février, entre cette Puissance et la Hollande. Il avait pour but la conquête des Pays-Bas espagnols , et le partage de cette province
1 Or l'argent valait alors on France trois fois sa valeur aclnelle.
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entre les deux parties contractantes. Perpignan et le Roussillon ne tardèrent pas à être inondés de troiq^es castillanes, qui y séjonnièreat pks d'un an, traitant sans aucun égard 1^ habitants, chez qui elles étaient logées. Le Duc deCardone, tice-roi de Catalogne, les réunit toutes, le 36 août 1637, ï Saint-Génis^es^Taoières, dans le voisinage de Bonpas. Il s'y trouva ((ninze mille hommes d'infanterie ou de cavalerie, tr^t^deuK pièces de canon , et huit cents chariots de munitions. Au bout de trois jours, il fit lever le eamp, et l'armée, sons les ordres du Comte de Serbeloni et iki Duc de Ciudad-Real, se dirigea vers Leoeate, en passant par le grau : cette place fut investie le 2 septembre. Le gouverneur, Boureier du Barri, n'ayant que peu de troiqieé, environ quatre-vmgts hommes, se défendit avec vigueur. Les attaques des Espagnols ne c&continuèrent pas jusqu'au 28 : ce jour^lk^ entre quatre et cinq heures du soir, l'armée française, forte de dix mille hommes d'infiinterie et de mille chevaux, sous les ordres de M. de Schomberg, attaqua les lignes des assiégeants, qui, après deux heures de combat, se retirèrent, abandonnant les tranchées , leur artillerie et leurs munitions. On évalua k un million la perte de tout ce matériel. Heureusement pour les vaincus, les Français, étonnés de leur victoire, n'en profitèrent pas de suite, et n'en acquirent même la certitude que lorsque le jour leur eut découvert la retraite des E^Mignols. Ces derniers ne s'arrêtèrent que sous les murs de Perpignan , où Os restèrent campés jusqu'au 8 octobre, et ils furent alors cantonnés dans les villages circonvoisins. L'année suivante, le théâtre de la guerre , du côté des Pyrénées, ayant été transporté des bords de la Méditerranée k ceux de l'Océan, le Roussillon resta ^639. tranquille. Il n'en fut pas de même en 1639. Dès le 10 juin, une armée française, forte de dix huit mille hom-
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mes, dont trois mille de e&ralerie, investit Salses. Le tendemain, le château d'Opol est sommé, et sa garnison, composée de soixante-donase hommes, commandés par mi lieutenant, se rend sans tirer on coup de fusil : renvoyé à Perpignan, le commandant fut condamné a mort, et exétoté, en punition de sa lâcheté. Toutes les troupes espagnoles s'étant excentrées dans la capitale, les Fran-' çais s'emparèrent de Rivesaltes, de Claira, de toute la Sâbnqué, et établirent leur camp au Mas de la Garrigue, poussant des détachements dans tontes les dîrectloiiâ. Estagel se rendit, le 17, à un de ces partis; un autre, fiit battu, le 22, par des troupes sorties de Perpi^paan. On ne savait rien du siège de Salses, commencé le iO juin; on en reçut des nouvelles |le 1^^ juillet, par une voie assez extraordinaire. Un petit chien barbet, appartenant à un soldat de la garnison de Salses^ arriva k Perpignan, et courut trouver la femme de son maître, restée dans cette ville. Celle-ci, en rendant k ce petit animal les caresses qu'elle en recevait, s'aperçut qu'il portait un collier artiatement arrangé, où l'on trouva deux lettres , l'une pour le Comte de Toralta , l'autre pour le Gouverneur de là citadelle. D'après Jenr contenu, le siège, commencé le 10 juin, n'avait pas fait de grands progrès; les .première» batteries , placées trop loin sur hi montagne , et plus tard rapprochées de la place , n'avaient pas produit un grand effet ; les Français avaient perdu beaucoup de monde par le feu des assiégea, qui ne couraient aucun danger. La maîtresse du chien fiit récompensée par l'Évéque et les deux Généraux. La garnison de Perpignan avait reçu un renfort de cinq cents hommes d'in&nterie et de trois cents chevaux ; de plus, on ne négligeait rien pour mettre la place en état. On commença par abattre, le 27 juin, l'église de Saint-Matthieu; on détruisit
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ensuite le couvent des Capucins , dont la position , sous les murs de la ville, pouvait en gêner la défense. Cependant, le 9 juillet, les Français, après avoir battu le fort de Salses de quatre batteries, armées chacune de treize pièces de canon , tentèrent un assaut infructueux : ils y perdirent six cents hommes. Mécontents de l'effet de leur artillerie, ils travaillèrent, dès le lendemain 10, à une mine, et, par son explosion, ils parvinrent le 19 à ouvrir une large brèche. La garnison, fort affaiblie, capitula le ^, et fut conduite prisonnière à Narbonne. Toutes les forces espagnoles ne s'élevant pas à douze mille hommes, étaient concentrées a Perpignan, abandonnant la campagne aux Français. Ceux-ci envoyèrent, le 23, un détachement sur Baixas : quelques soldats s'y trouvaient en garnison ; ils refusèrent de se rendre avant d'avoir obtenu la permission é'envoyer un des leurs à Rivesaltes, pour s'assurer de l'existence d'un parc de neuf pièces de canon , dont on pouvait se servir contr'eux. En ayant acquis la certitude, la garnison se rendit, sous condition d'être renvoyée k Perpignan. Le Comte de Santa-Coloma, vice-roi de Catalogne, arriva le lendemain , k la tête de vingt mille hommes. Les Français, après avoir mis a Canet, dont ils s'étaient emparés le 36 , une garnison de deux cents hommes, évacuèrent le Roussillon, ne gardant que cette phice, Rivesaltes, et les châteaux de Salses et d'Opol. Leur retraite fut célébrée par de grandes réjouissances à Perpignan. Mais l'agglomération des soldats castillans et catalans , sur un même point , ne tarda pas à faire éclater l'antipathie qui divisait les deux nations; et, le 29 juillet, les choses en vinrent au point, dans la ville et la citadelle, que, malgré tous les efforts du Yice-Roi, quf se portait partout où les esprits paraissaient les plus échauffés , et quoiqu'il fit exposer dans toutes les églises le Saint-