‹ Histoire du RoussillonChapitre 50 sur 241 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

aux églises, aux moines, ou à des particuliers, furent l'origine de plusieurs villes ou villages ; mais des édifices construits alors, peut-être aucun ne subsiste aujourd'hui, k moins qu'on n'attribue à ces princes l'érection de quelques-unes de ces tours élevées sur plusieurs points de la province. Rien n'y décèle la manière de bâtir des Romains, n'y l'usage qu'ils auraient pu en faire pour transmettre, au moyen des signaux, les nouvelles importantes d'une extrémité de l'empire à la capitale. Considérées sous le rapport militaire, eUes n'étaient d'aucune défense contre des troupes pourvues de machines de guerre , ou s'arrétant pour les bloquer; elles auraient bientôt succombé sous les coups du bélier ou faute de vivres, car elles ne pouvaient recevoir qu'une faible garnison, et encore moins servir de refuge aux habitants. On sait que le Roussillon fut pendant les ix® , x^ , xi^ et xii^ siècles, exposé aux irruptions subites et de courte durée des Normands et des Sarrasins des Baléares. Gomme ces pirates ne débarquaient qu'en petites troupes, et ne traînaient pas avec eux de lourdes machines de guerre , un petit nombre d'hommes déterminés, munis de provisions de guerre et de bouche, pouvaient, dans ces tours, braver pendant quelques jours les efforts de ces brigands, donner, par des signaux convenus, l'avis de leur descente, et, lors de leur rembarquement, rappeler par des moyens semblables les habitants qui s'étaient enfuis dans les montagnes. Un expédient pareil avait été employé par les Juifs sous le règne de Jordas et de son fils, contre les incursions des voleurs arabes. Charlemagne fit également bâtir quelques tours sur les côtes pour observer de là les flottes des Normands. C'est peut-être dans des forts de cette espèce que les réfugiés espagnols étaient tenus de faire le guet , d'après une des clauses du privilège qui leur fut

accordé par Louis-le-Débonnaire. On sentit dans la suite la nécessité de construire sur la côte, depuis Collioure jusqu'en Espagne, plusieurs de ces tours, d'où l'on pût surveiller les criques nombreuses dont elle est bordée, et à la faveur desquelles les Maures des Baléares débarquaient sans être aperçus, et venaient exercer leurs pirateries en Roussillon. Ne serait-ce pas pour cette raison que ces tours sont plus multipliées dans cette partie du pays que partout ailleurs? Comme k la guerre, on se sert de tout ce qui peut offrir quelque moyen de défense, on ne doit pas être étoirtié qu'on ait employé quelquefois celles qui existaient , soit comme de petits forts isolés , soit comme des réduits de fortifications plus étendues. La permission donnée en 1175 par le roi Alphonse k l'Abbé de Saint-Michel, de construire a Baho une forteresse en terre ou en pierre et même une tour, prouve qu'on les regardait comme un accessoire important des forts qu'on élevait à cette époque. L'art de la guerre se perfectionnant, ces tours perdirent toute leur importance militaire, et redevinrent ce qu'elles avaient d'abord été^ des postes propres k observer l'ennemi et k faire des signaux.

Page 1