‹ Histoire du RoussillonChapitre 21 sur 241 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

On nous a fait connaître une quittance de 59 liv. 5 sols 8 deniers barcelonais, sous la date du 6 des calendes de décembre i 341 , devant Moncy, notaire de Perpignan : elle est consentie en faveur des Consuls de Céret par un maçon de Perpipan, qui déclare recevoir cette somme, due, tant à lui qu'à dix de ses confrères de Baixas, dont il a la procuration , ratione laboris per me et per, etc., facii in ponte de Cereto. 52 liv. 16 s. 1 d. lui sont comptés en florins ou monnaie d'or de France; le reste avait déjà été donné par les Consuls, avec son consentement, à un particulier de Céret, cbez qui tous ces ouvriers avaient pris leurs repas, dictum pontem operando, sans doute pour dicto potUi operando. Ce document, quoi qu'il en soit, ne peut indiquer la construction de la grande arche du pont, la somme énoncée , équivalant à peu pris a 979 francs 45 centimes, serait infiniment trop modique. Les termes dont on se sert deux fois, quoique difiérents, pour exprimer l'ouvrage fait, se rapportent toujours plutôt^ une réparation qu'à une construction nouvelle, et pourraient tout au plus indiquer le rétablissement de quelques-unes des petites arches, dont l'érection est certainement fort postérieure à celle de l'arche principale.

Ces considérations, la forme de l'arche en plein cintre, forme peu usitée dans ce pays au xiy« siècle, l'espèce d'appareil employé, me portent k juger ce pont beaucoup plus ancien ; et je l'attribuerais volontiers aux temps qui précédèrent ou suivirent de près la chute de l'Empire d'Occident, a une époque, enfin, où l'on conservait encore la manière de construire des Romains. ^

On chercherait vainement aux environs du bourg actuel d'Elne, des vestiges de cette importante cité d'Illibéris, dont parle Pomponius Mêla : la charrue sillonne le sol où fut jadis la ville latine ou la colonie de Ruscino. Crs

M HISTOIRE DU BOUSSILLON.

antiques chaussées qu'indiquent les ouvrages de Polybe et de Strabon ; celles que décrivent les itinéraires , sont entièrement détruites ou cachées à nos yeux par les sables et les terres qui les recouvrent. Le temple de Vénus, les trophées de Pompée, œuvres des Romains dans cette contrée, ont disparu. Quel était l'emplacement de ces édifices? Quelle direction suivaient les voies romaines? Voilà des questions qu'on ne peut se dispenser d'aborder, lorsqu'on s'occupe de l'état du Roussillon sous la domination des Romains. Elles sont très difficiles à résoudre dans un pays qui , ravagé tour k tour par les Barbares du Nord , par les Sarrasins, par les pirates normands ou maures, n'offre ni ruines ni vestiges assez caractérisés pour nous guider dans nos recherches. Privé de ces ressources, nous sommes réduit à former des conjectures plus ou moins heureuses au moyen de quelques passages épars chez les historiens et les géographes de l'antiquité, ou d'après des renseignements fournis par la table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin. Ces deux derniers documents sont très précieux; mais l'incurie, et l'ignorance des . copistes y ont introduit des fautes qui nous obligent k ne les employer qu'après les avoir corrigés à l'aide d'une critique impartiale et sévère. Nous devrons souvent, k cet effet, comparer les distances données en m91es romains par la Table ou V Itinéraire, k ces mêmes distances, exprimées en mètres, dans les cartes ou les mesures géodésiques des modernes. De Ik naît pour nous le besoin de connaître, au moins approximativement, le rapport de ce mille aux mesures actuelles. Nous savons qu'il contenait 5.000 pieds romains : ceux-ci ont été évalués de diverses manières, ce qui ne doit pas étonner, leur longueur pouvant avoir un peu varié avec le temps. D'ailleurs, parmi les mesures romaines parvenues jusqu'k

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